dimanche 10 septembre 2017

BD - Des morts à l’assaut du pole Sud

21e et peut-être dernier tome de la série concept « Sept ». Henri Meunier a signé le scénario des aventures de ces « Sept macchabées » et Etienne Le Roux s’est chargé de la mise en images. Au début du XXe siècle, l’Angleterre veut absolument conquérir le pole Sud. Une course avec le grand rival de l’époque, l’Allemagne. Pour tenter de résister aux conditions extrêmes, le ministère de la Guerre ressort de ses placards une machine mise au point par un certain Dr Frankenstein

Sept militaires récemment tués sont « ressuscités » pour aller planter l’Union Jack sur le dernier continent à conquérir. On apprécie particulièrement la description des modifications physiques des morts et la course contre la montre qui se double d’une intrigue sur l’identité d’un des macchabées. Passionnant et inventif. Une des BD à ne pas manquer en cette rentrée.

➤ « Sept macchabées », Delcourt, 15,50 € 

BD - Arme ultime de destruction massive

À la fin de la guerre froide, les Soviétiques ont lancé des programmes ambitieux pour mettre au point des armes nouvelles, capables de leur donner un net avantage sur les Américains. De nos jours, un agent spécial, chargé des opérations secrètes d’élimination, s’est reconverti dans la police. Un shérif d’un tout petit village au fond d’une vallée isolée. Quand un randonneur arrive exténué de la forêt, c’est le branle-bas dans la communauté. Qui est-il ? D’où vient-il ? Quelles sont ses intentions ? 

Le lecteur, lui, est déboussolé. Surtout l’homme égaré est abattu après un interrogatoire sommaire. Sous des airs de polars de province, Kyle Higgins (scénario) et Stephen Mooney (dessin) signent le premier tome d’une ambitieuse et très originale série entre espionnage et politique fiction.

➤ « The dead Hand » (tome 1), Glénat, 14,95 €


BD - Une Dame de fer indestructible

Ce roman graphique de Michel Constant débute le jour de la mort de Margaret Thatcher. Dans ce petit pub d’une ville côtière près de Douvres, c’est la liesse. Donald le patron offre une tournée générale. Cela ne lui coûte pas très cher car plus personne ne fréquente son établissement. Ce n’est pas comme il y a 30 ans, quand il était un jeune adulte et qu’il faisait les 400 coups avec son meilleur ami Owen et la fille du trio, Amy, qui n’a jamais pu choisir entre les deux. 

La bande va se reformer. Pour une mauvaise nouvelle. Donald, cancéreux, n’a plus que quelques semaines à vivre. Il voulait revoir ses amis. Et surtout ressortir du garage la seule et véritable « Dame de fer » qu’ils connaissent : une Norton Manx, moto de légende… Dessinée dans un style franco-belge entre réalisme et rondeurs caricaturales, cette histoire, malgré sa nostalgie, est résolument optimiste. Même parfois un petit peu trop naïve. Mais l’utopie, dessinée, débouche parfois sur une réalité souriante.

➤ « La dame de fer », Futuropolis, 15 €

BD - La dernière croisade d’un incroyable trio


Ils sont trois, un chevalier, un moine et une princesse arabe. Trois sur les routes de France au cœur de ce moyen âge où l’essentiel de l’actualité, déjà, tournait autour d’un conflit religieux. D’un côté les chrétiens, de l’autre les musulmans. Au centre, la Terre sainte et des reliques. Le chevalier Brayard revient d’un long périple au cours duquel il a surtout tué et oublié son morne quotidien. Repu de sang et d’aventures, il rentre au bercail escortant le moine Rignomer qui lui ramène les reliques de la sainte de son ordre. En chemin il tombe sur une donzelle vindicative ; la princesse Hadiyatallah. La fille de ce dignitaire, capturée, représente une belle rançon. 
Zidrou, au scénario, livre une de ces histoires dont il a le secret, avec de l’humain, du marrant et de l’authentique. On rit beaucoup aux refrains des chansons paillardes de Brayard, on compatit avec Rignomer, au destin peu palpitant de moine copiste. Et puis on tombe follement amoureux de la petite princesse, prête à tout pour rentrer au pays. Le Barcelonais Francis Porcel au dessin donne toute sa rudesse à cette geste moyenâgeuse très moderne finalement et qui aurait fait un excellent film dans le genre de « La chair et le sang » de Paul Verhoeven.
➤ « Le chevalier Brayard », Dargaud, 14,99 €

BD - Titeuf, l’enfance n’est plus tout à fait innocente


Retour aux fondamentaux pour Zep, le papa de Titeuf. Après avoir testé l’histoire longue puis vieilli son héros pour lui faire découvrir le monde merveilleux de l’adolescence, Titeuf, le vrai, le seul, l’unique, le dieu des cours de recréations est de retour dans son exercice favori : le gag en une planche avec pas mal de pipi, du caca et un brin de sexe pour les nuls. Mais Zep, qui s’est aussi révélé depuis quelques années comme un excellent dessinateur d’humour politique, très sensible et intelligent pour mettre le doigt sur les sujets qui fâchent, n’hésite pas non plus à faire référence à l’actualité. Une goutte de politique dans un océan de drôlerie. 
Car dans cet album, vous rirez de l’interprétation de Titeuf d’une fellation, mais aussi de sa façon d’intégrer ces nouveaux à l’école, des réfugiés qui ont fui la guerre pour venir habiter près de chez lui. Et aller à l’école ! Quelle horreur ! Le dessin est toujours aussi précis et expressif, les gags souvent efficaces, même si l’attrait de la nouveauté a fait un peu son temps.
➤ « Titeuf » (tome 15), Glénat, 10,50 € 



Rentrée littéraire - Mère en mouvement

Elle a trois enfants et plus de travail. Trois enfants et plus de mari. Reine est au bord du gouffre. Le début du roman de Jean-Luc Seigle est saisissant. Une tension dès les premières pages, comme pour mieux comprendre comment, quand on n’a plus d’espoir, tout devient possible, même le pire. Reine est une parmi tant d’autres. Une de ces femmes abandonnées, recroquevillées. Son salut, elle le trouvera peut-être dans cette vieille mobylette bleue qui l’attend dans le garage. L’engin se transforme en fidèle coursier et c’est en le chevauchant qu’elle va se lancer dans les nouvelles batailles de sa vie.

Un roman social, qui épouse les courbes de la vie : de très bas à très haut, des dépressions les plus profondes aux moments de bonheur dus à l’amour, de la « Femme à la mobylette » à la « Reine en mobylette ».

 ➤ « Femme à la mobylette », Jean-Luc Seigle, Flammarion, 19 €

Livres de poche - Récits de vies contrariées

Déjà épuisés par la routine des violences, trois gardiens de la paix se voient confier une mission inhabituelle. Une reconduite à la frontière. À Roissy. De là, le réfugié tadjik qu’ils escortent s’envolera pour une mort certaine. Dans le huis clos de la voiture sérigraphiée : quatre corps, quatre consciences, quatre tragédies personnelles. Suffit-il vraiment d’ouvrir les yeux pour changer le monde ? Un roman coup de poing en cours d’adaptation au cinéma.

➤ « Police » de Hugo Boris, Pocket, 5,95 €

Un jour du printemps 1963, une voiture se gare sur la grand-place de Tilliers, petite ville de la Beauce. Elle transporte Abraham Farkas, médecin rapatrié et son fils Franz, âgé de neuf ans et demi. Abraham n’a qu’une seule préoccupation : son fils. Franz, lui, en a deux : son père et les livres. A travers deux récits entrecroisés - les souvenirs de Franz et ceux d’un mystérieux narrateur -, ce roman décrit une relation filiale singulière. C’est aussi une réexploration de la France au début des années soixante.

➤ « Abraham et fils » de Martin Winckler, Folio, 8,20 €

1939. Zeev Feinberg et Yaacov Markovitch quittent leur petit village de Palestine, direction l’Allemagne, où ils ont pour mission d’épouser de jeunes Juives afin de les sauver des griffes des nazis. De retour chez eux, ils leur redonneront leur liberté en divorçant. Mais si Zeev a bien l’intention de retrouver la femme qu’il aime et son enivrant parfum d’orange, Yaacov, lui, ne tient pas à laisser partir Bella, « la plus belle femme qu’il ait vue de sa vie ». Cette dernière est pourtant déterminée à se séparer de lui…

➤ « Une nuit Markovitch » d’Ayelet Gundar-Goshen, 10/18, 8,80 €

samedi 9 septembre 2017

Rentrée littéraire - La blancheur est à la mode selon Sophie Fontanel


Si l’on en croit Sophie Fontanel, la nouvelle mode des femmes d’un certain âge serait de ne plus se teindre la chevelure et d’assumer les racines puis les cheveux blancs. Voilà le genre de livre promis à un beau succès. Premièrement car le cœur de cible est celui qui est le plus dépensier en librairie. Ensuite car l’auteur a longtemps été une papesse de la mode (elle signe toujours une chronique dans l’Obs’). Enfin car il est raconté à la première personne, comme une initiation secrète à partager. Admettons qu’à 53 ans une femme ait des envies de « naturel ». Mais il n’y a pas que les cheveux que l’on masque. Pourquoi se botoxer pour cacher les rides, se charcuter les seins quand ils tombent, se blanchir les dents, suivre un régime pour rentrer dans du 38... Les cheveux blancs ne sont qu’une étape. 
➤ « Une apparition », Sophie Fontanel, Robert Laffont, 17 €

De choses et d'autres - Et je coupe le son...

Aujourd’hui, si les employés ne peuvent se passer de l’ordinateur au bureau pour travailler, ils passent aussi pas mal de temps sur le net. Essentiellement sur Facebook. Mais une récente étude menée par Linkedin et Spotify nous apprend qu’ils sont aussi très nombreux à écouter de la musique tout en effectuant leurs tâches courantes. Les respectueux avec écouteurs, les autres sans, au grand désespoir de leurs collègues obligés de supporter des goûts musicaux parfois discutables. Même si le groupe plébiscité (33 % des réponses quand même) est Coldplay. Juste devant Adèle avec 32 %. De la pop sirupeuse et de la variété anglaise. Rien de bien transcendant. Ni de rédhibitoire.

Je crains néanmoins le pire pour mes oreilles. Le critique musical de l’Indépendant vient de rejoindre le service où j’officie. Il se trouve qu’il est fan de rock. Plus spécialement de hard rock, genre métal qui rend sourd en moins de deux minutes. Par chance, il écoute les albums chez lui (je plains sa femme), alors qu’il aurait tout à fait le droit de les déguster dans le cadre de son travail. Mais le hard rock en sourdine et même au casque c’est comme si on demandait à un forgeron de frapper le métal en fusion avec un plumeau ou à un tennisman de jouer avec une balle de ping-pong.

Et puis il y a l’horreur absolue sur le lieu de travail. Heureusement très rare. Pire que l’écoute d’une chanson : le collègue chanteur. Car il existe des gens tellement heureux de venir au boulot qu’ils chantonnent à toute occasion. Et là par contre, le répertoire est souvent puisé dans les ritournelles obsédantes. Au point qu’en rentrant chez vous, vous vous surprenez à la fredonner. Personnellement j’ai parfois mis des jours à chasser de mon esprit-éponge la Macarena, Les lacs du Connemara ou le redoutable Femme, femme, femme de Serge Lama

vendredi 8 septembre 2017

DVD et blu-ray - Aurore, splendide guerrière de 50 ans



Bouffées de chaleur, sautes d’humeur, crises de larmes : le corps d’Aurore (Agnès Jaoui) ne la laisse plus tranquille. Normal, cette mère de famille vient de franchir la cinquantaine et la ménopause vient de lui sauter dessus comme un obsédé sexuel sur un calendrier hot de Clara Morgane.
Un film sur la ménopause ? Les mauvaises langues vont immédiatement penser qu’il y a plus sexy à proposer au public. Tristes sires qui veulent se conformer à l’image trop souvent véhiculée dans l’imaginaire des hommes. Des femmes aussi. Car ce qui ressort après la vision de ce film de Blandine Lenoir d’une rare beauté et très engagé, c’est la beauté, la grâce et la force de cette femme que la vie n’a pas épargné. Oui on peut avoir 50 et rayonner de beauté et de volonté.

Pourtant Aurore doit encaisser quelques coups du sort. Comme le rachat du restaurant où elle est serveuse par un bobo branché qui dé- cide de la rebaptiser Samantha. Elle préfère démissionner et se retrouve au chômage à suivre des stages aussi inutiles que les conseillers de Pôle Emploi. Heureusement elle a ses deux filles. Mais l’une va bientôt accoucher et la seconde quitte le nid familial pour rejoindre un DJ dont elle est raide amoureuse. Et pour compliquer le tout, elle tombe par hasard sur un ancien amour d’enfance, son premier, celui qui hante encore ses nuits.
Agnès Jaoui, qui a collaboré au scénario, signe une performance en tous points parfaites. Elle porte avec fierté et bravade son âge et ses rondeurs. Elle est tout simplement merveilleuse.
➤ «Aurore», Diaphana Vidéo, 19,99 €