Affichage des articles dont le libellé est léa drucker. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est léa drucker. Afficher tous les articles

mercredi 16 octobre 2024

En vidéo, “Le deuxième acte”



Quentin Dupieux fait partie des meilleurs cinéastes au monde. Il a tout compris au fonctionnement de ce divertissement, et de la frontière entre réalité et fiction.

Le deuxième acte est tout simplement génial et sa sortie en vidéo chez Diaphana permettra à tous ceux qui l’ont raté sur grand écran de bénéficier de cette master classe. Il y est question de paraître, d’intelligence artificielle, de superficialité, de travelling et d’arrogance.

Une histoire basique : un homme demande à son meilleur ami de séduire la femme qui le désire, en présence de son père, se déroulant dans un petit restaurant en bord de route. Les comédiens (Léa Drucker, Vincent Lindon, Louis Garrel, Raphaël Quenard et Manuel Guillot) réalisent des acrobaties périlleuses pour jongler entre fiction, réalité et un entre-deux, typique des films du réalisateur.

mercredi 7 février 2024

Cinéma - Ayez peur de “La bête”


Comment, à partir d’un roman datant du début du XXe siècle, aborder avec intelligence le phénomène des intelligences artificielles ? Un sacré challenge relevé par Bertrand Bonello dans La bête. Du texte original de Henry James, il n’a conservé que le sentiment diffus de peur. Et des dialogues de la partie se situant en 1910. Le reste navigue entre film d’anticipation, comment résister face à la déshumanisation de la société en 2044 face à l’omniprésence des intelligences artificielles et quasi reportage sur la vie d’une apprentie comédienne à Los Angeles en 2014.

Trois époques, trois films imbriqués les uns dans les autres, avec deux comédiens pour les mêmes personnages, Gabrielle (Léa Seydoux) et Louis (Georges McKay). L’idée principale du roman d’origine est l’attente par un couple d’une catastrophe imminente. L’attente. Dans la peur.

En 1910, elle intervient assez rapidement dans l’usine de fabrique de poupées du mari de Gabrielle alors que Paris est inondé après le débordement de la Seine. La partie la plus intrigante reste celle traitant de notre futur proche. Gabrielle tente de changer de travail. Mais elle a trop d’affect. Pour évoluer, elle doit être reformatée, que son ADN soit lissé, qu’elle oublie toutes ses vies d’avant.

La critique de l’émergence des intelligences artificielles est vigoureuse. Car la technique ne leur permet pas de devenir humaines. Par contre, une fois aux commandes, elles pourraient nous contraindre à gommer notre humanité. Et la perte de l’amour, de l’empathie, de toute sensibilité devient dès lors cette bête qui nous menace, tapie dans la jungle du futur.

Un film ambitieux, labyrinthique et angoissant. Un thriller d’anticipation, même si on a parfois l’impression d’avoir déjà les deux pieds dedans.

Film de Bertrand Bonello avec Léa Seydoux, George MacKay


jeudi 16 juin 2022

Cinéma - Ce conduit souterrain est “Incroyable mais vrai”

Film énigmatique qui doit le rester, la dernière réalisation de Quentin Dupieux est fidèle à sa folie douce.


Mission quasi impossible de raconter Incroyable mais vrai, film de Quentin Dupieux. Exactement, il ne faut surtout pas dévoiler le ressort comique et dramatique de l’histoire. Se contenter de généralités, éluder le sujet, rester énigmatique et le moins précis possible. Donc, au début, Alain (Alain Chabat) et Marie (Léa Drucker) décident d’acheter une maison en banlieue parisienne. Une belle bâtisse moderne, spacieuse entourée d’un jardin arboré. Ils ont immédiatement un coup de cœur. 

Pourtant, selon l’agent immobilier qui fait visiter, ils n’ont pas encore vu le meilleur, ce petit plus qui donne tout son cachet à l’ensemble. Un agent immobilier très mystérieux, refusant d’en dire trop. Il faut le voir pour le croire, selon lui. Il conduit donc le couple dans la cave et ouvre une trappe qui donne sur un conduit s’enfonçant dans les profondeurs des fondations. 

Motus et bouche cousue

C’est à partir de ce moment que le critique de cinéma et scribouillard de service ne peut plus rien dévoiler du scénario. Qu’y a-t-il au bout de ce conduit ? Quel effet a-t-il sur les aventureux qui l’empruntent ? Vous ne saurez rien en lisant la suite de cet article qui peut concourir au grand prix national du journalisme creux et abscons. 

L’effet de surprise doit être préservé pour que le spectateur profite pleinement de la folie du réalisateur (également scénariste et monteur) et de l’évolution des personnages principaux, pris dans ce processus souterrain. Silence sur le conduit, mais on peut quand même parler un peu des amis du couple : le patron d’Alain (Benoît Magimel) et sa maîtresse du moment (Anaïs Demoustier). Eux aussi ont un secret à révéler. Mais dans le même ordre d’idée, mieux vaut ne pas dévoiler ce qui arrive à Benoît Magimel. 

Ce dernier est le meilleur ressort comique du film. Macho, arrogant, prétentieux : il se donne à fond dans ce rôle de composition. La distribution s’en tire d’ailleurs avec les honneurs dans cette histoire abracabradantesque. Alain Chabat reste le plus normal face à l’exceptionnel, Léa Drucker va être la plus influençable alors qu’Anaïs Demoustier, en charmante cruche de service (parfait pendant du macho), apporte ce côté populaire que l’on retrouve toujours dans un film de Quentin Dupieux. Enfin, dernier indice pour les amateurs d’animaux, il y a dans Incroyable mais vrai des chats, des fourmis et même des puces. Mais ces dernières sont électroniques.

Film français de Quentin Dupieux avec Alain Chabat, Léa Drucker, Benoît Magimel et Anaïs Demoustier


mercredi 30 mars 2022

Cinéma - “Le monde d’hier” face à la politique de demain

La présidente Léa Drucker. Photo Pyramide Films

À moins de deux semaines du premier tour de la présidentielle, Le monde d’hier, film politique de Diastème, fait froid dans le dos. Dans cette France imaginaire, l’Élysée est occupé, depuis 5 ans, par Isabelle de Raincy (Léa Drucker). Elle a décidé de ne pas se représenter. Officiellement, pour s’occuper de sa fille ado. En réalité, car elle est gravement malade et ne pourrait pas achever son second mandat. A quelques jours du second tour, entre le représentant de son parti et le candidat de l’extrême droite, son directeur de cabinet (Denis Podalydès), lui apprend qu’une vidéo compromettante allait annihiler toute chance de l’emporter pour le candidat républicain. Il faut, dans l’urgence, trouver une solution pour éviter que le pays ne tombe dans les mains d’un populiste. D’autant qu’au même moment un attentat terroriste à l’étranger provoque la mort de plusieurs Français et met la campagne entre parenthèse.

Présenté, en première mondiale, au festival international du film politique de Carcassonne, en janvier dernier, Le monde d’hier aborde, de façon très frontale, le problème de la montée des extrémismes dans une république.  Pour le réalisateur, le danger est très présent, aux portes du pouvoir. Il a bénéficié, pour écrire son scénario, des conseils avisés de Fabrice Lhomme et Gérard Davet, journalistes qui connaissent parfaitement les rouages de l’État. Le film, toujours très sombre, comme dans une nuit qui risque de s’abattre sur tout le pays, explique comment les politiques, parfois, doivent mentir, se renier, mentir et même trancher dans le vif pour éviter le pire. Une démonstration qui fait un peu froid dans le dos.

Film français de Diastème avec Léa Drucker, Denis Podalydès, Alban Lenoir




mardi 13 février 2018

Cinéma - La violence conjugale décortiquée dans "Jusqu'à la garde"


Le titre « Jusqu’à la garde » du film de Xavier Legrand peut être compris dans plusieurs sens. La garde cela peut être celle de l’enfant de ce couple qui se déchire. Ou la garde de l’épée ou d’un poignard dans une vision plus violente de l’histoire. Car plus les relations entre le père et la mère s’enveniment, plus cette violence conjugale dramatiquement meurtrière en France (une femme tuée par son conjoint tous les deux jours), prend le dessus sur toute raison.

La première partie est procédurale. Une juge reçoit en audience dans son bureau Myriam (Léa Drucker) et Antoine Besson (Denis Ménochet). Ils sont flanqués de leurs deux avocates. Si les problèmes de pension sont résolus, il faut trancher pour ce qui est de la garde du plus jeune (l’aînée va avoir 18 ans). La mère refuse que Julien (Thomas Gioria), 12 ans, ait le moindre contact avec son père. Ce dernier réclame simplement un weekend sur deux. Il a changé de travail et de lieu de domicile pour se rapprocher de sa femme, retournée vivre chez ses parents avec les enfants. Pour se protéger dit-elle. Car elle redoute des réactions violentes d’Antoine. Des craintes confirmées par Julien dans une lettre lue en préambule par la juge. Des mots glaçants de sous-entendus.

■ Une victime qui veut s’en sortir

La suite du film se déroule une fois le jugement rendu. Le père a eu gain de cause. Il vient chercher son fils et immédiatement une atmosphère de tension, d’angoisse, s’instaure. On devine que l’enfant rejette en bloc son père. Il est plus conciliant avec ses grands-parents paternels, mais sent bien qu’il n’est qu’un pion dans le jeu du mari obnubilé par la reconquête de sa femme. Xavier Legrand, dont c’est le premier long-métrage, a déjà abordé ce sujet dans un court-métrage. Tout le film est tenu par la composition de Denis Ménochet (lire ci-dessous), force de la nature, pouvant passer pour un nounours ou une masse de muscles tendus et prêts à tout.

Léa Drucker, femme fragile, terrorisée, fait pourtant face. Jamais le réalisateur ne la montre en victime consentante. Au contraire elle fait tout pour tourner la page, gommer ce passé de menaces. Au point de sacrifier la figure paternelle de ses enfants. Mais entre un père aimant et un mari violent, le choix est vite fait. 

---------------

Denis Ménochet : Un acteur physique pour un rôle tout en tension

Impossible de ne pas frémir face à la stature de Denis Ménochet, l’interprète du mari de Léa Drucker. Une véritable performance pour cet acteur de plus en plus utilisé depuis sa participation remarquée à « Inglourious Basterds » de Quentin Tarentino. Il a tourné dans des séries, françaises et étrangères, nombre de films, mais toujours dans des petits rôles. Jamais encore il n’a eu l’occasion de porter un long-métrage. Les épaules, pas de problème, il les a. Sa carrure est impressionnante. Mais cet homme massif, dans tous les sens du terme dans le cas du personnage d’Antoine Besson, devait également montrer des fêlures. Car quand une situation dégénère entre un homme et une femme, il y a plus qu’une simple jalousie maladive ou une envie de « posséder » son épouse à la base du problème. 

Dans la scène d’ouverture, face à la juge, il semble plus stable et équilibré que son épouse, celle qui a déserté le domicile conjugal. Il fait des concessions, n’a pas d’exigences exorbitantes. Juste de profiter de son fils un week-end sur deux. Sa barbe lui donne même un petit côté nounours à la Grégory Gadebois. Mais un simple regard lui permet de faire passer cette violence sourde qu’il retient en lui. Une colère accumulée qui déborde. Parfois par des pleurs. Mais aussi par une déconnexion de la réalité, jusqu’à l’inacceptable. Denis Ménochet réussit l’exploit de rendre presque sympathique un salaud de la pire espèce. Ou du moins de faire comprendre son attitude au spectateur. 

➤ « Jusqu’à la Garde », thriller de Xavier Legrand (France, 1 h 33) avec Denis Ménochet, Léa Drucker, Mathilde Auneveux.