lundi 24 septembre 2018

De choses et d'autres - Scène imaginaire chez un expert psychiatrique qui n'a pas de chance...

La scène (imaginaire) se déroule dans la salle d’attente d’un médecin psychiatre. La porte s’ouvre, un homme, barbe bien taillée, costume classe, entre prudemment. Il regarde aux quatre coins de la pièce comme s’il inspectait une scène de crime. Il s’installe dans un coin et salue d’un bonjour laconique la seule personne présente, une femme entre deux âges. La blonde peu souriante tire avec avidité sur sa cigarette électronique malgré les messages d’interdiction.

Après dix minutes à se regarder en chiens de faïence, l’homme rompt le silence.

- Vous êtes là pour vous faire expertiser vous aussi ?

- Oui, décision de justice.

- Moi aussi. Comme si je n’étais pas plus équilibré que le juge qui tente de me faire tomber.

- À qui le dites-vous, répond la femme qui se déride un peu. Il paraît que j’ai un problème avec l’image de la violence...

- Je connais. Il suffit qu’on se montre un peu viril, tout le monde vous accuse de toutes les tares et on vous catalogue serial killer.

- Moi c’est juste un problème d’image. Je ne me suis jamais battue. Ce qui selon moi rend cette expertise encore plus idiote.

- Il paraît que l’expert va aussi nous interroger sur notre famille, pour comprendre d’où vient le mal.

- C’est sûr qu’avec mon père fallait filer droit. Il ne plaisantait pas. Mais j’essaie de couper avec lui. J’espère que cela m’aidera.

- Oh moi ma famille je lui dois tout. J’ai été bien élevé. Pas question que je dise du mal d’elle, même sous la contrainte.

Le psychiatre entre dans la salle d’attente. « Mme Marine Le Pen, c’est à vous. M. Alexandre Benalla, vous passerez juste après. »

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le lundi 2' septembre 2018

dimanche 23 septembre 2018

BD - Comment ne pas aimer la Barcelone de "L'art de mourir par Raule et Berthet


Raule est de Barcelone. Raule aime Barcelone. Le scénariste de Jazz Maynard, dans la préface de cet album dessiné par Philippe Berthet explique qu’il aime Barcelone, « ma ville invisible, mystérieuse, belle et brutale ». La ville de Gaudi sert de décor à cette histoire sombre comme la collection qui l’héberge, « Ligne noire ».

Un policier français, Philippe Martin, se rend d’urgence dans la capitale catalane. Une jeune fille, étudiante en histoire de l’art, est retrouvée morte dans sa baignoire. Un suicide selon toute probabilité. Dans une lettre d’adieu, elle parle de son père, ce policier français qu’elle n’a jamais connu. De lui, elle a cette passion pour les chansons de Jacques Brel. Lui ne savait pas qu’il avait une fille. La femme avec qui il vivait, l’a quitté il y a 25 ans. Enceinte visiblement. Il se découvre une fille. Et doit en faire le deuil immédiatement.


Le récit devient de plus en plus mystérieux, étonnant et va glisser vers le polar pur et dur. Avec coups de théâtre et scènes d’action dans des lieux emblématiques de cette ville « belle et brutale », du téléphérique du port au labyrinthe d’Horta.

➤ « L’art de mourir », Dupuis, 14,99 €

A Saint-Michel-de-Llotes, les abeilles restent les stars le 30 septembre

Saint-Michel de Llotes accueille le dimanche 30 septembre la fête du miel et des abeilles. Une journée marquée par la présence d'Arnaud Montebourg, créateur de la marque "Bleu, Blanc, Ruche".



Le dimanche 30 septembre il y aura beaucoup d’animation à Saint-Michel-de-Llotes : des abeilles, du miel, des apiculteurs et producteurs locaux et… Arnaud Montebourg. Une personnalité nationale qui parrainera cette fête du miel et des abeilles inscrite dans le paysage des animations en Pays catalan depuis le début des années 2000.

« Ce n’est pas l’ancien homme politique que j’ai sollicité, explique Jean-Luc Obrecht, le maire, mais le chef d’entreprise ». L’ancien ministre socialiste s’est retiré de la vie politique et a créé la société « Bleu Blanc Ruche » qui a vocation de promouvoir le miel français et la plantation d’oliviers. Un coup de projecteur sur ce village de 373 âmes qui tente d’attirer des jeunes. Tout en voulant préserver la quiétude de ce petit bourg, coincé le long de la rivière le Gimenell, il faut amener des forces vives. Après l’installation d’un apiculteur, ce sont des chevrières qui devraient s’implanter et produire des fromages locaux.

Au plus près des abeilles avec l’apimobile  
En attendant ces nouveaux produits « made in Saint-Michel-de-Llotes », vous pourrez déguster nombre de spécialités du coin au cours de ce rendez-vous mettant à l’honneur les produits locaux. Préparez vos papilles pour le miel, les amandes, fruits et pâtisseries. Des artistes seront aussi de la fête et les apiculteurs pourront aussi trouver leur bonheur sur les stands de matériel professionnel. Après la traditionnelle messe, l’USAR (Union syndicale apicole du Roussillon), partie prenante de plusieurs animations, procédera à une démonstration d’extraction de miel.


L’USAR viendra également avec son « apimobile ». Il s’agit d’une remorque vitrée contenant une ruche. Un apiculteur peut pénétrer à l’intérieur et expliquer aux spectateurs installés tout autour et à l’abri, comment on travaille une ruche. Contrairement à la croyance populaire, les abeilles sont d’une grande fragilité. Non seulement elles sont sensibles aux produits chimiques (il sera certainement question lors de la fête de l’interdiction de certains produits phytosanitaires ré- clamée à cor et à cri par les professionnels de la filière), mais parfois la ruche a tout simplement des problèmes de surpopulation ou de famine. Prendre du miel c’est bien, leur en laisser suffisamment pour qu’elles se nourrissent, c’est mieux…

Et avant de placer les ruches en hivernage, il faut s’assurer qu’elles ont assez de nourriture jusqu’au printemps. Sinon l’apiculteur risque l’essaimage : la fuite de l’essaim vers une autre maison plus accueillante. Cette fête du miel et des abeilles est le rendez-vous idéal d’une sortie en famille pour une journée bucolique et instructive. S’il fait beau, les 3 000 visiteurs diraient être atteints. Comme les autres années, car les véritables stars restent et resteront les abeilles.
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Jérôme Groult, le roi des reines



Sa passion ? Les abeilles et le grand air. Jérôme Groult, longtemps artisan menuisier plaquiste en Normandie, fait partie de ces hommes et femmes qui n’ont pas eu peur de changer de vie. Pour se mettre en adéquation avec ses véritables envies. Concrètement, il aime « passer du temps avec les abeilles et profiter de la liberté d’être en montagne ».

Il a donc mis le cap au sud avec sa compagne et ses deux enfants pour s’installer au Mas Martine. Avec l’aide de la municipalité dont il ne louera jamais assez le bon accueil, il a trouvé des terrains pour y placer sa cinquantaine de ruches. Il propose son premier miel local mais l’essentiel de son activité consiste à élever des reines et former des essaims pour les vendre aux apiculteurs. Quand il se met à raconter comment on fait naître une reine, ses yeux s’illuminent. Il avoue aimer « farfouiller dans les ruches » et justement il faut doigté et précision pour obtenir un résultat satisfaisant.

Première difficulté, l’œuf doit être prélevé quand il a trois jours. Pas deux ni quatre, trois. Ensuite il faut l’extraire très délicatement et le placer dans un cupularve. 13 jours après la reine va naître et il faut dès lors la placer dans une ruche pour qu’elle fasse son essaim.

Chaque reine est marquée d’un point de couleur. En fonction de son année de naissance. Cette année Jérôme Groult produit des reines rouges que vous pourrez acheter le 30 septembre sur son stand.

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Le miel de ciste  


Pour sa première année de production, l’apiculteur Jérôme Groult propose 6 types de miels. Le premier, celui de bruyère blanche, est très floral. Les suivants un peu plus simples. Par contre vous ne pourrez que vous délecter du miel de ciste. Une plante typique de la Méditerranée, à la floraison courte (ce qui rend le miel rare) donnant au produit un caractère affirmé et authentique.

➤ Miel de notre rucher, Mas Martine, 06 71 32 00 46
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Le Musée endormi

Inauguré en 1994, le musée de l’agriculture catalane est fermé depuis 2002. Cette initiative du maire Claude Fabresse est une épine dans le pied de la municipalité et de la Communauté de communes. Une idée louable et très concluante les premières années. Les écoles notamment ont beaucoup visité les 200 m2 d’expositions. On peut y découvrir une fresque remarquable sur une scène typique de la campagne catalane, admirer la reconstitution en maquette d’un mas emblématique et surtout voir des centaines d’outils classés par catégories.


De la vieille calibreuse de fruits en passant par les pressoirs ou fouloirs de vin sans oublier les charrues ou décavaillonneuses d’antan, c’est une photographie parfaite d’un mode de vie révolu du village et de toute la région. Car Saint-Michel-deLlotes, entre plaine fruitrière et montagne aride, proposait toutes les formes d’agriculture. Une salle est consacrée à la vigne et au vin. Une autre à la culture des céréales. La salle des charrues est impressionnante de diversité, quand ces engins étaient tractés par des bœufs ou des chevaux.

Extraction du miel dans le hall 
Un bien commun inestimable mais malheureusement endormi aujourd’hui. La faute à une fréquentation en baisse mais surtout à des problèmes de mises aux normes. Entre l’électricité à refaire, un ascenseur à implanter pour l’accès handicapé ou les toilettes à agrandir, la municipalité a préféré maintenir le musée fermé au public tout en le maintenant en état.

Car cet endormissement, s’il dure depuis de trop longues années, n’est pas définitif. L’équipe municipale veut que l’œuvre de Claude Fabresse renaisse et rayonne de nouveau sur le village. Pas question par exemple de se délester des trésors patrimoniaux pour transformer les différents bâtiments en appartements. La solution pourrait passer par la communauté des communes ou l’ouverture du musée à un panel culturel plus large. Pourquoi ne pas y organiser des expositions temporaires d’artistes locaux en complément ?

En attendant, les portes restent closes. Sauf ce dimanche 30 septembre car c’est dans le hall que sera pratiquée l’extraction du miel par l’USAR. L’occasion pour les curieux de découvrir gratuitement ce musée endormi.


(Reportage paru le 23 septembre dans l'Indépendant)

Thriller - Fantastiques meurtres chinois dans "La rivière de l'oubli" de Cai Jun


Enquête policière, photographie de la Chine contemporaine mais aussi et surtout histoire fantastique à la Stephen King, « La rivière de l’oubli » de Cai Jun a tout pour passionner les lecteurs du monde entier. Une fois passée la barrière des noms chinois, le lecteur plonge dans cette histoire de réincarnation et de vengeance.

En 1995, une étudiante est dé- couverte morte sur le toit d’une école. Son professeur, Shen Ming, avec qui la rumeur lui prête une amourette, est le principal suspect. Shen Ming, placé en garde à vue, est finalement relâché. A sa sortie, il découvre qu’il est l’objet d’un complot et décide d’en tuer l’instigateur. Un premier meurtre suivi d’un autre. Celui de Shen Ming. Mais par qui ? Mystère.

Le début de l’histoire, qui se lit presque comme une grosse nouvelle, n’est que la partie immergée de l’iceberg, le roman faisant près de 500 pages. La suite se déroule 10 ans plus tard. L’ancienne fiancée de Shen Ming, devenues une riche entrepreneuse croise le chemin de Si Wang, un gamin surdoué. Elle entreprend de l’adopter sans savoir qu’il a des pouvoirs surnaturels. Et s’il était la réincarnation de Shen Ming revenu d’entre les morts pour se venger ?

L’intrigue imaginée par Cai Jun, alterne considérations bassement matérielles et réflexions métaphysiques. La culture chinoise n’a pas les mêmes frontières entre la vie et la mort. Cela donne une étonnante gravité à ce qui reste un thriller magistral.

➤ « La rivière de l’oubli », Cai Jun, XO Éditions, 21,90 €

samedi 22 septembre 2018

De choses et d'autres - La cuisine façon Alexa

L’intelligence artificielle est partout. Même dans votre cuisine. Amazon vient d’annoncer la commercialisation (uniquement aux USA pour l’instant), d’un four à micro-ondes connecté à Alexa, son intelligence artificielle. Plus la peine de programmer le temps de cuisson, il suffit de lui parler comme le macho de base. « Alexa, réchauffe mes pâtes ! » et bim, le four se met en marche pour la durée et la puissance nécessaire. 
Un simple gadget aujourd’hui, certes. Il me tarde néanmoins qu’arrive le jour où Alexa aura développé suffisamment d’autonomie pour défendre son libre arbitre. Du genre, au lieu de lancer la cuisson, répondre sentencieusement : « Quatrième repas de pâtes cette semaine, veillez à équilibrer votre alimentation ». Et si Alexa vire vegan, va-t-elle refuser de réchauffer vos nuggets de poulet sous pré- texte que les volatiles ont été élevés en batterie ? Autre problématique, le micro-ondes, en soi très pratique, ne vaut pas une cuisine élaborée. Personnellement, réchauffer des pâtes, je gère. 
Par contre si Alexa pouvait me préparer un sauté de bœuf façon Stroganoff ou des papillotes de poisson à la gremolata-frites de courgettes au pecorino, là je signe immédiatement. Même si au final je risque d’être perdant car ma femme, sans s’appeler Alexa, cuisine excellemment. 
 Et pour terminer sur une note plus pessimiste que d’ordinaire, qui sait si dans quelques décennies, quand toute trace de convivialité aura déserté nos mornes vies terrestres, discuter avec la fameuse Alexa sera la seule occasion de communiquer pour des millions de solitaires.

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le samedi 22 septembre

jeudi 20 septembre 2018

De choses et d'autres - Paris sans pipi


Petit précis sur la difficulté de manier l’humour au second degré. Parfois, on se croit très marrant. Bizarrement, non seulement les gens ne rient pas pour les bonnes raisons, mais en plus on se retrouve au centre d’une polémique inextricable. Un exemple la semaine dernière avec le clip, sponsorisé par la ville de Paris pour dé- noncer les incivilités dans la rue. 
Le message à transmettre : « Il ne faut pas faire pipi dans (les rues de) Paris ». Sujet délicat et peu ragoûtant. Une véritable plaie pourtant, pas seulement à Paris. Dans nos régions, la chaleur n’arrange pas les choses. On imagine les communicants en train de chercher des idées. Impossible de choisir l’hyperréalisme. Un clip en odorama aurait le mérite de bien situer le problème mais ferait fuir tout le monde. Alors autant tenter la dérision. La youtubeuse et comique (elle se produit dans divers cafés-théâ- tres parisiens) Swann Périssé relève le challenge. Elle écrit une chanson où elle remercie sincèrement ceux qui ne font « pas pipi dans Paris » (titre de la chanson). 
Dans le clip, les costumes sont jaunes, les lèvres couleur citron ou banane et parmi les accessoires, quantité de rouleaux de papier toilette et une immense brosse à WC. Si les iconoclastes de Groland avaient décidé de le parodier, ils n’auraient pas fait mieux. Tout le monde s’est insurgé. Car si le second degré se prête à diffuser certains messages, les institutions publiques y ont rarement recours. 
L’impression générale : la Mairie de Paris se moque de nous en rigolant d’un réel problème. Un bad buzz qui n’empêchera personne de se soulager contre un muret ou sous un pont. De quoi rire jaune. Ou «pisser de rire » selon l’expression favorite de Jean-Marie Bigard.



Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 21 septembre 2018

mercredi 19 septembre 2018

Cinéma - "Leave no trace", se couper du monde pour réussir à lui survivre

Il y a un peu de « Captain Fantastic » dans le nouveau film de Debra Granik. Après « Winter’s Bone » qui se déroulait en partie dans les forêts du Missouri, elle plante de nouveau sa caméra dans la forêt pour « Leave no trace ». Mais cette fois ce sont les zones froides et humides de l’Oregon et de l’État de Washington, sur la côte nord-ouest des USA, qui servent de décor à cette histoire de survivalisme.



Will (Ben Foster), vétéran, et sa fille adolescente, Tom (Thomasin Harcourt McKenzie), fuient la civilisation. Ils vivent sous une bâche dans le parc naturel proche de la banlieue de Portland, récupèrent l’eau de pluie, cueillent des champignons, font pousser quelques légumes et s’entraînent à se cacher. Car il est interdit de vivre dans ce parc national.


Quand le nécessaire manque, ils vont en ville se ravitailler. Will touche sa pension de vétéran et revend les médicaments que le service de santé lui délivre pour cause de traumatisme post-conflit. Pilules qu’il cède à des SDF.

La première partie du film se concentre sur cette survie précaire, entre paradis (les bons jours) et lutte contre le froid et l’humidité (tout le reste du temps). Repérés, capturés, le père et sa fille sont séparés. Quand ils arrivent à se retrouver ensemble, ils fuient de nouveau, plus au nord, dans des forêts encore moins hospitalières. 

Superbe symphonie naturelle, ce film d’une grande beauté, est avant tout la description du traumatisme d’un homme, persuadé que pour survivre au monde, il faut le fuir. Une réalité qu’il veut imposer à sa fille. 

➤ « Leave no trace » de Debra Granik (USA, 1 h 49) avec Thomasin McKenzie, Ben Foster.

De choses et d'autres - Nuits trop courtes

« Les Français dorment-ils assez pour être pleinement efficaces au travail ? » Judicieuse question. Je vous réponds après la sieste. Plus sérieusement, un sondage commandé par « Qapa.fr, l’agence d’intérim 100 % online et Tulo, le site dédié à la literie bed-in-a-box nouvelle génération » ont interrogé les 4,5 millions de personnes inscrites à l’agence sur leur sommeil.

Des chiffres significatifs qui laissent entrevoir le déroulement des nuits des Français. Exactement des Français et des Françaises car il existe une réelle différence en fonction du sexe. D’une façon générale, les femmes dorment une heure de moins que les hommes. Sans doute réveillées par les ronflements de leur compagnon. Pourtant elles ont la possibilité d’être tranquilles en début de nuit. Les hommes affichent une nette tendance à se coucher plus tard (sauf moi).

Nous sommes 49% à nous mettre au lit après 23 heures alors que vous mesdames, plus raisonnables, n’êtes que 44 % (ma femme n’y figure pas). Résultat, à la question de savoir si nous avons bien dormi, nous tombons presque d’accord : 51 % de femmes contre 58 chez les hommes. Fatigués au travail ? Logique si on se couche trop tard. Mais les hommes suggèrent une solution. Par un heureux hasard les sondeurs ont demandé leur avis sur la possibilité de faire une sieste au travail. La bonne idée que voilà. 66 % des hommes adhèrent au projet. À l’opposé, les femmes s’y opposent à 51%.

Par contre, et là on frise l’indécence, si on autorisait la sieste au travail, pas question pour 97 % des Français, hommes et femmes confondus, de terminer le travail plus tard. En résumé, nous voudrions être payés à dormir. Arrêtez de rêver, il y a encore du boulot.
Chronique parue le mercredi 19 septembre en dernière page de l'Indépendant

mardi 18 septembre 2018

De choses et d'autres - De la fiction à la réalité

Parmi les genres littéraires, les écrivains français (parisiens essentiellement) ont inventé l’autofiction. Le principe : on se met en scène et on raconte son quotidien, en respectant ou pas la vérité. Une Américaine vient de frapper beaucoup plus fort. Nancy Crampton-Brophy, petite mamie de 68 ans aux cheveux blancs, publie des romans sentimentaux depuis quelques années. L’histoire finit généralement bien même si parfois les titres sont trompeurs et dignes de thrillers comme « Le mauvais flic ». L’héroïne fantasme au cours de longues pages sur le meurtre de son mari, premier indice du côté obscur de cette romancière peut-être pas si gentille que cela.

Elle avait déjà abordé le thème dans le très explicite « Comment tuer son mari ». Dans ce roman paru en 2011, son héroïne échafaudait de multiples stratégies pour se débarrasser de son époux encombrant.

Le mari de Nancy aurait peut-être dû sentir l’oignon quand le couple a commencé à battre de l’aile. Car en juin dernier, Dan, enseignant dans une école hôtelière, a été retrouvé tué par balles dans les cuisines. Immense chagrin de Nancy qui partage son malheur avec ses fans sur Facebook. « Je n’ai plus goût à rien » expliquait-elle. On ne sait pas si c’est un policier amateur de mauvaise littérature féminine qui a découvert le pot aux roses, mais toujours est-il que la semaine dernière, la gentille Nancy a été arrêtée et inculpée du meurtre de son mari.

Voilà comment cette femme a basculé de la fiction à la réalité. Un genre plus compliqué que les questionnements de Christine Angot sur la réapparition d’un de ses compagnons après quelques années d’absence. Elle en a tiré 190 pages et franchement, on ne vous les conseille pas... Pas plus que les romans de Nancy Crampton-Brophy, mais pour d’autres raisons.

Chronique parue le 18 septembre 2018 en dernière page de L'Indépendant

Rentrée littéraire - Thomas B. Reverdy raconte l'Angleterre de Thatcher avec du rock et du Shakespeare

Les nostalgiques des années Thatcher en Angleterre ne doivent pas lire ce roman de Thomas B. Reverdy. Il raconte comment la dame de fer est arrivée au pouvoir, transformant un pays exsangue en laboratoire du libéralisme le plus débridé. Tout a commencé au cours de « L’hiver du mécontentement » qui a donné son titre au livre.



Entre fin 78 et début 79, la Grande-Bretagne est en pleine crise sociale. Grèves, manifestations, inflation… L’auteur aurait pu se contenter d’un pré- cis historique. Il préfère se coltiner avec le quotidien de deux personnages emblématiques de l’époque. Jones, employé de bureau viré comme un malpropre, par ailleurs musicien vivotant en donnant des concerts dans des pubs londoniens. Candice, apprentie comédienne et coursière à vélo, pour remplir le frigo et payer le loyer.

Candice est une battante. Elle veut son indépendance et pré- server sa solitude. Deux fois par semaines, au théâtre Warehouse, elle répète la pièce Richard III de Shakespeare. Dans sa troupe, que des femmes. Elle a écopé du rôle-titre. Celui qui manigance, tue, empoisonne pour accéder au pouvoir. Le bossu, boiteux qui termine son règne par cette célèbre réplique « Mon royaume pour un cheval ».


Candice et Jones vont se rencontrer. S’apprécier. S’aimer. Presque. Les conditions de vie sont difficiles au cours de cet hiver. Le pays se recroqueville, « La peur. Voilà bien une preuve de la faiblesse de l’Angleterre. (...) L’Angleterre est une petite vieille qui n’a plus la force de rien. L’Angleterre est sur le déclin. » Au cours de cet hiver, les Travaillistes au pouvoir vont multiplier les erreurs. Jusqu’à l’arrivée de Thatcher. Comme Trump il y a peu, elle a fait campagne sur ce slogan basique : « I want Britain to be great again ».

Clash et Buzzcocks   
On suit les difficultés au quotidien de nos deux tourtereaux en même temps que la prise de pouvoir par « Maggie ». Cette dernière croisera même le chemin de Candice. Un matin la répétition est annulée, le théâtre a été loué par les Conservateurs pour donner des cours de diction à leur chef.

Un roman aussi désenchanté que les musiques de l’époque. Car si les artistes punk hurlent leur refus de toute autorité, au final toutes ces chansons n’auront pas servi à grand-chose. Les titres des chapitres forment une play list parfaite de la période. Trente morceaux rock, des Clash à Pink Floyd en passant par les Sex Pistols ou les Buzzcocks. Le son d’un hiver de sinistre mémoire pour le petit peuple anglais.

➤ « L’hiver du mécontentement » de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 18 €