Retour à Perpignan pour Jean-Noël Pancrazi. L'écrivain semble inexorablement attiré par la ville de son enfance. Cette fois il quitte Paris pour soutenir sa sœur, Isabelle, qu'il aime tant. Elle a préféré rester dans la région et vit toujours au Moulin-à-Vent. Mais plus pour longtemps : un cancer est en train de tuer à petit feu.
Ce sont ces derniers instants, dans la dignité et la force, que l'écrivain couche sur le papier. Il se souvient de leur enfance en Algérie, des combats de sa sœur, de sa vie si active dans le département. Cela donne quelques jolis passages sur la vitalité du cinéma Castillet, « le plus beau cinéma d'art et d'essai dont la programmation l'emportait sur tous les autres » ou les rencontres littéraires organisées dans la nouvelle librairie de Port-Vendres.
Un texte tendre et charnel, universel face à la mort.
« Quand s'arrêtent les larmes », Jean-Noël Pancrazi, 128 pages, 17 €
Célèbre illustratrice originaire de Perpignan, Blachette est suivie par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Elle sort pourtant ce carnet pour donner envie à ses abonnés de se déconnecter, de passer « En mode avion », titre de cette belle initiative.
Dans les premières pages, elle explique les directives : « Éloigne-toi de tout écran dès que tu ouvres ce carnet. Si tu suis les instructions, tu déconnecteras le temps d’un instant ! ». Vous serez invité ainsi à dessiner, raconter des petites histoires mais aussi vous dévoiler, tenter de « se redécouvrir ».
A tester en cette période où tout va trop vite… « En mode avion », Blachette, First Éditions, 16,95 €
L’arrivée des rapatriés d’Algérie est une étape importante dans l’histoire de la région. Beaucoup de romanciers (ou de cinéastes) ont profité de cette matière pour signer des œuvres importantes. Dans Les années manquantes qui viennent de sortir en poche, Jean-Noël Pancrazi rajoute une bonne dose d’autobiographie.
Il raconte Perpignan et ce Roussillon que le jeune Algérien découvre, contraint et forcé dans les années 60. Il a rebaptisé ces souvenirs Les années manquantes, comme s’il avait en partie cessé d’exister durant cette période bouleversée. Dans ces années 60, les parents du petit Jean-Noël, après avoir quitté l’Algérie, décident d’y retourner. Mais par prudence décident de laisser leur fils en métropole.
Pas dans la famille corse du père mais celle, catalane, de la mère. Jean- Noël découvre alors l’immense et silencieuse maison de sa grand-mère Joséphine. À Thuir, pas loin de cet asile des fous qui va marquer la famille. La première partie du roman est un long portrait de Joséphine, femme très pieuse, comme figée dans un passé, incapable d’aimer ce petit-fils. Un second traumatisme associé à ce département : le divorce de ses parents.
Ce livre, à l’écriture fulgurante, prouve que les pires épreuves peuvent se transformer en œuvre d’art.
« Les années manquantes », Folio, 128 pages, 6,90 €
Portraits de femmes du Pays Catalan dans ce premier roman de Juliette Granier. Une jeune fille sauvage, sa mère soumise et la terrible grand-mère qui règne en maître sur le domaine viticole.
Juliette Granier fait partie des femmes surdouées. Pianiste de renom, compositrice, elle est également animatrice radio en Suisse, originaire des Pyrénées-Orientales, elle vient de publier son premier roman. Directement chez Gallimard. Une surdouée on vous dit. Impression confirmée à la lecture de ces pages brûlées par le soleil du Sud ou figées dans le froid glacial de la tramontane. Le parcours d’une jeune femme, ballottée entre une mère éteinte et une grand-mère autoritaire avec en arrière-plan de sinistres secrets de famille et la vie d’une propriété viticole dans le Pays Catalan.
Comme dans tout premier roman qui se respecte, Juliette Granier a mis un peu de son propre parcours de vie dans Une fille du Sud. On devine beaucoup de sincérité quand elle décrit la vie étudiante à Perpignan. Également quand son héroïne, Catalina Magne, atomise la ville. « J’avais d’abord appris à abhorrer cette ville. Tour à tour, son nom me semblait fantastiquement ridicule, cocasse, les sonorités même, Perpignan, nasillardes et puériles. On ne pouvait pas prendre un « perpignan » au sérieux. » Et de regretter un peu plus loin « Notre accent devenait ridicule quand nous tentions d’être empathiques ; pour créer notre légende nous n’étions pas crédibles. »
Si l’autrice semble avoir fait sa vie d’adulte ailleurs, le personnage du roman nuance quand même son jugement excessivement sévère : « D’autres fois, cependant, le soleil soulevait des vapeurs désirables, odeur de café torréfié, vent lointain chargé des senteurs de la mer, essences aromatiques de la Méditerranée. Il me semblait que l’avenir y était possible. » Pour compléter décor, le traditionnel passage, assez poétique, sur le vent « qui me rend folle » : « Les pins sifflent, les rafales battent l’herbe, tout n’est que vert, ou brun sourd. Le vent vide la nature de ses habitants, menus oiseaux, légers insectes. »
On retrouve dans le roman ce Pays Catalan, rude, authentique, si différent des autres régions de France et même du sud méditerranéen. Reste l’intrigue. Elle est déclinée chronologiquement. Catalina, encore enfant, se souvient du mariage de Ferran, son cousin et d’Olivia. Ferran, le chasseur, le mâle alpha de la famille. Outrageusement favorisé par Avia, la grand-mère, la propriétaire du mas, au détriment de sa fille, la mère de Catalina. Un chasseur, harceleur, macho… violeur. Catalina aime cette vie au grand air, dans les vignes.
Mais elle apprécie encore plus de lire, au calme. Premières amours au lycée, amitiés fortes à la fac : Une fille du Sud prend des airs de roman d’apprentissage. Catalina découvre d’autres milieux, des façons différentes de penser, comprend mieux sa mère, déteste de plus en plus la grand-mère, craint Ferran, toujours à préparer un mauvais coup. Un pur roman dans sa dernière partie, car si Juliette Granier a puisé dans ses souvenirs pour donner des accents de vérité à son texte, elle boucle son récit de façon tout à fait inattendue.
« Une fille du Sud » de Juliette Granier, Gallimard, 192 pages, 19 €
Ancien policier, Patrick Caujolle a sans doute puisé dans quelques-uns de ses souvenirs pour écrire ce nouveau polar, son 5e. L’action se déroule à Toulouse mais l’essentiel de l’intrigue a pour cadre Perpignan et la Catalogne sud.
Le capitaine Bastide va donc tenter de découvrir qui a tué un certain Habib Gacem à Toulouse. Rapidement il va suivre une piste au Perthus dans le milieu de la prostitution et à proximité de Barcelone dans des plantations d’orangers.
C’est direct, percutant, très actuel et en prime on parle un peu de foot et même du village fantôme de Périllos dans les Pyrénées-Orientales.
« L’orange était sanguine », Patrick Caujolle, Cairn, 274 pages, 12 €
Tourné dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude, le premier film de Julien Rigoulot est rafraîchissant et positif. Quand tout va mal, un petit miracle est toujours le bienvenu.
Pour son premier long-métrage, Julien Rigoulot, essentiellement connu pour avoir réalisé nombre de clips musicaux, a puisé dans sa propre expérience. Père divorcé, il a vu son monde s’écrouler, personnel et professionnel. Quand tout semble contre vous, on espère un miracle pour rebondir. Jean (Antoine Bertrand), double du réalisateur dans le film Petit Jésus, est dans une mauvaise passe. En instance de divorce, il survit en faisant des petits boulots, comme promeneur de chiens.
Ce mercredi, il doit assurer la garde de son fils, Loulou (Esteban Azuara Eymard) tout en promenant sa petite meute. Dans la garrigue des Pyrénées-Orientales, où le film a été tourné en grande partie, un chien s’échappe. Traverse une route, rencontre les pneus d’une voiture. C’est un cadavre que Jean ramène aux propriétaires. Mais un cadavre finalement bien vivant. Grâce à Loulou. Il a caressé le chien et lui a insufflé la vie. Un miracle, selon Jean qui se rend compte dans la vie de tous les jours du pouvoir de son gamin. La tentation est grande pour Jean de profiter de ce don pour se sortir de toutes ses galères.
Il est conforté dans ce choix, peu respectable et encore moins chrétien, par son père (Gérard Darmon), viel escroc un peu mythomane, qui vit aux crochets de Jean. Vont intervenir dans ce plan très aléatoire un curé qui veut un peu trop y croire et un avocat, plus ami de Jean que professionnel à son service.
Cette gentille comédie, portée par la bonhomie québécoise d’Antoine Bertrand et l’espièglerie d’Esteban Azuara Eymard, aborde sans prétention la problématique de la foi et de ses supposés pouvoirs quand on est au fond du trou. On rit souvent aux facéties du curé (Bruno Sanches) ou de celles de l’avocat très borderline (Youssef Hadji). Quant à Jean, on suit son aveuglement un peu interloqué, mais tout en ayant quelques doutes, car si l’on ouvre un peu les yeux, on s’aperçoit qu’en fait, les petits miracles du quotidien sont légion.
Enfin, ce premier film vaut aussi le détour dans une semaine dominée par la sortie mastodonte de Mission Impossible par les paysages de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, parfaitement mis en valeur par le réalisateur. Que cela soit sur les étangs de Sigean, le bord de mer, la garrigue ou le site des orgues d’Ille-sur-Têt, c’est une bonne promotion de la diversité environnementale de la région.
Film de Julien Rigoulot avec Antoine Bertrand, Esteban Azuara Eymard, Gérard Darmon.
Originaire de Rivesaltes, Michel Blanque connaît parfaitement le Roussillon. C’est donc logiquement qu’il situe cette enquête du commandant Philippe Aliot à Perpignan. L’avocate de Mammon (Les 3 colonnes, 224 pages, 18 €) débute par la mort d’une ambitieuse avocate. Renversée par un 4x4 devant le gymnase du Moulin-à-vent. Pour s’occuper de cette affaire très problématique, c’est un « local », qui a fait sa carrière à Montpellier, qui redescend prêter main-forte à la capitaine Sylvie Ramos.
Un drôle de flic ce Aliot. Particulièrement perspicace. Il devine immédiatement que c’est un meurtre et qu’il a été commis par une femme. Alors, il mène ses investigations à charge avec une suspecte qui se révélera… la coupable. Car il n’y a pas de rebondissement dans ce polar qui ressemble à une enquête de routine. Avec quelques sujets qui semblent tenir à cœur à l’auteur, comme le trop grand pouvoir des francs-maçons, le délitement des mœurs des politiques et même l’emprise des sectes sataniques sur les notables. Sans oublier la pédophilie, tout en louant la messe en latin.
On a parfois l’impression de se retrouver dans la version française d’une fiction écrite par un membre francophone de la mouvance conspirationniste Qanon.
Une plaie d’enfance met toujours plus de temps à se refermer. Pour Jean-Noël Pancrazi, il lui a fallu des décennies pour raconter ces quelques années passées dans les Pyrénées-Orientales. Il les a rebaptisées Les années manquantes, comme s’il avait en partie cessé d’exister durant cette période bouleversée.
Dans ces années 60, les parents du petit Jean-Noël, après avoir quitté l’Algérie, décident d’y retourner. Mais par prudence décident de laisser leur fils en métropole. Pas dans la famille corse du père mais celle, catalane de la mère, « le côté catalan l’emportait déjà - ce côté rêche, plus sévère, plus dur, comme s’il fallait toujours lutter contre la tramontane, résister à ses rafales, avec les corps comme forgés pour dominer le vent, la sécheresse orgueilleuse des traits pareille à celle des ceps de vigne, dressés, nus, impeccables, l’hiver. » Jean-Noël découvre alors l’immense et silencieuse maison de sa grand-mère Joséphine.
A Thuir, pas loin de cet asile des fous qui va marquer la famille. La première partie du roman est un long portrait de Joséphine, femme très pieuse, comme figée dans un passé, incapable d’aimer ce petit-fils venu d’Algérie et qu’elle découvre. Paradoxalement, ce portrait au vitriol d’une femme aux mains dévorées par l’eczéma, se révèle être un superbe hommage. Et une fois morte, le petit Jean-Noël la regrettera. Encore plus quand il devra vivre les cris et les pleurs du divorce de ses parents dans un appartement de Perpignan. Un second traumatisme associé à ce département, cette ville qui fait écrire au romancier : « Il me faudrait des années et des années avant de revenir à Perpignan. » Depuis, les relations se sont apaisées et ce livre, à l’écriture fulgurante, prouve que les pires épreuves peuvent se transformer en œuvre d’art.
« Les années manquantes » de Jean-Noël Pancrazi, Gallimard, 12,50 €
Drôle d’endroit pour une rencontre. A Perpignan, sur le quai Rive Gauche, le narrateur imaginé par Jacques Issorel croise la route d’une mendiante. Une Russe, à la vie exceptionnelle. Elle se raconte dans la première partie de ce roman qui fera voyager le lecteur de la Russie soviétique aux USA en passant par l’Italie. Helena était une danseuse prometteuse.
A 15 ans elle découvre l’amour. Mais à l’époque de Kroutchev, il y avait toujours le risque de déplaire à l’intelligentsia et de se retrouver au goulag. Héléna, fauchée en pleine gloire doit en plus faire le deuil de son grand amour le danseur italien Alessandro Giovanetti.
Le narrateur, comme pour donner un dernier plaisir à cette pauvre femme perdue, se lance à sa recherche. Un roman passionnant, palpitant comme un thriller, traversant l’Europe et le siècle pour raconter une histoire d’amour à la russe.
« Une lettre pour Alessandro Giovannetti » de Jacques Issorel, Trabucaire, 15 €
Paru en 2014 mais toujours disponible dans divers points de vente des Pyrénées-Orientales, le livre « Les Canals », sous la direction de Jean-Pierre Comps, est une étude savante sur le Canal royal de Perpignan et ses mas riverains. A la base, ces passionnés d’histoire locale, ont découvert le grand plan réalisé à l’aquarelle en 1 750.
Une véritable œuvre d’art de 7 mètres de long. Le plan est reproduit dans son intégralité dans le livre, avec pour chaque mas des explications sur les familles propriétaires. On comprend en parcourant cet ouvrage l’importance de l’eau depuis la nuit des temps. Un canal qui est encore en partie en activité et sert de promenade très apprécié des citadins.
Confrontation est un festival qui surfe entre les vagues. Reporté d’une année en pleine première vague de coronavirus, la 56e édition du festival de cinéma perpignanais, Confrontation, a dû décider d’un nouveau report en mars dernier alors que la 3e vague sévissait. Mais il en faut plus pour décourager les organisateurs. Normalement le festival va se dérouler la semaine prochaine, du 23 au 28 novembre au cinéma Castillet à Perpignan. Une petite semaine, plus de 80 films, des invités et tout cela malgré une 5e vague qui ne dit pas encore clairement son nom. Le thème de cette année, « Filmer le temps présent », semble particulièrement d’actualité. Et le présent d’un festivalier en 2021, c’est de toujours tenir prêts son pass sanitaire et son masque…
Maudit le festival Confrontation ? Non, mais depuis l’an dernier, le grand rendez-vous des cinéphiles des Pyrénées-Orientales doit jongler pour tenter d’assouvir leur passion. La 56e édition était normalement prévue pour avril 2020. Confinement oblige, elle a été annulée. Exactement reportée à l’année suivante. 12 mois plus tard et de nouveau confinement…
Mais il en faut plus pour décourager l’équipe de l’Institut Jean Vigo. Réajustant en permanence le programme (notamment en fonction des disponibilités de certains invités), il est décidé de proposer la 56e édition en novembre, du 13 au 28. On y est. Mais de nouveau pointe le spectre de la pandémie en pleine recrudescence.
Pourtant, à quelques jours de l’ouverture, ce qui inquiète les plus Jacques Verdier, un des programmateurs, c’est la météo : « On annonce de la pluie, du vent, presque une tempête… » Le public osera-t-il affronter les éléments pour profiter de ces films soigneusement sélectionnés pour illustrer le thème de cette année : « Filmer le temps présent » ? « Nous avons un public de fidèles », explique le responsable du festival, Alain Loussouarn. Fidèles et cinéphiles. Une des difficultés quand il faut élaborer le programme, c’est de trouver l’équilibre entre films connus qui vont attirer le public et pépites rares dénichées dans des cinémathèques amies. Mais avant, il faut déterminer le thème général du festival. « Nous faisons un tour de table longtemps à l’avance, explique Jacques Verdier. Pour le prochain, six idées ont été présentées et défendues. Ensuite on décide collégialement en s’appuyant sur une première sélection de films emblématiques. »
Mais le travail ne fait que débuter. Il faut étoffer le programme, trouver des invités et surtout des films disponibles. Même ceux qui sont dans le circuit commercial sont parfois compliqués à obtenir. Voire impossible quand ils sont en cours de rachat. Ainsi deux des films du programme (Pandémie et Lord of war) ne pourront pas être diffusés finalement.
Belles rencontres
Cette chasse au long-métrage permet aussi parfois de belles découvertes. En préparant la sélection destinée à illustrer la problématique «De la chute du mur au nouveau cinéma allemand», Jacques Verdier cherchait un film d’un autre pays du bloc de l’Est. Finalement, un des intervenants de l’Institut d’Histoire du temps présent, au cours d’une conversation informelle, lui a trouvé un film hongrois datant de 1992 (Junk Movie, le samedi 27 novembre à 14 h).
Toujours dans cette thématique allemande, en début d’année, le programmateur est sur la trace des ayants droit d’un film allemand de 1979 sur l’apparition d’une maladie très contagieuse en Allemagne. La maladie de Hambourg de Peter Fleischmann (jeudi 25 novembre, 18 h 15) était quasiment prophétique, les foules se protégeant avec des masques chirurgicaux. Jacques Verdier obtient finalement un contact téléphonique et tombe sur la compagne du réalisateur. Ce dernier parlant français donne rapidement son accord pour venir à Perpignan en avril, malgré ses 80 ans passés. Le second report du festival a empêché de finaliser le projet : Peter Fleischmann est mort durant l’été.
Une fois la programmation calée, les films reçus, la grosse machine doit se mettre en place. « Au début, on commence avec une petite équipe, mais plus l’échéance approche et plus elle augmente, il faut l’appoint de nombreux bénévoles, ces petites mains sans qui rien ne serait possible » souligne Jacques Verdier. Alors il ne reste plus qu’aux festivaliers du temps présent de profiter de ces dizaines de projections
Certaines têtes d’affiche se cachent parfois dans des programmes. Quand les organisateurs invitent Jean-François Sanz en tant que réalisateur du documentaire Des jeunes gens mödernes, c’est juste en tant que cinéaste. Mais quand l’information arrive aux oreilles du Pyrénéon, le club partenaire de Confrontation, il est immédiatement envisagé de proposer un set avec un des meilleurs connaisseurs de cette période de la musique rock française.
Un set qui sera organisé le samedi 27 novembre, après la projection du film au Castillet à 18 h. Et comme Jean-François Sanz est effectivement une pointure que tout musicien möderne connaît, il a entraîné dans son sillage quelques autres célébrités locales dont Pascal Comelade, les Liminanas, Manuel Perez ou Jean Casagran. Du beau monde qui cultive sa mödernité depuis quatre décennies.
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Nuit du cinéma : quatre films, des pizzas et une ambiance unique
Ce n’est pas le même public que le reste du festival, mais la nuit du cinéma est devenue un incontournable de Confrontation. Sur le thème de la dystopie, elle propose quatre films, des pizzas et des quiz pour aller jusqu’au petit matin et les croissants arrosés de café. Cela débute à 21 h (le vendredi 26 novembre) avec Les animaux anonymes de Baptiste Rouveure. Un film assez angoissant où le rapport de force est inversé entre hommes et animaux. Vous ne verrez jamais plus un abattoir de la même façon. Le film sera présenté par un des comédiens, Thierry Marcos.
A 23 h, un classique de la science-fiction avec Soleil vert de Richard Fleischer. Un dessin animé japonais pour les premières heures du samedi avec Les mondes parallèles. Enfin final en apothéose dans les bidonvilles d’Afrique du sud. Mais dans le District 9 de Neill Blomkamp ce ne sont pas les Noirs qui y sont parqués mais des extraterrestres.
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Des films mais aussi des tables rondes et une exposition
« Un festival, de nos jours, ce ne peut pas être que des films. Il faut toujours essayer de créer des événements ». Cette constatation de Jacques Verdier explique les nombreuses animations, tables rondes et conférences qui s’intercalent entre les 80 films proposés durant ces cinq jours denses.
Le film d’ouverture, inédit, est emblématique du thème retenu. Ouistrehamest tiré du livre de reportages de Florence Aubenas. La journaliste avait passé de nombreuses semaines sous couverture. Elle a travaillé avec ces femmes de ménage qui nettoient les bateaux qui font la liaison entre France et Angleterre. Le film, réalisé par Emmanuel Carrère, sort le 12 janvier, a comme actrice principale Juliette Binoche.
Autre temps fort avec Nos plus belles années, film italien présenté en clôture du festival retraçant les amours, joies et désenchantement de quatre amis durant les 40 dernières années.
A noter la présence parmi les invités de deux producteurs emblématiques : Jacques Bidou et Marianne Dumoulin. Ils ont carte blanche pour présenter trois de leurs films. Il sera aussi beaucoup question lors de cette édition de Confrontation du cinéma allemand après la chute du mur de Berlin, d’écologie, et de tout un volet sur le capitalisme vainqueur dans un monde déréglé qui met l’homme à la marge.
Enfin ne manquez pas lors de votre venue au Castillet de faire un arrêt pour admirer les œuvres de Hermione Volt sur la scène musicale post-punk française du début des années 80.
Extravagant et jubilatoire. Ce nouveau petit roman de François Mosset, se distingue par sa verve et son imagination débordante. Intitulé « Plaidoirie pour un fainéant », il se dévoile véritablement dans son sous-titre : « Les loges de la paresse ». Au début, maître François Mosset, avocat, a décidé, pour raison de santé, de se mettre au vert quelque temps dans le Sud de la France, à Perpignan exactement, région que connaît bien l’auteur pour y résider.
Bien mal lui en a pris : le bâtonnier Théophraste lui confie l’affaire « Marcel Serdan », un homme considéré comme fainéant notoire, accusé d’homicides hors du commun.
On croise dans ce texte bourré de gags, jeux de mots et de mises en abimes sidérantes nombre de localités de l’Aude et des Pyrénées-Orientales. On va de Saint-Papoul à Collioure en passant par Villerouge-Termenès et bien évidemment Mosset qui fournit fort opportunément son pseudonyme à l’auteur… Les personnages campés par l’auteur valent eux aussi le détour, d’un curé pollestrencq « hypermétrope comme une huître astigmate » ou une « jeune et jolie journaliste de l’Indépendant » qui va reprendre toute l’enquête bâclée de la police.
« Plaidoirie pour un fainéant » de François Mosset, disponible sur Amazon en numérique (3,10 €) ou en version reliée, 10,44 €
Noël Herpe, historien du cinéma, réalise un catalogage du Fonds Max Douy déposé à l'Institut Jean Vigo de Perpignan.
Une lettre de Danielle Darrieux à la Continental ou le témoignage d’une ouvreuse de cinéma lors des séances d’interrogatoires menées à la Libération : les archives de Max Douy, léguées récemment à l’Institut Jean-Vigo, sont d’une richesse insoupçonnée. Noël Herpe, historien du cinéma, enseignant à Paris, écrivain et réalisateur, va les parcourir durant une semaine, faisant un premier travail de défrichage pour ensuite proposer dans un mémo un classement de ces pièces historiques.
L’idée de se plonger dans ces archives du cinéma français durant l’occupation vient de Ghislaine Gracieux. Cette productrice originaire de Perpignan a déjà travaillé avec Noël Herpe sur Clouzot. Ils ont en projet de réaliser un documentaire sur cette période si particulière dans le 7e art national. Or Max Douy, grand décorateur qui a notamment travaillé avec Claude Autant-Lara sur « La traversée de Paris », faisait partie du Comité de Libération du Cinéma Français et à ce titre a participé à de nombreux interrogatoires la Libération venue. Une accusation ou une rumeur à vérifier, un rôle à préciser : beaucoup ont été inquiétés une fois l’envahisseur chassé. Souvent avec un non-lieu à la clé. Le rôle de la Continental Ce sont ces témoignages que Noël Herpe passe en revue. Un premier survol lui a permis de découvrir une lettre de Danielle Darrieux. « Elle y explique qu’elle veut bien tourner pour la Continental, la grande société de production française la plus collaborationniste, mais à la condition que le tournage se déroule en zone libre. » « Les archives me permettent de replonger dans l’atmosphère de l’époque », explique Noël Herpe, lunettes rondes sur le nez pour défricher ces feuillets dactylographiés reliés par des trombones qui ont rouillé depuis des décennies. Une approche méthodique, avec mise en répertoire de toutes ses notes et photographies des documents les plus importants ou significatifs. Un travail qu’il compte prolonger avec d’autres documents, consultés ailleurs qu’à Perpignan, toujours avec ce projet de « Chroniques du cinéma français sous l’Occupation ». Avec sans doute la possibilité de « battre en brèche certaines légendes ».
Incroyable. Encore moqué il y a quelques mois en raison de ses soucis techniques récurrents, le téléphérique de Brest est devenu depuis le début de l’été une des attractions touristiques de la préfecture du Finistère. Les deux cabines du téléphérique, prévu initialement comme un moyen de déplacement doux pour les urbains Bretons, s’est transformé en un lieu qu’il faut absolument visiter et emprunter avant de quitter la ville. Pourtant ils étaient nombreux à se moquer de ce téléphérique planté au-dessus de la rade, loin de tout sommet enneigé.Et quand la mairie de Perpignan a envisagé de construire elle aussi un téléphérique, les ricanements ont été encore plus sardoniques. Paradoxe des gens pleins de certitudes. Comme à la fin du XIXe siècle quand les opposants à la tour de M. Eiffel menaient campagne contre cette abomination qui allait défigurer la plus belle ville du monde. On connaît la suite...
Le téléphérique de Brest, à une autre échelle, est sur le point de suivre le même chemin. Le tourisme obéit à des règles parfois très complexes. Les responsables sont persuadés que seules les « beautés naturelles » peuvent attirer. Alors qu’en réalité, pour quelques milliers de plagistes en bord de mer,il y a des millions de visiteurs à la Cité de Carcassonne, au Pont du Gard ou sur le Canal du Midi. Des réalisations humaines pas destinées à attirer le chaland mais qui sont devenues au fil du temps les meilleurs atouts de la région. Alors imaginez aujourd’hui la renommée du Pays catalan si le projet de téléphérique entre la plaine et le Canigou avait abouti. Le département serait la première destination touristique d’Occitanie mais même de France et d’Europe. Il faut parfois faire confiance aux fous ambitieux. Ce sont souvent des visionnaires. Chronique parue le 12 juillet en dernière page de l'Indépendant.
La semaine dernière, lundi exactement, j’ai passé la journée à Paris pour divers rendez-vous. Un aller-retour en avion, départ à 7 heures et retour à 21 h 50. J’enchaîne les rencontres et rejoins Orly en fin d’après-midi.
C’est dans la salle d’embarquement que je découvre l’urgent de notre site internet : « Météo : Aude et P.-O. en vigilance orange ». Confirmation une fois installé dans le Bombardier de Hop !, le pilote annonce un temps calme au début, puis quelques turbulences sur la descente vers Perpignan. J’en profite pour terminer un roman. Le narrateur avoue qu’il a la phobie de l’avion. Obligé de se rendre en Chine pour rejoindre sa dulcinée, il explique : « Je sais pertinemment que si un seul avion doit s’écraser cette année, ce sera le mien : j’en ai toujours été persuadé ». Pile à ce moment, le mien commence à ressembler à un manège de Port Aventura. Vais-je passer de la fiction à la réalité ?
Perpignan est là. Je vois les lumières de la ville. Cela secoue de plus en plus. Pourtant on va bien se poser puisque le commandant dit « PNC, préparez-vous à l’atterrissage ». J’avoue ma panique en constatant que la piste s’approche, mais qu’on n’est pas du tout dans l’axe puisque je la vois parfaitement sur ma gauche par le hublot. D’un coup, l’avion reprend de la hauteur. Trop de vent. On se posera à Montpellier pour terminer le voyage en bus.
Finalement, « Quelqu’un à qui parler » de Cyril Massarotto ne sera pas le dernier roman que j’aurai lu dans ma vie.
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 20 février)
Dernière tendance sur les réseaux sociaux, le mannequin challenge fait des ravages et a tendance à m’énerver. Le principe : un quidam filme en plan séquence des gens comme pétrifiés en pleine action. Pas plus loin que dans notre agence de Narbonne, on a pu voir les secrétaires plongées dans les archives, un journaliste boire sans fin une bouteille d’eau et la chef adjointe figée devant le chemin de fer des pages à réaliser. Si par malheur quelqu’un a la mauvaise idée d’en réaliser un au siège à Perpignan, je n’accepterai d’y participer que protégé de mon casque intégral pour épargner les hypothétiques spectateurs de mon rictus consterné... A Carcassonne, la patinoire a servi d’écrin pour des amateurs immobiles, pas évident alors qu’on est en équilibre sur des patins, glissants par définition. Le plus osé reste celui de cette agence de mannequins. Les modèles posent toutes en petite tenue dans ce qui sert visiblement de cuisine. Quelques-uns sont cependant impressionnants comme dans ce club de gym, où l’un des sportifs qui reste durant tout le film à l’équerre aux anneaux. Cet éloge de l’immobilisme devrait plaire à certains politiques de plus en plus frileux face à un électorat résolument conservateur. Petite précision, le plus long mannequin challenge est à porter à l’actif des débats de la primaire de la gauche. Mais le meilleur reste celui de la rédaction d’iTélé en pleine grève. Des dizaines de journalistes à l’arrêt, au propre comme au figuré.
Cinquante nuances de grenat, voilà le titre qu’Hélène Legrais aurait pu donner à son dernier opus très chaud.
Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’écrivaine catalane ajoute «un dernier mot pour mon fils Hadrien : j’espère que certaines scènes écrites par ta mère ne vont pas te choquer ! » Et en effet, elle prend un virage serré par rapport à ses précédents opus. Si l’action se déroule toujours à Perpignan et ses environs, on est très loin du classique roman de terroir avec ce héros, complexe, tourmenté, incapable depuis trois ans de consommer son mariage arrangé avec la pourtant charmante Suzanne. Fin des années 1880, rue de l’Argenterie, le joaillier Auguste Laborde fils prend la relève d’un père inspiré. Il n’est pas dupe : il manque du génie paternel et réussit à faire vivoter l’affaire sur sa réputation. Méprisé par son épouse, ignoré par sa sœur, brimé par sa mère, Auguste cherche l’ombre. Dans ce but, il achète une petite maison rue de l’Anguille. Et sa vie bascule. ■ Nuances sanglantes du grenat La porte en bois d’un réduit donne sur l’immeuble voisin, une maison close. Par l’interstice des planches, Auguste devenu voyeur compulsif, ressent des émotions charnelles inconnues devant le défilé des prostituées. Jusqu’au jour où il est témoin du meurtre de l’une d’elles. Il n’aura alors de cesse de démasquer le meurtrier dont il n’a vu que les mains. Hélène Legrais a visiblement décidé de pimenter son récit. Elle transforme son héros en bête de sexe, parsème le roman de passages débridés. Preuve en est avec de nombreux succès de librairies ces dernières années, voilà un créneau qui rapporte. On se laisse happer par l’intrigue, on apprécie un livre bien documenté, historiquement irréprochable, on regrette néanmoins l’énumération inutile et trop fréquente des nombreuses rues de Perpignan (Google Street permet aujourd’hui même aux Esquimaux de le visualiser d’un clic). Mais comme le prouve Hélène Legrais, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Et on apprécie cette nouvelle facette d’une écrivaine autrefois un peu trop lisse.
Fabienne Huart
➤ «Trois gouttes de sang grenat », Hélène Legrais, Calmann- Lévy, 19,90 €
Chers amis, voilà plus d'un siècle que je suis en vacances prolongées. Contre mon gré. Ce 31 juillet 1914, loin de me prélasser, tout en dînant au café du Croissant, je mettais la dernière touche à un texte essentiel pour la préservation de la paix quand un jeune exalté m'a tué à bout portant. Depuis, la France a subi nombre de guerres. A l'intérieur et hors de ses frontières. Mort en pacifiste, j'ai dû contempler en silence la montée des sentiments belliqueux et la récupération de mon image. Et l'avenir de mon pays semble bien sombre si j'en crois ce qui s'est passé samedi après-midi au pied de ma statue à Perpignan. Le parti socialiste, dont j'ai fondé la première version, me rend traditionnellement hommage. Arrivent alors des contre-manifestants. Ils se revendiquent eux aussi de mon héritage, pour dénoncer la « loi travail » comme mon combat contre les « lois scélérates » dans les années 1890. Mes héritiers « officiels », sans doute tourneboulés par ce soleil du Midi qui tape fort en été, plutôt que de tenter de trouver un terrain d'entente, ont choisi la pire des solutions de mon point de vue : la violence. Rien de bien méchant, quelques gifles et bousculades, mais malheureusement le symbole est fort. Comment accorder le moindre crédit à ceux qui se revendiquent de ma pensée s'ils bafouent ce qui m'a permis de rester dans l'histoire de France : une farouche volonté de non-violence ? A croire que cette gauche que j'ai tant aimée, tant portée et choyée, a fait sienne le slogan de son opposante de droite : « Être la plus bête du monde ».
Jean Jaurès (P. P. Michel Litout)
Chronique parue le lundi 1er aout en dernière page de l'Indépendant Perpignan. Photo Nicolas Parent
Si depuis des décennies l'été et plus particulièrement le mois d'août est synonyme de baisse de fréquentation dans les cinémas français, la malédiction n'est pas immuable. Et au Castillet, le cinéma du centre-ville de Perpignan, en plus d'une programmation très large entre art et essai (Carmina !), blockbusters (Jason Bourne) et films pour la jeunesse (Dory, Comme des bêtes), le mardi soir, c'est avant-première. Cinq films remarqués à Cannes, présentés quelques semaines ou même mois avant leur sortie nationale. L'occasion de découvrir ce qui fera certainement l'actualité cinématographique de ces prochains mois.
Début des hostilités le 3 août à 19 heures avec "Aquarius », film brésilien de Kleber Mendonça Filho avec la sublime Sonia Braga en vedette. Cette dernière a manqué le prix d'interprétation féminine à Cannes au grand désespoir de tous les critiques. L'Aquarius est un immeuble en bord de mer. Une société immobilière veut le racheter mais Clara (Sonia Braga), ancienne critique musicale, refuse de céder.
Le 9 août à 21 h 30, place à un film français de Houda Benyamina lauréat de la Caméra d'Or 2016. "Divines", présenté également au festival de Prades, a remporté le prix du jury jeunes. "Divines" plonge le spectateur au cœur du malaise des banlieues. Trois jeunes filles, pauvres et fascinées par l'argent, vont tout faire pour réussir. Une critique sociale très acide.
En présence de Radu Mihaileanu
"L'histoire de l'amour" sera présentée en avant-première le 16 août à 20 heures en présence de son réalisateur, Radu Mihaileanu. De la Pologne des années 30 à Central Park aujourd'hui, le manuscrit d'un livre, "L'Histoire de l'Amour", va voyager à travers le temps et les continents.
Les deux derniers films seront présentés les 23 et 30 août. "Victoria » de Justine Triet avec Virginie Efira, Vincent Lacoste et Melvil Poupaud (21 h 15) est ce qui se fait de mieux dans la catégorie cinéma français original. La performance de Virginie Efira a particulièrement été remarquée, toujours au festival de Cannes dans la sélection de la semaine de la critique. Victoria, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu'elle a sorti d'affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime.
Enfin "Captain Fantastic" clôturera ce mois d'avant-premières au Castillet le mardi 30 août à 21 h 15. Une comédie familiale décalée de Matt Ross avec Viggo Mortensen. Un père élève ses enfants au fin fond de la forêt américain, loin, très loin du progrès. Mais quand ils doivent se rendre dans la ville, tout ce fragile équilibre risque d'être remis en question. Le film sortira nationalement le 12 octobre. Mais les chanceux disponibles le 30 août pourront le découvrir au Castillet.
"Accident de personne". L'annonce claque comme un coup de feu dans le wagon du TGV à destination de Paris. À 20 minutes de mon arrivée gare de Lyon ce mercredi. Le train ralentit et s'immobilise dans un tunnel. Pas de chance pour les voyageurs qui doivent prendre une correspondance. Pas de chance non plus pour le pauvre bougre qui s'est jeté sous la locomotive à l'entrée de Maison-Alfort. Après cinq heures de cohabitation polie, les langues se délient, en même temps que les bouteilles d'eau distribuées par les contrôleurs. Les deux petites filles assises en face de moi, des jumelles de six ans (Selena et Cyann) ont été très sages mais cet arrêt intempestif les perturbe. Leur mère tente d'expliquer. "Un monsieur s'est fait percuter par un train". "Ça veut dire quoi percuter, maman", interroge la plus curieuse. L'une des fillettes compatit pour le monsieur ("Il est mort alors ?") alors que l'autre ne comprend pas pourquoi on reste arrêté : "On le met à côté et le train repart !" Le monde des enfants est si simple... La maman s'oblige à préciser : "Il faut que les pompiers et la police viennent d'abord". Le TGV redémarre. Juste pour sortir du tunnel. "On va repartir maman ?" demandent au moins trente fois les jumelles à tour de rôle durant les deux heures d'immobilisation. Dans vingt ans, elles ne se rappelleront plus de ces deux longues heures d'attente. Elles feront toujours Perpignan-Paris en train. Encore plus vite grâce à la nouvelle ligne à grande vitesse. Moi, je me souviendrai toujours de ce désespéré qui a préféré finir sa vie sur ces rails funestes.