jeudi 31 mars 2022

BD - Elles sont super ces trois filles


Elles sont trois, copines de collège et surtout dotées de super pouvoirs. Gwen, Lisa et Mel (aidées par Razmote, le rat de Gwen) deviennent les Rainbow Girls dans leurs costumes colorés et s’attaquent aux méchants de ce monde destiné aux jeunes de 6 à 10 ans, imaginé par Carbone et dessiné par Canac


Dans ce second volume, les profs du collège veulent maigrir et se trouvent hypnotisés pour réaliser des exactions. Les trois filles se découvriront un pouvoir de plus : devenir invisibles. 

« Rainbow Girls » (tome 2), Dupuis, 9,90 €

DVD - Guillaume Canet voit double dans « Lui »


Très étrange film que ce « Lui » écrit et réalisé par Guillaume Canet.  Il propose en réalité une sorte de psychanalyse filmée et fantasmée, sur ses doutes, sa vie, ses échecs et son double impossible, un véritable connard.  

Un compositeur (Guillaume Canet) s’isole dans une maison sur une île en Bretagne. Pour faire le point. Sur son travail, son couple. Mais rapidement il va discuter virtuellement avec sa femme (Virginie Efira), sa maîtresse (Lætitia Casta), son meilleur ami (Mathieu Kassovitz).  

Film déroutant qui sort en DVD chez Pathé, « Lui » est une véritable plongée dans l’inconscient d’un homme en proie au doute. Un peu trop sérieux pour être convaincant. Mais à voir pour les comédiens qui se donnent à fond.


mercredi 30 mars 2022

Cinéma - “Le monde d’hier” face à la politique de demain

La présidente Léa Drucker. Photo Pyramide Films

À moins de deux semaines du premier tour de la présidentielle, Le monde d’hier, film politique de Diastème, fait froid dans le dos. Dans cette France imaginaire, l’Élysée est occupé, depuis 5 ans, par Isabelle de Raincy (Léa Drucker). Elle a décidé de ne pas se représenter. Officiellement, pour s’occuper de sa fille ado. En réalité, car elle est gravement malade et ne pourrait pas achever son second mandat. A quelques jours du second tour, entre le représentant de son parti et le candidat de l’extrême droite, son directeur de cabinet (Denis Podalydès), lui apprend qu’une vidéo compromettante allait annihiler toute chance de l’emporter pour le candidat républicain. Il faut, dans l’urgence, trouver une solution pour éviter que le pays ne tombe dans les mains d’un populiste. D’autant qu’au même moment un attentat terroriste à l’étranger provoque la mort de plusieurs Français et met la campagne entre parenthèse.

Présenté, en première mondiale, au festival international du film politique de Carcassonne, en janvier dernier, Le monde d’hier aborde, de façon très frontale, le problème de la montée des extrémismes dans une république.  Pour le réalisateur, le danger est très présent, aux portes du pouvoir. Il a bénéficié, pour écrire son scénario, des conseils avisés de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, journalistes qui connaissent parfaitement les rouages de l’État. Le film, toujours très sombre, comme dans une nuit qui risque de s’abattre sur tout le pays, explique comment les politiques, parfois, doivent mentir, se renier, mentir et même trancher dans le vif pour éviter le pire. Une démonstration qui fait un peu froid dans le dos.

Film français de Diastème avec Léa Drucker, Denis Podalydès, Alban Lenoir




BD - "Lord Gravestone", un formidable chasseur de vampire


Dans la famille Gravestone, on chasse les démons depuis des générations. John, le dernier de la lignée, a juré de venger son père tué par un vampire. Il vit en Angleterre en 1823 et file le parfait amour avec Mary. 


Il décide de rejoindre Rome et son oncle, inquisiteur au Vatican, pour enfin éliminer la redoutable Camilla. Mais c’est sans compter sur de nombreuses péripéties qui vont le conduire près des portes de l’enfer. Une série fantastique prévue en trois tomes écrite par Jérôme Le Gris et dessinée par un surdoué des ambiances sombres et gothiques : Nicolas Siner.

« Lord Gravestone » (tome 1), Glénat, 14,95 €

Biographie - Avocat hors normes

Il est des hommes qui ne passent jamais inaperçus. Stephen Hecquet est de cette trempe. Cet avocat, mort à 40 ans, a obtenu la grâce présidentielle d’un condamné à mort qui, sous le nom de José Giovanni, deviendra un grand cinéaste. Ami de Roger Nimier mais aussi de Jean Genet, il a également été journaliste et écrivain. 

Un polémiste, doublé d’un pamphlétaire raconté sans jugement par Frédéric Casotti. Homosexuel revendiqué, il a toujours été très dur avec les femmes. En tant qu’avocat il a demandé à ce que ses consœurs soient congédiées et retournent à leur cuisine. Et dans la foulée publie son fameux Faut-il réduire les femmes en esclavage ? Tout sauf du politiquement correct ! 

« Stephen Hecquet, vie et trépas d’un maudit » de Frédéric Casotti, Séguier, 19 €

mardi 29 mars 2022

Cinéma - “Azuro” ou le grand plongeon dans la chaleur des vacances

Valérie Donzelli, mère qui doute.  Paname

Adapté d’un roman de Marguerite Duras, Azuro, premier film de Matthieu Rozé, est comme un rayon de soleil estival avant l’heure. Il y fait chaud et c’est assez chaud entre les différents protagonistes de cette chronique de vacances tendance farniente et plage. Un groupe d’amis partage des locations dans un petit village en bord de mer Méditerranée. Deux couples : Sara et Pierre (Valérie Donzelli et Yannick Choirat), Vadim et Gina (Thomas Scimeca et Maya Sansa) et une célibataire presque alcoolique, Margaux (Florence Loiret-Caille). Une bande, qui s’apprécie, mange tout le temps ensemble, se baigne et refait le monde. 

Un bel équilibre, des vacances parfaites (malgré des tensions dans les couples et la solitude de Margaux), bousculé par l’arrivée d’un homme (Nuno Lopes), beau et séduisant, qui vit sur un bateau ancré dans la calanque ensoleillée. Il va s’immiscer dans le groupe, subir les remarques salaces de Margaux et finalement se retrouver attiré par Sara. 

Un film intimiste, porté par un groupe d’acteurs qui a trouvé une entente parfaite. Valérie Donzelli est lumineuse de désir ; Nuno Lopes, craquant ; Florence Loiret-Caille, hilarante ; et Thomas Scimeca, parfait, entre pitreries et tirades durassiennes.

Film français de Matthieu Rozé avec Valérie Donzelli , Thomas Scimeca , Yannick Choirat, Maya Sansa, Nuno Lopes, Florence Loiret-Caille



BD - Enfance en deuil


Joli album sur le deuil chez les enfants superbement dessiné par Elodie Garcia. Le scénario est de Xavier Bétaucourt qui prouve la diversité de ses inspirations. Nao a 10 ans. En vacances chez son grand-père, ce dernier meurt subitement d’une crise cardiaque. 


La maman de Nao tente de le consoler en lui racontant comment elle a surmonté la perte de sa sœur jumelle quand elle était enfant. Un voyage onirique au pays de l’ombre, où elle a affronté des spectres pour retrouver un peu de lumière dans sa vie.

« Le silence de l’ombre », Jungle, 15,95 €

BD - Indémodable Jules Verne


Nouvelle adaptation d’un roman d’aventures signé Jules Verne. Après Deux ans de vacances, Brrémaud signe le scénario d’Un capitaine de 15 ans. C’est Picaud qui se charge de la transcription graphique de ce récit se déroulant essentiellement sur un petit voilier. 


Partant de Nouvelle-Zélande, le Pilgrim doit rejoindre Boston en passant par le cap de Bonne-Espérance. Mais une fortune de mer fait qu’il ne reste à bord que les passagers, un chien, le cuistot et le mousse, Dick Sand, 15 ans. C’est lui qui est désigné capitaine pour tenter de rejoindre les côtes africaines. Le grand large et l’aventure ont rendez-vous au large des côtes de l’Angola.  

« Un capitaine de quinze ans » (tome 1), Vents d’Ouest, 14,50 €

lundi 28 mars 2022

BD - Flic rancunier et "Last detective"


Un comics chilien publié chez Drakoo. L’édition BD sait s’adapter pour donner une chance à un album de qualité. 

The last détective de Borges et Alvarez est une histoire complète se déroulant en New Amazonia dans un futur lointain. 

La police est renforcée par des humanoïdes. Et de nouvelles drogues font des ravages. C’est dans ce cadre que Joe Santos, ancien flic retiré dans la jungle, reprend du service pour tenter de coffrer, 20 ans après une vaine tentative, un dealer d’une extrême dangerosité.

« The last détective, Drakoo, 15,90 € 

BD - L’autre Quasimodo


Ambitieuse série historique écrite par Philippe Pelaez et dessinée par Eric Stalner. Le Bossu de Montfaucon imagine la suite des aventures de Quasimodo. Dans la France très divisée de Charles VIII, le « presque roi », un certain Pierre d’Armagnac, noble déchu, se rend au gibet de Montfaucon et sauve d’une mort certaine le bossu imaginé par Victor Hugo. 


Le duo, quelques années plus tard, se mettra au service de Louis d’Orléans pour tenter de récupérer le trône de France. La trouvaille de la série est de se faire croiser Quasimodo et Jeanne la Boiteuse, épouse de Louis d’Orléans. Le monstre et la paria. Tout pour une histoire d’amour peu ordinaire. 

« Le bossu de Montfaucon » (tome 1), Bamboo, 14,90 €

dimanche 27 mars 2022

Thriller - Cauchemar sur l'île d'Oléron

Les romans de Jérôme Camut et Nathalie Hug explorent depuis de nombreuses années les côtés les plus sombres de l’âme humaine. Dans leur dernière histoire, Nos âmes au diable, le couple va encore plus loin dans l’abomination. Une histoire de petite fille enlevée, mais vue par le prisme de la souffrance de la mère.

Sur l’île d’Oléron, en juillet, Sixtine se prépare à aller faire de la voile en compagnie de son ami Jérémy. Sixtine a dix ans et avant de rejoindre le club de voile, elle décide d’aller une nouvelle fois se faire peur, seule, en tentant d’explorer ces bunkers abandonnés près des plages de l’île charentaise. Quelques heures plus tard, Jeanne, la mère de Sixtine, en pleine réunion de travail à Paris (elle est rédactrice dans une agence de publicité), reçoit un appel de son mari : « Sixtine a disparu ». Fugue, accident ou enlèvement ? Les premières heures, racontées avec détail par les auteurs, plonge le lecteur dans ce cauchemar absolu pour une maman. Sans nouvelles de sa fille, elle imagine le pire. Puis reprend espoir. Et rechute. Le lecteur, lui, sait que Sixtine est vivante car entre les chapitres où Jeanne raconte à la première personne son calvaire, des textes très courts racontent le quotidien de la petite fille, enfermée dans une pièce obscure, affamée, terrorisée. Des passages où les deux romanciers ont poussé très loin le curseur de l’horreur. Qu’y a-t-il de pire que la détresse d’une fillette persuadée qu’elle ne reverra plus jamais ses parents et qu’un ogre va lui faire du mal ?   

Un mince espoir

Une première partie très déstabilisante, oppressante, captivante aussi. Et puis tout bascule. Le short ensanglanté de Sixtine est retrouvé près de la maison un ancien délinquant sexuel. Il avoue son crime, explique avoir jeté le corps de Sixtine à la mer… Désespérée, Jeanne tente de retrouver une vie normale. Retourne au travail, constate que ses collègues ont changé d’attitude : « J’en ai vu se précipiter aux toilettes pour éviter d’avoir à me croiser, d’autres répondre à des coups de fil imaginaires, ou s’enfermer dans leur bureau. C’est dur à affronter, le chagrin des autres. Face à lui, on est démuni, on est lâche. Souvent. Presque toujours. » La vie de Jeanne part à vau-l’eau. Elle démissionne, divorce, trouve un peu de réconfort auprès d’une association de famille de victimes. 

Mais l’espoir n’est plus là. Même si le corps de Sixtine n’a jamais été retrouvé. Jusqu’à ce jour de Noël où Jeanne reçoit un dessin de sa petite fille. En quelques lignes, les auteurs remettent toute l’affaire à plat, le lecteur tente de comprendre avec Jeanne qui s’accroche à cette piste. Le thriller devient polar. Jusqu’à un nouveau rebondissement qui éprouve un peu plus les nerfs de Jeanne. Un roman dur, sans rémission, multipliant les coups de théâtre pour une fin indicible.  

« Nos âmes au diable » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, Fleuve Noir, 19,90 €


Roman - Jean-Noël Pancrazi de retour au pays redouté

Une plaie d’enfance met toujours plus de temps à se refermer. Pour Jean-Noël Pancrazi, il lui a fallu des décennies pour raconter ces quelques années passées dans les Pyrénées-Orientales. Il les a rebaptisées Les années manquantes, comme s’il avait en partie cessé d’exister durant cette période bouleversée. 

Dans ces années 60, les parents du petit Jean-Noël, après avoir quitté l’Algérie, décident d’y retourner. Mais par prudence décident de laisser leur fils en métropole. Pas dans la famille corse du père mais celle, catalane de la mère, « le côté catalan l’emportait déjà - ce côté rêche, plus sévère, plus dur, comme s’il fallait toujours lutter contre la tramontane, résister à ses rafales, avec les corps comme forgés pour dominer le vent, la sécheresse orgueilleuse des traits pareille à celle des ceps de vigne, dressés, nus, impeccables, l’hiver. » Jean-Noël découvre alors l’immense et silencieuse maison de sa grand-mère Joséphine. 

A Thuir, pas loin de cet asile des fous qui va marquer la famille. La première partie du roman est un long portrait de Joséphine, femme très pieuse, comme figée dans un passé, incapable d’aimer ce petit-fils venu d’Algérie et qu’elle découvre. Paradoxalement, ce portrait au vitriol d’une femme aux mains dévorées par l’eczéma, se révèle être un superbe hommage. Et une fois morte, le petit Jean-Noël la regrettera. Encore plus quand il devra vivre les cris et les pleurs du divorce de ses parents dans un appartement de Perpignan. Un second traumatisme associé à ce département, cette ville qui fait écrire au romancier : « Il me faudrait des années et des années avant de revenir à Perpignan. » Depuis, les relations se sont apaisées et ce livre, à l’écriture fulgurante, prouve que les pires épreuves peuvent se transformer en œuvre d’art.

« Les années manquantes » de Jean-Noël Pancrazi, Gallimard, 12,50 € 

samedi 26 mars 2022

Thriller - La secte danoise

Nombre d’horreurs sont commises au nom de Dieu. La preuve une nouvelle fois dans ce thriller nordique de Michael Katz Krefeld. L’auteur danois propose un 3e roman autour de son personnage récurant de flic déchu. Ravn a basculé dans la presque folie quand un cambriolage a mal tourné. Sa compagne a été tuée. Depuis il a quitté la police de Copenhague et vivote sur son bateau à mener de petites enquêtes pour un ami avocat. 

Quand un grand patron le contacte pour qu’il retrouve son fils, il voudrait décliner mais les problèmes financiers le poussent à accepter. Il va se retrouver plongé dans un monde abominable. Car le fils du millionnaire est devenu grand maître d’une secte particulièrement sordide.

« La secte » de Michael Katz Krefeld, Actes Sud, 23 €

Cinéma - Portrait de la jeune fille en vol qui n’en a “Rien à foutre”


Elle plane. Très haut. Toute la journée. La vie de Cassandre (Adèle Exarchopoulos) a tout du rêve. Hôtesse de l’air, elle peut voir dans la même journée, trois pays, la neige et la plage ensoleillée. Mais ce qu’elle retient de ces longues journées harassantes ce sont surtout les tarmacs des aéroports et les mauvaises humeurs des clients de la compagnie low-cost qui exige prioritairement qu’elle vende le plus possible durant le vol. Cassandre, jeune fille un peu paumée, toujours en vol, au centre de ce portrait entre réalité sociale et tristesse intime écrit et réalisé par Emmanuel Marre et Julie Lecoustre. 

Redescente

Lèvres rouge écarlate, yeux maquillés avec application, Cassandre sait aussi sourire quand il faut. Mais de plus en plus difficilement. Car ce qui au début s’apparentait au rêve éveillé (elle est basée à Lanzarotte aux Canaries et passe ses journées de repos à bronzer au bord d’une piscine et à faire la fête dans les boites de nuit) vire au cauchemar existentiel. La première partie du film, quasi un documentaire, raconte la vie des ces hommes et femmes exploitées par des sociétés qui grappillent partout pour offrir de confortables dividendes à leurs actionnaires. 

La seconde, montre Cassandre à terre, de retour chez son père, tentant de faire le deuil de sa mère, morte dans un accident. Exit l’uniforme et le maquillage, place au jogging et au naturel. Le film devient profond, émouvant et Adèle Exarchopoulos y prend un autre envol, artistiquement exceptionnel.

Film franco-belge d’Emmanuel Marre et Julie Lecoustre avec Adèle Exarchopoulos


vendredi 25 mars 2022

Roman - Cyril Massarotto : double rattrapage pas cher

Pour donner une seconde vie à ses titres, les éditions XO ont lancé une collection reprenant dans une version pratique et pas chère, quelques titres emblématiques. C’est ainsi que deux des romans de Cyril Massarotto, l’écrivain originaire des Pyrénées-Orientales, viennent d’être réédités chez Cléa en un seul volume. 

Retrouvez son premier roman, « Dieu est un pote à moi » datant de 2008 suivi du roman « Le petit mensonge de Dieu », suite indirecte parue en 2014. Une histoire truculente et romanesque dans laquelle le héros, âgé de 30 ans, amoureux d’Alice, a un copain peu commun : Dieu en personne.

« Dieu est un pote à moi »  de Cyril Massarotto, Cléa, 15,90 €  

Cinéma - “Viens je t’emmène”... loin


Certains réalisateurs français ont la particularité de former une école à eux seuls. Un style inimitable, un ton unique : Alain Guiraudie en une dizaine de films a trouvé sa voie. Mais la force de ces créateurs qui illustrent à merveille la fameuse « exception culturelle française », fait qu’ils parviennent en plus à se renouveler dans leur originalité. Viens je t’emmène est donc bien un film de Guiraudie, mais avec quelques nuances qui en font en plus une étrange comédie, entre réécriture du vaudeville et chronique de la vie provinciale en temps de guerre contre le terrorisme. 

Attentat et Vercingétorix

Un patchwork étonnant où l’on croise des hommes ou femmes souvent guidés par une seule idée ou leurs désirs les plus profonds. Médéric (Jean-Charles Clichet), personnage principal de cette histoire ayant pour cadre la ville très conventionnelle de Clermont-Ferrand, n’a d’yeux que pour Isadora (Noémie Nvovsky). Le premier est informaticien, la seconde prostituée. Ils ont 20 ans d’écart. Mais le jeune geek ne veut pas payer. Car il est amoureux d’Isadora. Il tente e la draguer et contre toute attente, cela marche. Mais une fois dans la chambre d’hôtel, le mari et proxénète débarque. Les bases d’un premier vaudeville déjà assez étrange sont posées. 

De retour chez lui, Médéric a pitié de Sélim (Iliès Kadri), un jeune SDF frigorifié devant sa porte. Il lui ouvre la porte, bien qu’il soit d’origine Maghrébine et que toutes les polices de la ville recherchent le dernier membre d’un commando qui a tué quatre personnes au pied de la statue de Vercingérotix. Sélim très attiré par Médéric et qui va tout faire pour lui plaire. Ce second arc amoureux dans le film va venir perturber le premier, déjà assez compliqué. Ensuite, tout va s’enchaîner entre violence cocardière, paranoïa et révélation sexuelle. Du pur Guiraudie qui sait si bien nous interroger sur notre société et ses apparences. 

Film français d’Alain Guiraudie avec Jean-Charles Clichet, Noémie Lvovsky, Iliès Kadri


jeudi 24 mars 2022

Cinéma - “Le temps des secrets”, fin d’enfance pour Pagnol

Léo Campion.  Photo Jean-Claude-Lother

La Provence de Marcel Pagnol a fait rêver tous les petits garçons de France. Il a raconté ses étés dans cette garrigue qui semble si proche de celle de nos régions méditerranéennes. Après l’adaptation des deux premiers volumes par Yves Robert dans les années 90, c’est Christophe Barratier (Les Choristes), qui s’attaque à la troisième partie, celle du Temps des secrets. La liaison avec les précédents films se fait avec la maison, exactement la même, conservée en état. On retrouve Marcel (Léo Campion), mais moins enthousiaste car son ami Lily doit travailler et son innocence d’enfant est en train de disparaître. Il va croiser la route de la belle Isabelle et découvrir avec de nouveaux yeux la vie des grands, son père (Guillaume de Tonquédec) ou l’Oncle Jules (François-Xavier Demaison). Une partie de l’intrigue se déroule aussi à Marseille, avec des quartiers entiers de la grande ville portuaire reconstitués en effets spéciaux. 

Un film qui devrait rappeler des souvenirs aux très nombreux lecteurs des romans d’origine. Une autobiographie qui a également été adaptée en bande dessinée aux éditions Bamboo supervisée par Nicolas Pagnol, petit-fils de l’écrivain et qui est également à la manœuvre pour le film. 

Film français de Christophe Barratier avec Léo Campion, Guillaume De Tonquédec, Mélanie Doutey, François-Xavier Demaison



De choses et d’autres - Feu la grande démission

Si tout ce qui se passe aux USA arrive, avec un peu de décalage, en France, je commencerais à me faire du souci, si j’étais patron d’une entreprise. Durant le confinement, beaucoup d’employés ont découvert les vertus de la vie en famille, d’autres ont compris combien leur travail est inintéressant.

Résultat, une fois ces mesures restrictives levées et que l’économie a repris, les entreprises US ont été frappées par ce qu’on a appelé le « Big Quit », autrement dit la « Grande démission ». Des millions de départs, soit pour simplement profiter de la vie, soit pour trouver un boulot plus valorisant, car une des critiques récurrente aura été de « ne pas avoir été bien traités par leur employeur pendant la crise sanitaire. »

Normalement, si les délais étaient respectés, la grande démission à la française devrait débuter en ce moment. Problème, entre-temps un certain Poutine a décidé de donner un sacré coup de main aux patrons français. Vu la conjoncture issue de la guerre en Ukraine, je sens que les futurs démissionnaires vont revoir leur copie et passer à la broyeuse la lettre où ils disaient leurs quatre vérités à leur « manager ».

Et si la situation économique continue à se détériorer, avec inflation galopante et pénuries récurrentes, la grande démission va se transformer en grande purge dans les effectifs. Peu de démissionnaires, mais beaucoup de « démissionnés ». Pour une fois, on ne va pas copier, bêtement, une mode venue d’Amérique. Même si, finalement, on aurait vraiment préféré suivre le mouvement initié de l’autre côté de l’Atlantique.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 23 mars 2022

mercredi 23 mars 2022

Cinéma - L’Algérie des “frères blessés”

Fernand Iveton (Vincent Lacoste), Algérien avant tout. Les Films du Belier/Laurent Thurin-Nal

La guerre d’Algérie et ses horreurs. Un conflit atroce encore dans bien des mémoires, même si certains épisodes ont été plus oubliés que d’autres. Le parcours de Fernand Iveton est au centre de ce film militant de Hélier Cisterne. De nos frères blessés, adapté du roman de Joseph Andras (Actes Sud), raconte la détermination d’un jeune militant communiste, d’origine européenne, mais né à Alger et solidaire de la lutte pour l’indépendance. 

Pour atténuer la dureté du récit, le réalisateur l’humanise avec la rencontre et le coup de foudre pour Hélène (Vicky Krieps), mère célibataire polonaise réfugiée en France pour fuir le régime communiste. Des moments de joie, de bonheur, d’équilibre, qui ne durent pas. Une fois de retour à Alger, avec sa femme et son fils adoptif, Fernand Iveton, tout en travaillant comme ouvrier dans une usine, milite au parti communiste algérien et, rapidement, décide d’aider les insurgés. Malgré les craintes de son épouse, il décide de passer à l’action. Il place dans un local désaffecté de son entreprise une bombe qui doit exploser une fois le personnel parti. Mais l’engin est découvert et Fernand arrêté. 

Torture et justice expéditive

Le film se transforme, alors, en réquisitoire contre les mesures d’exception décrétées par l’État français à l’époque et appliquées avec zèle par la police, l’armée et la justice. Torturé, Fernand avoue. Traduit devant un tribunal militaire, il est condamné à mort après un simulacre de procès. Il a encore l’espoir d’être gracié, car il n’a pas de sang sur les mains. Mais le garde des Sceaux de l’époque, François Mitterrand, émet un avis négatif. Fernand sera guillotiné moins de trois mois plus tard. D’une rare efficacité dans sa construction, De nos frères blessés, plus que la dénonciation des exactions de l’État français de l’époque, est un vibrant plaidoyer contre la peine de mort.

Film franco-algérien de Hélier Cisterne avec Vincent Lacoste, Vicky Krieps, Jules Langlade




De choses et d’autres - Un loyer très cher payé

Se loger est de plus en plus compliqué en France. Quasiment impossible de signer un bail si on n’est pas en CDI. Et comme les prix des loyers ne cessent d’augmenter, le salaire n’est souvent plus suffisant pour entrer dans les critères demandés par les propriétaires (salaire trois fois supérieur au loyer et deux personnes garantes qui, elles aussi, gagnent suffisamment d’argent chaque mois).

 

Beaucoup, dans ces conditions, n’hésitent pas à falsifier leurs bulletins de paye, s’augmentant de quelques centaines d’euros après un trucage rudimentaire. Pourtant, les procédures judiciaires contre les falsificateurs de documents destinés à obtenir un logement ne sont pas très nombreuses. La plupart du temps, cela permet de décrocher le Graal et comme le locataire est honnête, le propriétaire ne se rend même pas compte de l’entourloupe.

À Paris, par exemple, pour espérer louer une chambre de bonne, vous devez obligatoirement tripler vos revenus officiels pour avoir juste la chance de faire partie des 50 dossiers retenus et dont l’agence étudiera, un peu plus longuement, les données.

Et puis, d’autres fois, le locataire est malhonnête jusqu’au bout. Il truque les papiers et ne paye pas. Mais, à l’arrivée, cela peut coûter très cher comme à cet habitant de Vannes condamné à quatre mois de prison ferme et à 2 500 € d’indemnisation. Il est vrai qu’il avait poussé le bouchon un peu loin, ne se présentant pas, à deux reprises, aux convocations des juges.

À la troisième, ils ont été particulièrement sévères, lui offrant ce pour quoi il a été puni : un toit, nourri logé qui plus est, pour quatre mois et sans débourser le moindre centime.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le 10 mars 2022

mardi 22 mars 2022

Série télé - Toni Colette cache « Son vrai visage » sur Netflix


Pour survivre dans notre société, mieux vaut parfois porter des masques. Un faux visage, une autre identité, pour simplement exister loin d’un passé encombrant. La série Son vrai visage de Charlotte Stoudt d’après un roman de Karin Slaughter, actuellement sur Netflix, exploite à fond ce principe en dévoilant, épisode après épisode, le passé d’une mère de famille tout ce qu’il y a de normale. A priori…

Avant de plonger dans le passé de Laura Oliver (Toni Colette), on découvre le quotidien peu intéressant de sa fille, Andy (Bella Heathcote). La trentaine, célibataire, elle travaille de nuit au standard de police secours de la petite ville de Belle Isle en Georgie. Elle vit toujours chez sa mère qui est rééducatrice pour des vétérans de l’armée américaine blessés au combat. Quand elles sont prises dans une fusillade dans un restaurant, Laura fait tout pour protéger sa fille, tuant l’agresseur d’un coup de couteau. Devenue célèbre, une véritable héroïne, Laura panique et demande à sa fille de partir le plus loin possible dans une voiture cachée et avec 500 000 dollars en cash. Andy va obéir dans un premier temps puis se poser bien de questions et finalement faire demi-tour et demander des explications à cette mère qui semble avoir de lourds secrets. 

Les huit épisodes, très rythmés, passent par de nombreux retour en arrière, quand Laura avait 18 ans (Jessicca Barden), était une pianiste célèbre tombée sous la coupe d’un homme malfaisant. Le meilleur reste la relation compliquée entre mère et fille, comme si une séparation était impossible entre ces deux femmes fusionnelles.

 


De choses et d’autres - Du papier au QR code

Ce lundi matin, au courrier, ma nouvelle carte électorale. Premier étonnement : pourquoi une carte toute neuve alors que la précédente n’a quasiment pas servi ? En fait, le document officiel est désormais orné d’un splendide QR code.

J’imagine immédiatement la gamberge de tous les complotistes et autres « anti-tout » qui voient dans ces idéogrammes numériques une façon aisée de nous fliquer, de fouiller dans notre vie privée. Les plus alarmistes vont y détecter les prémices du vote électronique et donc, forcément, selon leur paranoïa absolue, au trucage des élections. La réalité est moins effrayante. Le QR Code est destiné à accéder aisément au site internet elections.interieur.gouv.fr qui donne des indications au détenteur de la carte électorale.

Assez étonnamment, les deux premières fonctionnalités sont de « vérifier votre situation électorale et trouver votre bureau de vote. » A priori, si j’ai cette nouvelle carte, c’est que je suis inscrit. Ou alors, il y a vraiment un gros bug…

Quant à mon bureau de vote, son adresse est inscrite en clair sur la carte… Autre incongruité : le QR code permet de s’inscrire en ligne sur les listes électorales. Mais si on a un QR code, c’est qu’on est déjà inscrit. L’administration française m’étonnera toujours.

De toute manière, en parcourant le manuel expliquant à quoi sert ce document officiel, on découvre au chapitre « Une carte électorale : pour quoi faire ? » cette précision qui remet bien des choses à leur place : « Toutefois, la présentation de la carte électorale n’est pas une obligation pour voter ». Au moins, comme ça, toutes les inquiétudes sont levées : la carte électorale, avec ou sans QR code, ne sert visiblement à rien le jour du vote.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 22 mars 2022

lundi 21 mars 2022

Cinéma - Deux Adam pour sauver le monde


Film de science-fiction au budget conséquent et au casting de prestige, The Adam Project, produit et diffusé directement sur Netflix, prouve que la plateforme sait parfois mettre en avant originalité et qualité. 

Réalisé par Shawn Levy et avec Ryan Gosling en tête d’affiche, cette histoire de voyage dans le temps débute par une bizarrerie qui devrait heurter les experts des paradoxes temporels. Normalement, il est impossible à un être humain d’avoir des interactions directes avec lui-même dans le passé au risque de provoquer des catastrophes irréparables et modifier radicalement le futur, son futur. 

Un père et ses deux fils

Dans ce film, Adam Reed (Ryan Gosling), pilote de chasse et voyageur dans le temps venu de 2050, va directement se poser chez lui pour s’auto demander de l’aide. En 2050, Adam veut retrouver sa femme, disparue en 2018. Mais quand il vole un vaisseau temporel et tente de s’échapper, il est pris en chasse par les méchants et finalement stoppe son périple en 2022. Blessé, il va avoir besoin de sa version adolescente pour réparer le vaisseau. C’est la grande trouvaille du scénario, celle que la science normalement nous interdit d’exploiter : faire dialoguer une même personne mais à deux âges différents. 

Adam adulte trouve Adam enfant beaucoup trop mou et intello. Adam enfant trouve Adam adulte complètement idiot, mais drôlement musclé. La première partie est savoureuse et Ryan Gosling s’en donne à cœur joie face à un très jeune comédien qui ne se laisse pas démonter. Ensuite, une fois les bases posées, place à l’action. Les effets spéciaux sont à la hauteur de cet ambitieux film. Combats aériens ou bagarre avec sabres lasers au sol, les amateurs de ce type de cinéma auront leur dose. 

Le film prend une nouvelle dimension quand les deux Adam, pour sauver le futur de la terre, se rendent ensemble en 2018. Leur mission : contacter leur père (Mark Ruffalo) pour le dissuader de mettre au point le voyage temporel.  Un passage qui permet aux scénaristes américains de mettre en valeur cette famille toujours sacrée dans les films grand public. Encore plus quand le père peut se retrouver face à sa descendance à deux âges différents et surtout lui dire avant qu’il ne soit trop tard combien il l’aime. Mark Ruffalo apporte une émotion salutaire dans un film d’action bourré de gags aux dialogues enlevés. 

 


De choses et d’autres - La guerre des bêtes

La rivalité entre chiens et chats vient carrément de terminer aux assises des Bouches-du-Rhône. Tout débute en 2018 par un fait divers peu commun.

Un homme se rend à la gendarmerie en avouant qu’il vient d’abattre son voisin. La cause de ce différend ; une histoire de chien et de chat. Le chat du meurtrier s’aventure dans le jardin du futur mort. Là, le félin tombe nez à nez avec le chien qui le mord. Peu de temps après, le chat meurt de ses blessures. Dans la foulée, le propriétaire du minou prend son fusil, va chez le voisin et tire.

Il a expliqué avoir l’intention de tuer le chien. Finalement c’est sur le maître qu’il a déchargé son arme. Il vient d’être condamné à 12 ans de prison.

Cette histoire de la vraie vie doit sembler hallucinante aux millions d’internautes qui passent leur temps à partager des vidéos de gentils chiens et d’adorables félins. La rivalité entre ces deux animaux de compagnie n’est pourtant pas une invention digne des fake news. Mais si l’on en croit les images les plus partagées sur le net, c’est l’entente parfaite, la paix permanente, voire de l’amour absolu. Qui n’a pas souri devant un chaton espiègle (et inconscient) jouant avec la queue d’un gros chien placide.

Mais pour une vidéo vue des millions de fois, il y a 25 bébés chats qui ont fini croqué d’un seul coup de dent sans avoir les honneurs de Facebook.

Enfin, puisqu’on parle de chien du Sud de la France, Douglas, le militant à quatre pattes qui a voté à la primaire des Républicains, a officiellement annoncé ne pas vouloir faire partie du futur gouvernement de Valérie Pécresse. Après Teddy Riner ou Leïla Slimani, cela en fait un de plus qui semble insensible aux arguments de la candidate de droite.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le lundi 21 mars 2022

dimanche 20 mars 2022

Ciné nanar : le meilleur du pire

TV connectée. Les possesseurs de téléviseurs Samsung ont la chance (toute relative parfois) d’avoir accès à plusieurs chaînes exclusives. Lancée récemment, Ciné Nanar propose une grille composée exclusivement de films navrants, idiots et mauvais.  Le meilleur du pire du cinéma de genre… 

Pour en être certain, ne ratez pas la « chose » signée Nick Everhart et intitulée « 2012 ; Doomsday ». S’il y est question de fin du monde (en décembre 2012), l’action ne se déroule pas à Bugarach mais au Mexique. Pas d’effets spéciaux, jeu d’acteurs abominable, lumière crasseuse : cela devrait déjà suffire pour être catalogué nanar d’or. Mais en plus le scénario n’est qu’un ramassis de clichés sur la force de Dieu et la puissance de la religion.  

Pas loin de remporter le titre de plus mauvais film du monde de tous les temps.  Et si vous en redemandez, sur Ciné Nanar vous aurez aussi à des Nazis au centre de la terre. On devrait y envoyer Poutine !


De choses et d’autres - Dommages collatéraux russes

La guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine semble à certains très lointaine. Pourtant elle a de plus en plus des conséquences directes pour notre vie quotidienne. Voici trois exemples, heureusement assez futiles.

Depuis le début du conflit, le satellite chargé de fournir internet aux abonnés de Nordnet est en panne. Il serait victime d’une cyberattaque commanditée par Moscou. Car l’Ukraine utilise le système… Certains n’ont donc plus Facebook en Haute Vallée de l’Aude et dans le Capcir, à cause de Poutine. Qui l’eut cru ?

Asphalt 8 Airborne est un jeu de courses de voitures pour téléphone portable, très utilisé partout dans le monde et produit par la société française Gameloft. Un moyen de se distraire, même dans les pires conditions. Mais depuis quelques jours, un message à l’ouverture du programme explique que les mises à jour seront compliquées à réaliser, car l’équipe chargée de maintenir le jeu à niveau est basée à Kharkiv, au cœur des combats. Il est donc quasi impossible pour les employés d’avoir accès à leurs ordinateurs et même leurs logements. Si le jeu plante, ce sera la faute de Poutine. Qui l’eut cru ?

Enfin, sachez que le chanteur de rap français Booba vient de rompre son contrat avec l’équipementier sportif Puma. La marque allemande a fermé provisoirement ses magasins en Russie. Grosse colère de Booba qui décide, en rétorsion, de ne plus travailler avec ceux qui, selon ses accusations, « font de la politique ». Et de continuer selon une rhétorique guerrière très inappropriée à destination de la marque : « Sachez qu’en cas d’agression, la riposte sera là. » Booba va devoir refaire sa garde-robe à cause de Poutine. Qui l’eut cru ?

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 8 mars 2022

samedi 19 mars 2022

DVD et Blu-ray - Des Bodin's exotiques

La Thaïlande a toujours attiré les comédies françaises. Les Bodin’s n’échappent pas à la règle avec un film se déroulant dans ce pays touristique aux célèbres masseuses. Le film de Frédéric Forestier, en pleine pandémie, a battu des records de fréquentation. Sa sortie en DVD et blu-ray (avec quelques scènes coupées en bonus chez M6 Vidéo), permet de découvrir ou de se remémorer cette sympathique farce. 

Les gags s’enchaînent, les dialogues sont truculents et le film offre l’avantage de présenter le pays sous tous ses aspects. Un peu de plage et d’hôtel de luxe, puis direction Bangkok, ses marchés et clubs louches pour finir dans un village traditionnel au cœur de la jungle. Il fallait du dépaysement au Christian très dépressif, c’est le spectateur qui en profite le plus. 


De choses et d’autres - Le chaos après la mort

Les publicités un peu provocantes sont passées de mode. Je me souviens des fausses pubs de Hara-Kiri qui ont sans doute donné des idées à ces enfants de Pub des années 80-90 pour des slogans et visuels décoiffants. Comme ce slogan un peu long mais qui ne passe plus en ces temps de wokisme pur et dur : « J’aime ma femme. J’aime la Kronembourg. Ma femme achète la Kronembourg par pack de six. C’est fou ce que j’aime ma femme. »

Maintenant, le politiquement correct est la ligne à respecter. Comme si titiller les potentiels clients dans leurs pires instincts était une faute de goût éliminatoire. Il existe, pourtant, quelques iconoclastes qui sont persuadés qu’un sourire aura plus d’effet qu’un message édulcoré.

Transmissio, une société contre le chaos après la mort, vend « un service sécurisé d’organisation, de sauvegarde, et de transmission - à vos proches - de l’inventaire de vos biens matériels, de vos souvenirs numériques et de vos volontés obsèques » et joue ouvertement la carte de l’humour. On voit, gravé sur des urnes funéraires ou des plaques mortuaires, le dernier message de proches mécontents.

Quelques exemples : « A notre grand-mère, décédée sans avoir dit où elle cachait ses lingots, bordel. » « À notre grand-père, mort sans avoir rien prévu pour ses obsèques, le relou », « A notre cousin, mort sans avoir communiqué le code de son coffre-fort… »

Il existe même un petit spot racontant comment un homme participe à son premier saut en parachute. Enthousiaste, il saute… sans parachute. Et le film de quelques secondes de prévenir à la fin : « Mourir, ça arrive dans la vie. Préparez votre transmission à l’avance. »

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mercredi 9 mars 2022

vendredi 18 mars 2022

De choses et d’autres - Vert comestible

Il y a quelques années, pour la sortie d’un épisode de la saga Star Wars, une chaîne de fast-food avait proposé, sur quelques jours, un hamburger Dark Vador. Le pain, additionné d’un colorant alimentaire, était aussi noir que la tunique du grand méchant.

Du noir, on est passé au vert. Une autre chaîne, mais de plats préparés surgelés, propose actuellement, dans ses magasins, un hamburger d’une étrange couleur verdâtre. Rien à voir cette fois avec un film sur Hulk, le superhéros qui devient très musclé dès qu’il est en colère, mais plus simplement une opération marketing pour vendre un « veggie burger ».

Et de vanter ce burger végétarien avec « sa galette de champignon de montery jack, sa compotée de tomate, son cheddar et sa sauce burger ». Certainement, que de très bonnes choses, mais allez savoir pourquoi, à la vue de ce pain très vert, on a surtout l’impression d’une préparation pas très naturelle, un paradoxe pour un produit qui se veut à la pointe des nouvelles consommations.

Mettre du vert partout n’est pas signe d’écologie ou de respect de la nature. On sent, dans ce burger vert, une grosse opération publicitaire destinée à caricaturer les standards de l’écologie. Comme si le consommateur était trop bête pour comprendre que même si ce n’est pas vert, c’est végétal.

D’ailleurs, dans ce burger, il n’y a que le pain qui a cette étrange couleur. La galette de champignons est grise, les tomates rouges et le fromage jaune. J’ai comme l’impression que le vert est de trop, un simple artifice d’emballage pour faire croire que le produit est différent. Les végans risquent de bouder le produit.

Reste à conserver tous les stocks aux congélateurs et remettre le tout en vente dans un an en rebaptisant le produit le Saint-Patrick Burger.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le samedi 19 mars 2022