samedi 29 septembre 2018

BD - Les nouveaux conquistadores de Conquêtes


Dans un futur très lointain, la Terre devenue inhabitable, cinq convois de vaisseaux spatiaux s’envolent vers des exoplanètes. Première histoire avec la conquête d’Islandia, la planète glacée. Jean-Luc Istin (avec la complicité de Nicolas Jarry) a écrit cette ambitieuse série en cinq volumes confiés à quatre dessinateurs. Radivojevic, au trait réaliste léché, illustre l’arrivée des colons sur cette planète où la température ne dépasse jamais le zéro dedré celsius.
 Les autochtones y vivent dans des huttes. Pas de technologie. Quasiment comme s'ils étaient au Moyen-Age, voire à l'époque des cavernes. La lieutenant Konig fait partie de l’avant-garde chargée de la prise de contact. Malgré des différences physiques, les Islandiens ont beaucoup de points commun avec les Humains. Le rire par exemple. L'amour aussi. Mais qu'en est-il du côté belliqueux ? Une première partie qui fait rêver, une seconde où les armes se mettent à parler. Et rapidement les choses dégénèrent car la vérité est ailleurs. Du très grand spectacle que James Cameron ne renierait pas.

« Conquêtes » (tome 1), Soleil, 16,95 €

vendredi 28 septembre 2018

De choses et d'autres - Ces sports de l'extrême

Il y a les sports rois, le foot partout dans le monde, le rugby sous nos latitudes sudistes. D’autres tentent de se faufiler au sommet au gré des résultats des équipes nationales (hand, basket). Restent les disciplines bizarres ou anecdotiques, celles dont le chemin à parcourir avant la consécration s’apparente plutôt à un chemin de croix.

Tel le Chase tag par exemple, connu en France sous le nom de « touche-touche » ou « loup », jeu que nous avons tous pratiqué dans les cours de récréation. Non sans humour, la fédération mondiale le présente comme « Le sport le plus reconnu et populaire du monde » dans la présentation officielle du site internet. En gros, il suffit de courir et d’effleurer son « adversaire ».

En version sport il se déroule sur un terrain fermé parsemé d’obstacles. Physique et spectaculaire, chaque membre des équipes de 4 tente à tour de rôle de toucher un adversaire. Des compétitions mondiales sont organisées régulièrement et la meilleure équipe est le Marrero Gang. En réalité, cette course s’apparente plus à une épreuve de parkour (acrobaties sur des mobiliers urbains) qu’à un amusement de cour de récréation.

Encore moins connu (pour ne pas dire fantaisiste), le « ventriglisse » imaginé par trois jeunes Castrais qui, enfants, ont trop regardé « Intervilles ». Ils ont pour ambition de faire entrer cette discipline aux jeux Olympiques. Le principe : une bâche agricole et du liquide vaisselle. On s’élance et celui qui glisse le plus loin l’emporte. Spectaculaire, mais pas forcément très académique.

Et si l’alcool est considéré comme produit dopant, fort peu de concurrents franchiront la ligne d’arrivée sans être éliminés. L’avantage : les participants, même vacillants, ne peuvent pas tomber, ils démarrent déjà ventre à terre.

jeudi 27 septembre 2018

De choses et d'autres - Des claques pour Nicky Larson

Adapter une bande dessinée au cinéma est devenu la grande mode des producteurs français en mal d’imagination. Le résultat peut s’avérer très concluant (Les vieux fourneaux) ou beaucoup moins réussi (Le Petit Spirou). Plus étonnante, la transposition d’un dessin animé japonais lui-même issu d’un manga. Le 6 février 2019 « Nicky Larson et le parfum de Cupidon », film écrit, réalisé et interprété par Philippe Lacheau sortira sur tous les écrans de France et de Navarre.

Une première bande-annonce a été dévoilée hier et la réaction des fans n’a sans doute pas été à la hauteur des espoirs du cinéaste pourtant habitué au succès depuis Babysitting. Rarement on se sera moqué à ce point d’un extrait de film. Plus de 150 000 vues en une journée mais surtout trois fois plus de « je déteste » que de « j’aime », des commentaires désespérés ou méchants et un début de jeu pour imaginer comment Philippe Lacheau « massacrerait » des films ou dessins animés connus (le meilleur, Matrix avec en vedette un… Minitel).


En endossant le costume de Nicky Larson, Philippe Lacheau réalise sans doute un rêve de gosse, quand il regardait le dessin animé dans « Club Dorothée ». Mais à la base, la BD City Unter de Tsukasa Hojo avait un caractère sexuel affirmé, atténué dans le dessin animé, complètement gommé dans la version française coupée et censurée. Philippe Lacheau a gardé un peu le côté salace de City Hunter, mais cela vole très bas. L’impression générale pour les fans de City Hunter est résumée dans cette appréciation de Mish9volt : « Acteurs pas crédibles ayant l’air de cosplayeurs (fans qui se déguisent à l’image de leur héros préféré NDLR) qui posent dans une convention. »

mercredi 26 septembre 2018

DVD et blu-ray - Flics peu orthodoxes


Ancêtres de l’infiltration, les flics de la brigade secrète Seven Ups ont véritablement existé. Ils ont collaboré au scénario de ce film d’action américain produit et réalisé par Philip D’Antoni. Roy Scheider est à la tête de cette unité qui traque les mafieux new-yorkais. Le film de 1973 ressort avec un important livret sur ce qui reste un chef-d’œuvre du film policier avec une course-poursuite d’anthologie.

➤ « The Seven Ups », Wild Side Vidéo

DVD et blu-ray - Les peurs enfantines de Stephanie



Seule dans sa grande maison, Stephanie , 6 ans, tente de survivre. Elle parle beaucoup à une peluche, Francis, et parfois tente de réveiller son frère. Mais ce dernier est mort. Et en état de putréfaction avancée. La nuit, un monstre rode. Ce film d’horreur (où on retrouve Ana Torv, l’héroïne de Fringe), intrigue beaucoup dans la première demi-heure. La suite est plus convenue mais reste quand même très effrayante.

➤ «Stephanie», Universal

DVD et blu-ray - Des mères de famille extra dans le sillage des MILF d'Axelle Laffont


Trois copines, toutes âgées de plus de 40 ans, partent dans le sud en plein été. Pas des vacances ordinaires. Elise (Axelle Laffont) et Sonia (Marie-Josée Croze) vont vider et nettoyer la maison de Cécile (Virginie Ledoyen). 
Veuve depuis trois ans, elle n’y habite plus et compte la vendre dans un mois. Ce film de nanas, le premier de la comique Axelle Laffont, joue sur l’opposition et la complémentarité des trois amies. Cécile, toujours dans le deuil, est sé- rieuse et introvertie. Sonia, maî- tresse depuis des années d’un homme marié espère toujours qu’il va quitter sa femme pour elle. 
Elise, divorcée, est une frappadingue en quête de sensations fortes. Quand elles croisent le chemin de trois jeunes de 20 ans, elles vont devenir des MILF, des « Mother I’d Like to Fuck». Mais l’amour est souvent compliqué entre générations. Et marrant aussi dans une comédie trépidante et ne manquant pas de charme ni de fond. Dans les bonus du DVD, un bêtisier débridé et potache.

➤ « MILF », Studiocanal

De choses et d'autres - Une belle marque aux oubliettes


Il semble qu’en France on n’aime pas les « winners ». Ni les bénis oui oui. Quoique. Contrairement aux USA où richesse et célébrité sont synonymes de gloire. 
Chez nous, les réactions sont diamétralement opposées. Les gros salaires (sauf ceux des sportifs) provoquent la suspicion. La reconnaissance mondiale ? Trahison à la patrie. Un axiome valable pour les personnes mais aussi pour les marques. Preuve avec le TGV. Le train à grande vitesse bat tous les records, remporte des succès à l’étranger, sillonne la France du Nord au Sud, révolutionne le voyage en train de papa. 
Vous dites TGV et immédiatement une image de vitesse, de modernisme et d’avenir s’impose aux yeux de tous. Trop parfaite sans doute. La SNCF débaptise donc ses trains. Désormais nous ne prendrons plus le TGV mais le « Inoui ». Nouvelle appellation doublée d’un logo qui se veut moderne et inversable. Le premier « I » a le point en bas, la forme des autres lettres est simplifiée. Le O central prend une ampleur digne du ventre d’Obélix, de sorte que les graphistes aient pu vendre ce logo lisible dans les deux sens.

Certains esprits mal intentionnés interprètent différemment cette lecture croisée. Oui à l’endroit et Oui à l’envers, cela ne donne pas Inoui mais Oui-Oui. Voilà comment la SNCF a troqué son TGV, symbole mondial envié de la réussite et de l’excellence française contre le petit train de Oui-Oui. Il semble qu’en France on aime les « Ouiners ».

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 26 septembre 2018

mardi 25 septembre 2018

De choses et d'autres - Aux urnes citoyens helvétiques

En Suisse, le vote s’apparente presque à une activité hebdomadaire. Dimanche dernier par exemple, plusieurs sujets étaient proposés aux citoyens helvétiques. Avec parfois des particularismes par canton. On a beaucoup parlé de la dé-cision de celui de Saint-Gall d’interdire la burqa. La question sera mise aux voix au niveau national l’an prochain.

Néanmoins la véritable révolution de ce dimanche soulève beaucoup moins de polémique. La réforme proposée a été adoptée à plus de 73%. Il s’agissait purement et simplement d’inscrire la pratique du vélo dans la Constitution. En clair, les pistes cyclables seront encouragées (et donc financées) par le gouvernement fédéral sur le même principe que les chemins pédestres. Un véritable plébiscite en faveur de la petite reine.

Pourtant, contrairement aux Pays-Bas, pédaler en Suisse implique une condition physique parfaite. Passer d’une vallée à l’autre nécessite des mollets en béton. Des pistes skiables, je comprendrais, mais des pistes cyclables, je me demande encore ce qui leur est passé par la tête.

Écologistes les Suisses ? Oui, mais pas trop. Car dans le même temps, deux autres projets pourtant louables pour la santé et la culture des citoyens ont été rejetés. Il y était question d’imposer la souveraineté alimentaire et de favoriser les aliments équitables. Que les Suisses se rassurent, ils conserveront le droit de manger des hamburgers de mauvaise qualité avec du succédané de fromage sous film plastique, alors qu’ils disposent de vaches et de fromages d’exception.

Les Zurichois ont également voté massivement contre les subventions aux producteurs de cinéma. De crainte sans doute que Depardieu se lasse de la Corée du Nord et décide de s’offrir une cure de jouvence en gravissant les alpages. À vélo.

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le mardi 25 septembre 2018

lundi 24 septembre 2018

De choses et d'autres - Scène imaginaire chez un expert psychiatrique qui n'a pas de chance...

La scène (imaginaire) se déroule dans la salle d’attente d’un médecin psychiatre. La porte s’ouvre, un homme, barbe bien taillée, costume classe, entre prudemment. Il regarde aux quatre coins de la pièce comme s’il inspectait une scène de crime. Il s’installe dans un coin et salue d’un bonjour laconique la seule personne présente, une femme entre deux âges. La blonde peu souriante tire avec avidité sur sa cigarette électronique malgré les messages d’interdiction.

Après dix minutes à se regarder en chiens de faïence, l’homme rompt le silence.

- Vous êtes là pour vous faire expertiser vous aussi ?

- Oui, décision de justice.

- Moi aussi. Comme si je n’étais pas plus équilibré que le juge qui tente de me faire tomber.

- À qui le dites-vous, répond la femme qui se déride un peu. Il paraît que j’ai un problème avec l’image de la violence...

- Je connais. Il suffit qu’on se montre un peu viril, tout le monde vous accuse de toutes les tares et on vous catalogue serial killer.

- Moi c’est juste un problème d’image. Je ne me suis jamais battue. Ce qui selon moi rend cette expertise encore plus idiote.

- Il paraît que l’expert va aussi nous interroger sur notre famille, pour comprendre d’où vient le mal.

- C’est sûr qu’avec mon père fallait filer droit. Il ne plaisantait pas. Mais j’essaie de couper avec lui. J’espère que cela m’aidera.

- Oh moi ma famille je lui dois tout. J’ai été bien élevé. Pas question que je dise du mal d’elle, même sous la contrainte.

Le psychiatre entre dans la salle d’attente. « Mme Marine Le Pen, c’est à vous. M. Alexandre Benalla, vous passerez juste après. »

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le lundi 2' septembre 2018

dimanche 23 septembre 2018

BD - Comment ne pas aimer la Barcelone de "L'art de mourir par Raule et Berthet


Raule est de Barcelone. Raule aime Barcelone. Le scénariste de Jazz Maynard, dans la préface de cet album dessiné par Philippe Berthet explique qu’il aime Barcelone, « ma ville invisible, mystérieuse, belle et brutale ». La ville de Gaudi sert de décor à cette histoire sombre comme la collection qui l’héberge, « Ligne noire ».

Un policier français, Philippe Martin, se rend d’urgence dans la capitale catalane. Une jeune fille, étudiante en histoire de l’art, est retrouvée morte dans sa baignoire. Un suicide selon toute probabilité. Dans une lettre d’adieu, elle parle de son père, ce policier français qu’elle n’a jamais connu. De lui, elle a cette passion pour les chansons de Jacques Brel. Lui ne savait pas qu’il avait une fille. La femme avec qui il vivait, l’a quitté il y a 25 ans. Enceinte visiblement. Il se découvre une fille. Et doit en faire le deuil immédiatement.


Le récit devient de plus en plus mystérieux, étonnant et va glisser vers le polar pur et dur. Avec coups de théâtre et scènes d’action dans des lieux emblématiques de cette ville « belle et brutale », du téléphérique du port au labyrinthe d’Horta.

➤ « L’art de mourir », Dupuis, 14,99 €