lundi 19 août 2024

Manga - Pas un seul survivant dans le monde de « Mission in the apocalypse »


L’apocalypse c’était hier. Aujourd’hui, comme tous les autres matins depuis une éternité, Saya se prépare à inspecter les ruines de la grande ville pour tenter de trouver des survivants. En vain.

Saya, jeune femme courageuse, accompagnée d’une sorte de singe robot, qui cherche des signes de vie tout en recueillant de quoi se nourrir au jour le jour. Elle ne croise généralement que des créatures féroces, surnommées les condamnés, anciens humains contaminés par le mal cristallin.

Le scénario de Haruo Iwamune est des plus sombres. On comprend assez rapidement que les uniques signes de vie ne sont que des robots, épargnés par le mal mais souvent désorientés depuis la disparition de tous les humains. Et que Saya, elle aussi, n’est qu’une androïde, très évoluée, mais dépourvue de libre arbitre, juste bonne à remplir sa mission : retrouver les survivants. Des décennies qu’elle essaie, sans succès.

Un manga futuriste qui présente dans chaque chapitre des vestiges de notre civilisation. Comme cette soubrette, toujours dévouée à son maître qui semble si bien dormir depuis très, très longtemps. Ou une intelligence artificielle, incapable de comprendre pourquoi le dernier humain qu’elle a mis à l’abri a préféré se suicider plutôt que de vivre seul dans ce refuge.

« Mission in the apocalypse » (tome 1), Moon Light - Delcourt, 224 pages, 8,50 €

Roman noir – Madagascar, la mort en rouge


Antonin Varenne fait partie de ces romanciers qui ont beaucoup voyagé avant de se lancer dans l’écriture. Mexique, Islande. Dans des emplois exotiques comme alpiniste de bâtiment. Son dernier roman noir, La piste du vieil homme se déroule à Madagascar. Une île encore pauvre et sauvage.

Le narrateur, Simon, septuagénaire, vivote en proposant des circuits de découverte en buggy à des touristes occidentaux. Il a longtemps été entrepreneur en France. Spécialiste en faillite. Sa maigre retraite lui permet de vivre presque dans l’opulence dans ce pays corrompu où le salaire minimum est ridiculement bas. Il doit cependant tout plaquer pour tenter de retrouver son fils Guillaume, 40 ans, perdu de vue depuis des années et qui serait actuellement au fin fond de la brousse.

On accompagne Simon au volant de son buggy jaune rafistolé sur les routes défoncées, avec des dealers et des voleurs de zébus aux trousses, ayant pour seule passagère une bonne sœur qui arrive au bout du rouleau (ou aux portes du Paradis selon ses croyances).

C’est violent et désespéré. Comme cette réflexion de Simon : « Maintenant que je suis vieux, je sais pourquoi l’avenir m’inquiète de moins en moins : parce qu’il y en a de moins en moins. »

« La piste du vieil homme », Gallimard, 240 pages, 18 €

BD - Effets et conséquences de la Retirada dans « Le convoi »


En vacances dans la région, vous avez peut-être passé quelques heures à bronzer et vous baigner sur la plage d’Argelès. Pourtant, il y a quelques décennies, sur ce même sable, des milliers de réfugiés espagnols ont tenté de survivre après leur exode forcé face à l’avancée des troupes fascistes de Franco.

Si vous ne voulez pas bronzer idiot, profitez de votre séjour dans le département des Pyrénées-Orientales pour découvrir l’histoire de la Retirada en lisant Le convoi, gros roman graphique de Lapière et Torrents.


Une intégrale republiée aux éditions Dupuis et complétée par un excellent dossier pédagogique. Le récit débute en 1975. Angelita, fille de réfugiés, a presque toujours vécu en France, à Montpellier. Son père est mort dans le camp de Mauthausen, sa mère a refait sa vie avec un Français. En se promettant qu’elle ne retournerait en Espagne, en Catalogne exactement, qu’une fois Franco mort.

Or, un hôpital catalan contacte Angelita : sa mère est hospitalisée, sur le point de mourir. Que fait-elle là ? Pourquoi a-t-elle tenu ce voyage secret ?

Bien des interrogations qui trouveront des réponses dans le récit de cette terrible Retirada. Une touchante histoire de famille couplée à la grande Histoire, celle qui a façonné l’Europe actuelle.

« Le convoi » (intégrale), Dupuis, 136 pages, 27,95 €

Polar - Céleste Ibar, seconde enquête très maternelle


Céline de Roany vit en Australie. Mais elle est originaire de la région de Nantes, décor des aventures de Céleste Ibar. Cette policière marquée par la vie, pour sa seconde enquête, découvre les charmes de la Brière, un marais très touristique. Une jeune femme vient d’y être découverte assassinée.

Comme il y a des similitudes avec un premier meurtre dont s’occupe Céleste, elle hérite de l’affaire. Mais en duo avec les gendarmes locaux. L’entente est compliquée. Pourtant tout avance rapidement et dans ce petit milieu où tout le monde se connaît, un suspect est interpellé. Reste le mobile. Et surtout la découverte de fœtus de bébés. Et si la maternité était la cause de ce déferlement de violence ? Un polar parfaitement documenté, crédible et plein de rebondissements. Avec une héroïne de plus en plus attachante.

Et si vous craquez pour Céleste, en plus de sa première aventure, Les beaux mensonges (aussi chez Pocket), ne manquez pas la nouveauté parue au début de l’été, A corps perdus aux Presses de la Cité. La flic qui n’a jamais froid aux yeux et encore moins peur va s’attaquer à un gros dossier : l’adolescence. Avec d’entrée la mort d’un futur surdoué du foot. Mais aux secrets moins reluisants.

« De si bonnes mères », Pocket, 480 pages, 9,20 €

BD – Le monde d’Arran flambe dans de terribles batailles


Suite de la chronique des Guerres d’Arran. Ce crossover entre les séries de fantasy des éditions Soleil (Elfes, Mages, Nains, Orcs et gobelins) est prévu en six épisodes.

Le 4e vient de paraître. Si Nicolas Jarry est toujours au scénario, maîtrisant à la perfection cette chronique détaillée de la guerre entre humains et races anciennes, il peut compter sur de nombreux renforts. David Courtois a participé au récit, Alex Sierra, Espagnol, a dessiné le story-board et l’essentiel des planches avec l’aide de la dessinatrice italienne Livia Pastore et du coloriste Nanjan.


Une grosse équipe pour assurer le rythme effréné de parution de trois titres par an. Si chaque album peut être lu indépendamment, profitez de l’été et de vos vacances pour découvrir les différentes batailles avant celle du jour, celle des Cités-Etats. Trois royaumes s’associent pour exterminer les races anciennes. Mais les elfes sylvains de la forêt de Daëdenn décident de résister.

Face à la puissance des humains, ils décident de relâcher tous les voleurs et meurtriers croupissant dans la prison d’Armuhr. Des renforts manquant de fiabilité mais qui n’ont pas leur pareil pour exprimer rage et sauvagerie sur le champ de bataille.

Une série parfaite pour les amateurs de fantasy, tendance tripailles à l’air et crânes fendus.

« Les guerres d’Arran » (tome 4), Soleil, 60 pages, 16,50 €

Roman français - Le « manque » perpignanais de Jean-Noël Pancrazi


L’arrivée des rapatriés d’Algérie est une étape importante dans l’histoire de la région. Beaucoup de romanciers (ou de cinéastes) ont profité de cette matière pour signer des œuvres importantes. Dans Les années manquantes qui viennent de sortir en poche, Jean-Noël Pancrazi rajoute une bonne dose d’autobiographie.

Il raconte Perpignan et ce Roussillon que le jeune Algérien découvre, contraint et forcé dans les années 60. Il a rebaptisé ces souvenirs Les années manquantes, comme s’il avait en partie cessé d’exister durant cette période bouleversée. Dans ces années 60, les parents du petit Jean-Noël, après avoir quitté l’Algérie, décident d’y retourner. Mais par prudence décident de laisser leur fils en métropole.

Pas dans la famille corse du père mais celle, catalane, de la mère. Jean- Noël découvre alors l’immense et silencieuse maison de sa grand-mère Joséphine. À Thuir, pas loin de cet asile des fous qui va marquer la famille. La première partie du roman est un long portrait de Joséphine, femme très pieuse, comme figée dans un passé, incapable d’aimer ce petit-fils. Un second traumatisme associé à ce département : le divorce de ses parents.

Ce livre, à l’écriture fulgurante, prouve que les pires épreuves peuvent se transformer en œuvre d’art.

« Les années manquantes », Folio, 128 pages, 6,90 €

Cinéma - "Trap" : un tueur piégé dans une foule de fans

Il aime piéger ses victimes mais cette fois c’est lui qui est acculé. Un tueur en série contre des milliers de fans, tel est le thème de « Trap », nouveau film de M. Night Shyamalan. 


Spécialiste de l’histoire tordue, de la fin inattendue et du contre-pied absolu, M. Night Shyamalan n’arrive plus à surprendre le public comme à ses débuts. Mais il a toujours cette virtuosité et inventivité qui transforment chacun de ses films en expérience peu commune.

Dans Trap, il explore une nouvelle fois le thème de la famille. A deux niveaux. L’histoire raconte la relation fusionnelle entre un père et sa fille adolescente. Et professionnellement, le réalisateur, pour camper la star de la chanson du film, sollicite sa fille, musicienne, chanteuse et donc pour la première fois comédienne.

Riley (Ariel Donoghue), adolescente américaine de base, est surexcitée : son père Cooper lui a offert une place au concert de Lady Raven (Saleka Shyamalan), la chanteuse à la mode dont elle connaît tous les titres et pas de danse par cœur. Cooper lui, est moins enthousiaste, même s’il fait tout pour le cacher à sa fille. Ce concert est un gros risque pour sa « carrière ».

Cooper est connu du public sous le sobriquet du « Boucher », tueur en série impitoyable, rendant ses victimes à la police en pièces détachées. Quand il constate que l’immense salle de concert est sous étroite surveillance de la police, il sent que la soirée ne va pas être aussi cool et familiale que prévue. Mais il ne veut pas décevoir sa fille, persuadée, comme toutes les jeunes filles, que son papa est le meilleur du monde…

Une fois dans la place, Cooper va tenter de se rendre invisible, de passer sous les radars. Et improviser pour sauver sa peau. Tout en supportant le concert de Lady Raven. C’est la faiblesse de l’ensemble, trop de musique et de cris de fans enamourés.

Le tour de force aurait été de faire tout le film durant le concert. Mais finalement le réalisateur (et scénariste) de Trap propose un peu plus. Comme s’il s’était aperçu que le personnage interprété par Josh Harnett offrait une quantité incroyable de possibilités qu’il aurait été dommage de ne pas exploiter à fond.

Conséquence, M. Night Shyamalan semble avoir toutes les difficultés d’abandonner le Boucher. Il filme une fin, tout à fait acceptable, mais y rajoute un coup de théâtre et en propose une nouvelle dans la foulée… puis encore une autre. Une sorte de mouvement final perpétuel. On se sent presque obligé d’attendre que la salle se rallume pour être persuadé que cela ne va pas repartir. Et ça, on ne le trouve que dans les films de M. Night Shyamalan.

Film de M. Night Shyamalan avec Josh Hartnett, Ariel Donoghue, Saleka Shyamalan

Cinéma - “Almamula”, l’Argentine entre religion et croyance


Premier film de Juan Sebastian Torales, Almamula a des airs de conte fantastique. De tragédie aussi. Dans le nord de l’Argentine, Nino (Nicolás Díaz) est le souffre-douleur de ses camarades.

A 14 ans, il voit le monde différemment derrière ses lunettes. Son air efféminé, ses silences, loin des vociférations des petits mâles, le placent en dehors de la société machiste et très religieuse de cette province d’Amérique du Sud. Presque lynché, il est mis à l’abri par sa mère Natalia (Martina Grimaldi) à la campagne avec le reste de la famille. 

Un village perdu, juste à côté d’une immense forêt, le repaire de l’Almamula, une créature légendaire effrayante. Elle prendrait ceux qui commettent des péchés. Une croyance ancestrale, combattue par les curés et bigotes nombreuses dans la région, mais qui continue à faire peur à la jeunesse. Nino, face à son rejet d’une société dans laquelle il ne semble pas avoir sa place, fait tout pour que l’Almamula s’occupe de lui.

Ce film sur le désespoir d’un jeune homme différent et rejeté est paradoxalement d’une grande beauté. Juan Sebastian Torales, après quelques courts-métrages, signe une première réalisation ambitieuse rayonnante. Les scènes dans la forêt sont à couper le souffle. Par leur grandeur mais aussi leur côté angoissant.

Ce n’est certes pas du cinéma d’horreur classique, mais la peur est omniprésente. Un petit plus non négligeable dans un ensemble essentiellement porté parle le message de tolérance envers toutes les minorités. Ce n’est pas brillant en France, mais l’Argentine semble encore plus mal lotie.

 Film de Juan Sebastian Torales avec Nicolás Díaz, Martina Grimaldi, Maria Soldi.

“Dead for a dollar”, un western de Walter Hill en DVD et blu-ray


Walter Hill, vétéran du cinéma américain (Driver avec Isabelle Adjani, toute jeune, ou 48 heures), malgré ses 83 ans n’a pas raccroché la caméra. Il réalise Dead for a dollar, un western pur et dur qui sort directement en vidéo (DVD et blu-ray chez M6 Vidéo).

Presque un hommage au genre. Une caricature pour les moins gentils. Le casting propose deux rôles en or à Christoph Waltz et Willem Dafoe. Une histoire de chasseur de primes engagé par un mari dont la femme a été enlevée.

Dans le désert du Nouveau-Mexique, il retrouvera la femme et le kidnappeur (Rachel Brosnahan et Elijah Jones) ainsi que son pire ennemi. Les explications seront mouvementées, le final tonitruant. Comme dans tout western qui se respecte…

dimanche 18 août 2024

Roman - Pâquerettes en fête


Les Pâquerettes où se déroule l’action du roman de Corinne Hoex, c’est une maison, ou home, de retraite en Belgique. En France on parle d’Ehpad et c’est tout de suite moins poétique. Et de la poésie, voire des moments de détente, ou de bonheur, il n’y en a plus beaucoup dans la vie de ces pensionnaires, surnommées affectueusement par l’autrice Les reines du bal.

Pourtant, malgré les décennies qui pèsent sur les articulations et empêchent la bonne circulation des idées entre les neurones, elles semblent pleines d’esprit et parfois très vertes. En chapitres très courts, Corinne Hoex aborde différents aspects de la vie des pensionnaires. De leurs incompréhensions face aux évolutions de la vie moderne comme cette pauvre Mme Prunier, constatant qu’à la banque un code n’est plus nécessaire, seules ses empreintes digitales sont exigées. Empreintes totalement effacées par une vie de labeur. « Mes doigts sont trop usés pour l’avenir » constate-t-elle dépitée.

Certaines sont un peu plus déboussolées, « débranchées » comme l’explique un médecin à Mme Chapelier pour lui faire comprendre qu’elle est atteinte de sénilité.

Le meilleur reste la passe d’armes entre Simonard et Prunier à propos de dignité. Pas commodes les reines du bal quand elles ne sont pas d’accord.
« Les reines du bal », Corinne Hoex, Grasset, 96 pages, 14 €