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vendredi 10 juillet 2026

BD - Cosey raconte l'histoire de "Yiyun", petite fille chinoise


Après le Tibet, la Suisse et les USA, Cosey met le cap sur Taïwan. Le dessinateur suisse s'intéresse dans ce gros roman graphique au destin compliqué de Yiyun, petite fille chinoise née au pire moment, en pleine politique de l'enfant unique. Yiyun est la seconde fille d'un couple espérant avoir enfin un garçon. Yiyun , la sœur de Mei… Cette dernière a un signe particulier. Elle porte un cache-oeil.

Devenue adolescente, brillante dans toutes les matières, Mei bénéficie d'une bourse pour étudier à l'étranger. Ce sera une école anglaise. Et en hiver, elle profite d'un séjour à la montagne. En Suisse exactement, dans cette région du Pays-d'Enhaut. C'est sur les pentes enneigées qu'elle croise la route de Urs, un jeune local, passionné de ski, expert en papier découpé, une tradition picturale de cette Suisse très authentique.


Urs tombe amoureux de Mei car elle ressemble terriblement à Miss Wu, l'héroïne d'une série de comics américains. Miss Wu, Chinoise fière et rebelle, pilote un avion de chasse. Ses aventures font rêver Urs. Mei lui permet de les transformer en presque réalité. Presque car la jeune Chinoise ne peut pas céder aux avances d'Urs. Elle cache un terrible secret, ressort dramatique de cet album aux couleurs sino-helvétiques.

Avec son trait élégant et ses couleurs pastels, signatures de son style unique, Cosey embarque le lecteur dans une vaste quête après un bonheur impossible, Urs ne comprendra jamais pourquoi Mei l'a repoussé lors de leur seconde rencontre, une année après la première.

Deux thèmes émergent de cette BD entre romantisme, initiation artistique et histoire contemporaine. Les fameux papiers découpés, un art à part dont Cosey propose quelques exemples de son cru, loin des Edelweiss et plus tournés vers les héros de la BD franco-belge. Plus dramatique le sort des hukou, ces enfants sans identité, clandestins car en surnombre dans cette Chine trop peuplée. Un volet politique de l'œuvre de Cosey qui a toujours été présente dans ses albums.

"Yiyun", Le Lombard, 112 pages, 21,45 €


jeudi 9 juillet 2026

BD - Jhen déjoue un complot au Vatican dans "La louve céleste"


Certaines séries de bande dessinée ont des vies plus agitées que d'autres. Dans la catégorie
"BD emblématique mais trop rare", Jhen fait figure d'exemple à ne pas suivre. Au commencement, dans les années 80, Jacques Martin, fort du succès des aventures d'Alix, cherche à bonifier sa production. Il imagine une nouvelle série historique se déroulant en France du temps de Jeanne d'Arc. Ce sera Xan, prépubliée dans Tintin et au Lombard en albums. Au dessin, un élève appliqué de Martin, Jean Pleyers, surtout connu alors pour une série de SF parue dans Métal Hurlant, "Les êtres de lumière". Mais au bout de deux aventures, Xan disparaît et renaît sous le nom de Jhen… chez Casterman.

Un héros un peu délaissé par Martin. Après une assez longue éclipse, il revient avec de nouveaux scénaristes et le renfort de dessinateurs (Cayman, Teng) pour augmenter la cadence de parution. Mais finalement, c'est un retour à la stabilité (et à la rareté…) qui s'impose. Le 20e titre de la série (en plus de 40 ans, ce n'est pas beaucoup), est écrit par Nejib et dessiné par… Jean Pleyers qui a désormais plus de 80 ans.

L'action se déroule en 1440 au Vatican. Jhen arrive à Rome en compagnie d'un peintre et d'un collègue architecte. Ils doivent proposer au pape Eugène IV un spectacle qui a pour but de favoriser le rapprochement entre les églises d'Orient et d'Occident. Alors même que le Romain est contesté par Félix V, autre pape qui siège à Bâle.

Intrigues, complot, diplomatie, chantage et vengeance sont au programme de cette histoire très dense aux multiples rebondissements. Jhen essaiera de s'opposer à une tentative d'assassinat d'Eugène IV, mais se retrouve accusé d'être à l'origine du complot. Emprisonné, il risque même de passer à la question, torturé par un moine, vieille connaissance de l'architecte français.

Reste à découvrir l'identité de "La louve céleste", titre de l'album. La réponse, très étonnante, est donnée à l'avant-dernière page. L'ensemble est une belle réussite, avec ce qu'il faut d'action et de rappel historique. Seul petit bémol, le dessin de Jean Pleyers n'est plus aussi proche de la perfection. On sent le poids des années, mais il a conservé son style méticuleux, hyper réaliste et d'une grande précision architecturale et historique.

"Jhen" (tome 20), Casterman, 48 pages, 13,50 €


mercredi 8 juillet 2026

BD - Petit démon et île mystérieuse


Dans le genre violent et réservé aux adultes, la série Hellboy imaginée par Mike Mignola fait partie des maîtres étalons. Mais pourquoi se priver de la vaste audience des plus jeunes fans de comics ? Avec pas mal d'audace, le créateur du diable les plus rouge et cornu de l'enfer ose la version "young". Avant de faire parler son poing surdimensionné, le petit démon a vécu une enfance (presque) normale.

Pour raconter ces débuts, on retrouve le duo Thomas Sniegoski (scénario) et Craig Rousseau (dessin). L'histoire revendique une certaine naïveté couplée à une intrigue faisant la part belle à quelques célèbres chimères, du gorille géant à la femme vampire en passant par l'île mystérieuse cachée de tous. Rien de bien nouveau, mais force est de constater que le tout mélangé prend comme une mayonnaise (un aïoli pour les Sudistes) ferme et goûteuse. En compagnie du professeur Bruttenholm, son protecteur et tuteur, Hellboy, dix ans, est très excité à l'idée de prendre l'avion pour aller visiter un site de fouilles en Amérique du Sud.

En plein vol, un illuminé religieux, persuadé que sa mission sur terre est d'éliminer ce démon rouge, tue les pilotes. L'avion se crashe, Hellboy et le professeur survivent et s'échouent sur la plage d'une île. Premier problème : l'attaque de crabes géants. Heureusement, un gorille monumental aux yeux mauves surgit de la jungle et passe au court-bouillon les crustacés XXL. Un peu plus tard, Hellboy, sur le point d'être enseveli dans des sables mouvants, est sauvé par une sauvageonne qui semble être l'amie d'un peuple de singes évolués. La suite ? Des dinosaures, une malédiction, une femme vampire et pas mal de baston pour un Hellboy pas encore au top de sa force mais déjà courageux face à l'adversité.

Les plus critiques diront que c'est simplet. Les autres reconnaîtront l'hommage permanent à une certaine BD, passée de mode mais qui a façonné l'imaginaire de millions d'adolescents des cinq dernières générations.

"Young Hellboy" (tome 1), Delcourt, 120 pages, 15,95 €


mardi 7 juillet 2026

BD - La menace Cthulhu plane sur Arkham


Richard D. Nolane, scénariste prolixe, aime revisiter les grands mythes de la littérature populaire. Son immense savoir lui permet de faire des parallèles audacieux, imaginer des situations abracadabrantes et sortir certains créateurs de leur rôle passif de "raconteurs d'histoires" pour endosser le costume de "héros".

Dans "Arkham Mysteries", série fantastique dessinée par Manuel Garcia, auteur espagnol, Nolane convoque un de ses maîtres : Lovecraft. L'écrivain visionnaire, façonneur des plus horribles monstres de la littérature fantastique, est embarqué dans une étrange affaire en compagnie de Seth Armitage, professeur d'université et de Skylark Duquesne, propriétaire et principale journaliste du journal d'Arkham, ville fictive récurrente dans l'univers lovecraftien où se trouve l'université de Miskatonic.

Dans ce second tome, Armitage est mal en point. Un tatouage dans son dos se met à bouger. Horribles douleurs, délire… Lovecraft est persuadé que c'est un compte à rebours.

Au même moment, les centaines d'aliénés de l'asile d'Arkham se révoltent et fuient vers la rivière. Tout serait lié. On trouve derrière ces événements le réveil d'une entité millénaire malfaisante.

Le scénario, comme dans les romans de Lovecraft, est assez touffu et parfois déconcertant. Pas toujours facile de suivre, d'autant qu'il est souvent fait référence aux tome 1 de la série. Souvent étant un euphémisme puisque ce ne sont pas moins de 10 notes de renvoi qui ornent les bas de page. Le lecteur devra s'accrocher mais sera récompensé dans le final avec quelques planches d'une grande beauté. Là aussi c'est un euphémisme car Manuel Garcia dessine surtout des monstres incroyablement effrayants.

"Arkham Mysteries" (tome 2), Soleil, 56 pages, 15,95 €


lundi 6 juillet 2026

BD - Se méfier du petit "Pépère" bordelais


Il ne paye pas de mine le Pépère imaginé par Emmanuel Moynot. Un petit retraité solitaire, quasi invisible après des années derrière un guichet de la Poste. Dans son petit pavillon, avec jardin à l'arrière, il vit un peu comme il y a 40 ans. Quand il vivait avec sa vieille mère acariâtre. Le décor aussi n'a pas changé. Vieux papier peint, meubles en formica… Dans la cave, Bordeaux oblige, quelques bonnes bouteilles. Il y a aussi quelques trous rebouchés. Le Pépère a la mauvaise habitude de trucider ses semblables puis de les enterrer, en toute discrétion dans cette cave toujours fermée à double tour. Tueur en série, le Pépère passe sous les radars de la police depuis des années. 


Tout a commencé quelques mois après la mort de sa mère. La représentante d'une agence immobilière a la mauvaise idée de sonner chez l'orphelin, de visiter la maison en critiquant tant et plus et lui conseille de vendre rapidement car un immeuble est en projet derrière le jardin. Elle finit empalée sur un porte-manteau. Un accident… Mais étonnamment le Pépère apprécie et quelques mois plus tard c'est une collègue un peu trop entreprenante qui termine dans la cave sous 15 centimètres de terre.

Portrait sombre d'une vie minable qui se suffit de peu, ce roman graphique, débute comme une critique sociale est continue dans le registre du polar noir et sans concession. A la misère du Pépère, vient se greffer celle de Vanessa, droguée, SDF et prostituée occasionnelle. Le Pépère, elle le croise souvent dans la rue. Il est gentil avec elle. Lui donne parfois une pièce. C'est quand elle tombe sous la coupe de Sacha, sorte de punk à chien (sans chien) vivant dans l'épave d'une caravane que le Pépère change de statut. Pourquoi ne pas profiter de sa gentillesse ? S'installer chez lui et dérober ses économies ? Deux petits voyous chez un grand méchant, la suite s'éloigne résolument de la comédie sentimentale à dominante rose. 

Une noirceur implacable, bonifiée par le dessin sombre de Moynot retrouvant son propre style en s'éloignant de celui de Tardi, adopté quand il a repris les aventures de Nestor Burma. Une excellence dans la "noirceur, la drôle, la tragique, la pathétique", saluée dans la préface de Pascal Rabaté, autre expert dans la description de la vie des humbles.

"Le pépère", Glénat, 80 pages, 19 €


samedi 4 juillet 2026

BD - Un petit boulot d'enfer !


Illustrateur allemand très connu dans son pays d'origine, Patrick Wirbeleit s'essaie avec bonheur à la BD pour adolescents. Son dessin, caricatural et expressif, donne sa pleine puissance à cette histoire aussi simple que absurde. A la base, le jeune Jonas craque pour la belle Annika. Mais cette dernière ne le remarque pas. Elle n'en a que pour un certain Tristan. Enfin surtout la Vespa…

Alors Jonas en déduit que pour séduire sa dulcinée, il lui suffit de se payer une Vespa. Facile à dire, plus compliqué à réaliser quand on est pauvre. Il se lance donc à la recherche d'un job. Les annonces ne sont pas nombreuses.

Alors pourquoi ne pas répondre à celle concernant un "balayeur de cendres" ? Même si la paye n'est pas terrible, il postule. Il aurait dû se méfier des termes utilisés : "Intéressé ? Appuyez trois fois sur le six avec un doigt ensanglanté et demandez Stan." Voilà comment Jonas se retrouve salarié de Satan (Stan, avec un a de plus) à balayer les immenses couloirs de l'enfer avec des démons d'une bêtise crasse.

Partie comme une BD actuelle sur les amours des jeunes d'aujourd'hui, "Un crush d'enfer" glisse rapidement vers le conte horrifique et comique. Car on rit beaucoup dans ce roman graphique très inventif. Les réactions de Jonas sont souvent désopilantes. Si l'on rajoute les gaffes des démons et la tentative d'évasion d'un diablotin plus téméraire, on se retrouve avec une des BD les plus marrantes de ces derniers mois. Alors ne boudez pas votre plaisir et découvrez cet auteur allemand à l'univers déconcertant et unique.

"Un crush d'enfer", Aventuriers d'ailleurs (Bamboo), 104 pages, 16,90 €


vendredi 3 juillet 2026

BD - Flânez dans le Port de la Lune avec François Ayroles


Si vous avez un jour acheté le journal Sud-Ouest à Bordeaux, vous aurez certainement remarqué une petite rubrique dans les pages locales joliment titrée "Le piéton…". Un petit écho sur la ville, entre billet d'humeur, réflexion sur le devenir de la cité ou anecdote sur un habitant.

Les éditions Glénat ont repris cette appellation pour une collection de BD signées des meilleurs auteurs. Deux premiers titres sont disponibles, Lyon par Didier Tronchet et Bordeaux, ville de résidence de François Ayroles. Dans ce titre, la longue balade dans le Port de la Lune débute gare Saint-Jean. Le point de départ des milliers de visiteurs de la capitale d'Aquitaine au riche passé. Ayroles se met en scène devant les monuments et autres originalités cachées de cette ville qu'il semble connaître (et aimer) parfaitement.


Une promenade savante qui a son côté loufoque grâce aux interventions de son compagnon : un brave chien aux réparties souvent cinglantes. Cela adoucit le côté didactique de l'ensemble. Notamment dans les premiers chapitres, très historiques et architecturaux, de Saint-Michel à Saint-Pierre, noms des quartiers du centre. Mais Bordeaux ce n'est pas que du passé glorieux, ce sont aussi des œuvres d'art en plein air (de la soucoupe volante à la Cité du vin) et des quartiers modernes comme Mériadeck. Des zones vertes aussi comme le superbe Jardin public ou l'aménagement de la Rive Droite avec l'ouverture du nouveau pont Chaban-Delmas.

On appréciera aussi les nombreuses références à l'origine de la fortune de plusieurs familles bordelaises : pas le vin mais la traite des esclaves. Il faut parfois explorer son passé et reconnaître certaines erreurs avant d'accepter son héritage.

"Le piéton de Bordeaux", Glénat, 152 pages, 20 €


jeudi 2 juillet 2026

BD - La Belgique de la jeunesse d'Annie Cordy


Impossible de faire plus belge ! Cet album écrit par Bernard Swysen et dessiné par Christophe Alvès est le summum de la belgitude. Le cadre : Bruxelles. L'héroïne : Annie Cordy. L'époque : la fin de la seconde guerre, quand l'Europe commençait à espérer un avenir de paix et de progrès. A cela se rajoutent le média : la BD et le style : franco-belge, tendance Jacobs et Jacques Martin, parfaitement maîtrisé par Christophe Alvès qui a déjà signé plusieurs albums des aventures de Guy Lefranc sur des scénarios de Corteggiani.

En 1949, Annie Cordy est encore totalement inconnue en France. Par contre dans son pays de naissance, c'est déjà une vedette, même si elle n'a que 20 ans. Il faut dire qu'elle a débuté très jeune. Issue d'un milieu modeste, (mère épicière, père ébéniste), elle aime chanter et amuser la galerie. Adolescente elle remporte un radio crochet et découvre le music-hall. En 1949, le petite Léonie Cooreman est connue sous le nom de Nini Cordy. Elle est meneuse de revue au Bœuf sur le toit

C'est dans les coulisses de ce célèbre cabaret bruxellois que l'intrigue débute. Un des musiciens de l'orchestre est poursuivi par deux hommes parlant russe. Ils l'abattent mais ne trouvent pas le document qu'ils cherchent. La suite, entre polar et roman d'espionnage en pleine guerre froide, fait la part belle à Nini, dépositaire du dernier message, codé, du musicien. Il y est question d’œuvre à protéger, d'un musicien en danger… 

Les péripéties sont multiples, permettant à Bernard Swysen de s'amuser à placer la future vedette dans des situations qui rappellent aux plus anciens ses grands succès populaires comme la trépidante et pittoresque la bonne du curé. Nini qui recevra l'aide de son amoureux du moment, un dompteur de fauves et croisera la route de ceux qui l'aideront à faire carrière à Paris, de Francis Lopez à Maurice Chevalier en passant par Pierre-Louis Guérin, le patron du Lido. Un album qui passionnera les amateurs d'Histoire, de chansons populaires et de biographie. 

Un dossier de huit pages en fin de volume permet de mieux comprendre l'époque (la guerre froide), la ville (Bruxelles en plein bouleversement architectural) et découvrir la suite de la carrière de Nini, transformée en Annie Cordy, artiste protéiforme excellant tant sur les planches que devant un micro ou une caméra.

"Nini Cordy 1949", Éditions Anspach, 56 pages, 16,50 €

mercredi 1 juillet 2026

BD - Dada bouge encore dans cet album racontant l'histoire du Cabaret Voltaire


Alors que l'Europe se déchire dans une guerre de tranchées particulièrement meurtrière, quelques poètes, artistes et autres hurluberlus ne pensant pas comme la majorité tentent d'inventer une nouvelle façon de vivre l'art. Ainsi naît le mouvement Dada, sublime pied de nez aux psycho-rigides. Hugo Ball, Tristan Tzara, Emmy Hennings, Hans Arp ou Sophie Taeuber composent en partie l'avant-garde de cette avant-garde artistique. D'origine diverses, incompris chez eux, souvent réfractaires à l'armée et déclarés déserteurs, ils sont réfugiés dans cette Suisse neutre. Guindée mais tolérante. A Zurich, sans le sou, ils tentent de gagner quelques sous en se produisant sur les scènes des cabarets. Ils décident finalement de créer leur propre établissement, le Cabaret Voltaire. Nous sommes en décembre 1915, la première représentation a lieu le 5 février 1916. Le succès est au rendez-vous. mais cela ne durera que quatre mois.

Ce bouillonnement culturel, donnant naissance à une des plus étranges modes artistiques, est au centre de ce roman graphique écrit par José-Louis Bocquet et dessiné par Kent. Découpé par tranches relativement courtes, cet album présente dans un premier temps les protagonistes. Hugo Ball et sa compagne chanteuse, Emmy Henning, le poète Tristan Tzara, encore connu sous son véritable nom, Samuel Rosenstock, Hans Arp, sculpteur en devenir et sa future femme, Sophie Taeuber, danseuse maniant aussi les pinceaux et révolutionnant la broderie.

La BD est avant tout pédagogique. La rigueur historique est sans faille. Bosquet connaît parfaitement son sujet et on sent qu'il est en admiration, depuis ses jeunes années, face à la folie et la démesure et ces grands anciens qui n'avaient peur de rien, surtout pas de froisser les bourgeois. Pour illustrer cette tranche de vie artistique, il a choisi Kent. Un dessinateur qui connaît parfaitement la scène et la provocation. A la fin des années 70, jeune rocker tendance punk, il a créé Starshooter. Son dessin, parfois rigide, sa mise en page, déstructurée, participent à amplifier cette immersion dans un monde entre étrange, mystère et profonde déprime. Un gros dossier termine cette BD avec le programme de la quarantaine de soirées zurichoises et les biographies des intervenants, permettant au lecteur de savoir ce qu'ils sont devenus une fois le cabaret fermé pour cause de couvre-feu imposé à la ville fin juin 1916

"Le Cabaret Voltaire", Delcourt, 224 pages, 26,99 €

mercredi 18 février 2026

BD - Le dépisteur remue un passé trouble


Suite et fin de la quête de Samuel, un "dépisteur" chargé de retrouver une petite fille disparue depuis dix ans. L'action se déroule en 1951 à Saint-Cirq-Lapopie, petit village du Lot. Dans cette campagne typique, il y a dix ans donc, un couple de juifs, acculé par l'occupant allemand, a confié sa fillette âgé d'un an, à une famille française. La cacher avant la déportation vers les camps de la mort. Ces endroits maudits où Samuel a passé de longues années. Un survivant, ancien scout, qui décide de se mettre au service des familles à la recherche de ces enfants cachés, oubliés. 


Le scénariste de ce diptyque historique, Antoine Ozanam, en a confié la réalisation graphique à Marco Venanzi, dessinateur réaliste dans la veine de Juillard.  Le premier tome montrait le dépisteur arriver dans le village et se heurter au silence des habitants. Comme si parler de l'enfant caché en 1941 faisait ressortir tous les cauchemars enfouis de ces mauvaises consciences. 

Malgré ce mur du silence, Samuel va retrouver la trace de la fillette. Et de son funeste sort. Il va alors sortir de son rôle de simple dépisteur. Dans ce second tome, à la tension implacable, il est pris en chasse par la police. Il croisera la route de quelques bonnes âmes. Comme le facteur, au courant de tous les mensonges. 

Cette BD, en ces temps de volonté délibérée d'oubli (voire de remise en cause) des exactions de l'occupant nazi et des collaborateurs français, apporte une petite note d'espoir. Même si on comprend qu'hier comme aujourd'hui, être antifasciste est souvent le chemin le plus compliqué et risqué dans une société penchant de plus en plus à droite.      

"Le dépisteur" (tome 2/2), Glénat, 56 pages, 15,50 €


dimanche 11 janvier 2026

BD - Donald, incontournable héros Disney


Si Mickey représente la partie "sérieuse" de l'univers imaginé par Walt Disney, Donald endosse sans problème le côté loufoque et baroque. Dans ce recueil collectif, le palmipède colérique et gaffeur se retrouve héros d'une dizaine d'aventures parues entre 1943 et 1988 sous diverses signatures dont celle, obligatoire, de Carl Barks. Barks est incontournable car c'est véritablement lui qui a posé les jalons de la personnalité de Donald, comme il a par la suite transformé l'Oncle Picsou en vénérable héros à part entière. Les sept premières histoires courtes de ce gros album de plus de 200 pages sont de sa main. Dont la toute première, "Des couacs et des crôôôas" (avril 1943) mettant aux prises notre pauvre héros avec un trio de corbeaux particulièrement retors. Il jette les bases, dès ce premier scénario, du monde de Donald, l'acariâtre, sauvé par des neveux futés. 


Par la suite, les personnages Disney ont été animés par différents auteurs un peu partout dans le monde. Dont de nombreux Italiens dont Giorgio Cavazzano qui en 1978 propose une version graphique plus dynamique de notre canard préféré. Il bénéficie en plus d'un complément tout aussi comique que lui avec Popop

Cette nouvelle collection Disney chez Glénat propose donc le meilleur des productions dessinées d'une marque mondiale. Avec un personnage en vedette à chaque fois et un texte de présentation revenant sur l'histoire, sa date et lieu de première parution et un portrait de l'artiste aux manettes. Donald donc, après Mickey et Picsou. Les prochains titres sont annoncés pour le printemps.      

"Les âges d'or de Donald" (tome 1), Glénat, 216 pages, 19 €


jeudi 8 janvier 2026

BD - Une "Frangipane" compliquée à digérer


Ce roman graphique aurait fait un bon film français, dans le genre comédie grinçante. Hervé Bourhis y a certainement pensé en l'écrivant puis en prenant Jean-Pierre Bacri pour modèle quand il couche sur papier le personnage principal. Jérôme est un de ces arrogants qu'on aime détester. A la tête d'une start-up, il est en permanence en train de se plaindre. De tout et de rien.  Sans jamais prendre conscience que le plus pénible dans l'affaire, ce sont ses jérémiades incessantes. 

Il a quitté Paris pour le traditionnel et sacré (dans la famille) week-end de l'épiphanie. Deux jours où tous se retrouvent dans la maison du père, à Bordeaux. Tous, ce sont le père, veuf, devenu mutique sans explication, sa fille Adèle, célibataire, homosexuelle, gauchiste, idéaliste et son fils, Jérôme donc, père de Cerise, sage adolescente, la seule véritablement contente de revoir son grand-père gâteux qui prend les traits d'un autre grand disparu du cinéma français, Michaël Lonsdale


Pour le repas du dimanche, il faut trouver une galette des rois à la frangipane. Une course au dessert se transformant rapidement en quête du Graal. Premier problème, pénurie d'amandes à cause de la guerre en Ukraine

Second souci, la frangipane n'est pas très prisée à Bordeaux qui tire les rois grâce à une couronne briochée truffée de morceaux de fruits confits. Une hérésie culinaire selon Jérôme, toujours prompt à délivrer des avis tranchés, rarement étayés, mais toujours considérés comme la vérité vraie par cet homme pressé. Une fois le décor planté et le fil rouge dévoilé, place à la progression de l'intrigue. Hervé Bourhis imagine une compétition entre le frère et la sœur. Lequel des deux sera le plus efficace dans la recherche de la galette à la frangipane ? Une compétition rendue encore plus difficile à cause des événements sociaux qui déchirent la France. Grèves, manifestations, charges des CRS… 

Une situation quasi insurrectionnelle qui rappelle les bons souvenirs à Jérôme. Car avant de devenir l'homme aigri de droite, adepte du capitalisme sauvage, il a été étudiant révolutionnaire, agitateur, prêt à faire le coup de poing contre les forces de l'ordre ou les groupes d'extrême droite. L'auteur apporte ainsi un peu d'humanité à cet homme qu'on devine malheureux. D'ailleurs sa femme, la mère de la si gentille Cerise, ne descend pas à Bordeaux le dimanche, Jérôme avouant finalement qu'ils sont sur le point de se séparer. 

Entre comédie sociale, études de mœurs, précis de civilisation française et reportage érudit sur les traditions culinaires de la province, ce "Frangipane" est en puissance un excellent scénario de film. C'est trop tard, mais il aurait été parfait pour Jean-Pierre Bacri à qui la BD est dédiée.     

"Frangipane", Glénat, 88 pages, 19 €

samedi 3 janvier 2026

BD - La folie religieuse met "Orbital" en danger


Les très nombreux amateurs de la série de SF Orbital avaient accusé le coup à la fin du 8e tome écrit par Runberg et dessiné par Pellé. L'envoûtante alien Mézoké, binôme du héros humain, Caleb, se sacrifiait et disparaissait dans une dimension quantique inconnue. Morte ? Pas exactement. Partie pour un ailleurs dont on ne revient jamais. A moins de retrouver des traces quantiques de l'agent de l'ODI et de tomber sur un nouvel organisme ou corps compatible pour lui permettre de réaliser le chemin inverse. Caleb n'y croit pas. Dernid et Angus, eux, compagnons de route des deux héros, s'accrochent toujours à ce dernier espoir. 

Six années ont passé. Caleb a tourné la page. Il a progressivement quitté le terrain pour s'impliquer au plus haut niveau de l'ODI. Il est le représentant de la race humaine et est sur le point de devenir le le nouveau Dignitaire Primal, celui qui dirige quasiment toute la galaxie. Un changement d'attitude qui doit beaucoup à sa nouvelle compagne. Une alien comme Mézoké, mais d'une race différente. Alors que le grand jour approche, une nouvelle menace apparaît. Les quatre plus grandes religions s'unissent et lancent un ultimatum à l'ODI. Les milliards de fidèles devront être mieux représentés au sein du grand conseil. Des revendications qui ressemblent plus à du chantage à la guerre sainte qu'à une saine volonté de démocratie. Caleb va devoir faire des choix. L'avenir d'Orbital est en jeu. Pile au moment ou Dernid et Angus pensent avoir retrouvé des bribes de Mézoké…

Il n'était pas du tout évident du tout de trouver une suite à Orbital à la fin de la quatrième mission constituée des tomes 7 et 8. Runberg a beaucoup ruminé et a finalement trouvé ce thème, grandement d'actualité, de la montée des fanatismes religieux dans un monde où la technologie semble triompher. Le changement de mentalité de Caleb est une difficulté supplémentaire pour les fans. D'aventurier idéaliste il est devenu, miné par le chagrin, politique ambitieux. Et pourtant ils ne seront pas déçus. A double titre. Le scénariste a parfaitement su ramener le fil de l'histoire vers ce qui a fait son succès, la relation entre un humain et une alien, Caleb et Mézoké. 

Et côté dessin, Pellé n'a rien perdu de sa maestria. Les extraterrestres sont toujours aussi originaux, les vaisseaux spatiaux d'une grande beauté et les paysages des stations ou planètes éloignées bourrés d'inventivité. Orbital est idéalement lancé pour une 5e mission aussi prenante que les précédentes.  

"Orbital" (tome 9), Dupuis, 56 pages, 15,95 €


mercredi 19 novembre 2025

BD – Le petit peuple de Régis Loisel


Si Régis Loisel est longtemps resté sans rien publier de nouveau, l'attente valait la chandelle. Après trois années de travail intense, il sort pour cette fin d'année un nouvel album (une nouvelle grand œuvre diront les plus enthousiastes), gros, grand et fantastiquement passionnant. 

Sur une idée de Jean-Blaise Djian, le scénariste, Loisel a imaginé ce petit monde délirant et l'a couché sur papier. Une histoire d'amour contrariée. Pierrot, facteur à bicyclette, est laid comme un pou. Un peu simple aussi. Persuadé qu'il est encore plus beau que les acteurs d'Hollywood, il collectionne les râteaux. Le soir, en rentrant chez lui, il admire Lola, lui déclare sa flamme. Lola est mannequin. Pas de celles qui défilent sur les podiums. Lola est un mannequin en plastique, planté immobile dans la vitrine d'un magasin de dessous affriolants. 


Amour contrarié, voire impossible. A moins que la mère de Pierrot ne donne vie à Lola. La matrone, qui vit dans cette maison près de la forêt, est un peu sorcière et maîtrise le vaudou. C'est dans cet environnement que le petit peuple fantastique de Loisel prend vie : lutins aux noms de héros de BD (Akim, Bécassine, Zembla), serviteur rigide, père statufié et autres joyeusetés ou monstruosités. Sans oublier Mimi, sosie en chair et en os de Lola, jeune fille louée pour la soirée par la mère de Pierrot. 

Sur plus de 150 pages Régis Loisel laisse son imagination et sa plume courir sans la moindre contrainte. C'est baroque, étonnant, beau et sensible. Du grand art, un futur classique de la bande dessinée.

« La dernière maison juste avant la forêt » de Régis Loisel et Jean-Blaise Djian, Rue de Sèvres, 168 pages, 35 € (Version en noir et blanc, 184 pages, 38 €)

mercredi 5 novembre 2025

BD - Saint-Roustan, concentré de France absurde


Depuis leur départ-éviction de France Inter, les humoristes les plus terribles du moment ont trouvé refuge sur les ondes de Radio Nova. Tous les dimanches, dans la Dernière, de 18h à 20h, ils passent à la moulinette l’actualité française. Dans la bande de Guillaume Meurice, on retrouve Pierre-Emmanuel Barré qui raconte avec verve la vie quotidienne de la petite bourgade de Saint-Roustan. Un lieu imaginaire mais où tout le monde pourrait reconnaître un peu de son village. 

Des sketches déclinés désormais en bande dessinée dans ce premier tome des “Chroniques de Saint-Roustan”. Si Barré, avec la complicité d’Arsen, assure les textes, les dessins sont confiés à plusieurs illustrateurs, habitués des pages de Fluide Glacial. On retrouve donc Etienne Le Roux et Damien Geoffroy pour raconter les aventures du maire Guilhem Maurice et de ses administrés, les fameux Rassilariens


Des histoires courtes entrecoupées de faux articles du journal municipal, illustrés par Loïc Chevallier. Enfin, pour compléter ce véritable gang d’amuseurs publics, n’oublions pas Relom qui chapeaute les scénarios et dessine quelques strips et gags ayant pour héros le pitoyable Eric Lanpré, caricature (mais à peine…) d’Aymeric Lompret, autre comique à entendre les dimanches sur Radio Nova. 

Dans ces chroniques vous apprendrez pourquoi l’opération Saint-Roustan plage est toujours un échec, comment une presque sorcière a sauvé le village au Moyen Age et la signification des runes inscrites sur une pierre ancestrale trônant au milieu du bourg. C’est souvent très hard, de l’humour extrême, comme on n’en fait plus beaucoup dans notre société policée. Réjouissant. Quasiment salutaire face à la bêtise ambiante.  

“Les chroniques de Saint-Roustan”, Delcourt, 56 pages, 15,50 €


jeudi 30 octobre 2025

BD - Une vie sauvée par “Le piano de Leipzig”


Certains “génocides” ne sont plus d’actualité. Pourtant ils sont récents et ne souffrent d’aucune contestation de la part des historiens. Alors que le Vietnam est en pleine guerre de décolonisation, le Cambodge voisin bascule dans la sphère soviétique. Les Khmers rouges prennent le pouvoir et rapidement les libertés reculent. Tout citoyen récalcitrant sera emprisonné, rééduqué voire exterminé. Ce contexte sert de fil rouge à ce roman graphique signé Tian, dessinateur cambodgien réfugié en France et qui a décidé de raconter cette période trouble en BD. Il va dans “Le piano de Leipzig” se pencher sur le destin d’une de ses tantes. 

Dani, contre l’avis de son père, quitte le Cambodge en 1965. Direction Leipzig en RDA (Allemagne de l’Est) pour y suivre des cours de piano. Une vie rude dans le froid et les privations mais qui donne l’occasion à la jeune femme de rompre avec le chef de famille intransigeant et violent. 


Elle va faire sa vie dans ce pays satellite de l’URSS, se perfectionnant dans son art et décrochant un poste de professeur de musique. Pour progresser et conserver ses chances de rester en Allemagne, Dani fait le sacrifice d’acheter un piano neuf. Un investissement qui va finalement lui sauver la vie. Quand elle voudra revenir au pays, alors que les Khmers rouges commencent à mettre en place leur système totalitaire mortifère, elle est découragée par le prix du transport de son instrument de musique. La musique lui a certainement sauvé la vie deux fois. 

Tian raconte cette vie simple, entre passion artistique, quotidien compliqué d’une mère célibataire et refus de l’évidence de la fin du bloc de l’Est. Dani ne viendra en France retrouver l’autre branche de sa famille exilée que très tard. L’occasion pour Tian de découvrir ce pan de son histoire longtemps resté secret. Un témoignage essentiel sur la vie des expatriés cambodgiens, le fonctionnement de la société du temps de l’Allemagne coupée en deux ou les conséquences de ces quelques années de terreur imposées par un petit groupe de fanatiques. Le dessin, faussement simple et presque doux, apporte encore plus de force à ce récit intrinsèquement très violent.

“Le piano de Leipzig”, Gallimard bande dessinée, 176 pages, 24,90 €


mercredi 22 octobre 2025

BD - “M is for Monster”, corps réparé, esprit en lambeaux


Encore une variation sur la trame de Frankenstein. Version familiale. Frances et Maura sont deux sœurs. Des scientifiques à la recherche de nouveaux progrès pour améliorer la société. De grosses têtes obnubilées par leurs découvertes. Au point d’être imprudentes. Maura est électrocutée. Tuée sur le coup. Il en faut plus pour démoraliser Frances

En compagnie de son mari, elle abandonne tous ses projets en cours, met les restes de sa sœur à l’abri et tente de découvrir comment remettre ce corps en marche. Après plusieurs échecs elle parvient enfin à la réveiller. Une seconde naissance pour une enveloppe charnelle rapiécée de toutes parts mais qui a complètement oublié son passé. La nouvelle entité adopte le nom de M. M. comme monstre… 

La BD de Talia Dutton, jeune diplômée californienne, s’écarte assez vite de la trame du roman fantastique. L’apparence n’est qu’un prétexte. La véritable monstruosité de M se place plutôt dans son manque de personnalité. Comment vivre si on ne sait pas qui on est. Il y est aussi beaucoup question d’étouffement. Mura était sous l’emprise de sa sœur Frances. Comment profiter de ce second départ pour changer les choses ? 

Le dessin, entre ligne claire et hommage au style des dessins animés US, bonifié par une judicieuse et parcimonieuse utilisation des couleurs, donne un côté enfantin à ce roman graphique. Et c’est normal. M est un peu un bébé qui a tout à apprendre. Avec un autre challenge : parvenir à changer sa sœur.  

M is for Monster”, Delcourt - Waves, 224 pages, 14,95 €


mercredi 15 octobre 2025

BD - Dan, le virtuose, imagine le monde futuriste de “Dehors”


Les éditions Kennes, en prétendant que “Dehors”, l’album de Dan paru le 15 octobre dernier, est “la claque visuelle de l’année”, ne prennent pas trop de risque. Personne, du milieu ou simple amateur de BD, ne pourra nier cette évidence. Dan, longtemps cantonné à un rôle d’assistant de Janry sur les gags du Petit Spirou, a mis du temps à prendre de l’assurance. Après un faux départ avec Soda (qui finalement restera dessiné par Gazzotti…), il semble avoir trouvé dans le scénario d’Hemberg, le genre et l’univers qui lui permettent de briller de mille feux. Pourtant la beauté n’est pas toujours facile à retranscrire quand on se lance dans une saga de SF post-apocalyptique tendance Blade runner. Ses décors comme ses personnages ou les véhicules utilisés sont sublimés par son trait entre pur réalisme et rondeur de la si lisible franco-belge. Alors plongez (sans jeu de mot) dans ce monde pourtant peu accueillant, vous ne regretterez pas après avoir fait la connaissance de Zac, l’orphelin devenu adulte et Silo, la jeune fille pressée.


Dans un futur lointain, le dérèglement climatique a provoqué la montée des eaux. Toutes les villes ont été submergées. L’atmosphère est devenue invivable. Dans les profondeurs, des communautés ont survécu. Rien à manger si ce n’est une infâme bouillie. Les drogues par contre circulent facilement. malgré l’emprise d’une secte qui exploite les enfants et interdit à quiconque de rejoindre le “Dehors”. Zac quitte enfin le statut d’enfant assimilé dans cette société à esclave. Devenu adulte, il espère avoir un emploi de pilote de bathyscaphe. Silo, elle, vit chez son père adoptif. Comme deux jumeaux encore bébés. Amis depuis toujours, ils vont devoir bouleverser leurs plans. Et fuir plus tôt que prévu vers ce “Dehors” légendaire. 

Ces 112 pages, denses et mouvementées, nous promènent dans les méandres inhospitalières de cette cité obscure et sale. Si le scénario souffre parfois de quelques petites faiblesses ou facilités, le tout est rattrapé par le dessin de Dan. Il a mis des années pour boucler ce livre. Espérons qu’il sortira plus rapidement la suite. Car les aventures de Zac et Silo sur la route du Dehors sont loin d’être bouclées.

“Dehors”, Kennes, 112 pages, 19,95 €