mercredi 27 septembre 2017

Cinéma - Un Petit Spirou très romantique


Les personnages de bande dessinée franchissent de plus en plus le pas pour s’animer sur grand écran. Parfois en gardant leurs traits dessinés, mais de plus en plus souvent en devenant des humains en chair et en os. Alors que l’adaptation du Spirou adulte est en tournage (avec Alex Lutz dans le rôle titre), la série dérivée de gags humoristiques sort sur les écrans. Difficile de retrouver l’esprit de la BD originale. 

Les auteurs avaient pris le parti de brosser le portrait d’un gamin facétieux, farceur et très intéressé par les mystères de la vie. Avec souvent des allusions sexuelles compréhensibles uniquement par les adultes. Un ton très coquin, avec belles images à la clé comme les tenues affriolantes de Melle Chiffre, la maîtresse du héros et des copains. Un volet de la BD qui est conservé dans le film, avec quelques plans très olé olé de Gwendolyn Gourvenec, parfaite dans ce rôle. Mais dans l’ensemble, le volet audacieux de la BD est mis de côté pour transformer le tout en spectacle très familial un peu trop gentillet, manquant de mordant et de cet esprit irrévencieux qui, quoi qu’on en dise, a fait le succès de la série des éditions Dupuis vendue à des millions d’exemplaires.

Le fil conducteur est la prochaine entrée du Petit Spirou dans l’école des grooms. Un métier exercé de père en fils, ce qui explique l’uniforme rouge. Mais Spirou ne veut pas passer sa vie dans un ascenseur. Il se rêve en aventurier, allant par monts et par vaux, sauvant la veuve et châtiant les méchants.

■ Mes chers copains

En plus cela signifierait la séparation d’avec ses copains de toujours, Vertignasse, Cassius et Ponchelot. Sans compter la disparition de sa vie de Suzette, l’adorable fillette dont il est amoureux en secret. Alors avant de tout perdre, il se lance dans la fabrication d’un vélo side-car et entraîne sa chérie dans un vaste tour du monde. Si l’ensemble manque parfois de rythme, on retrouve cependant dans les personnages secondaires le côté loufoque et extrême de la BD. François Damiens personnifie à merveille M. Mégot, le prof de sport le plus calamiteux de la planète. Philippe Katerine, en Abbé Langélusse aurait pu être plus trash. Quant à Pierre Richard (lire ci-contre), il agrège parfaitement le côté déluré et sentimental de Grand-Papy, meilleur ami du Petit Spirou.

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Pierre Richard, un Grand Papy génial

« Le Petit Spirou « est l’occasion de retrouver Pierre Richard dans un registre loufoque, proche des rôles qu’il a interprétés dans les années 70 : « Ça ne m’intéresserait pas de jouer un papy tout gentil, tout mièvre. Quand j’accepte, c’est parce que le vieux du film est anar, chieur et surtout pas affublé d’un déambulateur ! », dit l’acteur, 83 ans cet été, candidat pour une suite. « J’ai assez de métier pour savoir que rien n’est jamais garanti. Mais franchement, je serais très étonné que le film ne marche pas : il va plaire aux enfants, mais les parents y trouveront aussi de quoi se faire plaisir...», dit Pierre Richard. « Il y a comme une alchimie entre les gags, la vérité des rapports entre les personnages et un côté presque surréaliste, poétique à certains moments... J’ai adoré ça ! », affirme-t-il. Un Pierre Richard qui n’arrête pas de tourner malgré ses activités de viticulteur dans l’Aude. Comme si le Grand Blond était soudainement revenu à la mode après un passage à vide. Pourtant il n’a pas changé et on retrouve toujours dans sa bonne bouille le farfelu un peu maladroit, jamais méchant et si humain. Déjà à l’affiche de « Un profil pour deux », il sera de nouveau à l’honneur à la fin de l’année avec « Mrs Mills », troisième long-métrage de Sophie Marceau. Et puis en 2018, champagne : on le verra dans le nouveau Dany Boon (Une ch’tite famille) et l’adaptation de la BD « Les vieux fourneaux » contant les facéties de retraités peu ordinaires. Un rôle en or pour Pierre Richard.

 ➤ Comédie de Nicolas Bary (France, 1 h 26) avec Sacha Pinault, Pierre Richard, François Damiens

Cinéma - « Money », un engrenage infernal


Avec les vrais codes du polar à l’ancienne, Gela Babluani nous emporte dans un thriller inattendu. Car si « Money » souffre parfois de quelques incohérences dans le scénario, avec ce secrétaire d’État à l’Intérieur corrompu (Louis-Do de Lencquesaing), victime d’un cambriolage de trois jeunes paumés, il n’en reste pas moins un film qui vous tient en haleine. Tant les rebondissements, avec cette histoire parallèle de meurtre d’une escorte girl, assorti d’un chantage de la mafia locale, rythment cette descente nocturne aux enfers.

Aussi n’y voyez pas seulement une énième quête de grisbi par trois pauvres Pieds nickelés, dont le désir de quitter au plus vite les docks embrumés du Havre nourrit les audaces les plus folles. Même celles de braquer sans le savoir un politique pourri. Car la caméra de Babluani a su saisir la fragilité, la faiblesse de Danis (George Babluani), Éric (Vincent Rottiers, photo) et Alexandra (Charlotte Van Bervesselès) mais aussi leur détermination. Souvent irrationnelle au regard des risques mortifères. Mais à 20 ans, ne pense-t-on pas être invulnérable ? L’homme de main du ministre Mercier, le magistral Benoît Magimel reconverti en tueur à gages empâté, se chargera bien vite de les ramener à une réalité plus grise. Même s’il ne fait qu’une partie du sale boulot.

La violence est en effet commune à d’autres seconds rôles, portés par un joli casting (Olivier Rabourdin, Anouk Gringberg ou Féodor Atkine la voix française de Hugh Laurie dit Dr House). « J’ai cherché à faire un film qui parle des hommes tels qu’ils sont et non tels qu’on a envie qu’ils soient » expliqués le réalisateur qui se joue de la psychologie de ses personnages mais aussi de la lumière de la ville portuaire du Premier ministre, Édouard Philippe, pour nous convaincre que « le sens de la morale se trouve aussi dans des actes immoraux ».

➤ Thriller de Gela Babluani (France, 1 h 30) avec George Babluani, Vincent Rottiers, Charlotte Van Bervesselès

Cinéma - L'apprentissage du jeune Karl Marx


Le film de Raoul Peck « Le jeune Karl Marx » parle d’un temps où se battre pour ses idées était périlleux. Quand on ne rêvait pas d’améliorer le monde mais de le changer. Radicalement. En Allemagne, dans un journal progressiste, le jeune journaliste Karl Marx (August Diehl) ne se contente pas de cette eau tiède. Ses articles sont chauds bouillants. Des brûlots qui ne passent pas. Le journal est interdit interdit mais il est contacté par un éditeur qui lui propose de s’installer à Paris, pays a priori plus tolérant. Il accepte et s’y rend avec sa femme, Jenny (Vicky Krieps), et sa petite fille. Paris, ses ouvriers et son leader de l’époque : Proudhon (Olivier Gourmet).

Il croise aussi Friedrich Engels (Stefan Konarske) à Paris. Deux jeunes idéalistes sur la même longueur d’onde unis aussi dans des écrits de plus en plus critiques contre la société bourgeoise qui aliène les prolétaires. Le biopic de Raoul Peck se concentre longuement sur cette période parisienne au cours de laquelle Marx et Engels apprennent à s’apprivoiser au cours de parties d’échecs, de beuveries et de courses poursuites avec la police. Des années formatrices, essentielles pour leur future complicité. Contraint à un nouvel exil, Marx s’installe en Belgique puis à Londres. C’est là, en créant la Ligue des Communistes, qu’il rédigera avec son ami le célèbre « Manifeste du parti communiste », sans oublier l’apport des deux femmes des philosophes.

Un film intelligent et fougueux où on est pris par la passion, l’envie de progrès et surtout d’utopie. Car si le communisme est aujourd’hui dé- crié par nombre d’intellectuels, à cette époque, cela restait une formidable avancée pour les plus démunis.

 ➤ Biopic de Raoul Peck (France, 1 h 58) avec August Diehl, Stefan Konarske, Vicky Krieps

DVD et blu-ray - Saisonniers insoumis et guerre de Corée

La révolte des saisonniers américains

Il n’y a pas que les philosophes allemands pour penser révolte du prolétariat. D’autres ont aussi été les détonateurs de grèves. Dans « Les Insoumis », film de James Franco, l’acteur raconte comment un homme, en se faisant embaucher comme saisonnier dans un verger de pommiers en Californie, va réveiller les consciences des exploités et faire plier les propriétaires. Un film hautement politique avec une distribution de luxe, Selena Gomez, Ed Harris, Vincent d’Onofrio et même Zach Braff

. ➤ « Les Insoumis », Universal

 



 La Corée, sa guerre et ses héros

Voilà le film qu’il ne faut surtout pas montrer à Donald Trump en ce moment. Il serait capable de vouloir récidiver. En 1950, la Corée est divisée. Et en guerre. Côté américain, le général MacArthur (Liam Neeson) prépare un vaste débarquement. Au même moment, des soldats infiltrent les rangs nord-coréens pour dérober les plans de la contre-offensive. Ce film coréen (du Sud, on s’en doute...) raconte un pan ignoré de cette histoire récente. Un film de guerre par excellence, spectaculaire et poignant, avec en bonus un making-of de 35 minutes.

➤ « Memories of war », Wild Side Vidéo, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray

BD - Les secrets bien cachés de l’Amazonie


Suite du périple de l’espionne anglaise Kathy Austin au cœur de l’Amazonie à la recherche d’un être étrange. Dans un dispensaire, loin dans la forêt impénétrable, elle doit faire face aux agissements d’anciens nazis aux méthodes expéditives et trouve heureusement une aide inespérée auprès d’un agent des renseignements brésiliens

Rodolphe, Léo et Marchal, dans cette 3e saison des aventures de la belle anglaise, ne la ménagent pas. Elle se fait tirer dessus, assommer et doit plonger dans une rivière infestée de piranhas. Sans compter la longue traversée de la jungle hostile. Mais elle s’en tire car l’être étrange semble veiller sur elle.

➤ « Amazonie » (tome 2), Dargaud, 11,99 €

BD - Mars, ses prisons, sa nouvelle religion


Dans un futur proche, Mars est en plein processus de terraformation. Pour assurer ce chantier titanesque, tous les prisonniers terriens sont déportés sur la planète rouge et condamnés aux travaux forcés. Parmi les nouveaux arrivants, Jasmine est une ancienne policière. Elle découvre la vie très dure de ces condamnés. Ils aménagent les parois rocheuses des célèbres canaux tels des mineurs de fond. 

Ensuite, un peu d’eau et des arbres génétiquement modifiés fournissent l’oxygène nécessaire à la vie. 

Sylvain Runberg, au scénario, greffe à cette histoire de SF et de prison, une intrigue supplémentaire avec l’émergence d’une nouvelle religion. Passionnant et superbement dessiné par Grun dont un cahier graphique d’une vingtaine de pages détaille les recherches sur les personnages, les vêtements et les engins martiens.

➤ « On Mars » (tome 1), Editions Daniel Maghen, 16 €

BD - Un poids plume pour sauver l’Humanité


Tous les geeks vont adorer cette nouvelle série écrite par Lewis Trondheim et dessinée par Stan & Vince. Gilles, prototype du fan de SF qui a un peu trop lu d’histoires d’extraterrestres, tient un blog répertoriant toutes les anomalies. Il vit dans son monde, mais remporte un beau succès. Au point qu’il est invité à un congrès aux USA. Ses deux sœurs, dont Chloé, lui payent pour son anniversaire le voyage aux USA avec un détour vers Las Vegas

C’est sur la route que l’incroyable se produit. Gilles et Chloé sont contactées par un alien. Sa mission : transformer Gilles et surhomme pour qu’il s’oppose à une prochaine invasion et sauve l’Humanité. Mais il vise mal et c’est la frêle Chloé qui va se transformer pouvant devenir dure comme la pierre ou au contraire légère comme une plume. Et surtout indestructible. Une histoire de super-héros banale ? Non car le scénariste truffe son histoire de répliques cocasses. 

Quand Gilles demande à l’alien pourquoi il veut sauver l’Humanité ce dernier lui répond on ne peut plus sérieux : « Je suis vos feuilletons télé. Je veux connaître les suites. C’est trop bien ! ». La première partie de ce qui sera une trilogie compte 100 pages et parvient à garder le meilleur des comics (monstres, baston, imagination) et l’esprit humoristique de la bande dessinée franco-belge.

➤ « Density » (tome 1), Delcourt, 15,95 €


mardi 19 septembre 2017

De choses et d'autres - Mais qui l'aurait Cruz ?

Entre l’image qu’on voudrait donner et l’image que l’on renvoie, l’écart est parfois énorme. Dommageable dans le cas de Ted Cruz, le sénateur républicain du Texas. Candidat aux primaires, il a longtemps cru pouvoir être investi. Donald Trump l’a grillé à son grand désespoir. Il reste une voix importante dans le parti mais n’a pas réussi à rejoindre l’exécutif. Comme tous ces « éliminés » prématurément sur le chemin de la gloire et de leur destin national (on en a eu notre lot en France), il a dû composer avec une brutale oisiveté. À moins que comme son tombeur, il n’ait succombé aux sirènes du réseau twitter. Toujours est-il que la semaine dernière, ses 3 millions de « followers » (abonnés en français) ont découvert qu’il avait aimé un tweet agrémenté d’une petite vidéo de quelques minutes.

Surprise pour les soutiens de ce prude père de famille, qui avait récemment tenté de faire voter une loi pour restreindre la vente des sextoys, ledit tweet est issu du site « SexuallPosts ». Et la vidéo ouvertement pornographique. Un Républicain puritain qui fait la promotion du classé X, passé l’étonnement et l’indignation de certains, les humoristes s’en sont donnés à cœur joie. Bien évidemment Ted Cruz a nié regarder de telles horreurs. Alors comment ce « like » est-il venu polluer son compte Twitter ? Simplement le doigt d’un collaborateur chargé des réseaux sociaux a ripé sur la mauvaise touche. Et Ted Cruz de préciser qu’après cette erreur, « cette personne se sent très mal » aujourd’hui.

Peut- être le même conseiller qui, au moment des primaires, pour tourner un spot de campagne, avait embauché une certaine Amy Lindsay pour interpréter une mère de famille bien sous tous rapports. Actrice uniquement connue pour ses nombreuses participations à des films pornographiques. Pure coïncidence voyons. 

lundi 18 septembre 2017

De choses et d'autres - La mort en s'amusant

Il n’y a pas de bonne façon de mourir. Chaque jour, chaque minute, des dizaines d’humains perdent la vie sur notre planète surpeuplée. De vieillesse, de maladie, de malnutrition ou de violence. Et puis il y a cette infime partie de morts que l’on peut taxer d’originales. Dernière en date celle arrivée à un jeune Chinois de 21 ans ce week-end à Hong Kong. Avec des amis il décide d’aller se distraire dans le domaine de loisirs Ocean Park. Parmi les attractions, un train fantôme intitulé « Enterré vivant ». La présentation prévient les amateurs de sensations fortes qu’ils vont « vivre l’expérience d’être enterrés vivants, avant de devoir lutter pour parvenir à s’échapper d’un sombre et sinistre tombeau. » Pour pénétrer dans cette maison hantée, les clients se glissent dans un cercueil toboggan à destination « d’un labyrinthe hanté de goules ». Le malheureux jeune a été retrouvé inconscient à la sortie. Il est décédé à son arrivée à l’hôpital.

Une attraction tellement terrifiante qu’il serait mort de peur ? Non, plus prosaïquement, le cercueil a dévié de sa trajectoire et le jeune a été percuté par un mécanisme. Les goules et autres démons ne sont pour rien dans sa mort horrible. 

Mourir de peur c’est pourtant possible. L’an dernier, le cœur d’un spectateur indien l’a lâché en plein film d’horreur.

Plus rarement trouve-t-on les morts de rire. Si l’expression est devenue usuelle dans le langage SMS, dans la réalité heureusement il n’y a que peu d’exemples. Dont un en 1989 au cinéma aussi : un Danois foudroyé en pleine crise de rire lors du film « Un poisson nommé Wanda » de Charles Crichton. Je me souviens de ce film, il est très bien. À l’époque, j’ai aussi beaucoup rigolé. Pas assez pour passer de vie à trépas. Mais dorénavant, je me méfierai. 

dimanche 17 septembre 2017

BD - Schizophrénie à mi-temps


Pauvre Lubin Maréchal. Ce jeune homme équilibré. A 23 ans, il travaille à mi-temps dans un supermarché et a une copine, étudiante. Un boulot alimentaire. Son rêve, c’est de devenir acrobate. Il fait partie d’une troupe qui tente de percer grâce à une émission télé du genre « La France a un incroyable talent ». Il se donne à fond aux répétitions, y croit dur comme fer. Mais un jour il manque la répétition. Ses camarades s’inquiètent. Lui, ne comprend pas. Il s’est réveillé, persuadé n’avoir dormi qu’une nuit. En réalité il a disparu durant toute une journée. 

Des absences qui deviennent récurrentes. Il ne vit se souvient que d’un jour sur deux. Pour savoir ce qu’il fait durant ses absences, il se file. Et découvre qu’il s’est bien levé et a vécu normalement dans son petit appartement. Il se laisse un message vidéo et le surlendemain découvre la réponse de son autre moi. Car Lubin, depuis peu, abrite deux personnes dans le même corps

Le roman graphique de 200 pages signé Timothé Le Boucher déroule la logique de cet affrontement de personnalité. Qui prendra le dessus, le Lubin du début ou ce double radicalement différent ? Une réflexion passionnante sur la schizophrénie par un auteur de moins de 30 mais déjà très novateur dans son intrigue et au dessin classique très abouti.

➤ « Ces jours qui disparaissent », Glénat, 22,50 €


Rentrée littéraire - Louve alimentaire

Permaculture contre agriculture intensive. Le roman de Paul-Henry Bizon, sous des airs de saga familiale, pose en réalité les enjeux majeurs de l’agriculture française. Dans le bocage vendéen, deux frères s’opposent. Camille a mis en place une exploitation basée sur le respect de la terre et des produits. Il vend ses produits garantis bio par l’intermédiaire d’une coopérative baptisée « La Louve ». Romain au contraire est le digne héritier du père adepte du « toujours plus ».

Un premier roman très documenté qui prend ensuite des airs de polar financier avec l’irruption dans le paysage de Raoul Sarkis, escroc bien décidé à profiter de cette mode bio si prisée des bobos parisiens pour lancer un projet de « Pavillon des Horizons », magouille dans laquelle il pourrait gagner le jackpot. Au détriment des petits paysans…

➤ « La Louve » de Paul-Henry Bizon, Gallimard, 20 €

Livres de poche - Les risques des nouveaux mondes

La Zone X, mystérieuse, mortelle. Et en expansion. Onze expéditions soldées par des suicides, meurtres, cancers foudroyants et troubles mentaux. Douzième expédition. Quatre femmes. Quatre scientifiques seules dans une nature sauvage. Leur but : ne pas se laisser contaminer, survivre et cartographier la Zone X. «Annihilation » de Jeff VanderMeer a reçu les prix Nebula et Shirley Jackson du meilleur roman 2014.

➤ « Annihilation », Le Livre de Poche, 7,10 €

De Paradis, ce monde n’a que le nom. C’est un royaume brutal et violent, divisé entre des dynasties rivales, déchiré par les ambitions et les croyances religieuses, pollué par le machiavélisme politique. Ici-bas, l’état de guerre est presque constant, et instaure le règne des dinosaures. Lors d’un affrontement épique le seigneur Karyl Bogomirskiy est laissé pour mort. À son réveil, il se lance alors dans un voyage qui va faire trembler le monde.

➤ « Guerre & dinosaures » de Victor Milán, Pocket, 10 €

Ce premier roman de Charles Yu, plein de rythme et d’humour, est à la fois un pur texte de science-fiction d’aventures et une ode à la puissance du genre lorsqu’il est, comme ici, parfaitement maîtrisé. Rédigé à la première personne, il donne des clés aux lecteurs pour réussir son voyage dans le temps. Pas comme Charles Yu qui visiblement a des problèmes avec ses autres personnalités temporelles…

➤ « Guide de survie pour le voyageur du temps amateur », Folio SF, 8,20 €

Rentrée littéraire - Ouvre, c’est là qu’est sans doute le génie

Un titre saisissant. Une interview fracassante. Chère Amélie, vous n’avez pas lésiné sur les moyens pour donner au lecteur l’envie irrépressible de se jeter sur votre titre dès sa sortie en librairie. Et vous avez bien fait, quoi qu’après ces confidences au Monde sur de douloureux épisodes de votre passé, les lecteurs que nous sommes avons été un peu déconcertés, avides (avec un côté voyeur, je dois vous l’avouer) de découvrir ce qui s’annonçait comme une biographie.

Dès les premières pages cependant, le doute nous envahit : comment imaginer Marie, la mère de Diane, (vous ?) sous un jour aussi peu glorieux car jalouse de sa propre fille ? Alors que par ailleurs chacun sait l’amour que vous portez à vos parents. Les naissances successives de Nicolas et Célia, adulés, eux par Marie (décidément, non, pas votre mère), renforçaient ce sentiment perturbant. Cette petite Diane, bien seulette, recherchait une seule chose, et de toute son âme, l’amour de sa mère. « Chaque nuit, elle se rappelait cette étreinte sublime qu’elle avait connue quand maman avait Nicolas dans son ventre : comment sa mère l’avait serrée, les mots d’amour qu’elle lui avait dits et avec quelle voix. Ce souvenir la transissait de bonheur ».

■ Fuite en avant

A l’adolescence, bousculade hormonale en plus que cérébrale, Diane décide d’aller vivre chez ses grands-parents. S’ouvre alors une seconde page, qui se poursuivra avec la rencontre charnière de son existence. La magnifique, la brillante étudiante en médecine Diane dé- jeune désormais chaque jour avec Olivia, chargée de cours à l’Université.

Et là, chère Amélie, une autre de vos interviews, donnée en 2010 celle-là, me revient à l’esprit. Vous y parliez de Tintin en Amérique, votre première lecture (à 3 ans !) de la métamorphose de la vache à un bout de la machine, transformée en corned beef à l’autre bout. Métamorphose, manipulation, vous répondiez qu’en effet ces thèmes étaient récurrents dans vos livres. Particulièrement dans celui-ci, si je puis me permettre.

Vous avouez également « être ce personnage un peu naïf que je décris si souvent. Je crois que cela vient de cette phrase de la Bible qui est pour moi fondamentale : « Si on frappe à ta porte, ouvre ». Et bien nous, chère Amélie, avec les notes de résilience que nous chante ce nouveau roman, vous nous avez frappés le cœur. 

➤ « Frappe-toi le cœur », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €

BD - Vieillesse ennemie


Pauvre Hélène Bruller. Elle a 47 ans. Et tendance à mal le vivre. Car les toubibs lui serinent que vieillir n’est pas un problème, pour elle c’est quand même une maladie qui reste mortelle. Cet état d’esprit lui a fourni l’essentiel des idées de gags de ce recueil à conseiller à toutes les femmes. De 17 à 77 ans. 

Avec une acuité comparable à Claire Brétecher (qu’elle cite à plusieurs reprises) elle ose tout. De la sexualité à l’éducation des enfants en passant par le regard des autres, le jugement de ses « ex » et même la mort. On rit beaucoup de ces situations dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître. Les hommes aussi car ils jouent un rôle important dans les ressorts de l’humour.

➤ « J’veux pas vieillir », Hugo Desinge, 15 € 

BD - L’amour ou l’ami, il faut choisir


Pauvre docteur Renard. Sa spécialisation, proctologue, provoque rires et moqueries. Pourtant tout lui sourit dans la vie. Marié, une fillette géniale, un cabinet qui fonctionne bien. Seule difficulté : son prochain divorce. Rien ne va plus côté amour. Quand il croise par hasard son ami d’enfance Delafosse, surnom Kevin la Winne (par dérision car il n’a jamais rien gagné, le pauvre), ce looser, tatoueur (parfois), fait remonter des souvenirs à Renard. Et de se remémorer sa première histoire d’amour avec Cécile, la fille de l’entraîneur de foot

Une histoire écrite par Tronchet (un peu classique au début, les quadra qui veulent retrouver leur premier amour, c’est devenu d’un commun absolu), qui part en vrille et devient franchement hilarante et touchante au final. Avec un Kevin extraordinaire, permettant à Nicoby, le dessinateur, de s’éclater au niveau caricature.

➤ « Le meilleur ami de l’homme », Dupuis, 19 €

samedi 16 septembre 2017

De choses et d'autres - Ubu roi... des Belges

Je plains les 900 000 contribuables belges qui ont reçu hier un mail en provenance du fisc. Généralement, quand ce service vous contacte, il ne vous annonce que très rarement une bonne nouvelle. Comme dans le Monopoly, la carte « Erreur de la banque (du fisc présentement) en votre faveur, touchez 20 000 €» n’existe qu’en un seul exemplaire. J’imagine les 900 000 Belges cliquant du bout d’un doigt circonspect sur ce mail officiel. Et je souris en visualisant leur mâchoire qui tombe à la lecture de ces lignes : « Mardi le 19 septembre il est prévu que nous fassions la mise à jour pour l’envoi des documents d’accompagnement en PDF. ATTENTION : ceci seulement pour les bureaux BE408000 et BE432000 (et naturellement seulement pour ce qui en est des déclarations faites en procédure normale avec code AL ou procédure simplifiée - comme c’est déjà le cas pour le bureau BE109000). » Ils ne rigolent pas les inspecteurs des impôts belges

Encore plus dans le dernier paragraphe de cette prose digne du panthéon du jargon technocrate incompréhensible : « Pour ceux qui utilisent la procédure simplifiée au bureau BE408000, dès le 19 septembre ils seront obligés de changer leur code VP par le code UNLO de leur localisation. Normalement, ils sont déjà capables d’utiliser ce UNLO-code au lieu du code VP. » Près d’un million de personnes se demandent encore en quoi ce charabia les concerne. Explication : un employé (qui risque d’en prendre pour son grade), au lieu d’envoyer le mail aux fonctionnaires concernés, s’est trompé de bouton et a ainsi permis à toute la Belgique de profiter de ce moment ubuesque. 

Un peu plus même : pensez-vous, les réseaux sociaux se sont délectés de l’affaire et l’ont relayée avec une gourmandise toute surréaliste. 

vendredi 15 septembre 2017

De choses et d'autres - Linky à la maison

Mardi, un technicien a passé une trentaine de minutes dans mon entrée pour installer le fameux compteur électrique Linky si décrié. Un compteur « intelligent ». Terminées les roues métalliques crantées qui tournaient plus ou moins vite. En hiver, quand tous les radiateurs électriques fonctionnaient, elles s’affolaient. Désormais, Linky me dit en clair combien je consomme. Un nombre de volt-ampère précis qui fluctue clairement dès que l’on allume ou éteint un appareil électrique. Ces compteurs Linky sont au centre des dernières rumeurs urbaines contemporaines. Je ne prends pas partie, respecte toutes les opinions. Donc, en vrac, Linky risque de prendre feu, de causer des maux de tête, de vous espionner, voire de provoquer des cancers... 

En cause, entre autres, l’utilisation de radiofréquences particulières. Du chinois pour moi. Mais un peu comparable avec la méfiance quand les premiers téléphones portables ont fait leur apparition, puis les boîtiers WiFi, ces ondes si pratiques pour surfer sur internet, mais dont on ne savait pas grand-chose au début. Et en reculant dans le temps, on découvre d’autres lanceurs d’alerte hostiles à ce qui est aujourd’hui notre quotidien. L’électricité qui allait tuer des milliers de personnes. Même les premières locomotives à vapeur ont fait l’objet d’une campagne intensive pour en dénoncer les dangers. Sur les vaches notamment, la vue des trains ayant pour effet de faire tourner leur lait. 

Pour terminer cette petite réflexion, je vais élever le débat, pour une fois, en citant Emil Cioran, philosophe du désespoir: « Le Progrès est l’injustice que chaque génération commet à l’égard de celle qui l’a précédée. » Nos enfants nous reprocheront peut-être Linky. Ou l'inverse. Peut-être... 


jeudi 14 septembre 2017

Cinéma - "Mary", une petite tête remplie d’équations

MARY. Une fillette de 7 ans vedette du nouveau film de Marc Webb, réalisateur de deux Spider-man.


Mary ressemble à toutes les petites filles de 7 ans. Pourtant elle est différente. Radicalement. Comme sa mère, morte peu de temps après sa naissance, elle a la bosse des maths selon l’expression usuelle et un peu désuète.

En réalité elle est surdouée, intelligente et vive. Pour l’instant, elle vit chez son oncle, ancien professeur de philosophie reconverti réparateur de moteurs de bateaux dans cette petite ville de Floride. Franck (Chris Evans) a tout sacrifié pour Mary (Mckenna Grace). Il vient pourtant de prendre la décision de l’inscrire à l’école. Elle a besoin de se sociabiliser. Mary est d’un autre avis. Elle trouve les autres élèves idiots et sa maîtresse (Jenny Slate), gentille mais un peu trop collante.

Cette dernière se sent obligée de signaler Mary à sa direction. Un génie n’est pas chose courante dans la région.

■ A qui la garde ?

Dès lors les ennuis commencent pour Franck et Mary. Car l’oncle n’a aucun droit sur sa nièce. La grand-mère exige elle aussi un droit de garde. L’affaire va se juger au tribunal avec d’un côté un célibataire fauché et de l’autre une grand-mère millionnaire et sommité dans le monde de la recherche. Pour elle, Mary est un diamant brut à protéger et faire briller.

Plus qu’un drame sur les déchirements de la famille (la grand-mère est également la mère de Franck), ce film de Marc Webb est une réflexion sur l’équilibre nécessaire à toute personne. Des plus simples aux plus intelligentes, ce juste milieu est essentiel pour « réussir » sa vie. Mary, quand elle ne jongle pas avec des équations, aime aussi jouer à la poupée avec son chat borgne, chanter à tue-tête les tubes du moment et faire de la balançoire avec ses amies.

Une petite fille, plusieurs personnalités : le challenge était particulièrement compliqué pour la comédienne retenue. McKenna Grace s’en tire plus qu’avec les honneurs. Jamais on ne doute qu’elle est surdouée. Encore moins qu’elle est comme tout le monde. Sa personnalité irradie le film, associée à celle de Chris Evans, dans un autre style que son rôle récurrent de Captain America.

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Marc Webb : « Nous fêtions l’anniversaire d’Einstein »

Marc Webb, surtout connu pour avoir réalisé deux Spider-Man, est issus d’une famille où les mathématiques ont toujours eu de l’importance. « Mon père était professeur de maths. Chaque année, il y avait un gâteau d’anniversaire pour célébrer la naissance d’Albert Einstein. »

Après le blockbuster, ce film est un retour aux sources : « J’ai voulu faire un film simple, accessible. Beaucoup de scènes sont tournées caméra à l’épaule. Le défi était de trouver l’enfant que l’on a imaginé. Il doit avoir de l’humour et une profondeur émotionnelle. Sans être trop mignonne ou mièvre. Avec la directrice de casting nous avons auditionné 1 000 fillettes. Mckenna Grace avait déjà tourné. C’est une véritable actrice et rapidement l’alchimie a été trouvée avec Chris Evans. On aurait dit un vieux couple. Ils aiment le sarcasme tous les deux. ». Une complicité qui crève l’écran. Un film qu’il a aimé réaliser car pour lui, « le cinéma ce doit être du plaisir, le plaisir de raconter une histoire avec des acteurs formidables. » Sur le message de l’histoire de Mary, il peut se résumer en une phrase : « L’ambition c’est bien, mais cela ne doit pas être au détriment de sa vie. » 

 ➤ Drame de Marc Webb (USA, 1 h 41) avec Chris Evans, Mckenna Grace, Lindsay Duncan.

mercredi 13 septembre 2017

Cinéma - Et Suzanne sauva le déserteur Paul


Échapper à la guerre, aux tranchées, à la mort. Paul Grappe (Pierre Deladonchamps), jeune Français marié à Louise (Céline Salette) se mutile un doigt. Mais cela ne suffit pas. Ses supérieurs veulent le renvoyer au front.

Il décide alors de déserter et de se cacher dans la cave de sa chérie, couturière. Il passe plusieurs semaines enfermé, tournant en rond comme un damné, privé de lumière, de vie. La police le cherche. Louise est surveillée. Il risque le peloton d’exécution s’il est découvert. C’est Louise qui la première a eu l’idée de la grimer en femme pour lui permettre de sortir.

Amour libre

Perruque, rouge à lèvres, fard à paupière, robe, collier pour dissimuler sa pomme d’Adam et le voilà transformé en Suzanne. Dans un premier temps, très mal à l’aise dans ces vêtements de femme, il ne sort que la nuit.

C’est ainsi qu’il découvre le bois de Boulogne et ses lieux de rendez-vous. Suzanne impressionne. Paul s’abandonne.

Cette histoire véridique, racontée dans le livre « La garçonne et l’assassin : histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des Années folles », écrit par Fabrice Virgili et Danièle Voldman, paru en 2011 chez Payot, donne l’occasion à André Téchiné de signer un film sombre, ambiguë et passionné. Plus que la transformation d’un homme en femme, c’est la destruction d’un couple qui est mise à nue dans ce drame, "Nos années folles". Car Suzanne, va de plus en plus se montrer. Faisant commerce de son corps si particulier auprès des amateurs d’amour libre du Bois. Et elle ne se cache plus le jour. Louise acceptant de jouer la comédie, comme si dans ces années folles (la guerre vient juste de se terminer), elle était devenue lesbienne, déçue par la désertion de son mari, ce traître.

Quelques années après l’Armistice, les députés votent l’amnistie pour les déserteurs. Paul peut refaire surface. Suzanne le vit très mal. Il trouvera une solution de répit quand un dramaturge (Michel Fau) voudra adapter son histoire dans un spectacle. Paul tenant les deux rôles principaux : le sien et celui de Suzanne. Mais cette dernière sera la plus forte. Au grand désespoir de Louise. 

➤ "Nos années folles", biopic de André Téchiné (France, 1 h 43) avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Grégoire Leprince-Ringuet, Michel Fau.

DVD et blu-ray - Les ténèbres selon Wes Craven

Haïti, ses tontons-macoutes, ses dictateurs, le vaudou et ses zombies. En 1987, après le succès de ses précédents films d’horreur, Wes Craven décroche un gros budget pour tourner un film en Haïti autour du vaudou. Il veut adapter le livre d’un anthropologue qui prétend avoir assisté à des séances de zombification.

« L’emprise des ténèbres », reprise en blu-ray dans une version restaurée accompagnée d’un livre très complet sur le phénomène, aborde ce phénomène de façon très rationnelle. Le chercheur américain qui se rend à Port-auPrince (Bill Pullman) cherche avant tout un médicament pour améliorer les anesthésies. Mais il va se retrouver piégé dans ce monde entre fantastique et terreur. Une véritable descente aux enfers, au cours de laquelle il va vivre des expériences terrifiantes.

Pas de morts-vivants à la Romero dans ce film qui dénote un peu dans la filmographie de Wes Craven, mais des hommes et femmes sous emprise. Avec l’envie de se libérer. Un film beaucoup plus politique qu’il n’y parait.

➤ « L’emprise des ténèbres », Wild Side, 24,99 € le coffret bluray + DVD + Livret

De choses et d'autres - Selfie arrière

La justice américaine a tranché. Non, un singe ne peut pas être considéré comme l’auteur d’une photographie et donc en toucher les droits. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque et se suivait tel un feuilleton à rebondissements depuis deux ans.

En 2011, David Slater, photographe animalier anglais, part en reportage en Indonésie. Durant une brève absence, un singe, un macaque noir à crête, lui subtilise son boîtier et joue avec. Une fois que le photographe parvient à le récupérer, il découvre dans les images un selfie du petit malin, toutes dents dehors, comme s’il riait. Une photo insolite devenue virale sur le net.

L’histoire se complique quand l’association de défense des animaux PETA poursuit le photographe. Il n’aurait pas le droit d’utiliser cette prise puisqu’il n’en est pas l’auteur. Le seul propriétaire du cliché (et donc bénéficiaire des royalties de sa vente) c’est Naruto. Car au passage, on apprend que le singe porte un nom... À l’issue de plusieurs procès, les juges ont tranché : la photo est bien de David Slater. Une défaite pour les défenseurs des animaux, même si selon les termes d’un accord signé avec le photographe ils toucheront 25 % des futurs revenus du tirage du selfie.

Maintenant il ne reste plus qu’aux membres de PETA de chercher d’autres photos susceptibles de remplir leurs caisses. Je leur suggère de se pencher sur le cas de l’ours de Fontrabiouse. Une photo réalisée par un boîtier automatique. Un piège photographique. Déclenché par la grosse bête elle-même. Aucune discussion, l’ours est bien l’auteur de la photo. Mais cette fois, on ne peut parler de selfie, car le plantigrade, au lieu de sourire comme le singe, a préféré tourner le dos à l’appareil. Comment appelle-t-on un selfie de fessier ?

mardi 12 septembre 2017

De choses et d'autres - Sombre publication de Lefred-Thouron

Nombre d’administrations ont signé des « Livres blancs », mais pour la première fois, un humoriste a tenté, à l’opposé, de proposer un « Livre noir ». Lefred-Thouron, excellent toutes les semaines dans le Canard Enchaîné, sur le principe de la célèbre blague du « Combat de noirs dans un tunnel », a trouvé une bonne cinquantaine de variantes de « Dark Vador aux cabinets » à la « Mer Noire à marée haute » en passant par le très osé « Selfie coloscopique ». Cela ressemble à une belle escroquerie car, niveau dessin, l’auteur ne s’est pas trop cassé la tête.

En réalité, la couverture de cet album avait été présentée dans un numéro d’avril de Fluide Glacial dans une fausse publicité des albums à venir. Un bête poisson d’avril, sorte de provocation éditoriale potache. Mais, vu le nombre de lettres de lecteurs réclamant à cor et à cri la date exacte de parution du dit album, la maison d’édition a finalement décidé de finaliser le projet. Deux jours plus tard Lefred-Thouron avait rendu sa copie. On ne peut que regretter une chose, cet album

Mince, la lumière a été coupée quand j’ai commencé à dire du mal du livre. Bizarre...

➤ « Le livre noir », Fluide Glacial, 9,90 €

lundi 11 septembre 2017

BD - Kurdy Malloy, avant sa rencontre avec Jeremiah


Une aventure de Jeremiah sans Jeremiah ? Hermann a osé. Il se penche dans ce 35e album sur le second personnage important de la série : Kurdy. À l’époque il est déjà en fuite. Mais c’est une casquette qu’il porte et pas son casque militaire. Il trouve refuge dans les jupes de Mama Olga, vieille femme obèse, dérangée, parlant avec une croix, persuadée d’y voir le fantôme du Christ. Enfin pas si folle puisqu’elle devine dans Kurdy le portrait d’une « mule » pour transporter de la drogue dans un camp de rééducation voisin. Cela tombe bien Kurdy veut s’y rendre pour retrouver un ami qui a une information essentielle à lui communiquer. Un épisode très « grande évasion » que tous les fans de la série apprécieront.
➤ « Jeremiah » (tome 35), Dupuis, 12 €


De choses et d'autres - En pilotage automatique

Pour améliorer la sécurité routière, un simple chiffre donne l’ampleur du problème et donne des pistes pour l’avenir: 90 % des accidents sont dus à une erreur humaine. La logique exige donc, pour réduire drastiquement les collisions et autres sorties de route, de supprimer purement et simplement la conduite manuelle. Enlevez les conducteurs et les routes redeviendront sûres. Un argument que tous les chercheurs en intelligence artificielle utilisent à outrance pour expliquer au quidam que d’ici 2020, les voitures autonomes seront majoritaires. 

Il y a encore des progrès à faire, mais on en rêve déjà un peu de ces bagnoles qui, en plus de faire des créneaux toutes seules (déjà vrai si j’en crois les publicités à la télé, la mienne, un peu vieille n’a pas cette option à mon grand désespoir), pourraient nous obéir au doigt et à l’œil. Ou à la parole. On ne choisirait plus le modèle en fonction de la couleur ou de sa vitesse, mais de la voix, plus ou moins mélodieuse, de l’engin.

Je m’imagine, dans dix ans, aller au boulot de cette façon: je m’installe dans l’habitacle et commande de ma voix martiale de pré retraité : « Bonjour Titine*, conduis-moi au journal s’il te plaît ». « La circulation, fluide, fera que nous serons arrivés dans 8 minutes et 47 secondes. Avez-vous bien dormi ? » « Titine, occupe-toi de tes roues, mes nuits ne regardent que moi. Mets plutôt la radio. » « Vous ne voulez pas en parler ? » « Tu n’es pas ma psy, contente-toi de faire ce que je demande ». « Je vous sens tendu, tendu comme une crampe », me répond-elle ironiquement. Bon sang, dans dix ans le voitures seront autonomes mais en plus elles auront plus d’humour que nous. Misère…  

* Si un jour je dois baptiser ma voiture, je choisirais le nom de Titine. C’est déjà comme ça que j’appelle les tas de ferrailles qui me transportent.