samedi 31 octobre 2015

Cinéma : "The Lobster", cauchemar à deux


Prix du Jury au dernier festival de Cannes, le film de Yorgos Lanthimos interroge le public sur ses rapports à l'amour, la solitude et la vie à deux. Angoissant.


Le cinéma est un excellent endroit pour s'adresser aux couples qui ne sont jamais que deux anciens solitaires. Voir un film peut être une expérience à mener en solo ou à deux. Certains films sont même exclusivement réalisés pour des couples, amoureux de préférence. Cela pourrait être le cas de The Lobster, dernière réalisation du Grec Yorgos Lanthimos : toute l'histoire est centrée sur la recherche du "bon" partenaire. Dans un futur proche, tendance 1984, arrivé à l'âge adulte, il est obligatoire de vivre en couple. David (Colin Farrell) vient de se séparer de sa compagne. Il intègre directement un établissement spécialisé, entre hôtel de luxe et maison de convalescence, pour y chercher une remplaçante. Il a 45 jours pour trouver l'âme sœur parmi les autres pensionnaires. Passé ce délai, il sera transformé en animal de son choix. Pour David ce sera un homard, car "il vit jusqu'à cent ans et peut se reproduire toute sa vie".

Camp des solitaires
Pour rallonger sa villégiature, David à la possibilité, comme tous les autres pensionnaires, de gagner des jours. Il suffit de capturer dans les bois environnants des "solitaires", ces hommes et femmes rejetant le système et préférant vivre en sauvages, plutôt seuls qu'en couple. Deux mondes que tout oppose, disséqués par un cinéaste visionnaire dans les rapports humains. Incapable de s'intégrer, malgré une lamentable tentative de mensonge pour vivre avec une maître-femme, David fuit dans les bois. Il passe de l'autre côté, individualiste jusqu'au bout. Mais c'est finalement là qu'il rencontre le grand amour auprès d'une femme myope (Rachel Weitz). Une passion qu'ils devront cacher, au risque d'être bannis. Spécialiste des sujets complexes et tortueux, Yorgos Lanthimos s'était déjà fait remarquer par le très dérangeant "Canine". Il continue dans la même veine fantastique cauchemardesque, mais avec cette fois une distribution internationale. On retrouve dans les seconds rôles Ariane Lebed, Léa Seydoux, John C. Reilly et Angeliki Papoulia, seule actrice grecque de cette production entièrement tournée en Irlande.
Un film choc, qui aura obligatoirement des conséquences sur votre vision du monde. A deux dans le mensonge, seul et épanoui, en couple amoureux ou en solitaire malheureux : vous ne pourrez pas vous empêcher de vous questionner sur votre situation dans notre société.

La métamorphose de Colin Farrell


Habitué aux rôles de jeune premier et de beau mec musclé et bagarreur (Phone Game, Minoriry Report) Colin Farrel, un peu à l'image de Matthew McConaughey, multiplie les rôles décalés pour abandonner cette image un peu trop lisse. Dans 'The Lobster', la métamorphose est étonnante. Moustachu, portant lunettes, bedonnant, timide et empoté, il donne corps à ce solitaire s'interrogeant sur l'amour et la vie en couple. Avec une sobriété de tous les instants, il joue à merveille la résignation puis la fuite en avant. Un avant et un après à l'intérieur même du film, pour presque deux personnages différents.
Tourné au printemps 2014, c'est presque le même Colin Farrell qui avait déjà fortement étonné dans la saison 2 de 'True Detective'. Il y interprète un flic corrompu, miné par les regrets et l'alcool, incapable d'aimer son fils. Dans la série aussi son personnage subissait une évolution intellectuelle au fil des épisodes. Si cela continue, ce sera la nouvelle classification de cet acteur souvent génial.

vendredi 30 octobre 2015

BD : les gentils sauvages des "Jungles perdues"


La collection des intégrales des éditions Dupuis permettent aux nostalgiques de replonger dans les BD de leur enfance. Après les classiques des années 50 et 60, ce sont désormais les séries vedettes des années 70 et 80 qui sont à l'honneur. Cela remet en lumière des auteurs talentueux mais qui n'ont pas toujours connu le succès mérité. Exemple avec Mazel, dessinateur efficace au trait humoristique sûr et d'une grande clarté. Du milieu des années 70 à la fin des années 80, il animait dans les pages de Spirou les aventures de Boulouloum et Guiliguili, sorte de petit Tarzan accompagné de son gorille gigantesque. Imaginées par Raoul Cauvin, ces histoires complètes sont reprises dans un premier gros volume de 360 pages. Outre les cinq premiers albums parus entre 1979 et 1982, on peut également découvrir une dizaine d'histoires courtes inédites. Et comme toujours dans ces intégrales, un long dossier (signé Patrick Gaumer), richement illustré, nous apprend tout sur le thème de Tarzan dans la BD et sur la carrière, parfois compliquée, de Mazel.

« Boulouloum et Guiliguili, intégrale » (tome 1), Dupuis, 28 €

jeudi 29 octobre 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Addition salée

Les grands cuisiniers français ne plaisantent plus. Lassés d'être battus dans les classements internationaux par des Catalans iconoclastes ou des Nordiques inventifs, ils sortent l'artillerie lourde. Mais au lieu de se défendre sur le fond (leur cuisine en l'occurrence), ils préfèrent s'attaquer à la forme.
En juillet 2013, dans la zone commentaires des PagesJaunes, un internaute a l'outrecuidance d'écrire à propos d'une adresse du groupe Bernard-Loiseau : "Restaurant très surfait. L'assiette la mieux garnie est celle de l'addition." Rien de bien méchant. Des critiques de ce genre foisonnent sur les sites spécialisés. Il est tellement plus facile de critiquer que d'encenser. Mais cette appréciation n'a pas été digérée du tout par les propriétaires qui ont décidé de porter l'affaire devant les tribunaux.
Résultat, deux ans plus tard, la Justice après avoir longuement recherché dans les méandres des adresses IP l'identité du commentateur, vient de condamner ce dernier à 2 500 euros d'amende plus 5 000 euros de frais. Celui qui se plaignait d'addition salée se retrouve avec une facture encore plus gratinée. En lisant cette histoire, je m'apprêtais à dénoncer la grave atteinte à la liberté d'appréciation quand j'ai compris pourquoi le tribunal avait eu la main si lourde. Le commentaire est obligatoirement "faux et malveillant" puisque posté cinq jours avant l'ouverture du restaurant. Non seulement le condamné est de mauvaise foi, mais il est bête comme ses pieds.

mercredi 28 octobre 2015

BD : Souvenirs d'été et des vacances de Prudhomme et Rabaté



Souvenez-vous. Il y a un peu plus d'un mois, vous bronziez sur une plage de sable fin. Au soleil, loin des frimas et des soucis. Le bon temps. Nostalgique ? Alors plongez-vous sans tarder dans cet album signé Rabaté et Prudhomme. Il sent l'ambre solaire et les coquillages ramenés par les enfants en fin de journée. Les deux compères, pour se mettre totalement dans le bain, on simplement trainé quelques jours sur une véritable plage, ont ouvert leurs oreilles et croqué les scènes qui se déroulaient sous leurs yeux ébahis. Cela donne 120 pages d'une grande tendresse, instantanés des vacances de ces fameux Français moyens, souvent décriés mais qui restent le but ultime de la majorité d'entre nous. Il y a le pêcheur aux crevettes, le papy bien content d'observer tant de poitrines dénudées, les jeunes aux regards concupiscents, les femmes fatiguées de faire semblant, celles qui se cachent derrière une serviette pour se mettre en maillots, d'autres qui bronzent entièrement nues. Une journée à la mer, toute simple, sans rebondissement ni héros valeureux. Pourtant cela se lit comme un roman à suspense, de ceux dont on ne peut lâcher la lecture une fois entamé.

« Vive la marée », Futuropolis, 20 €


DE CHOSES ET D'AUTRES : Étonnants Chinois

 Les plus anciens se souviennent certainement du livre événement 'Quand la Chine s'éveillera' d'Alain Peyrefitte. On était prévenus, mais on n'a rien vu venir. Non seulement la Chine s'est éveillée, mais nous nous sommes endormis sur nos lauriers. Fanés, les lauriers. Aux sceptiques, la preuve avec deux exemples pourtant diamétralement opposés. Selon le dernier classement Forbes, le Chinois le plus riche du pays a vu sa fortune plus que doubler en un an. Wang Jianlin, spécialisé dans l'immobilier et le divertissement, est passé de 13,2 à 30 milliards de dollars. Le capitalisme semble avoir trouvé son eldorado. Ses meilleurs publicitaires aussi, Jianlin se contentant de ce commentaire très sobre pour saluer sa première place : "C'est bon d'avoir de l'argent". Qui en doute encore ? Autre Chinois mondialement connu : Ai Weiwei. L'artiste plasticien le plus novateur de ces dernières années rencontre de nouveaux problèmes. Pas avec la censure, mais avec un géant de l'industrie du... jouet. En prévision d'une nouvelle œuvre géante, Weiwei commande de nombreux Lego directement à la maison mère. Refus de cette dernière au motif que Lego "ne peut approuver l'utilisation de ses briques pour des œuvres politiques". Loin d'abandonner, Weiwei vient de lancer un appel sur les réseaux sociaux pour organiser des collectes dans différentes villes afin d'avoir suffisamment de 'matière'. Entre ses capitalistes triomphants et la création bouillonnante de ses artistes, Peyrefitte avait raison : la Chine s'est éveillée.

mardi 27 octobre 2015

Livre : L'Afrique relevée de « Petit Piment »


Abandonné par ses parents dix jours après sa naissance, Petit Piment grandit dans un orphelinat du Congo. De quoi gâcher une vie racontée dans sa verve habituelle par Alain Mabanckou.

Bébé abandonné à l'entrée d'un orphelinat, Moïse est baptisé par Papa Moupelo, le prêtre qui vient chaque semaine faire chanter les gamins de l'institution. Moïse n'est qu'une petite partie de son nom, long comme un jour sans pain. Mais c'est sous le sobriquet de Petit Piment que cet enfant va faire parler de lui.
Le roman d'Alain Mabanckou, à la première personne, est construit à l'inverse d'une vie. Au début, on galère, puis arrive le temps de l'épanouissement. Avec Petit Piment, c'est l'inverse. Tant que Papa Moupelo venait chaque semaine, la vie valait le coup. Mais du jour au lendemain il disparaît. Encore gamin, notre héros ne comprend pas que le religieux vient d'être victime de la révolution socialiste imposée par le pouvoir. Terminés les chants liturgiques, place aux odes au président. Sous la houlette du directeur, un certain Dieudonné Ngoulmoumako, la vie change. Brimades, punitions, corrections : c'est l'enfer. Les gardiens sont intransigeants, les autres pensionnaire pires. Notamment des jumeaux qui font régner la terreur dans les dortoirs. Quand ils s'en prennent à Bonaventure, le meilleur ami de Moïse, ce dernier décide de le venger. Subrepticement, il introduit une forte dose de piment dans la nourriture des tyrans. Ils passent une nuit terrible. Les trois jours suivants sont abominables. Voilà comment le gamin de Pointe-Noire devient Petit Piment. Les deux caïds, flairant le gars dégourdi et peu impressionnable, lui pardonnent et le nomment second de leur bande.
La première partie du roman, entièrement située dans l'orphelinat, est la plus émouvante. Encore enfant, Petit Piment a un fond d'humanité, de gentillesse et d'empathie. Malgré les coups durs, les injustices et un horizon bouché, il croit encore en l'Homme, comme si l'enseignement de Papa Moupelo persistait tel un phosphène au fond de la rétine. Le drame de Petit Piment, c'est sa gentillesse. Et sa peur de décevoir. Quand les jumeaux décident de s'évader, il n'ose pas refuser de participer au plan. Et le voilà devenu petit voyou dans le grand marché de Pointe-Noire.

Ami des prostituées
Heureusement il croisera une nouvelle fois une bonne âme qui tentera de le sauver. Maman Fiat 500 est une mère maquerelle. Elle se prend d'amitié pour ce gentil garçon, serviable et si prévenant pour ses dix filles. Surtout il ne juge pas sa profession quand elle lui explique. « A-t-on jamais cherché à savoir ce qu'il y a derrière chaque femme qui marchande ses attributs ? On ne naît pas pute, on le devient. (…) Et puis on franchit le pas, on propose à un passant son corps avec un sourire de circonstance, parce qu'il faut aguicher comme dans tout commerce. On se dit que ce corps, même si on le déprécie un soir, on le lavera le lendemain afin de lui rendre sa pureté. Et on le lave une fois à l'eau de javel, on le lave deux fois avec de l'alcool, puis on ne le lave plus du tout, on assume désormais ses actes parce que les eaux de la terre ne pourront jamais procurer de la pureté à qui que ce soit. » Dans le giron de Maman Fiat 500, quelques douces années s'écoulent.
Mais la malédiction frappe de nouveau. Et cette fois ce ne sont pas quelques pincées de poudre de piment qui le sortiront d'affaire. Aussi tragique que l'histoire de ce continent, le roman d'Alain Mabanckou raconte surtout l'énorme gâchis de talent et d'intelligence causé par la misère d'une majorité et l'ambition d'une minorité.
Michel Litout

« Petit Piment », Alain Mabanckou, Seuil, 18,50 €

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'heure de changer

Que vaut-il mieux : décider de changer d'heure ou constater qu'il est l'heure de changer ? Éternel débat de fin octobre, au moment où toute l'Europe dort une heure de plus un dimanche et se lève comme si de rien n'était.
Hier, sans doute pour la première fois de ma vie, j'ai oublié le passage à l'heure d'hiver. Il a fallu que j'allume mon ordinateur, la tasse de café fumante à côté du clavier, pour constater le décalage. Ma mémoire flanche. La sienne jamais. Quel programmateur génial a inventé le réglage de ces machines diaboliques ? Qui, lorsqu'on les éteint, continue à égrener les secondes, les minutes, les jours... Idem pour les smartphones, qui opèrent la bascule automatiquement.
J'imagine l'éleveur qui a jeté son vieux réveil à ressort pour se lever au doux tintement de l'alarme de son téléphone. Chaque matin il est debout à 6 heures pour aller traire les vaches. Hier matin, ce sont les meuglements désespérés de ses animaux qui l'ont réveillé. Le téléphone s'aligne sur l'heure d'hiver, pas les pis des mammifères.
Certains voudraient s'affranchir de l'heure d'hiver. Même de celle d'été. Didier Goux, blogueur, bientôt à la retraite, envisage de se retirer loin de tout avec sa femme et de revenir à « l'heure française », celle des « romans de Simenon ». « La nuit de décembre, pour nous, redescendra vers trois heures et demie de l'après-midi, et les splendeurs de la mi-juin n’excéderont pas neuf heures. » Mais pour y arriver, il devra abandonner tout objet connecté. Pas sûr qu'il y parvienne.

lundi 26 octobre 2015

Poche : Le détroit du loup


Près de la mer de Barents, où les nuits sont sans fin en hiver et les jours interminables en été, Olivier Truc lance ses deux enquêteurs atypiques sur la piste d'une nouvelle affaire. Klemet et Nina sont affectés à la police des rennes. Le roman débute au détroit du Loup. Il sépare la toundra de l'île de la Baleine. Une zone très prisée pour ses immenses prairies. Lors de la traversée, un jeune éleveur meurt noyé. Les traditions des Sami, les tribus autochtones, sont mises à mal par les autorités norvégiennes. Le partage des terres pose problème, celui des richesses de la mer aussi. Car ce polar, après cette mise en bouche naturaliste, se déroule ensuite en grande partie dans le milieu de l'exploitation pétrolière. Des enjeux financiers considérables qui attisent les appétits de certains. Les éleveurs de rennes sont parfois un obstacle au développement. (Points, 8,60 €)

Série télé : Avengers, une suite très Shield


La première saison des « Marvel, les agents du Shield » vient de sortir en intégrale.




Le film « Avengers », tiré des BD de Stan Lee, cumulant plusieurs centaines de millions de dollars de recettes, il est logique que des producteurs aient eu l'idée de prolonger la recette sur petit écran. Ainsi est née en 2012 la série « Marvel, les agents du Shield », diffusée sur ABC puis Série Club et W9 en France. Josh Whedon, réalisateur des longs-métrage, est également à la création et la production de la série.
L'histoire débute après la guerre de New York. Fury, directeur du Shield, service secret qui protège la planète, monte une équipe autonome. A sa tête Coulson (Clark Gregg), un agent qui a la particularité d'avoir été laissé pour mort, dans le premier film, sur le champ de bataille. Après un long séjour à Tahiti, il est rétabli et officie dans un énorme avion furtif. Il recrute un agent spécial expert en mission d'infiltration Ward, une pilote adepte des arts martiaux, May et deux jeunes savants à peine sortis de l'académie, Leo et Jemma. La dernière recrue est beaucoup moins classique. Skye (Chloe Bennet) est une hacker membre d'une organisation anarchiste nommée « Marée montante ». Elle cherche à pénétrer les secrets du Shield. Capturée par Coulson, il détecte en elle un potentiel qui pourrait lui être fort utile. Sa façon de penser, tout sauf politiquement correcte, permet à l'équipe de prendre de vitesse des ennemis peu habitués à de telles méthodes.
La jeune femme devient rapidement un des personnages principaux de la série. Composée de 22 épisodes, elle alterne histoires autonomes avec l'intervention de quelques personnages des films comme la guerrière Sif ou l'agent Maria Hill, et le fil rouge autour des secrets des uns et des autres. Les principales interrogations tournent autour de l'origine de Skye, de la résurrection de Coulson et de savoir qui se cache derrière le mystérieux personnage du Clairvoyant. On se demande également qui est le traitre dans l'équipe. Car un des héros récurrent bascule en cours de saison dans le côté obscur, au service de Hydra.
Côté bonus en plus de quelques reportages sur les scènes clés (la chute libre ou l'explosion sur le pont), ne manquez pas le bêtisier. Si Coulson et May (Ming-na Wen) dans la série sont toujours très sérieux, avant et après les prises, ce sont de sacrés plaisantins... Et si vous devenez accro à la série, ne manquez pas ce dimanche soir la diffusion des trois premiers épisodes d la saison 2 sur Série Club à partir de 20 h 50.
« Les agents du Shield », Marvel, intégrale de 6 DVD, 40 euros.

dimanche 25 octobre 2015

BD : Astérix, retour parfait

Les Pictes étaient corrects, le Papyrus est génial. Plus de doute, le choix de Ferri et Conrad pour prolonger les aventures de l'irréductible Gaulois est excellent. Uderzo peut être rassuré, son personnage est entre de bonnes mains et Goscinny pleinement profiter de son séjour au paradis bien mérité après nous avoir tant fait rire. En réalité, on a l'étrange impression de retrouver ce petit monde exactement là où on l'avait laissé juste avant la mort du scénariste survenue en plein test d'effort pour vérifier qu'il était en bonne santé... Au niveau du dessin, Conrad s'est parfaitement coulé dans le style d'Uderzo. Bien difficile désormais de faire la différence entre l'original et le repreneur. Mais la très bonne surprise réside dans l'histoire. Toute l'intrigue n'est qu'un prétexte pour brocarder les mauvaises habitudes contemporaines, sport dans lequel Goscinny excellait. Dans la cible des auteurs, les circuits de l'information, notamment les rumeurs propagées par les réseaux sociaux. César vient de mettre un point final à son manuscrit « La Guerre des Gaules ». Mais dans un chapitre, il reconnaît sa défaite face au village dirigé par Abraracourcix. Une tâche sur son parcours qu'un conseiller en communication, Promoplus, lui suggère d'occulter. C'est cette partie du texte censurée qu'un activiste de la vérité dérobe et tente de rendre public. Intelligent, hilarant et bourré de clins d'œil, cet album sera le livre le plus vendu cette année. Mérité car c'est peut-être aussi le meilleur de toute la production de BD en 2015.   


samedi 24 octobre 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Terreur absolue


La proximité d'Halloween génère toujours quelques phénomènes de société inquiétants. Comme l'envie d'avoir peur collectivement. En 2014, le film Annabelle décrochait la palme, cette année le cinquième opus de la série Paranormal Activity semble sur le point de l'emporter. Au point de provoquer de véritables émeutes dans certaines salles comme avant-hier à Perpignan.
Les amateurs de fin du monde, quant à eux, (souvenez-vous, Bugarach), sont persuadés que l'astéroïde géant qui frôlera la Terre le 31 octobre provoquera séismes et autres raz-de-marée. Alors qu'en réalité, le caillou de 470 mètres de diamètre passera à 500 000 km de notre planète bleue.
Par contre, un petit film en noir et blanc de 2 minutes sur YouTube est en passe de devenir un phénomène capable de peupler durablement vos nuits de cauchemars. Dans une maison en ruines, un homme vêtu de la tenue des médecins pendant les épidémies de peste, avec le fameux masque en forme de bec d'oiseau, fait des signes à la caméra. Les images sont saccadées et la bande son constituée d'une sorte de grincement incessant, genre Canal+ sans décodeur. En analysant ces bruits, certains y ont découvert le message « Vous êtes déjà mort », d'autres la phrase « Tuez le président » agrémentée des coordonnées GPS de la Maison Blanche. Bref, c'est particulièrement flippant.
Mais après réflexion, tout cela n'est que broutilles comparé aux deux heures de terreur absolue que nous avons failli subir jeudi soir sur France 2.

En bonus, la fameuse vidéo flippante :

vendredi 23 octobre 2015

BD : Chevalier aux visions


Guillermo G. Escalada ne va se faire des amis dans le milieu de la bande dessinée. Cet Espagnol a un talent tel, qu'il devrait automatiquement provoquer le suicide des deux-tiers de la profession. Comment oser tracer le moindre trait après avoir vu une seule des cases de l'album « Le chevalier à la licorne » ? Je caricature mais c'est pourtant l'impression qui domine après avoir refermé cette BD écrite par Stéphane Piatzszek. Que cela soit dans les scènes de bataille comme dans celles plus oniriques, la puissance du trait d'Escalada saute aux yeux. Certaines planches muettes méritent d'être exposées dans les plus grands musées. Bon arrêtons de nous esbaudir sur le graphisme et penchons nous sur l'histoire. Bingo, c'est aussi du très bon. Le chevalier Hospitalier Juan de la Heredia, lors de la bataille de Crécy, pour sauver le roi de France, lui donne son cheval. Il se retrouve seul, à pied, entouré de dizaines de soldats ennemis. Un carnage. Il en sortira pourtant vivant, tué puis ressuscité par une licorne blanche. Il sombre dans la folie et part à la recherche de cet animal légendaire. Attention, chef-d'oeuvre.

« Le chevalier à la licorne », Soleil Quadrants

DE CHOSES ET D'AUTRES : Pâtes al dente


Le scandale est énorme, la mobilisation forte et spontanée. Pas question de laisser passer cette abomination. Non, je ne parle pas de la Jungle de Calais ni du blocage des routes par les gens du voyage. En fait ce qui agite quelques intellos actifs sur internet concerne plus prosaïquement la question de la cuisson des pâtes. La révolte semble partir d'un article d'une certaine Floriana sur le site Slate.fr. Un papier rageur dans lequel elle démontre que le "one-pot-pasta" n'est pas du tout une recette italienne.
Imaginée par des Américains, cette hérésie est d'une simplicité aberrante. On met des légumes et des pâtes dans de l'eau froide, on fait cuire trente à quarante-cinq minutes... L'eau froide ne passe pas du tout. Pour Floriana, les pâtes italiennes se dégustent exclusivement al dente. Et pour obtenir cette texture une seule solution : plonger les pâtes dans de l'eau bouillante. Cette aberration totale a le don de lui libérer la plume : "Vous cuisez trop les pâtes et ensuite vous vous étonnez d'être allergiques au gluten, à l'air, à la joie, à la vie. Si vous avez mal au bide en mangeant des pâtes, ce n'est pas à cause du gluten, c'est parce que vous bouffez vos pâtes trop cuites". La suite est encore plus violente.
Une indignation crescendo et pas une seule voix ne s'est élevée pour contredire la chroniqueuse de "cuisine rital" de Slate. Au contraire, la 'pâtosphère' (terme inventé à l'instant pour désigner les amateurs de pâtes connectés) surenchérit pour se moquer de ces ignares de bouffeurs de nouilles molles, dénués du moindre goût. Le débat est clos, les nouilles cuites !
En bonus, la vidéo de la recette maudite :

jeudi 22 octobre 2015

Cinéma : Précis de la solitude absolue avec "Seul sur Mars" de Ridley Scott


Naufragé sur une planète hostile. Impossible de faire plus solitaire pour l'astronaute qui se retrouve "Seul sur Mars", film de Ridley Scott.



Ridley Scott est un des plus grands cinéastes encore en activité. Selon sa fiche "AlloCiné", il cumule plus de 53 millions d'entrées sur ses différentes réalisations. Et à chaque fois ce sont des films marquants. Tout le monde se souvient de "Thelma et Louise", qui n'a pas frémi en découvrant la gueule gluante d'Alien ? Les nouvelles technologies ne lui font pas peur. Bien au contraire, il sait les exploiter à bon escient. Comme James Cameron dans "Avatar", il utilise au mieux la 3D. Premier essai concluant avec "Exodus" l'an dernier. C'est encore mieux pour "Seul sur Mars", à l'affiche cette semaine. Que cela soit sur la planète rouge ou dans l'espace, les scènes sont criantes de vérité. On se sent véritablement au cœur des événements. Rien que pour cette sensation, le film mérite d'être vu. Cerise sur le gâteau, le scénario tiré du roman d'Andy Weir (voir ci-contre) est excellent. Dans un proche futur, un équipage de six astronautes est sur Mars pour une mission de quelques jours. Collecter des échantillons, faire des analyses... Presque un travail routinier entre deux longs voyages à des millions de kilomètres de la terre.
Quand une violente tempête de sable arrive sur la base, l'ordre est donné d'évacuer immédiatement. Dans de violentes bourrasques, ils rejoignent le module de décollage. Frappé par une antenne parabolique, le botaniste Mark Watney (Matt Damon) est emporté à des dizaines de mètres. Le reste de l'équipage le croit mort. Ils décollent avec un siège vide. Sur Terre, les dirigeants de la Nasa font une conférence de presse pour annoncer la mort de Mark.

Un problème : une solution
Seulement blessé, Mark parvient à rejoindre la base, l'habitat en jargon martien. Abandonné, seul, un peu désemparé, il ne va pas sombrer dans la folie. Au contraire, en réglant les problèmes les uns après les autres, il va mettre en place un plan de survie.
Priorité l'alimentation. Il va réussir à faire pousser des pommes de terre, devenant le premier cultivateur de Mars. Puis il va devoir trouver une solution pour l'eau. Puis les communications avec la Terre. Une fois sa survie assurée, il ne lui reste plus qu'à trouver une solution pour rejoindre la terre. Un sacré enjeu. Ce rôle en or permet à
Matt Damon de s'affirmer comme un excellent acteur. Il n'en fait pas trop dans le genre "rien ne me résiste, j'ai solution à tout". Parfois il a des doutes. Des envies de tout abandonner. Mais à chaque fois il trouve l'étincelle qui lui permet de repartir, de tenter autre chose, de trouver une solution différente. Mark fonctionne aussi sur l'originalité. En plus d'être le premier agriculteur sur Mars, il va également être celui qui a le plus exploré la planète, y est resté le plus longtemps et pourrait devenir, si tout se passe bien, l'homme qui est allé le plus vite dans l'espace.
Du grand spectacle, une des sorties de cette fin d'année à ne pas manquer.

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Tiré d'un roman d'Andy Weir


Le film est adapté du roman éponyme d'Andy Weir. Cet auteur californien est programmateur en informatique. Du moins c'est en encodant des pages et des pages pour des jeux vidéo qu'il gagne sa vie. A côté, il se passionne pour la science-fiction. Quelques nouvelles et un premier roman qu'il propose à plusieurs éditeurs. Refus poli. Il met alors le texte en vente sur la plateforme d'Amazon. « Seul sur Mars » devient rapidement un best-seller... numérique. Un éditeur classique décide d'acheter le roman et l'imprime. Nouveau bingo ! En France, Bragelonne a publié le roman l'an dernier et vient de sortir une édition poche à petit prix. Une fois les droits ciné achetés, Andy Weir peut enfin se consacrer à plein temps à l'écriture. Il est en train de mettre le point final à un nouveau livre, plus classique dans ce genre assez spécial. En clair il y aura moins d'explications scientifiques et plus d'imagination comme des aliens ou des déplacements à la vitesse de la lumière...

« Seul sur Mars » d'Andy Weir, grand format chez Bragelonne, 20 euros, poche chez Milady, 7,90 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES : Sens unique

Petite révolution au cœur de mon village : le dernier tronçon de la rue principale vient de passer en sens unique. Incroyable comme un infime changement peut perturber la vie d'une communauté. Cette "avenue" n'en a que le nom, pas la largeur. Dès qu'un autobus, un camion ou l'un de ces nouveaux monstres motorisés connus sous le nom de SUV s'y engageait, impossible de se croiser. Les voitures garées sur les trottoirs obligeaient les piétons à descendre sur la chaussée. Bref, pas satisfaisant du tout au niveau sécurité. La mairie a donc pris les mesures qui s'imposaient, décidé cette mise en sens unique et on ne peut que s'en féliciter. 
Par contre ce nouveau plan de circulation urbain mettra sans doute quelque temps à pénétrer les esprits. Quatre jours après sa mise en place, nombre d'automobilistes s'engagent encore dans le sens interdit. Les habitudes ont la peau dure. Pourtant, des plots en plastique amovibles ont été provisoirement installés pour empêcher les plus grosses bévues et les policiers municipaux veillaient au grain, le premier jour, aux endroits stratégiques.
 Il est vrai aussi (le moindre changement implique toujours son lot de mécontents) que désormais une partie des habitants du village doit effectuer un détour d'un bon kilomètre pour rejoindre la route nationale. Et d'hésiter entre le meilleur chemin : celui du "haut" qui passe dans des lotissements ou celui du "bas" qui oblige de prendre un passage à gué ? 
Un moindre mal par rapport aux avantages, pour les piétons... et les rétroviseurs !

mercredi 21 octobre 2015

DVD : "Jurassic World", plus gros, plus méchant...

Un nouveau dinosaure, particulièrement vorace et intelligent, en tête d'affiche.



Énorme succès de cet été en salles, "Jurassic World" de Colin Trevorrow sort en blu-ray et DVD cette semaine. Un film monumental, par l'ampleur de son budget et l'ambition de ses effets spéciaux. Pour ce qui est du scénario, pas beaucoup de nouveauté par rapport aux autres titres de la série. On retrouve un gros dinosaure bien méchant, une jolie héroïne en talons aiguille (pas très approprié quand il faut courir dans la jungle), un aventurier cool et humaniste sans oublier les enfants en danger, marque de fabrique de tous les Jurassic...

Par contre, il faut reconnaître que sur ces bases peu révolutionnaires, le réalisateur a concocté un film rythmé, sans temps morts, agrémenté de quelques trouvailles originales pour faire passer une histoire un peu courue d'avance. On aime par exemple les multiples références au premier opus, notamment les vieilles jeep sorties de leur léthargie. Très bon aussi le patron un peu mégalomane qui tient absolument à piloter lui-même son hélicoptère, au risque de tuer tous les passagers...
Grosse production oblige, en plus des têtes d'affiches que sont Chris Pratt (muscles saillants et gentillesse dans le regard) et Bryce Dallas Howard (déjà vue dans Spider-man ou Terminator), on retrouve des stars venues d'horizons différents. Dans le rôle d'un dresseur de raptor, Omar Sy s'en tire avec les honneurs, Irrfan Khan, acteur indien, prête ses traits au nouveau patron du parc d'attraction et dans le rôle du super méchant, Vincent d'Onofrio est excellent.
Sur le DVD quelques bonus, notamment des passages coupés. Ne ratez pas la scène "merdique" entre Chris Pratt et Bryce Dallas Howard. Dans le genre "tue-l'amour", impossible de faire mieux.

"Jurassic World", 20 euros le DVD, 23 euros le blu-ray et 30 euros le blu-ray en 3D.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Date futuriste

Tout le monde rêve de connaître sa destinée. Un souhait impossible à exaucer, sauf aujourd'hui. Nous sommes le 20 octobre 2015. Or tous les amateurs de cinéma américain savent exactement en quoi consistera le quotidien du 21 octobre 2015.
Dans le second volet de Retour vers le futur de Robert Zemeckis, sorti en 1989, le héros Marty McFly, interprété par Michael J. Fox, se propulse dans l'avenir et se retrouve exactement le 21 octobre 2015. Quelques décennies plus tard, tout le monde s'amuse à comparer les inventions présentées dans le film et notre présent. En gros, les scénaristes ont vu assez juste. Même si nous ne disposons toujours pas de voitures volantes, de skateboards gravitationnels ni de four agrandisseur de pizza, on note quand même la présence de lunettes à réalité augmentée, d'un drone promeneur de chien et de robots serveurs à l'effigie de stars.
Par contre, aucun smartphone à l'horizon, pas plus que la généralisation des écrans et du net. Au contraire, le papier règne encore en maître, toutes les informations arrivent à jet continu sur des fax prodigues. Fax qui, au passage, ont aujourd'hui quasiment disparu de la circulation...
Mais la plus grosse bourde concerne la royauté britannique. Dans le film, la reine est une certaine Diana. La pauvre Lady Di n'a pas eu l'occasion de monter sur le trône. Pire, Elisabeth vient même de battre le record de longévité de règne.
Enfin il manque le plus important, le seul truc qui pourrait véritablement nous être utile : les numéros du tirage du loto de demain soir.


Chronique parue le... 20 octobre 2015 à la dernière page de l'Indépendant.

mardi 20 octobre 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Usurpation d'identité

Peu importe le résultat du référendum organisé par le PS sur l'unité de la gauche aux régionales, il restera sujet à caution. Normal, quelques rigolos, malgré leur acceptation de la charte, ont utilisé plusieurs noms pour voter, et même pour certains, usurpé l'identité de quelques politiques connus. On ne plaisante pas avec son patronyme. Même les pseudos des artistes deviennent parfois sujet à caution.
Le dessinateur de presse Terreur Graphique (Fluide Glacial, Libération), comme la majorité de ses collègues, s'inscrit sur Facebook. Mais le réseau social, depuis quelques mois, tente de débusquer les surnoms improbables. Terreur Graphique entre parfaitement dans le cadre. Surtout, suite à son incapacité de fournir une pièce d'identité à ce nom, Facebook suspend son compte. Pour continuer à "exister" sur le net, le dessinateur se présente désormais sous son vrai nom : Georges Boissier. Beaucoup moins vendeur !
La même aventure est arrivée à un Anglais appelé "Something Long and Complicated", soit "Quelque chose de long et Compliqué". Sauf que dans ce cas précis il s'agit de son véritable état civil. À l'issue d'une longue bataille juridique, il obtient de l'administration londonienne un changement officiel de patronyme. Oublié le trop banal William Wood, place à l'unique et atypique Something Long and Complicated. Photocopie de carte d'identité et de permis de conduire à l'appui, il parvient à faire réactiver son compte Facebook. Lui qui voulait changer de nom pour se faire remarquer, doit carrément jubiler.

BD- Goossens est grand


Très belle voiture de course sur la couverture du nouvel album de Goossens. Dommage que la perspective du bolide aux courbes parfaites soit gâchée par un cowboy moustachu et poilu des mollets, en slip qui plus est, lascivement allongé sur le capot. Voilà tout le problème de Daniel Goossens, dessinateur de génie, au talent incommensurable mais qui ne peut jamais se contenter du beau. Il lui faut toujours enlaidir ses enluminures avec quelques tronches de dégénérés à gros nez. Pareil pour ses scénarios. Absurdes, forcément absurdes. Hilarants aussi. Toujours. Que fait donc ce cowboy en couverture. Il est le héros d'une des histoires composant cet album intitulé « Combats ». Gus fait partie d'une multinationale spécialisée dans la vente des femmes nues. Mais la conjoncture est mauvaise. Les ventes sont en baisse. Un stagiaire a l'idée du siècle : offrir un gadget avec la femmes nue. Une mécanique, sur roue avec un moteur. Une « vouature » ? Gus s'insurge : « glisser une voiture sous une femme nue pour la vendre, c'est dégradant. La femme nue n'a pas besoin de ça. Elle doit se vendre par elle-même, par ses propres qualités. » Toute ressemblance avec un salon de l'auto... On croise aussi dans ces pages Dieu, tellement énervé par le bazar qui règne à l'entrée du Paradis qu'il préfère aller s'en jeter un au bar du coin. Son fils, Jésus, revient. En technocrate imbattable en droit des sociétés. Et puis il y a aussi les personnages récurrent de l'univers de Goossens : Georges et Louis romanciers. Louis lassé de sa vie un peu trop plan plan. Il prend des cours de couture pour devenir... maître du monde. Si après ces exemples vous ne comprenez pas que Goossens est grand, arrêtez de lire de la BD en dehors du prochain Largo Winch... 
 « Combats », Fluide Glacial, 14 euros

lundi 19 octobre 2015

BANDE DESSINEE : Corto Maltese, l'aventurier perpétuel

Figure singulière de la bande dessinée, Corto Maltese, créé par Hugo Pratt en 1967, revient en librairie dans une aventure inédite. Retour sur le parcours du plus romantique des aventuriers de papier.

Afrique, Asie Pacifique, Europe, Amériques... Les pages de garde des nouvelles éditions des aventures de Corto Maltese donnent une bonne idée de la bougeotte du héros imaginé par Hugo Pratt et dont un album inédit vient relancer la carrière. Le marin d'origine maltaise, anarchiste et romantique, ne craint pas de partir à la découverte d'horizons inconnus. Comme son créateur, l'Italien Hugo Pratt, longtemps installé en Argentine, qui a connu le succès en France et finit ses jours en Suisse il y a tout juste 20 ans. Vingt années durant lesquelles ses bandes dessinées ont régulièrement été rééditées, tant les aventures de Corto Maltese que ses productions antérieures comme Ann de la Jungle ou Sergent Kirk. Mais Corto tient une place à part dans sa carrière. Plus qu'un personnage, Pratt estimait qu'il avait "créé un mythe". De sa jeunesse en Mandchourie en 1901 à sa mort (ou disparition, son créateur n'a jamais été clair sur ce point précis) en Espagne après son engagement dans les Brigades Internationales dans les années 30. Un parcours fulgurant rempli de 'trous', bien pratiques pour les repreneurs de la série. Corto c'est un physique de jeune premier, impassible, imperturbable, charmeur. Casquette de marin vissé sur le crâne, longues rouflaquettes et boucle dans l'oreille gauche, il est reconnaissable aussi à son grand cardan, cependant plus élégant que les pantalons de golf de Tintin. Sa première aventure, en 1967, le montre d'entrée en mauvaise posture, dérivant dans l'Océan Pacifique attaché sur une croix. Une histoire de pirates, un peu comme le Sandokan exhumé des archives de Pratt.

De la littérature
Toute la différence est dans la personnalité du héros. Il semble passer à travers ces événements, comme ballotté et rarement concerné par ces luttes triviales. Peu bavard, renfermé, il s'en tire toujours alors que ses ennemis le croient fini. Par la suite il changera de décor, de la Sibérie (avec Raspoutine, personnage secondaire essentiel de la saga) à Venise, ville chère au cœur de Pratt en passant par l'Amazonie ou la Corne de l'Afrique. Mieux que les reportages du National géographic car doublés de documentaires historiques. En France, Corto Maltese a débuté sa carrière dans... Pif Gadget. L'hebdomadaire communiste commande des histoires complètes de 10 ou 20 pages au créateur italien. Le marin dénote entre Rahan et le Docteur Justice et ne trouve pas véritablement son public chez les jeunes. Pratt en ce sens est le véritable pionnier de la bande dessinée dite adulte. Le personnage deviendra par la suite un pilier du magazine (A Suivre) publié par les éditions Casterman, ouvrant la voie à Tardi, Forest ou Comes dans la reconnaissance du noir et blanc. C'est Pratt aussi qui a donné ses lettres de noblesses à ce que l'on appelle parfois pompeusement de 'roman graphique' même si dans son cas il s'agit véritablement d'une œuvre où l'écrit, les dialogues notamment, très théâtraux parfois, ont une importance primordiale. Corto a fait rêver des générations d'aventuriers en salon, parcourant le monde dans le sillage de ce marin capable de s'acclimater à toutes les situations.

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Un retour 'Sous le soleil de minuit'

Quand les ayants droit de l'œuvre d'Hugo Pratt décident de donner une suite aux aventures du marin maltais, la principale difficulté réside dans le choix des repreneurs. Refaire du Lucky Luke ou du Blake et Mortimer est à la portée de tout dessinateur un peu doué, se fondre dans le style de Pratt beaucoup moins aisé. Entre esquisse et ligne claire allégée, aux décors minimalistes et personnages typés, le trait de Pratt est immédiatement identifiable. Mais est-il imitable ? Oui en grande partie peut-on affirmer désormais après avoir lu 'Sous le soleil de minuit', 13e titre de la série. Ruben Pellejero, dessinateur catalan, remarqué pour sa série Dieter Lumpen et ses histoires complètes avec Denis Lapière dans la collection Aire Libre (Un peu de fumée bleue ou L'impertinence d'un été) a su acclimater ses plumes et pinceaux à la magie graphique de Pratt. Cela donne des cases d'une simplicité et d'une force redoutables. D'autant que l'aventure se déroulant en grande partie dans le grand nord canadien, les étendues blanches et verticales sont légion pour planter l'ambiance désertique typique de l'univers de Corto.
Un bon dessin c'est essentiel, mais toute la particularité de l'univers de Corto passe aussi et surtout par les scénarios denses, bourrés de personnages et de rebondissements. Casterman a là aussi cherché ce qui se fait de mieux, toujours en Espagne. Juan Diaz Canales, créateur de Blacksad, a accepté dans la minute la proposition. Il avoue être passionné par cet univers et avoir "développé au fil des ans une relation très forte avec les personnages. Reprendre Corton c'est pour moi comme travailler avec un vieil ami." Une connaissance qui saute aux yeux dans la nouveauté. L'action se déroule en 1915. Si l'Europe est plongée dans la guerre, Corto, aux USA, est missionné par son ami Jack London pour remettre à une 'amie' une lettre. Il doit pour cela rejoindre une ville minière perdue dans le grand nord canadien. Un long périple au cours duquel il croise des rebelles irlandais, des Indiens révolutionnaires (avec procès bâclés et exécutions par guillotine), des gardes montés à la justice expéditive, un ours blanc et même un espion allemand. Sans oublier quelques jolies jeunes femmes, déterminées même si elles ont tout à apprendre du maniement des fusils. 'Corto Maltese' (tome 13), Casterman, 16 euros (il existe une édition en noir et blanc, d'un format plus grand, 25 euros). 

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Rééditions : Pratt est toujours là

Corto Maltese demeure une figure charismatique, romanesque, au look sophistiqué : c'est une icône masculine. Son individualisme revendiqué, son célibat assumé, ses actions désintéressées, son mode de vie nomade, son sens de la dérision, son élégance et son charme l'imposent comme une incarnation idéale du trentenaire contemporain." Cette description très juste du héros d'Hugo Pratt est de Benoît Mouchart, directeur éditorial des éditions Casterman. Il poursuit en constatant que les lecteurs peuvent parfaitement s'identifier à ce personnage qui traverse les décennies. Logique donc que la maison d'édition décide de redonner vie au héros mystérieux. Sans cependant oublier d'exploiter le fond. Les aventures de Corto Maltese ce sont des centaines de planches, découpées en une douzaine d'albums. Si les originaux ont des cotes très appréciables (plus de 150 euros pour l'édition de 1975 de "La Balladede la mer salée"), ce sont des BD que l'on trouve sans aucune difficulté dans toutes les librairies. Et pour marquer l'arrivée de la nouveauté de Diaz Canales et Pellejero, Casterman a repris l'ensemble de la série dans une nouvelle présentation plus classique avec couverture cartonnée. Les trois premiers tomes, sortis en juin, ont été suivis de trois autres fin août. En même temps que "Sous le soleil de minuit", est sorti "La jeunesse", "Fable de Venise" et "La maison dorée de Samarkand". Les collectionneurs devront attendre le 18 novembre pour compléter la série avec les trois derniers volumes. Les histoires de Hugo Pratt sont également disponibles (pour certaines) dans des éditions de poche à petit prix. Folio a profité de la vague pour remettre en, vente "Fable de Venise" et "Les éthiopiques", deux chef-d'oeuvres absolus au tout petit prix de 7,65 euros. Folio également a réédité le seul roman écrit par Hugo Pratt à la fin de sa carrière. Simplement intitulé "Corto Maltese", il s'agit d'une nouvelle version de la "Ballade" mais sous forme d'un roman. Tempêtes, mers du sud, pirates : on retrouve tout l'univers de Pratt mais avec une musique différente, encore plus littéraire que dans ses BD. Non seulement Corto Maltese est de retour, mais il est omniprésent. Eternel aventurier sans cesse sur le départ, Corto ne demande qu'à vous faire rêver. Longtemps. Partout.

BD - Espion mignon

Certains héros sont immortels. Ceux qui ont cru enterrer Hubert Bonisseur de la Bath sous les décombres de la guerre froide en sont pour leur argent. Hubert, plus connu sous son nom de code de OSS 117, après le succès des romans de Jean Bruce, est revenu par grand écran interposé et son interprétation ironique de Jean Dujardin. Il revient une seconde fois, presque au premier degré cette fois, dans des aventures écrites par Gihef et dessinées par Rinaldi. Dans « Tequila Molotov pour OSS 117 », Hubert s'infiltre dans l'ambassade russe de Mexico pour découvrir qui se cache derrière les bandelettes portées par un mystérieux transfuge. Plaque tournante vers Cuba, le Mexique grouille d'agents troubles. OSS 117 aura fort à faire face à la belle et totalement nymphomane Anna Kousakova, au perfide Piotr Pogossian et au musculeux Chimichanga, catcheur mexicain au masque terrifiant. L'agent américain aux ascendances françaises pourra cependant bénéficier de la complicité de Pilar Tomez-Rojaz, aspirante espionne, bonne Mexicaine dans tous les sens du terme. On retrouve dans cette BD distrayante tous les ingrédients des romans : action, bagarre, humour et un soupçon d'érotisme. Vintage, mais très réussi.

« OSS 117 » (tome 1), Soleil, 11,95 €

dimanche 18 octobre 2015

BD : L'autre Amérique du "Capitaine Perdu" de Jacques Terpant


Durant de longues années, l'Amérique du Nord a parlé français. Du moins les colons étaient d'origine française. Du Canada, les coureurs des bois ont conquis tout le centre du continent en descendant le Mississippi. Mais les Anglais ont remporté la guerre de sept ans et en 1763 le roi de France cède ses colonies aux tuniques rouges. Jacques Terpant dans « Capitaine perdu », raconte comment les derniers soldats à la fleur de lys ont été abandonnés aux nouveaux maîtres de la contrée. Mais l'auteur met surtout en lumière la différence de traitement des autochtones par les deux pays colonisateurs. Là où les Français prônent l'intégration, multipliant les mariages mixtes et la bonne entente avec les tribus indiennes, les Anglais mènent une politique de terre brûlée, tuant et exterminant. Conséquence, quand les soldats français se retirent, plusieurs tribus indiennes récupèrent le drapeau français et poursuivent la guerre contre les envahisseurs. Si la BD (aux couleurs directes sublimes) raconte avec lyrisme cette résistance et fidélité sans faille, un cahier historique en fin d'album permet de mieux comprendre le contexte de l'époque.
« Capitaine Perdu » (tome 1), Glénat, 14,50 €

DE CHOSES ET D'AUTRES : Démarchage à table

Hier matin, au troisième coup de fil de téléprospecteurs décidés à nous vendre dans l'ordre, une mutuelle, des meubles et des panneaux solaires, mon épouse et moi jetons l'éponge.
Nous partons déjeuner à la terrasse d'une petite brasserie ouverte depuis quelques mois. Bondée, bruyante et les tables aussi rapprochées qu'à Paris. Nous ne pouvons nous empêcher d'entendre des bribes de la conversation de nos voisins. Des histoires de bureau d'étude, de contrats, de voitures et de prêts. Discussions professionnelles.
De professionnalisme, le serveur en manque désespérément. Seul, il semble un peu débordé. Lassée d'attendre la carafe d'eau, ma tendre moitié est obligée de l'interpeller très fort. Elle s'en excuse auprès de notre voisin de table, au téléphone (qui venait d'ailleurs de lui lancer un regard contrit). "Désolée, le serveur est un peu sourd". "Entre autres... » répond-il, un sourire en coin. Finalement le reste du repas se déroule sans heurt, le plat principal (des queues de lotte à la provençale) se révèle même délicieux.
Au moment de régler l'addition, notre voisin nous demande tout de go si nous sommes d'ici. Et si nous sommes propriétaires. L'acquiescement poli de mon épouse scelle notre sort. "Je suis commercial pour une entreprise de pose de panneaux solaires. Vous serez étonnée par les économies réalisées. Voici ma carte, mais laissez-moi vos coordonnées, je vous recontacterai." Et voilà comment, persuadés d'échapper aux importuns téléphoniques, on se retrouve à leur donner directement notre numéro après avoir presque mangé en leur compagnie.
Pauvres de nous.

samedi 17 octobre 2015

BD - Vacances en famille



Il est des histoires qui donnent du baume au cœur. Des récits simples comme le bonheur, celui des jours normaux et de la vie quotidienne. Trop souvent on ne se rend pas compte de cette joie de vivre, cette plénitude, cet équilibre. En refermant l'album de Zidrou et Lafèbre, on n'a plus d'excuses. Obligé de se souvenir des belles choses de son passé, de profiter du présent et d'envisager le futur avec sérénité. La faute à cette petite famille belge qui, en août 1973, est sur départ. Mado, la mère, a tout préparé. La 4L est pleine comme un œuf. Les quatre enfants, de l'ado au bébé, patientent dans l'entrée. Problème Pierre, le conducteur, n'est pas encore prêt. Il doit mettre les dernières touches de couleurs à sa bande dessinée. Cela fait trois jours qu'il travaille d'arrache-pied, courbé sur sa planche à dessin. Quand enfin il livre ses planches, c'est parti pour un mois de vacances au Sud de la France. Pique-nique au bord des routes et camping sauvage. Que du bonheur. Si l'on oublie que Pierre et Mado comptent divorcer à la rentrée... Entre nostalgie et réflexion sur l'amour qui fane comme les plus belles fleurs, cette histoire arrachera quelques larmes aux plus sensibles.

« Les beaux étés » (tome 1), Dargaud, 13,99 €

Livre : Lettres de Marcel Pagnol


Recueil de lettres adressées à des collègues et amis, ce livre coordonné par son petit-fils Nicolas permet de cerner l’extraordinaire professionnalisme de Marcel Pagnol. S’il débute au théâtre, très vite il se tourne vers le cinéma et invente le statut de scénariste-réalisateur-producteur. Une seule casquette pour être absolument maître de ses œuvres. Par contre il ne peut pas se passer de comédiens. Alors il choisit les meilleurs et leur offre des rôles de légende. De Fernandel à Raimu, il a permis à ces Provençaux de conquérir toute la France. Mais pas sans difficultés quand on découvre les rapports parfois houleux du réalisateur avec ces stars de l’époque. La première partie, la plus passionnante aussi, retrace les longues années de collaboration entre Pagnol et Raimu. Les deux hommes s’apprécient, mais leurs caractères entiers brouillent parfois les cartes. Les fâcheries sont récurrentes. Violentes parfois. Même les huissiers sont intervenus... Pourtant on retient surtout l’indéfectible amitié des deux hommes..


J’ai écrit le rôle de ta vie”, Robert Laffont, 21 euros.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Hoquets de rire avec la version papier du Bilboquet Magazine


Plus c'est gros, plus on y croit. Certains sites internet, pour augmenter leur audience, mettent en avant des informations insolites et étonnantes. L'internaute de base, toujours à l'affût de nouvelles sensations, se laisse attraper par des titres racoleurs pour ne pas dire mensongers. Un boulevard pour les amateurs de pastiches. C'est ainsi que Bilboquet Magazine a vu le jour en 2012.
Des milliers de clics plus tard, les "ancêtres" vont pouvoir eux aussi se bidonner sans être obligés de taquiner le "mulot". Un livre, en papier, avec couverture en couleurs (illustrée par Vuillemin), doté d'une mise en page aussi criarde que bariolée digne des magazines people de la grande époque. En plus des articles réellement étayés comme "437 crises d'épilepsie lors du dernier défilé Desigual" ou "Le voleur des deuxièmes chaussettes enfin sous les verrous", quelques rubriques spécifiques dont ces tests pratiques sur les couverts en plastique ou le matelas à champagne (version luxe du matelas à eau).
Mais mon histoire préférée reste celle du "hipster qui s'étouffe à mort en boutonnant sa chemise jusqu'en haut". J'en ris encore !
"Bilboquet Magazine", Hugo Desinge, 14,95 euros

vendredi 16 octobre 2015

Cinéma : Famille et pierre, des valeurs sûres

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Jean-Paul Rappeneau signe son retour avec 'Belles familles', film sur l'héritage, le mensonge et la famille. Mais surtout la seconde chance après une erreur.

Depuis le succès phénoménal de 'La famille Bélier', le cinéma français semble de plus en plus intéressé par ces histoires de liens complexes entre les géniteurs et leur descendance. Ce n'est pas nouveau, mais ce qui paraissait désuet il y a peu encore, revient à la mode pour ne pas dire tendance. Jean-Paul Rappeneau (Le Sauvage, Tout feu tout flamme), à plus de 80 ans, signe un nouveau film dans cette veine. On y parle d'héritage (une belle maison convoitée par un promoteur et des politiques), d'amour caché, d'incompréhension entre deux frères et de père trop absent.
Jolie distribution
Pour planter ce décor un tantinet compliqué, le cinéaste a élaboré un casting très hétéroclite entre vieilles gloires (André Dussolier, Nicole Garcia), nouveaux talents (Marine Vacth) et comédiens incontournables du moment (Mathieu Amalric, Gilles Lellouche, Guillaume de Tonquedec et Karin Viard). D'excellents solistes qu'il fallait parfaitement coordonner pour que l'ensemble soit enlevé et convaincant. Même si parfois on éprouve une impression de 'trop prévisible', le tout forme une comédie qui se laisse gentiment regarder. Jérôme (Mathieu Amalric), vit à Shanghai. Il a coupé tout lien avec sa famille : sa mère et son frère. A l'occasion d'un voyage d'affaires à Londres, il fait un crochet à Paris. Leur présente sa fiancée chinoise et demande si leur maison d'enfance dans une petite ville de province a été aménagée depuis la vente. Il découvre effaré que la vente est bloquée depuis des années pour une histoire de préemption embrouillée de la mairie. Il file sur place et tente de dénouer les nœuds de l'affaire. Une plongée dans le passé qui lui fera ressortir les sombres souvenirs de son père, froid et austère, mais aussi rencontrer Louise (Marine Vacth), la fille de la seconde épouse de son père. Presque sa demi-sœur.
Une maison, deux familles
Elle aussi a longtemps vécu dans cette maison désormais sous scellés dans l'attente du résultat du procès. Louise, impétueuse, révoltée, persuadée que sa mère a été spoliée au moment de l'héritage. Pas mariée, sans testament, elle a été mise à la porte comme une malpropre par la femme légitime, partie depuis longtemps de son côté. Jérôme, exilé en Asie, n'a pas été informé de toutes ces péripéties. Il a au contraire voulu ne rien avoir à faire dans ces histoires d'héritage en renonçant à sa part. Une maison, deux familles aux intérêts différents : la tension va crescendo jusqu'au dénouement avec son retournement de dernière minute un peu téléphoné. Heureusement, l'amour... Jean-Paul Rappeneau, grand cinéaste français, a pourtant peu tourné. Il a peaufiné 'Belles Familles' des années avant de débuter le tournage. Il expliquait récemment qu'il voulait signer "un film 'mélan-comique'", mélange de comédie et de ton plus grave. Une volonté aussi de parler de la province et des souvenirs d'enfance. La France qu'il décrit semble un peu datée, avec notables sirupeux (André Dussolier en maire, Jean-Marie Winling en notaire) mais aussi en pleine mutation avec Jérôme, investisseur en Chine ou Grégoire (Gilles Lellouche), le fils de prolo devenu promoteur. Et puis le film se termine un peu comme un des grands films de Claude Lelouch. Comme un sentiment de travail bien accompli, de plénitude.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le poids du sport

Ils gagnent des millions à jouer à la baballe mais ne se distinguent pas toujours par leur discernement. Qui ? Les sportifs de haut niveau évidemment. Pour un Michel Platini qui allie parfaitement intelligence du jeu, conduite de la balle et reconversion sonnante et trébuchante, combien de Ribery et autres Griezmann ?
Prenons le cas de ce dernier. Sélectionné en équipe de France la semaine dernière, il joue (excellemment d'ailleurs), contre l'Albanie. Une victoire marquée par le retour de Benzema dans le rôle du serial-buteur. Du serial-blessé aussi, touché aux ischio-jambiers. Une blessure causée, d'après un quotidien espagnol, par la démonstration de joie de Griezmann. Benzema, après son second but, salue le public, cool, relâché, détendu. Griezmann, tout à sa joie, lui saute sur le dos sans prévenir. L'avant-centre du Real de Madrid s'écroule sous le poids, une grimace sur le visage. Blessé par son propre coéquipier, en dehors de toute action de jeu, difficile d'imaginer plus débile !
Par chance, les rugbymen sont moins démonstratifs. Imaginez, un essai inscrit par Morgan Parra. Il se faufile entre les « gros » et va aplatir entre les poteaux. Il se relève et un de ses coéquipiers, comme Griezmann, lui bondit sur le râble pour le féliciter. Pas de chance, c'est Uini Atonio. 145 kg lancés contre 78 à l'arrêt, bonjour les dégâts. A ce rythme, la Namibie arriverait en finale les doigts dans le nez. Pas au score, mais faute de combattants, l'équipe d'en face se décimant méthodiquement à chaque explosion de joie.

jeudi 15 octobre 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : La parité par l'arrêt sur image

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La parité entre hommes et femmes progresse, mais lentement, très lentement. Mesdames vous avez beau nous surpasser en nombre, il vous est toujours honteusement difficile d'accéder aux postes à responsabilités. Ceux qui prétendent l'inverse déchanteront vite s'ils se penchent sur ce diaporama du Huffington Post. Le site a utilisé un logiciel de retouche photo pour prouver de visu l'évidence aux machos.
Il suffit de prendre n'importe quelle photo officielle d'un sommet international ou d'un hémicycle, puis de gommer tous les hommes pour constater la rareté des femmes. Une grande photo de famille de chefs d'états à Buckingham Palace (avec pas moins de 30 dirigeants en rang d'oignons) une fois expurgée des "mâles", se résume à trois femmes : Angela Merkel, l'Argentine Cristina Kirchner et la Reine elle-même. Réunion au sommet de l'État américain. Autour de Barack Obama, uniquement des hommes, exceptée Hillary Clinton quand elle était secrétaire d'État. L'Assemblée nationale semblerait bien vide si elle devait se contenter des 151 femmes élues pour 577 places disponibles.
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Sans l'aide des nouvelles technologies on peut se rendre compte par soi-même de l'absence criante de parité dans notre société. Personnellement, dans mon service, je ne travaille souvent qu'avec des femmes. Mais à la réunion des chefs de service pour décider des titres de Une, que des hommes. Prenez n'importe quelle page de l'Indépendant dans la section des villages. Comptez le nombre de femmes sur les photos. Comparez avec le nombre d'hommes... Infaillible.

mercredi 14 octobre 2015

DVD : Manipulation du futur

Comment rendre notre avenir plus serein ? 'A la poursuite de demain', entre SF et utopie, tente de nous ouvrir les yeux.
De quoi demain sera-t-il fait ? Tout le monde se pose la question à un moment ou un autre. Rares sont ceux qui trouvent un embryon de réponse. Pourtant il existe quelques êtres sur cette planète qui ambitionnent de façonner ce futur en fonction de leurs rêves. 'A la poursuite de demain', grosse production Disney réalisée par Brad Bird et produite, entre autres, par Damon Lindelof qui a eu l'idée de base, s'intéresse à ces doux rêveurs, inventeurs ou grands optimistes, qui ont cette capacité à se projeter dans l'avenir.

clooney, lindelof, disney, demain, poursuite, tomorrowlandLe premier est Frank Walker. En 1962, il débarque de sa campagne pour participer à un concours d'inventions au sein d'un parc à thème Disney. Il n'est pas retenu, mais une petite fille, Athena (Raffey Cassidy), lui donne un pin's, porte d''entrée vers Tomorrowland, une ville du futur. Début très spectaculaire du film, avec des décors à couper le souffle. Suite de l'histoire de nos jours. Casey Newton (Britt Robertson) vit près de la base de Cap Canaveral. Elle rêve d'aller dans les étoiles. Mais la plateforme de lancement est en plein démontage. Le cosmos ne fait plus rêver. Elle aussi découvre un pin's dans ses affaires. Mais il est beaucoup plus compliqué de rejoindre la ville du futur. Elle devra emprunter un passage secret élaboré par Franck (George Clooney), devenu adulte.
Ce blockbuster est riche et inventif. Si l'héroïne semble un peu fade, le personnage de Franck est très réussi. Vieux bougon, il a perdu cet optimisme de l'enfance. La révélation reste la petite Athena, en réalité un robot chargé de recruter des rêveurs... Elle apporte humour et action à un film tout public. Mais la véritable bonne idée c'est la description de l'organisation ultrasecrète baptisée 'Nec Plus Ultra'. Ce club de visionnaires, avec Verne, Edison, Tesla et Eiffel en fondateurs, donne un côté vintage au film par ailleurs très futuriste. Dans les bonus du blu-ray, on peut en savoir plus grâce à un court-métrage spécifique. Des bonus très riches avec également des scènes coupées, des reportages sur le tournage et le journal de bord du réalisateur.
'A la poursuite de demain', Disney, 19,99 euros le DVD, 25 euros le blu-ray.

mardi 13 octobre 2015

BD: Faut mouiller le maillot


En pleine coupe du monde de rugby, voilà un album qui s'impose. 13e livraison des « Rugbymen », la série de gags à base de ballon ovale, d'accent du sud et de gros sportifs adorant la castagne et le cassoulet. Pour une fois, BéKa (le pseudonyme des scénaristes, Bertrand Escaich et Caroline Roque, un couple de Toulousains) s'aventure dans l'histoire complète en 44 planches. Lors d'un banquet d'après-match, La Couâne et Loupiote sympathisent avec un ancien international gallois, Ollbhon Pouarhow (tous les noms propres doivent être prononcés à haute voix pour en saisir les subtilités). Ce dernier veut récupérer son maillot de Lions, donné à un joueur français il y a quelques années. Les deux joueurs de Paillar entraînent tous leurs potes dans leur quête effrénée de la mythique tunique rouge. L'occasion de dresser le portrait d'anciens joueurs, tous plus croquignolesques les uns que les autres. Entre le sculpteur de ferraille, le Don Juan qui paie de sa personne, l'arrière qui a pris 70 kilos ou le demi reconverti dans l'animation de boites gay, il y en a pour tous les goûts. Mais les mieux servis restent les Anglais, ennemis communs aux Bleus et aux Gallois.
 « Les Rugbymen » (tome 13), Bamboo, 10,60 €