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mardi 30 mai 2023

Cinéma - “L’île rouge” ou les souvenirs de colonie

Robin Campillo puise dans ses souvenirs pour filmer la vie dans une base militaire française à Madagascar.


L’armée française a fait de la résistance une fois l’indépendance obtenue par les anciennes colonies africaines. Preuve que les gouvernements, trop souvent, étaient mis en place par le pouvoir parisien pour préserver ses intérêts économiques et géo-stratégiques. Ce fut le cas à Madagascar jusque dans les années 70. Cette présence militaire française est racontée dans L’île rouge, film de Robin Campillo. 

Un film en grande partie autobiographique. Fils de militaire, le réalisateur de 120 battements par minute a passé son enfance au Maroc, en Algérie et à Madagascar. Le jeune Thomas (Charlie Vauzelle), c’est lui. Un gamin timide, un peu introverti, qui regarde la vie avec de gros yeux écarquillés, aimant rêver, palpiter en lisant les aventures de Fantômette. Une héroïne de papier qui revient régulièrement dans le film, Robin Campillo adaptant certaines scènes des romans de la petite justicière dans un style mêlant décors miniatures, masques de carton et véritables acteurs, dans le style de la télévision française de l’époque. 

Révolte malgache

Thomas est couvé par sa mère (Nadia Tereszkiewicz), moins ménagé par le père (Quim Gutiérrez), militaire de carrière, radio sur les avions qui larguent les paras dans le ciel de l’île paradisiaque. Car c’est aussi une vision magnifiée de Madagascar qui sert de toile de fond à ce film de souvenirs d’enfance. Un petit paradis pour Thomas qui ne comprend pas le colonialisme mais a cette bizarre impression qu’il n’est pas à sa place. 

Le volet politique du film est porté par Miangaly (Amely Rakotoarimalala). Cette jeune Malgache, salariée à la base pour plier les parachutes des militaires français, n’est au début qu’une jolie femme, séduite par un jeune soldat fraîchement débarqué. Mais son personnage est plus complexe, il donne à comprendre l’état d’esprit de la population locale vis-à-vis de cette ultime présence de l’occupant qui restera à jamais coupable des massacres de 47 (près de 100 000 morts). La veille du départ de la famille de Thomas pour la Métropole, Miangaly va quitter son « amoureux » pour rejoindre le peuple en liesse. Le film, avec des yeux d’enfants, dans une réalisation très aboutie et maîtrisée, raconte un Madagascar paradisiaque, dépolitisé. Reste que les ultimes scènes permettent au spectateur de saisir la réalité et de prendre conscience de cette presque seconde indépendance en marche.

Film franco-malgache de Robin Campillo avec Nadia Tereszkiewicz, Quim Gutiérrez, Charlie Vauselle

samedi 4 décembre 2021

Cinéma - “Madeleine Collins”, l’inconnue du quotidien

Une femme, deux identités et deux familles. Virginie Efira sublime ce thriller psychologique qui joue avec la folie

Judith (Virginie Efira), une double vie et de nombreuses bouffées d’angoisse.  Paname Distribution / UFO

Le thème de la double vie est souvent utilisé en littérature ou au cinéma. Comme s’il était impossible de se contenter d’une famille, d’un boulot, d’une femme… Car la plupart du temps, ce sont des hommes qui se démultiplient. Comme dans ce film sorti récemment où une femme découvrait que son mari, un marin, était marié à une autre femme en France avec qui il avait eu un enfant (After Love d’Aleem Khan). Dans Madeleine Collins d’Antoine Barraud, c’est une femme qui mène une double vie. Judith (Virginie Efira), est mariée à Melvil (Bruno Salomone). Ils ont deux garçons et vivent en France. Mais pour son boulot d’interprète, Judith doit se rendre très souvent à l’étranger pour des périodes de 5 à 10 jours. En réalité elle ne quitte jamais la Suisse où elle élève une petite Ninon avec le père Abdel (Quim Gutiérrez). 

Le début du film, après une scène d’introduction énigmatique mais d’une rare tension, montre Judith s’occuper parfaitement de la petite fille. Jeux dans un parc, repas du soir, coucher et lecture d’une histoire. Pourtant l’enfant est malheureuse. Elle sait que le lendemain elle se retrouvera seule avec son père. Judith, elle, change de vie en un clin d’œil. Terminée la petite vie modeste de la Suisse, elle est dans le grand monde en France. Melvil, chef d’orchestre renommé, aime monter cette femme si belle, si brillante. Seul problème, ses longues absences. 

Le nom du film, Madeleine Collins, reste longtemps un mystère pour le spectateur. Mais c’est anecdotique car plus le temps passe, plus on sent Judith prise dans cet engrenage de mensonges et de faux-semblants. Elle est prise de bouffées d’angoisse, commence à se demander si elle n’est pas réellement folle. Mais pourquoi ces deux vies, ces deux facettes ? Toute la virtuosité du film est de donner une explication crédible à une situation qui paraît totalement improbable. Judith est aussi Margot et pourrait devenir aussi une autre femme, différente, pour embrasser une troisième vie. Comme si elle n’était jamais satisfaite de son quotidien. 

Un thriller qui tutoie la folie, porté par une Virginie Efira exceptionnelle dans ce jeu de rôles de tous les jours. Elle donne la réplique à deux comédiens connus dans des registres comiques, Bruno Salomone et Quim Gutiérrez (vu dans Le voisin sur Netflix), qui prouvent que leur talent aussi est à double facette.

Film français d’Antoine Barraud avec Virginie Efira, Bruno Salomone, Quim Gutiérrez