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jeudi 9 avril 2026

Roman – Vacances rouge sang


Si vous avez un mauvais souvenir de vos séjours en colonie de vacances, dites-vous qu'il peut y avoir pire. Joey Cormeau, auteur canadien de Nouvelle-Écosse, envoie Martin dans un camp de vacances religieux dans les bois et au bord de l'océan. Une grande première pour ce presque ado très fusionnel avec sa mère. C'est cette dernière qui décide de le confier aux religieux quand elle a l'opportunité de travailler comme spécialiste des effets spéciaux sur un film d’horreur en tournage à Toronto. Martin découvre la vie en communauté, les filles et, pas de chance, la folie d'un curé qui se transforme en tueur en série sadique et vicieux.

Il y a plusieurs intérêts à se plonger dans ce roman de genre. Les bains de sang et multiples façons de trucider les enfants (cutter, hache, noyade...). La petite romance entre Martin et Joan (rien de plus romantique que l'éclosion d'un amour de vacances). Enfin la complicité entre le jeune héros et sa mère célibataire. Elle a communiqué sa passion des films d'horreur à son fils. Il connaît tous les grands succès slasher (l'arme est un couteau). Une science qui pourrait lui être très utile.

« Massacre au camp de vacances » de Joey Cormeau, Fleuve – Styx, 240 pages, 19,95 €


mercredi 7 janvier 2026

Fantastique - Quand une dictature devient pure horreur

Un poète, exilé pour cause de censure, retourne dans son pays malgré la dictature. Et disparaît. Une amie va tenter de le retrouver. Voyage aux confins de l'horreur dans ce roman fantastique et cruel signé John Hornor Jacobs.

On le surnomme l’Œil. A cause du bandeau qui cache une orbite vide. Écrivain et poète, en exil depuis des années en Espagne, Rafael Avendaño vivote nonchalamment, tout en fumant des cigarettes malodorantes et en allant voir des films mexicains de série B. Opposant politique d'un dictateur régnant sur le Magera, un petit pays imaginaire, sorte de mix d'Argentine, Uruguay et Chili, Rafael a connu la gloire littéraire mais n'a plus écrit une ligne depuis des années. Certains de ses fans sont même persuadés qu'il est mort, oublié dans une geôle. 

Isabel aussi est originaire de cette région du monde. En exil également. Elle survit difficilement en occupant un poste à l'université de Malaga, spécialisée dans la littérature sud-américaine. Isabel connaît parfaitement l’œuvre d'Avendaño. Notamment son côté subversif. Ils se croisent par hasard dans un parc, discutent, découvrent leur origine commune, deviennent amis, parlent du passé. De ce pays en voie d'oubli. Et quand la discussion aborde son surnom, Isabel ne peut s'empêcher de demander à Rafael comment il a perdu cet œil. Sa réponse donne un indice sur la direction et le ton du roman : « Il en avait trop vu. Alors je l'ai arraché ». Des scènes monstrueuses, vous pourrez en lire quantité dans ce texte, le premier publié dans une nouvelle collection fantastique, Styx, lancée par Fleuve Éditions qui retrouve un peu de la noirceur de ses racines. 

Le récit bascule quand l’Œil disparaît. Il aurait décidé, malgré les risques, de retourner dans son pays natal. Tout en laissant une belle somme à Isabel pour s'occuper du chat et de l'appartement. Inquiète, elle craint les mauvaises nouvelles. Alors elle décide, elle aussi, de rejoindre le Magera. Un long périple à moto, sur les traces d'Avendaño. 

Le roman s'enfonce dans le fantastique, alternant périple de plus en plus risqué de la jeune femme et souvenirs du poète avant qu'il ne perde cet œil qui en a trop vu. Un texte symbolique sur la dictature, la folie, la terreur. L'impunité des représentants de l'ordre aussi, quand les dirigeants sont animés de mauvaises intentions. Un roman comme la vue en miroir d'une réalité actuelle dans une autre partie de cette Amérique ouverte à tous les excès.  

« La mer se rêve en ciel », John Hornor Jacobs, Styx (Fleuve Éditions), 224 pages, 18,95 €