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lundi 3 août 2026

BD - Action totale et sans limite dans le tome 1 de Blood and Thunder


Certains scénaristes, de cinéma, de série ou de BD, ont déjà suggéré que le héros donne un petit nom à son arme favorite. Dans le cas de Blood, la policière (en freelance) de cette série imaginée par Robert Kirkman, écrite par Benito Cereno et dessinée par E. J. Su, son gros flingue, en plus de répondre au nom de Thunder, est doté d'une intelligence artificielle et peut répondre à la femme qui a le doigt sur la gâchette. "Blood and Thunder", soit "le sang et la foudre", les deux ingrédients essentiels à tout comic book digne d'intérêt selon le maître du genre, Jack Kirby. Une anecdote racontée par Kirkman qui revient sur la longue gestation de cette série cyberpunk hyper violente mais avec quand même de gros morceaux de philosophie (entre les bouts de cervelles et d'os broyés par les méchants). 

Dans un futur très lointain, les Humains tentent de coloniser le maximum de planètes habitables. Les indigènes y subissent le même sort que les Indiens d'Amérique il y a quelques siècles. Futur lointain, mais en fait rien n'a changé en profondeur. Et comme la violence prospère, des agents indépendants sont missionnés par la police pour intercepter voleurs, tueurs et autres monstruosités dangereuses. Blood, surnom de Akeldama Bledsoe, est d'une rare efficacité. Elle traque le rebelle armée de son vieux Thunderhead de classe Fulminator. 


Une pétoire révolutionnaire à l'époque. Abandonnée depuis. Son intelligence artificielle était un peu trop pacifique. Ce modèle rechigne ainsi à tirer à balles réelles sur de simples suspects. Et comme le flingue est doté de la parole, il ne se prive pas de dire ses quatre vérités aux flics un peu trop zélés. De telles armes de nos jours et les bavures seraient éliminées en deux semaines… 

Si Blood refuse de se séparer de Thunder, c'est pour la simple raison que c'est l'arme de son père, un ancien policier. Père adoptif. Car Blood n'est pas humaine à 100 %. La jeune femme n'a pas de cheveux. A la place, un nuage de sang flotte au sommet de son crâne. 

Le duo est la meilleure trouvaille de la série, donnant lieu à des dialogues savoureux, entre une Blood soucieuse de coffrer les méchants pour faire honneur à son père et un Thunder finalement assez couard, préférant de loin abandonner toute velléité agressive dès que le danger est trop important. Et quand Blood se lance à la poursuite d'un alien géant quasi indestructible, trois fois plus grand qu'un humain, plus intelligent et doté de tentacules en guise de chevelure, le danger augmente de façon exponentielle.  

C'est une série de pure SF, avec combats incessants entrecoupés de dialogues teintés de philosophie sur les croyances des peuplades primitives (mais primitives par rapport à qui ?). Le lecteur amateur de baston à sa ration de gnons, alors que l'intello pourra cogiter des heures sur les véritables motivations de l'alien. Et comme d'habitude dans ces gros albums reprenant six fascicules US de la série, une galerie de toutes les couvertures alternatives permet de prolonger cette plongée dans un monde futuriste attrayant. 

"Blood and Thunder", Delcourt, 160 pages, 17,95 €


mercredi 8 juillet 2026

BD - Petit démon et île mystérieuse


Dans le genre violent et réservé aux adultes, la série Hellboy imaginée par Mike Mignola fait partie des maîtres étalons. Mais pourquoi se priver de la vaste audience des plus jeunes fans de comics ? Avec pas mal d'audace, le créateur du diable les plus rouge et cornu de l'enfer ose la version "young". Avant de faire parler son poing surdimensionné, le petit démon a vécu une enfance (presque) normale.

Pour raconter ces débuts, on retrouve le duo Thomas Sniegoski (scénario) et Craig Rousseau (dessin). L'histoire revendique une certaine naïveté couplée à une intrigue faisant la part belle à quelques célèbres chimères, du gorille géant à la femme vampire en passant par l'île mystérieuse cachée de tous. Rien de bien nouveau, mais force est de constater que le tout mélangé prend comme une mayonnaise (un aïoli pour les Sudistes) ferme et goûteuse. En compagnie du professeur Bruttenholm, son protecteur et tuteur, Hellboy, dix ans, est très excité à l'idée de prendre l'avion pour aller visiter un site de fouilles en Amérique du Sud.

En plein vol, un illuminé religieux, persuadé que sa mission sur terre est d'éliminer ce démon rouge, tue les pilotes. L'avion se crashe, Hellboy et le professeur survivent et s'échouent sur la plage d'une île. Premier problème : l'attaque de crabes géants. Heureusement, un gorille monumental aux yeux mauves surgit de la jungle et passe au court-bouillon les crustacés XXL. Un peu plus tard, Hellboy, sur le point d'être enseveli dans des sables mouvants, est sauvé par une sauvageonne qui semble être l'amie d'un peuple de singes évolués. La suite ? Des dinosaures, une malédiction, une femme vampire et pas mal de baston pour un Hellboy pas encore au top de sa force mais déjà courageux face à l'adversité.

Les plus critiques diront que c'est simplet. Les autres reconnaîtront l'hommage permanent à une certaine BD, passée de mode mais qui a façonné l'imaginaire de millions d'adolescents des cinq dernières générations.

"Young Hellboy" (tome 1), Delcourt, 120 pages, 15,95 €


mercredi 30 avril 2025

BD - Coup de foudre improbable dans le nouveau monde d'Ales Kot et Tradd Moore

La science-fiction n'empêche pas les sentiments. Dans un futur apocalyptique, Ales Kot et Tradd Moore racontent un coup de foudre aussi bizarre qu'improbable. Mais avant de faire connaissance avec les nouveaux Roméo et Juliette de la Nouvelle Californie, petit rappel de la situation. En 2037, plusieurs bombes atomiques ont pulvérisé simultanément les grandes agglomérations américaines. Le pays est en ruines. 

Une guerre civile se déclenche, les USA se partagent en plusieurs zones plus ou moins indépendantes et sûres. La Nouvelle Californie s'en tire le mieux. Grâce à un mur qui assure sa sécurité au Sud. Mais c'est au prix d'une politique implacable. Toute infraction est punie par les Gardiens, des flics surarmés qui officient en direct à la télévision. La nouvelle téléréalité qui se transforme en tribunal populaire, le coupable, une fois capturé, est au centre d'un dernier sondage où les téléspectateurs se transforment en juges. Deux choix : épargner ou supprimer. La mort en direct. 

Parmi les Gardiens, Stella Marris est la plus célèbre. Une jeune femme, petite fille du président, qui a la particularité de toujours épargner ses prisonniers, même si le public réclame la mort. Un état policier combattu par quelques idéalistes dont Kirby, fils d'un vétéran, hacker de génie. La flic et l'anarchiste. La rencontre est torride. Et comme Kirby est désigné ennemi public numéro 1, Stella doit choisir entre l'ordre et l'amour. 

Une incroyable cavale, dans ce pays qui a tout l'air d'être sorti de l'esprit tordu de Trump, alimente ce comics au dessin très original, tout en courbes et plein de couleurs, de Tradd Moore. Le côté fleur bleue est peut-être un peu trop présent, mais les amateurs de combats, duels et grosses bastons ainsi que les purs et durs en matière de science-fiction qui pousse à la réflexion en auront quand même pour leur argent.    

"The new world", Hi Graphics, 176 pages, 24,95 €

vendredi 18 avril 2025

BD - "Somna", récits de cauchemars sortis de l'enfer


Durant de longs siècles, le sort des femmes dans les sociétés dites "civilisées" était tout sauf enviable. En plus de donner du plaisir aux hommes, elles étaient les porteuses de leur descendance. Sans oublier les contraintes de la vie quotidienne. Mais à une époque, cela ne suffisait pas. Le clergé a donc inventé des faits de sorcellerie, bonne occasion de se débarrasser sans trop de difficulté des rares individualités qui ne se contentaient pas de cette vie de misère. Un procès vite expédié et direct au bûcher !

"Somna", long récit graphique de Becky Clooman et Tula Lotay est l'histoire d'une de ces épouses qui ont eu le tort d'espérer. Dans un village anglais du XVIIe siècle, Ingrid est mariée au bailli, juge et bourreau faisant office de chef des inquisiteurs. 


Ce matin-là, elle refuse de l'accompagner à son travail. Pas étonnant, il a pour mission de tuer en place publique Greta, la femme du charpentier. Ingrid ne pourra cependant pas rater le cadavre de la malheureuse laissé une semaine au centre du village. Une image qui vient s'immiscer dans les cauchemars de la jeune femme. Des rêves où un homme sombre fait aussi de régulières apparitions. Il l'incite à se rebeller. L'entraîne vers le plaisir, la jouissance. Solitaire. Rêves érotiques qu'elle attribue à Satan. De là se prendre pour une sorcière elle aussi... Ce que ses voisins vont rapidement croire. 

Une belle histoire sur le véritable esclavage subi par les femmes. Un récit d'horreur, dessiné dans deux styles différents. Très réaliste pour les rêves, plus comics pour la réalité. L'oeuvre de deux femmes qui ont clairement choisi leur camp. Seul bémol, c'est un peu long et bavard. En d'autres temps (les années 80 par exemple, riches en BD de sorcellerie), un auteur pressé aurait condensé l'ensemble de l'histoire en dix pages.     

"Somna", Delcourt, 180 pages, 23,50 €

samedi 22 mars 2025

BD - Reportage de l'horreur sur la planète Terminus


Parmi les BD de science-fiction, il y a les gentilles, les intelligentes et les noires, généralement très pessimistes et particulièrement violentes. Si c'est cette dernière catégorie qui vous attire, vous devriez apprécier ce one-shot, écrit par Matt Kindt et dessiné par Dan McDaid, au titre énigmatique : "Si vous lisez ça, c'est que je suis déjà morte..." 

Cette phrase c'est Robin qui l'écrit, une journaliste. Elle a été sélectionnée pour réaliser le premier reportage sur la planète Terminus. Un astre qui n'a pour l'instant vu que quelques militaires solidement entraînés. 

Le débarquement se fait dans la grande tradition des films à gros spectacles. Une équipe de durs à cuire pour chaperonner la jeune journaliste intrépide. La nef se pose sur une petite enclave, seul endroit réputé sûr de la planète. Mais rien ne se passe comme prévu. En dix minutes, les soldats sont exterminés, il ne reste plus que Robin, tentant de trouver le salut en se cachant dans des sous-sols hostiles. 

Un long cauchemar pour la jeune femme, confrontée à plusieurs sortes d'extraterrestres, tous plus agressifs les uns que les autres, quasiment des dieux dans ce monde de fureur et de sang. 

La transformation et la survie de Robin n'est pas pour les âmes sensibles. La violence atteint des sommets. Jusqu'à la mort... à moins que. Un roman graphique sur la prétention des Humains, leurs faiblesses et propension à trahir. De la SF noire, pessimiste et violente comme expliqué en introduction.   

"Si vous lisez ça, c'est que je suis déjà morte...", Delcourt, 96 pages, 19,50 €

samedi 7 décembre 2024

BD - Une victime peu banale dans "Cosmic Detective"

Pour attraper les méchants, il y a les policiers mais aussi les détectives privés. Un grand classique dans la littérature et BD américaine, revisitée par deux scénaristes de talent : Jeff Lemire et Matt Kindt. Ils ont imaginé les péripéties de ce Cosmic Detective dans un futur lointain et ont demandé à l’Espagnol David Rubin de traduire le récit en superbes planches.

Ce détective, qui travaille pour une agence non officielle, arrive sur la scène d’un crime avant la police. Pour la première fois de sa carrière, il constate que la victime n’est pas un humain mais un… Dieu. Dans cet univers, ces êtres supérieurs, prétendument immortels, sont au-dessus des Humains. Qui a réussi à en occire un ? Avec quelle arme ? Et surtout pourquoi ?

En recherchant la dernière personne ayant vu le Dieu mort, une jeune femme, le détective tombe sur une information capable de faire s’écrouler le monde actuel. Une longue descente aux enfers pour un homme inflexible, partagé entre son devoir et l’envie de simplement profiter de sa famille.
« Cosmic Detective », Delcourt, 192 pages, 23,75 €

vendredi 16 août 2024

BD - L’horreur parquée de « Dark Ride »


Durant vos vacances, vous avez peut-être prévu de faire un tour dans un parc d’attractions. Reste à en définir le thème. Si dans la réalité on n’a pas trop le choix, (Disney ou Astérix) dans le comics américain Dark Ride de Joshua Williamson (scénario) et Andrei Bressan (dessin), il n’y a qu’un parc qui mérite le détour : Devil Land.

On paie cher mais on s’y amuse à se faire peur. Son créateur, Arthur Dante, est passionné depuis toujours par l’horreur. Dans son parc, vous pourrez croiser démons, goules, zombies et autres vampires. Faux bien évidemment. À moins que…


Owens, jeune fan, enthousiaste à l’idée de travailler dans le parc (il nettoie les vomis…), découvrira dès son premier jour que la réalité dépasse la fiction. Sa sœur va tenter de savoir ce qui est arrivé à son petit frère (vite disparu) et ce qui se trame exactement dans les coulisses du parc.

Une BD à grand spectacle, avec scènes horrifiques à ne pas montrer aux plus jeunes. Le dessinateur, un Brésilien surdoué, déjà repéré dans Birthright, arrive à rendre terrifiants les personnages en peluche chargés d’animer les files d’attente des attractions. Une série terminée aux USA et proposée en trois gros recueils aux fans français.

« Dark Ride », Delcourt, 128 pages, 15,95 €

vendredi 16 février 2024

BD - Loups affamés dans le 4e tome de World War Wolves



La fin du monde, du moins celui dans lequel on vit actuellement, pourrait prendre la forme décrite par le scénariste Jean-Luc Istin dans sa série World war wolves.

Dans un futur proche (encore une fois), aux USA, des humains se transforment en lycanthropes, plus connus sous le nom de loups-garous. Un phénomène qui se propage comme une épidémie car il suffit qu’être mordu une fois pour rejoindre la meute. Rapidement, l’anarchie et le chaos règnent dans les différents états. La police est contaminée, de même que le FBI. Il existe pourtant quelques poches de résistances comme la ville de Las Cruces. C’est là, derrière de solides remparts, que John Marshall, écrivain, a trouvé refuge en compagnie de sa famille.


Dans le 4e tome, désormais dessiné par Radivojevic, des milliers de loups affamés prennent la ville d’assaut. Les combats font rage. On suit aussi, en parallèle, le périple de Malcom Spoding, un bricoleur de génie qui survit avec une relative facilité dans ce monde en décomposition. Sauf quand il tombe sur une bande de cannibales…

Très violente, cette série, à la mode comics US, propose aussi son lot de fantastique optimiste avec un rêve récurrent aux différents protagonistes humains. Ils y voient un vieil Indien leur demandant de rejoindre un lieu mystique dans l’Arizona. Le bout du chemin et du combat ?

 « World war wolves » (tome 4), Soleil, 104 pages, 15,50 € 

mardi 1 août 2023

BD - Goule nocturne entre cinéma et réalité


Scott Snyder est le scénariste de comics à suivre ces dernières années. Nouvelle preuve éclatante avec La nuit de la goule (Delcourt, 168 pages, 17,95 €), récit d’horreur dessiné par Francesco Francavilla et qui rend hommage au meilleur du cinéma d’épouvante. Un passionné de série Z a découvert les restes d’un film maudit tourné dans les années 50. L’unique copie aurait disparu dans l’incendie des studios.


Mais Forest Innman a retrouvé le début du long métrage. Le récit débute quand il arrive dans un hospice perdu dans le désert. Là, le réalisateur de La nuit de la goule semble attendre la mort. Forest lui demande s’il sait où se trouverait la dernière bobine du film. Le vieil homme, à moitié fou, va alors lui raconter ce qu’il considère comme la vérité : la goule existe véritablement, un monstre qui se repaît des cadavres et vit dans le corps de son médecin.

Angoisse à toutes les cases dans ce récit complet qui utilise toutes les ficelles du genre. Le dessinateur italien utilise son trait sombre pour instiller la peur à bon escient. Jusqu’à l’arrivée de la véritable goule… L’horreur n’est plus sur l’écran, mais dans la vraie vie.

mercredi 14 juin 2023

BD - Prise de tête US avec The Blue Flame


Sam Brausam est plus connu sous le nom de The Blue Flame. Cet ouvrier frigoriste le jour, devient la nuit le superhéros qui vole grâce à ses réacteurs alimentés par un carburant se transformant en flamme bleue. Écrite par Christopher Cantwell et dessinée par Adam Gorham, The Blue Flame est très loin des histoires classiques de Marvel ou DC. Blue Flame, et tous ses compagnons héros, sont pris dans un attentat. Des dizaines de morts. Il est le seul à s’en sortir, mais marche désormais avec des béquilles.

Quand il remet son costume, il va jusqu’aux confins de l’univers et se retrouve prisonnier d’un conglomérat de nations extraterrestres. Il vient d’être désigné avocat des Humains. S’il persuade le jury, la Terre ne sera pas détruite.

La BD, dense, qui fait d’incessants allers-retours entre le tribunal, avant et après l’attentat, se transforme en traité philosophique. Mais les dessins superbes et l’évidence des réactions de Blue Flame transforme le tout en petit chef-d’œuvre qui passionnera tous ceux qui parfois se posent des questions sur notre place dans l’univers.

« The Blue Flame », 404 Éditions, 26,50 €


jeudi 13 avril 2023

BD - Clear, un masque pour ne pas voir la réalité


Pas très gai le monde décrit dans Clear, comics écrit par Scott Snyder et dessiné par Francis Manapul. Les USA, sûrs de leur puissance, ont décidé d’aller sauver Taïwan envahi par la Chine. Mais la guerre n’a duré que trois jours. Toutes les armes US ont été piratées par les Chinois qui les ont retournées contre leur expéditeur.

Les USA, depuis, ont abandonné leur rôle de gendarme du monde et se sont repliés sur leur territoire. Et pour oublier cette humiliation planétaire, des masques de réalité virtuelle ont été massivement commercialisé. Chaque habitant peut désormais vivre dans le monde qu’il désire : western , romanche à l’eau de rose, dessin animé…

Sam Dune, vétéran de la guerre éclair, a fait un choix différent. Il a en permanence un masque Clear qui lui permet de voir la réalité de son monde. Sur cette base, les auteurs racontent l’enquête de Sam après le suicide de son ancienne femme. Une recherche dans un monde futuriste aliénant et macabre où toute réalité est subjective et a priori fausse.
Clear est sombre, paradoxe d’un récit futuriste sur l’embellissement virtuel d’une réalité pas assez clinquante et valorisante pour la majorité.
« Clear », Delcourt, 16,95 €

dimanche 11 septembre 2022

Série télé - Faites de bons rêves en regardant Sandman sur Netflix

Certaines bandes dessinées sont si complexes, avec un univers graphique si riche, que l’adaptation en série télé semble totalement impossible. Dans cette catégorie, Sandman de Neal Gaiman (parue chez Delcourt puis Panini Comics) a longtemps été considérée comme la pire à transposer. 

Quand Netflix a décidé de se lancer dans ce difficile challenge, le plus simple a été de demander au créateur de ce riche univers fantastique de coordonner la transposition. Résultat la série est fidèle à l’originale, mais surtout c’est une réelle bonne surprise de cet été un peu creux hormis le retour de The Boys sur Amazon ou le final de Stranger Things, tête de gondole de Netflix.

Le jeu de la vérité 

Le premier arc de narration raconte comment Sandman (Tom Sturridge), le maître des rêves, est capturé sur terre par des sorciers amateurs. Attiré dans un manoir anglais, il est emprisonné dans une cellule de verre durant plus de 100 ans. Une mise en bouche un peu étonnante puisque le véritable héros de la série, appelé aussi Morpheus, n’est film que nu, recroquevillé et muet dans sa petite cage, incapable d’agir, de répliquer.

Un enfermement qui prend fin de nos jours. Sandman retourne dans son royaume pour constater que ses disciples, rêves et cauchemars, ont quitté son royaume pour sévir sur terre. Il devra aussi récupérer ses trois attributs lui assurant puissance : un casque, du sable et un rubis.

La seconde intrigue au long cours le voit pourchasser un cauchemar, le Corinthien (Boyd Holbrook), cherchant à s’affranchir de la tutelle du roi des rêves. La partie la plus violente et sanglante. On retrouve dans la série le côté fragmenté des romans graphiques.

Certains épisodes pouvant se regarder de façon totalement indépendante des autres. Deux, aux univers particulièrement riches, auraient même pu être déclinés pour le cinéma en long-métrage. L’épisode 5 intitulé 24 heures, se déroule presque exclusivement dans une cafétéria. Un homme, en possession du rubis, tente l’expérience de la vérité. Chaque client va quitter son masque social et dire ce qu’il pense véritablement. Une vérité mortelle. L’épisode suivant, le bruit de ses ailes, raconte comment Sandman, décide contre l’avis de sa sœur (La mort…) de donner l’immortalité à un homme. Tous les 100 ans ils se retrouvent au même endroit et Sandman lui demande s’il est toujours satisfait de son éternité. Le potentiel philosophique est immense.

La série, de dix épisodes d’une heure, est plus riche que dix séries de 20 épisodes de bouillie d’héroïc fantasy développant toujours les mêmes thématiques. Mais contrairement aux histoires complètement formatées, Sandman n’est pas encore assuré de revenir pour une seconde saison.

 

mardi 30 août 2022

BD - Destin héroïque pour Radiant Black


Comment réagiriez vous si des superpouvoirs vous tombez dessus ? C’est la question à laquelle va devoir répondre Nathan, un écrivain raté de 30 ans. 


Criblé de dettes, il est obligé de retourner dans la petite ville de son enfance et de vivre de nouveau chez ses parents.

Pourtant une nuit, il est frappé par une sorte de mini-trou noir et se retrouve doté de pouvoirs extraordinaires. Cette BD de Higgins et Costa raconte les cas de conscience quand on est propulsé du jour au lendemain Superhéros. Et ce n’est pas que du bonheur !

« Radiant Black » (tome 1), Delcourt, 15,95 €

samedi 27 août 2022

BD - Enquête enflammée

Tout brûle. Des gigantesques incendies en France, des Landes à la Bretagne. De ces feux monstrueux comme il y en a depuis quelques années chaque été en Californie. Blacking Out, paru en 2020 aux USA, est un thriller dessiné où les forêts qui entourent Edendale, ville moyenne de 26826 habitants, flambent de plus belle pour le second été consécutif. Conrad, ancien flic local, viré pour alcoolisme, est de retour. Il a été embauché par un avocat désireux d’innocenter son client.

Un père de famille accusé d’avoir tué et brûlé Karen, sa fille adolescente. Et c’est en répandant de l’essence sur le corps qu’il aurait en plus cramé la moitié de la commune. Conrad, toujours alcoolique, va démontrer que l’enquête a été bâclée.

Il va trouver des preuves (ou plus exactement les fabriquer) contre le petit ami de Karen, également petite frappe redoutée de tous. Un polar très sombre, écrit par Chip Mosher et dessiné par Peter Krause au trait simple, obscur et d’une rare efficacité pour planter une ambiance.

Alors laissez-vous porter par les errances d’un Conrad entouré de flammes meurtrières ; vous ne serez pas déçu par la conclusion de ce récit encore plus noir que noir.

« Blacking Out », Delcourt, 14,95 €

vendredi 3 septembre 2021

BD - Klaus de l’Umbrella Adademy


Série de BD imaginée par Gabriel Bay et Gabriel Ba, Umbrella Academy est devenu un feuilleton télé à succès. Côté BD, des histoires indépendantes ont été proposées aux fans. Voici donc le 1er Conte de la Umbrella Academy avec pour vedette Klaus, l’enfant numéro 4, celui qui peut communiquer avec les morts. 

Le scénario est de Gerard Way et de Shaun Simon alors que le dessin est confié à Culbard, Gabriel Ba se contentant de la couverture. Klaus, adolescent turbulent et drogué, est renvoyé du pensionnat Hargreeves. Il échoue à Hollywood au service d’une vieille star qui tente de retrouver la gloire d’antan. Le tout sur fond de mafia et de vampires. Original et fidèle à la série d’origine.  

«Tu pues la mort», Delcourt, 15,95 €


mardi 20 juillet 2021

BD - Le Texas, royaume de la violence


Être shérif dans une petite ville du Texas n’est pas une sinécure. Joe Bob Coates, qui va sur ses 70 ans, est pourtant toujours fidèle au poste. Il sillonne les environs d’Ambrose tout en discutant au téléphone avec sa femme qui prépare le repas d’anniversaire.

Après avoir neutralisé un serpent à sonnettes, il découvre le cadavre d’un délinquant local. Abattu. Et méchamment mutilé. Une enquête de plus dans sa longue carrière. Imaginée par Chris Condom et dessinée par Jacobs Philips, cette histoire caniculaire et violente voit le retour à Ambrose de Travis, le frère du mort.

Binoclard brimé dans son enfance, il est passé par la case drogue et alcool. En quittant le Texas il a retrouvé un équilibre dans l’écriture. Mais, le romancier a-t-il assez de résilience pour affronter son passé ?

Plus qu’un simple polar, Texas Blood est une œuvre sociologique et psychologique d’une étonnante évidence. 

«Texas Blood» (tome 1), Delcourt, 14,50 €

lundi 17 mai 2021

BD - Tatouages magiques


La magie a besoin d’un support. Dans Marqués, série de comics de David Hine et Brian Haberlin, ce sont les tatouages. Les jeunes qui ont un potentiel, sont marqués d’un glyphe leur donnant un pouvoir particulier.

On découvre cette école particulière grâce à Saskia. Elle vient d’être marquée, mais a fait confiance à Liza, une Marquée dissidente. Liza qui doit fuir et offrir ses services au gouvernement qui voit dans les glyphes des armes redoutables. 

«Marqués» (tome 1), Delcourt, 15,95 €

dimanche 16 septembre 2018

BD - Samantha, traumatisée et hantée


Tous ceux qui ont apprécié Echo ou Strangers in Paradise de Terry Moore se délecteront de l’intégrale de Motor Girl publiée en noir et blanc. Parue en 2016, cette série entre réalisme, humour et science-fiction, confirme le ton unique de cet auteur complet chantre de l’auto-édition. L’héroïne, Samantha, est une ancienne marine. Elle tient une casse perdue en plein désert d’Arizona. Moins elle voit d’humains, mieux elle se porte. Ses journées, en plus de farfouiller dans les moteurs des épaves, elle les passe à dialoguer avec Mike. Mike est un gorille de plus de 2 mètres. Un vrai gorille. Il fume le cigare et aime rouler en Harley. 



Un premier élément fantastique dans un récit qui part vite dans tous les sens. Car Samantha voit arriver une soucoupe volante dans sa casse et recueille un petit extraterrestre répondant au nom de Bik. Ce long récit de 250 pages déroute le lecteur, l’interpelle. Vérité, fantasme, imagination ? Impossible d’avoir un avis tranché. Seule certitude, Samantha a beaucoup souffert quand elle était sous des drapeaux. Blessée dans des explosions, capturée, torturée durant de longs mois, les cicatrices sur son dos et son crâne sont indubitablement réelles. 
« Motor Girl », Delcourt, 19,99 €

dimanche 10 septembre 2017

BD - Arme ultime de destruction massive

À la fin de la guerre froide, les Soviétiques ont lancé des programmes ambitieux pour mettre au point des armes nouvelles, capables de leur donner un net avantage sur les Américains. De nos jours, un agent spécial, chargé des opérations secrètes d’élimination, s’est reconverti dans la police. Un shérif d’un tout petit village au fond d’une vallée isolée. Quand un randonneur arrive exténué de la forêt, c’est le branle-bas dans la communauté. Qui est-il ? D’où vient-il ? Quelles sont ses intentions ? 

Le lecteur, lui, est déboussolé. Surtout l’homme égaré est abattu après un interrogatoire sommaire. Sous des airs de polars de province, Kyle Higgins (scénario) et Stephen Mooney (dessin) signent le premier tome d’une ambitieuse et très originale série entre espionnage et politique fiction.

➤ « The dead Hand » (tome 1), Glénat, 14,95 €


vendredi 17 mars 2017

BD - L’enfant derrière les barreaux


Série écrite et dessinée par Run, « Mutafukaz », avant d’être bientôt adaptée au cinéma, se décline sous forme de comics mensuel. Dans « Puta Madre », Run imagine le passé d’un des personnages de la série, Jésus. Ce jeune latino de Los Angeles a 13 ans quand sa vie bascule. Condamné à 7 ans de réclusion, il passe de la case école à celle, moins glorieuse, de prison. Car aux USA, les enfants peuvent être condamnés et emprisonnés. La vie de Jésus est inspirée d’un véritable fait divers. 
Le premier fascicule de 32 pages, dessiné par Neyef, est paru en février, le second vient d’arriver la semaine dernière dans les bacs des librairies. On ne dira pas pourquoi Jésus est emprisonné. Sachez simplement qu’il est innocent et que d’enfant aimant il va se transformer en redoutable tueur. Réservée à un public averti, cette série a tout pour passionner les amateurs de films noirs américains, de séries télé transgressives et de faits divers sordides.
➤ « Puta Madre » (tomes 1 et 2), Ankama, 3,90 €