mercredi 9 juin 2021

Cinéma - “Le discours” : dans la tête d’un torturé de la vie

COMÉDIE Le héros se demande ce qui est le pire : se faire larguer pas sa petite amie ou prononcer un discours au mariage de sa sœur ? 

Benjamin Lavernhe, antihéros flippé du “Discours”, imagine comment sa petite amie, Sara Giraudeau, le trompe avec un guitariste langoureux, Sébastien Pouderoux. Les Films Sur Mesure 

Il est des exercices cinématographiques plus aisés. Adapter le roman Le discours de Fabcaro semblait une mission quasi impossible. Même l’auteur avait des doutes : « Un texte aussi introspectif allait être ennuyeux à l’écran » a-t-il expliqué à Laurent Tirard. Pourtant, à l’arrivée, le film, en plus d’être très novateur sur la forme, respecte le récit et surtout retrouve toute la dérision mélangée à pas mal de poésie du personnage principal, 

Adrien (Benjamin Lavernhe) se pose plein de questions. Sur son couple notamment. Un jour, sans crier gare, Sonia (Sara Giraudeau), sa petite amie, lui annonce qu’elle a besoin de faire une pause. Après de très longs jours de silence, Adrien craque et envoie un SMS à Sonia pour lui demander comment elle va. Après avoir appuyé sur le bouton envoi, il se rend chez ses parents pour un repas de famille. 


■ Seconds rôles divertissants 

Un repas interminable, au cours duquel il va attendre la réponse de Sonia. Mais, entre le plat (gigot gratin) et le dessert (gâteau au yaourt, à moins qu’un peu de fantaisie ne s’invite à table), Ludo (Kyan Khojandi), le futur époux de sa sœur Sophie (Julia Piaton), lui demande (lui ordonne, plus exactement), de prononcer un discours le jour de la cérémonie. Alors qu’Adrien gamberge de plus en plus sur la non-réponse de Sonia, cette hypothèse l’achève. Il va donc imaginer comment éviter de faire ce discours, comment le réussir et comment il va forcément le rater. 

Le film se découpe en trois zones distinctes, mais qui s’imbriquent sans cesse : le repas, le mariage imaginaire, et les souvenirs d’Adrien. Dans cette dernière partie, on découvre le premier chagrin d’amour d’Adrien avec une étudiante militante dévouée pour les petits Africains, interprétée par Marilou Aussilloux, l’actrice originaire de Narbonne, déjà vue dans l’autre comédie du moment Adieu les cons. 

D’une façon générale, tous les seconds rôles sont excellents, de François Morel en père d’Adrien à Sarah Suco, l’amie de Sonia qui l’a présentée à Adrien. Mais Le discours ne serait pas aussi réussi si Benjamin Lavernhe n’avait pas incarné avec ses tripes ce grand dadais entre timidité et romantisme, hypocondriaque, trop gentil et incapable de dire ce qu’il pense. À moins que finalement, dans ce fameux discours…  

➤ Film français de Laurent Tirard avec Benjamin Lavernhe, Sara Giraudeau, François Morel, Kyan Khojandi, Guilaine Lonfez, Sarah Suco. 



BD - Quand on aime, c’est pas pour la vie !


Si vous venez de tomber amoureux, que vous vous êtes mis en couple depuis quelques semaines ou si vous projetiez de vous marier cet été, n’ouvrez surtout pas ce recueil de gags et d’histoires courtes écrites et dessinées par Yannick Grossetête.

Il y est question d’amour, effectivement, mais pas toujours de sa version la plus positive et cool. Ainsi va la vie, on aime, puis la routine du quotidien érode la passion et le train-train gâche ce qui pourtant s’annonçait comme une belle histoire. Les couples décrits sont tous bancals, vacillants et sur le point de rompre.  

Il est aussi beaucoup question de la famille. Les pires moments, comme la visite à l’Ehpad (quand on se trompe de vieux), le match de foot du petit dernier (maman montre ses seins chaque fois qu’il a la balle) ou l’apprentissage à la survie dans la campagne.

Et quand le divorce est prononcé, le plus étonnant est la façon dont est décidée la garde des enfants… ou du chat.  

« Merci l’amour, merci la vie » (tome 2), Fluide Glacial, 9,90 € 

mardi 8 juin 2021

Série Télé - L’affaire Skripal ou la Russie en accusation


En ligne sur Arte.tv depuis le 3 juin et diffusée jeudi prochain sur la chaîne franco-allemande, la série Britannique Affaire Skripal : l’espion empoisonné, revient sur un fait divers qui a provoqué une vague de panique dans la ville de Salisbury

Le 4 mars 2018 : Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Ioulia, 33 ans, sont retrouvés inconscients sur un banc. Skripal est un ancien agent secret russe. Son passé trouble va orienter les enquêteurs vers un empoisonnement commandité par l’État russe. Mais l’incident diplomatique va vite passer au second plan car d’autres personnes vont être empoisonnées indirectement. Notamment un agent de police, le lieutenant Nick Bailey (Rafe Spall) qui a perquisitionné la maison de Skripal. 

Pour éviter que d’autres habitants soient atteints, Tracy Daszkiewicz (Anne-Marie Duff), directrice de la santé publique de la ville, décide de neutraliser de larges zones de la cité. La série, en quatre épisodes chronologiques, raconte par le menu les décisions prises par les autorités, l’inquiétude des habitants ou la volonté du gouvernement de limiter la panique. La série a la force d’un documentaire et le suspense d’un thriller.


BD - Brève histoire de l’esclavage


Sujet très sérieux pour ce nouveau numéro de la série pédagogique Le fil de l’Histoire. Ariane et Nino racontent aux jeunes lecteurs comment l’esclavage a longtemps été la norme dans nos civilisations.


Aidé de Savoia au dessin, Fabrice Erre, le scénariste et par ailleurs prof, né à Perpignan, revient sur les grandes étapes de ce « crime contre l’humanité », des premiers marchés en Méditerranée à la traite vers les Amériques en passant par les différentes révoltes qui ont poussé quelques démocrates à militer pour l’abolition.    

« L’esclavage, un crime contre l’humanité », Dupuis, 5,90 €  

lundi 7 juin 2021

BD - Partition coréenne


Assez peu connue en France, la partition de la Corée dans les années 50 a durablement bouleversé la vie de millions de familles. Dans ce roman graphique en noir et blanc d’une exceptionnelle acuité, Keum Suk Gendry-Kim raconte une partie de l’histoire de sa mère. 

Lors de la fuite vers le Sud, elle a été séparée de son mari et de son fils.

Elle a refait sa vie mais n’a cessé d’attendre des nouvelles de sa première famille. L’album raconte la fuite, la séparation mais également l’admiration de l’autrice pour cette femme indestructible.      

Série télé - Des minorités rafraîchissantes


Non, Netflix ne se contente pas de produire des séries de superhéros ou d’horreur destinées à un public très large. La plateforme américaine ose a aussi investi sur des auteurs originaux, à la voix singulière. Master of None en est l’exemple parfait. Développé par le comédien d’origine indienne Aziz Ansari, la première saison ressemble à une sitcom presque classique. 

Dev (Aziz), tente de percer dans le cinéma. Il enchaîne les castings mais on ne lui propose que des rôles de chauffeur de taxi. Les quelques rôles dans des publicités lui permettent de payer son loyer. Dev-Aziz raconte les compromissions incessantes qu’un acteur typé indien doit subir au quotidien. Les dix épisodes de la saison 1 explorent aussi sa vie sentimentale assez compliquée.

Dolce vita italienne

Changement de ton avec la saison 2. La série gagne en profondeur et surtout en qualité cinématographique. Un premier épisode en noir et blanc, se déroulant en Italie, est un hommage au cinéma de la péninsule


Et les épisodes 9 et 10 clôturant la saison, mis bout à bout, forment un long-métrage de 90 minutes qui supporterait la diffusion en salles. 

Mais Aziz Ansari place la barre encore plus haut avec la saison 3. Il s’efface totalement pour ne raconter en cinq épisodes que les « moments d’amour » entre Denise (Lena Waithe, également coscénariste) et Alicia (Naomi Ackie). La première, écrivaine, a remporté un énorme succès avec son premier roman. Elle a acheté une vaste maison à la campagne et y a aménagé avec sa femme, ancienne chimiste qui veut se reconvertir dans la décoration d’intérieur. Elles sont toutes les deux noires et quand Alicia décide d’avoir un enfant, leur couple va lentement se désagréger. 

La réalisation, sobre, presque minimaliste, renforce cette impression d’immersion dans le quotidien de Denise et Alicia. L’ensemble des épisodes forme un tout qui fait plus penser à un film d’Ingmar Bergman qu’à une pantalonnade franchouillarde. Un petit chef-d’œuvre rafraîchissant qui nous ouvre les yeux que le quotidien des minorités aux USA

Cinéma en streaming - Mr Roosevelt de Noël Wells

Dans la première saison de Master of None, la petite amie de Dev est interprétée par Noël Wells. On retrouve la comique de service à l’écriture et à la réalisation de son premier film Mr Roosevelt, toujours sur Netflix. Emily (Noël Wells) est une humoriste qui galère en Californie. 

Elle doit rentrer en catastrophe à Austin au Texas car son cher Mr Roosevelt, est malade. Un félin qui est resté chez son ancien petit ami. Problème, ce dernier a trouvé une remplaçante à Emily. Son antithèse absolue. aussi sérieuse qu’Emiliy est désinvolte.  Une petite comédie enlevée, avec des reparties hilarantes tant dans la bouche d’Emily que de sa pire ennemie. 

Noël Wells porte de film de bout en bout, avec une vigueur étonnante, sur ses frêles épaules. 

dimanche 6 juin 2021

BD - Le bébé mystère de « Un avion sans elle »


Immense succès lors de sa sortie, le roman Un avion sans elle a consacré le talent de Michel Bussi. Le roman est désormais adapté en BD avec Fred Duval au scénario et Nicolaï Pinheiro au dessin. Un très gros album de 176 pages pour une intrigue addictive. Un détective privé a enquêté durant 18 ans sur un bébé, unique rescapé du crash d’un avion.


La fillette était revendiquée par deux familles : l’une très riche et parisienne et l’autre simple et de province. Le jour de la majorité de Lylie, le détective a enfin découvert la vérité. L’histoire sera passionnante pour ceux qui n’ont pas lu le roman original.

Les autres pourront replonger dans cette quête d’identité avec multiples coups de théâtre et sublimée par le dessin très abouti de Pïnheiro qui a mis près de deux ans pour réaliser cet album.  

 « Un avion sans elle », Glénat, 25 €

DVD - Un grand blanc dans la grande bleue

Tourné en Australie dans des décors à couper le souffle, le film « Great White » (en DVD et blu-ray chez Wild Side) affiche clairement ses intentions. Un énorme requin va boulotter quelques naufragés. Le réalisateur Martin Wilson n’a pas investi son budget dans le scénario. Il est basique. 

Deux touristes japonais décident de se rendre sur une île déserte. Ils sollicitent une petite société d’aviation qui loue son hydravion. Le patron est aussi le pilote par ailleurs petit ami de l’infirmière accompagnante. 

Arrivés sur place, ça ressemble au paradis. Mais une découverte va les pousser à se poser en pleine mer et voir leur avion être coulé après l’attaque du méchant « Great White ». La suite se déroule sur un radeau de fortune puis dans l’océan. Avec du sang pour colorer les eaux turquoise. Beaucoup de sang…

samedi 5 juin 2021

Thriller - Le policier, l’ami et les soupçons

Certains policiers prennent leurs enquêtes tellement à cœur qu’ils ne peuvent s’empêcher d’y penser sans cesse. Et quand elle n’est pas résolue, cela devient un long cauchemar qui vous accompagne mois après mois, années après années. William Wisting, inspecteur dans le sud de la Norvège, était jeune flic quand il a été mobilisé sur la disparition de Katharina Haugen. Une jeune femme qui a quitté le domicile, laissant derrière elle une valise pleine de linge propre et un papier rempli de chiffres. 24 ans plus tard, Wisting tente une nouvelle fois de déchiffrer ce code qui, il en est persuadé, lui donnera le fin mot de l’histoire. Fugue, enlèvement, meurtre ? Personne n’a la réponse. Mais il est pourtant sûr et certain que Katharina est morte et c’est lui qui s’était chargé, cinq années après le début des recherches, d’expliquer au mari, Martin, que l’administration la considérait désormais comme décédée. Et chaque année, au jour anniversaire de la disparition de Katharina, le policier rendait visite au mari. Ils étaient devenus amis. Discutaient de tout et n’importe quoi. Partaient pêcher dans un lac près d’un chalet que possédait Martin. 

Enquête peu orthodoxe

Quand Adrian Stiller, un jeune inspecteur d’Oslo chargé des affaires non résolues débarque dans le commissariat de Wisting pour relancer une autre enquête restée sans réponse, l’affaire Katharina refait surface. Il y a 24 ans, une autre disparition inexpliquée avait fait les gros titres des journaux. Une adolescente, fille d’un riche industriel, avait été enlevée contre une rançon. L’argent a été réuni, mais personne n’est allé le chercher et la jeune kidnappée n’a jamais réapparu. Or, sur la lettre demandant la rançon, les services de Stiller en reprenant l’affaire ont retrouvé les empreintes digitales de Martin Haugen. L’idée de Stiller est simple : demander à Wisting de profiter de son statut d’ami du suspect pour le pousser à se confesser. Car Stiller soupçonne Martin Haugen d’avoir également assassiné son épouse, malgré un alibi à l’époque en béton. 

Cette nouvelle enquête écrite par Jorn Lier Horst met en opposition deux écoles dans la police. Si Wisting est persuadé que le travail et le respect du droit permettent toujours d’arrêter les coupables, Stiller préfère flirter avec l’illégalité, profiter de toutes les techniques d’écoutes et d’infiltration pour piéger et faire avouer les coupables. Cela ne plaît pas à Wisting qui se retrouve bombardé comme taupe. Qui plus es auprès de celui qu’il considère comme un ami. Pour corser le tout, la fille de Wisting, journaliste, va elle aussi être manipulée par Stiller pour augmenter les chances de confession.

Ce roman, aussi sombre que le ciel de cette Norvège glaciale et humide, donne aussi l’occasion au lecteur de réfléchir sur la culpabilité, les secrets du passé et la façon de vivre avec.     

« Le code de Katharina » de Jorn Lier Horst, Série Noire Gallimard, 20 €