Affichage des articles dont le libellé est paname. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est paname. Afficher tous les articles

samedi 29 juillet 2023

Cinéma - Chacun cherche son deuil “Sous le tapis”

Le premier film de la comédienne Camille Japy a des airs de comédie noire, mais c’est une jolie réflexion, finalement très positive, sur le deuil et les façons de le transcender.


Odile (Ariane Ascaride) est impatiente. Cette mère de famille, aujourd’hui à la retraite et deux fois grand-mère, se réjouit d’accueillir dans sa maison, à la campagne, ses deux enfants pour fêter son anniversaire le soir même. Mais alors qu’il est dans la chambre en train se préparer, Alain, le mari, meurt d’une crise cardiaque. Odile, paniquée, tente d’appeler les secours. Mais une fois qu’elle est certaine que son mari vient de rendre son dernier souffle, elle prend la décision de glisser le corps sous le lit. Comme pour ne plus voir cette horrible réalité qui va forcément gâcher cette soirée. 

Les spectateurs, dans la confidence, voient donc arriver le reste de la famille joyeuse et enjouée. La fille, Sylvie (Bérénice Béjo), mère de deux enfants et qui arrive avec un nouveau compagnon, Mathieu (Stéphane Brel). Le fils, Lucas (Thomas Scimeca), éternel célibataire mais qui semble très amoureux de Clara (Marilou Aussilloux). Un début de film très rythmé, avec des portraits bien brossés. On trouve rapidement ridicule Mathieu, obnubilé par sa participation à la course cycliste de son entreprise. Par contre, on ne peut qu’être sous le charme de la douce folie du personnage de Clara interprétée avec un naturel enthousiaste par Marilou Aussilloux, la jeune comédienne originaire de Narbonne, déjà remarquée dans la série Netflix La Révolution (elle y avait le premier rôle féminin) ou le dernier film de Dupontel, Adieu les cons. Les retrouvailles familiales sont joyeuses. Seul problème, l’absence d’Alain. 


Odile se met alors à mentir à ses enfants (une dispute, il est sorti…), incapable d’admettre que cet anniversaire marque aussi le début de sa vie de veuve. Un réalisateur paresseux aurait étiré le quiproquo sur les trois-quarts du film. Mais Camille Japy a choisi de donner beaucoup plus de sens et de profondeur à sa première réalisation. 

Quand tout le monde découvre le cadavre caché sous le lit, les réactions diffèrent. Il y a le deuil digne, notamment de Sylvie qui devient, du jour au lendemain, la référence de la famille ; le déni de deuil par Odile, qui refusera que les pompes funèbres emportent la dépouille de son mari, traumatisée des années auparavant par un décès qui l’a durement ébranlée ; le deuil floral et végétal des enfants, pas encore apeurés par la mort ou encore le deuil festif de Clara et Lucas, toujours prompts à trouver le bon côté des choses, même les plus tristes. 

L’ensemble apparaît un peu désordonné, mais la fin, résolument positive, pourrait presque être proposée en option par les services funéraires.

Film de Camille Japy avec Ariane Ascaride, Bérénice Bejo, Thomas Scimeca, Marilou Aussilloux

samedi 28 janvier 2023

Cinéma - Amour fou à “16 ans”

Il existe des histoires éternelles adaptables à toutes les époques. Roméo et Juliette est un bon exemple ce ces récits simples, dramatiques et qui malgré tout semblent se répéter au fil des siècles. Un amour fou, des querelles de famille, le drame… Philippe Lioret avait depuis longtemps envie de transposer cette trame de nos jours. La guerre entre les Capulet et les Montaigu prend un peu des airs de lutte des classes dans « 16 ans ». 

Dans une ville de province proche de Paris, banlieue sans nom où cohabitent difficilement cités HLM et quartiers résidentiels, les antagonismes sont forts. Quand une bouteille de vin (un très grand cru) disparaît dans un rayon du supermarché local, Tarek (Nassim Lyes), employé en CDD est immédiatement accusé et licencié. Un délit de sale gueule évident. Pourtant il veut s’en sortir. Comme sa sœur Nora (Sabrina Levoye) qui est encore au lycée. 

Bonne élève, concentrée sur le bac, elle est la fierté de cette famille d’immigrés. à la rentrée, elle croise la route de Léo (Teïlo Azaïs), qui débarque du privé. Entre les deux adolescents c’est le coup de foudre immédiat. Mais quand Tarek découvre cette amourette, il explose : Léo est le fils du patron du magasin qui l’a licencié sans le moindre état d’âme. Pour lui, pas question qu’elle fréquente ce garçon. D’autant qu’elle est mineure. Rapidement la tension monte entre les deux familles. Un engrenage fatal, de la violence, amplifiée par les différences sociales. Mais entre temps, Nora et Léo tentent de continuer de se voir, de s’aimer, simplement, loin de préjugés. 

Ce film ancré dans la réalité française actuelle, dresse un constant un peu caricatural des relations entre milieux aisé et défavorisé. Il faut tout le talent des deux jeunes comédiens pour donner de la consistance à ce drame qui expose un constat de difficulté du vivre ensemble, sans véritablement proposer de solution.

Film de Philippe Lioret avec Sabrina Levoye, Teïlo Azaïs, Jean-Pierre Lorit

mardi 21 juin 2022

Cinéma - Caustique “El buen patrón”

"El buen patron", film espagnol de Fernando León de Aranoa avec Javier Bardem, Manolo Solo, Almudena Amor


Fernando León de Aranoa s’est fait une spécialité de films sociaux assez critiques. Il manie l’humour noir et caustique avec une dextérité rare. Cette fois, il s’attaque à un symbole de l’Espagne qui gagne : la petite et moyenne entreprise. Exactement, au patron qui répète à longueur de journée que sa famille, c’est sa boîte ; ses enfants ses employés. Pour endosser le costume d’El buen patrón, le réalisateur retrouve Javier Bardem, avec qui il a déjà tourné Les lundis au soleil, au début des années 2000. 

Spécialiste des balances, depuis des décennies, l’entreprise Blanco est dirigée par le fils du créateur. Le film retrace une semaine de la vie de l’entreprise et de son patron qui ne manque pas de contrariétés au quotidien. Car, si tout semble parfait au pays de la précision, en réalité les problèmes s’accumulent. Et, au pire moment, car l’entreprise va recevoir la visite d’une commission qui doit décider de la remise d’un important prix économique régional. Alors, il faut faire bonne figure. Malgré les erreurs à répétition du chef de fabrication, très négligeant dans son travail, depuis qu’il a appris que sa femme a un amant. 

Comptable récalcitrant

Autre souci, ce comptable, récemment licencié et qui a décidé de camper devant l’entrée de l’usine en arborant des slogans vengeurs sur le patron qui licencie sans état d’âme. Seule bonne nouvelle, les nouvelles stagiaires sont arrivées et la jeune Liliana (Almudena Amor) semble sensible au charme de Blanco. Mais, là aussi, cela devient un problème quand il découvre, après une nuit d’amour torride, que c’est la fille d’un de ses meilleurs amis. Bref, le jeudi, la vie du patron est sur le point de s’effondrer. Mais il a de la ressource, le filou.

Le film va crescendo, on attend la chute de l’abominable manipulateur. Mais, comme dans la vraie vie, le capitaliste, celui qui a le pouvoir et l’argent, parvient toujours à s’en sortir. Malheur aux faibles et vive les « bons patrons ».

mardi 29 mars 2022

Cinéma - “Azuro” ou le grand plongeon dans la chaleur des vacances

Valérie Donzelli, mère qui doute.  Paname

Adapté d’un roman de Marguerite Duras, Azuro, premier film de Matthieu Rozé, est comme un rayon de soleil estival avant l’heure. Il y fait chaud et c’est assez chaud entre les différents protagonistes de cette chronique de vacances tendance farniente et plage. Un groupe d’amis partage des locations dans un petit village en bord de mer Méditerranée. Deux couples : Sara et Pierre (Valérie Donzelli et Yannick Choirat), Vadim et Gina (Thomas Scimeca et Maya Sansa) et une célibataire presque alcoolique, Margaux (Florence Loiret-Caille). Une bande, qui s’apprécie, mange tout le temps ensemble, se baigne et refait le monde. 

Un bel équilibre, des vacances parfaites (malgré des tensions dans les couples et la solitude de Margaux), bousculé par l’arrivée d’un homme (Nuno Lopes), beau et séduisant, qui vit sur un bateau ancré dans la calanque ensoleillée. Il va s’immiscer dans le groupe, subir les remarques salaces de Margaux et finalement se retrouver attiré par Sara. 

Un film intimiste, porté par un groupe d’acteurs qui a trouvé une entente parfaite. Valérie Donzelli est lumineuse de désir ; Nuno Lopes, craquant ; Florence Loiret-Caille, hilarante ; et Thomas Scimeca, parfait, entre pitreries et tirades durassiennes.

Film français de Matthieu Rozé avec Valérie Donzelli , Thomas Scimeca , Yannick Choirat, Maya Sansa, Nuno Lopes, Florence Loiret-Caille



samedi 4 décembre 2021

Cinéma - “Madeleine Collins”, l’inconnue du quotidien

Une femme, deux identités et deux familles. Virginie Efira sublime ce thriller psychologique qui joue avec la folie

Judith (Virginie Efira), une double vie et de nombreuses bouffées d’angoisse.  Paname Distribution / UFO

Le thème de la double vie est souvent utilisé en littérature ou au cinéma. Comme s’il était impossible de se contenter d’une famille, d’un boulot, d’une femme… Car la plupart du temps, ce sont des hommes qui se démultiplient. Comme dans ce film sorti récemment où une femme découvrait que son mari, un marin, était marié à une autre femme en France avec qui il avait eu un enfant (After Love d’Aleem Khan). Dans Madeleine Collins d’Antoine Barraud, c’est une femme qui mène une double vie. Judith (Virginie Efira), est mariée à Melvil (Bruno Salomone). Ils ont deux garçons et vivent en France. Mais pour son boulot d’interprète, Judith doit se rendre très souvent à l’étranger pour des périodes de 5 à 10 jours. En réalité elle ne quitte jamais la Suisse où elle élève une petite Ninon avec le père Abdel (Quim Gutiérrez). 

Le début du film, après une scène d’introduction énigmatique mais d’une rare tension, montre Judith s’occuper parfaitement de la petite fille. Jeux dans un parc, repas du soir, coucher et lecture d’une histoire. Pourtant l’enfant est malheureuse. Elle sait que le lendemain elle se retrouvera seule avec son père. Judith, elle, change de vie en un clin d’œil. Terminée la petite vie modeste de la Suisse, elle est dans le grand monde en France. Melvil, chef d’orchestre renommé, aime monter cette femme si belle, si brillante. Seul problème, ses longues absences. 

Le nom du film, Madeleine Collins, reste longtemps un mystère pour le spectateur. Mais c’est anecdotique car plus le temps passe, plus on sent Judith prise dans cet engrenage de mensonges et de faux-semblants. Elle est prise de bouffées d’angoisse, commence à se demander si elle n’est pas réellement folle. Mais pourquoi ces deux vies, ces deux facettes ? Toute la virtuosité du film est de donner une explication crédible à une situation qui paraît totalement improbable. Judith est aussi Margot et pourrait devenir aussi une autre femme, différente, pour embrasser une troisième vie. Comme si elle n’était jamais satisfaite de son quotidien. 

Un thriller qui tutoie la folie, porté par une Virginie Efira exceptionnelle dans ce jeu de rôles de tous les jours. Elle donne la réplique à deux comédiens connus dans des registres comiques, Bruno Salomone et Quim Gutiérrez (vu dans Le voisin sur Netflix), qui prouvent que leur talent aussi est à double facette.

Film français d’Antoine Barraud avec Virginie Efira, Bruno Salomone, Quim Gutiérrez



mardi 16 novembre 2021

Cinéma - Musiques “Magnétiques”


Souvenez-vous de mai 1981. L’élection de François Mitterrand a déclenché une vague de joie et de liberté dans une France sclérosée par 7 années de Giscardisme. Ce premier film de Vincent Maël Cardona se déroule à cette époque. Le réalisateur était encore en couches-culottes, mais cette époque a irradié encore de longues années. Avec plusieurs scénaristes, il a écrit ce film, sorte de témoignage sur un moment unique de la France. Il y a un peu tout dans Les Magnétiques : l’épopée de radios libres, quand n’importe qui depuis son grenier pouvait émettre et partager ses passions musicales, le drame du service national, vaste jeu pour la majorité des jeunes Français cherchant par tous les moyens à obtenir le statut de P4, synonyme de retour à la maison sans passer par la case « sous les drapeaux », la guerre froide et l’encroûtement de la province. 

Un peu trop de sujets qui s’entrechoquent avec une histoire d’amour compliquée. Le film est dense, un peu trop superficiel sur certains sujets, mais l’ambiance est méticuleusement retranscrite. Philippe (Thimotée Robart), est le technicien de la radio libre animée par son frère Jérôme (Joseph Olivennes). Le premier ne parle pas mais manie les sons et la musique à la perfection, le second est un bavard qui sait raconter des histoires, joyeuses ou tristes. Entre eux, une femme, Marianne (Marie Colomb). 

Quand Philippe part faire son service militaire à Berlin, il découvre et travaille pour le monde de la véritable radio, celle qui sert à inonder les pays du bloc de l’Est des musiques du monde libre. Il pourrait s’éclater mais ne pense qu’à une seule et unique chose : Marianne, la petite amie de son grand frère. La tragédie est palpable dès les premières images. Car sous couvert de modernité, c’est un drame antique qui se joue entre Berlin, la province et le salon de coiffure de Marianne

Film français de Vincent Maël Cardona avec Thimotée Robart, Marie Colomb, Joseph Olivennes