Dans le second roman (sur sept) consacré aux péchés capitaux, NéO se penche avec volupté sur la luxure.
La transgression sous toutes ses formes. NéO, pseudonyme de Nicolas d'Estienne d'Orves, abandonne le genre de la saga historique pour des romans plus adultes et sulfureux. Il s'est lancé le défi d'écrire une histoire contemporaine sur les sept péchés capitaux. A l'heure des réseaux sociaux et de l'émergence de l'intelligence artificielle, c'est sans doute un peu daté mais diablement bine vu. Car malgré les progrès de la technologique, l'homme reste intrinsèquement tenté par l'interdit, tourmenté par des restes d'éducation judéo-chrétienne.Après « L'île de l'orgueil », paru en 2025, place à la luxure dans « La reine de mai ». Le sexe occupe une place prépondérante dans la vie de Tobias Gantzer. Il admet être un séducteur. De ces hommes qui dégagent une attirance irrésistible pour toute femme sensible à la beauté, la finesse, la prestance.
Tobias est expert en tableaux anciens. Une pointure dans son rayon, célèbre dans le tout paris, tant par ses trouvailles que sa tenue excentrique que le nombre astronomique de ses conquêtes. Il vient de passer la soixantaine mais continue à « chasser », dans les soirées ou lors des conférences qu'il donne dans des écoles d'art.
La première partie du roman (une fois passé le prologue glauque donnant un ton de thriller à l'histoire) raconte comment la jeune Manon est tombée en admiration pour cet homme qu'on ne peut que remarquer. « Son trois-pièces cerise était sûrement fait sur mesure et il devait passer des heures à plaquer ses cheveux argentés et à pommader sa moustache. » Il captive son auditoire en racontant l'histoire d'un tableau mystérieux, La reine de mai. Il a consacré un livre à cette toile aujourd'hui disparue et qui aurait inspiré tous les grands maîtres de ces quatre derniers siècles. Selon Tobias, on retrouve dans ces tableaux « une même silhouette, en majesté, triomphale et pourtant modeste ; une même structure primaire, d'une simplicité désarmante : cette femme nue, debout, de face ; ces cheveux de feu, d'un roux aveuglant ; cette vulve si crue, présente mais chaste. » Et à ses pieds, des corps emmêlés dans une infernale orgie alors que « la reine, allégorie de la luxure, semblait flotter, à la fois déesse et démone. » Une image puissante, troublante. Tobias ne l'a jamais vue. Il rêve de la posséder.
En attendant, il compose en secret des faux de peintres célèbres, ces supposés hommages qu'il peint avec un ingrédient spécial, ce que l'auteur présente comme le rose-perdu, un pigment composé « d'une poudre argileuse rose pâle qui offre un éclat particulier aux carnations. »
Si le thème principal du roman reste cette folle envie de jouir, capable de tout renverser, d'effacer toutes les barrières morales, on se délectera aussi de la passion des belles peintures, œuvres d'un artiste talentueux, capable, avec quelques touches de couleur et des courbes harmonieuses, de déclencher des torrents d'émotions.
« La reine de mai », Néo, Albin Michel, 274 pages, 20,90 €



















