samedi 20 avril 2013

BD - Le Marsupilami retrouve son nid

Spirou a pris une nouvelle dimension quand Franquin lui a fait croiser le chemin du Marsupilami. Cette créature à la longue queue aux mille utilisations possibles apporte poésie et originalité à la série. Mais quand Franquin abandonne Spirou, il refuse de céder son animal fétiche. Le Spirou de Fournier et des successeurs devra se passer de la petite bête tachetée.
Le Marsupilami vit ses propres aventures dans sa nouvelle maison d'édition. Marsu Productions est basée à Monaco. Sur les premiers albums, Franquin ne dessine que sa créature, Batem tout le reste. Finalement le jeune apprenti reprend seul la série avec divers scénaristes. Marsu production engage également une réédition de l'ensemble des œuvres de Franquin dans des albums luxueux. Fin mars, les éditions Dupuis ont officiellement annoncé le rachat de Marsu Productions. « Le Marsupilami retrouve son nid » soulignent les spécialistes. Et par la même occasion la possibilité de rejoindre Spirou. Peut-être pas pour la série principale, mais probablement pour un des titres de la série « Spirou par... » Frank, excellent dessinateur animalier, travaille justement dessus...

BD - "La véritable histoire de Spirou" : Un pan de l'histoire européenne


Si Spirou a plusieurs papas, il n'a qu'un seul et unique propriétaire : Dupuis. Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernaut, historiens reconnus de la BD franco-belge, ont lancé le chantier de « La véritable histoire de Spirou » il y a quelques années. Un travail colossal dont la première partie, portant sur les années 1937 à 1941, dresse autant le portrait du groom rouge que la famille Dupuis. L'imprimeur belge de Marcinelle, dans la banlieue de Charleroi, pour faire fonctionner ses presses dans les années 30, multiplie les journaux. Moustique (humour) et Bonnes Soirées (famille) remportent un succès croissant. Mais Dupuis est absent du marché de la jeunesse très prometteur. Il décide d'éditer un hebdomadaire. En plus de quelques bandes dessinées américaines, il veut que le personnage principal soit une création propre. Il embauche, Rob-Vel, un dessinateur français, pour animer Spirou. Un groom rouge, espiègle et intrépide chargé de propager le bonne parole catholique.
Ce beau livre, richement illustré de fac similés de l'époque, dresse plus le portrait de cette famille d'entrepreneurs belges que du personnage vedette. Il est vrai que les histoires de Spirou, les premières années, sont peu consistantes. Par contre la vie du journal, animé par Jean Doisy, résistant très actif dans un pays où le rexisme, forme belge du fascisme, avait pris le pouvoir, est exemplaire des difficultés traversées par l'Europe.
Après une période d'interdiction, Spirou revient sous forme d'almanach avec un nouveau papa : Jijé. Et dans son sillage ce qui deviendra au fil des ans la fine fleur de la BD de l'école dite de Charleroi : Morris, Will et Franquin. A la libération Rob-Vel est oublié, Spirou est de retour avec un nouveau compagnon, Fantasio. Les bases sont placées par Jijé, la route est toute tracée par Franquin. Mais ce sera pour le prochain volume de cette « Véritable histoire de Spirou ».
« La véritable histoire de Spirou », Dupuis, 55 € 

BD - Mère végétale dans le tome 2 de Furya


Le premier tome de Furya se déroule en Amazonie, quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale. Eva vit recluse dans un sous-marin de l'armée allemande en compagnie de son père. La petite fille, devenue adulte, va découvrir les rites indiens. 

Et devenir par la magie noire Furya, celle qui « mange les âmes », créature mi-animale mi-végétale. Dans ce second tome, Furya est réveillée de son hibernation aquatique par des chercheurs de trésor. Elle les massacre mais épargne un bébé. Une fillette qu'elle va élever sur le bateau dérivant sur l'Atlantique. 

La suite du récit écrit par Fonteneau et dessiné par Simonacci se déroule aux Balkans, dans les années 90, quand les poussières de l'ancienne Yougoslavie s'affrontent sauvagement. Le cadre change, la violence est toujours la même.

« Furya » (tome 2), Glénat, 13,60 euros 

lundi 15 avril 2013

BD - Tous les visages de Spirou

Rob-Vel
est le créateur de Spirou. Dessinateur français, embauché par Dupuis pour animer le journal qu'il venait de créer, Spirou devait incarner cette jeunesse espiègle et débrouillarde. Son métier lui permet de croiser quantité de personnes. Problème, le décor, le Moustic Hôtel, est trop réducteur.


Jijé, touche-à-tout et stakhanoviste de la planche à dessin reprend les destinées du personnage vedette de la revue à la faveur de la guerre. Premier ajout d'importance le personnage de Fantasio. Spirou, trop sérieux, se retrouve en duo avec un farfelu permettant de multiplier les situations cocasses. Les histoires sont courtes et résolument comiques.


Franquin
hérite de Spirou par défaut. Jijé, part aux USA avec l'espoir d'être embauché dans les studios Disney. Le jeune apprenti prend le relais en pleine histoire. Il lui faudra quelques années pour s'accaparer cet univers. Rapidement il lancera son héros dans des histoires plus longues, avec plus d'aventure, des intrigues complexes et des voyages. C'est l'âge d'or du personnage, avec l'arrivée du comte de Champignac, du Marsupilami de Zorglub ou de Zantafio.

Fournier est « désigné » pour succéder à Franquin, dépressif et accaparé par Gaston. Le jeune dessinateur breton imagine un Spirou plus impliqué dans le monde actuel. Son trait se bonifie rapidement. Problème : Franquin a refusé de céder le Marsupilami. Fournier est écarté après des albums jugés trop « politiques ». Trop à gauche et tiers-mondistes pour les héritiers Dupuis...

Nic, avec Cauvin au scénario, assure un court intérim. Dessin sommaire, histoires creuses, c'est une période (seulement trois albums) que les fans préfèrent oublier.


Tome et Janry,
reviennent aux sources. Ils admirent Franquin, son dessin, ses ambiances. Spirou repart sur de bonnes bases. La meilleure reprise pour beaucoup, la plus longue aussi. Mais comme Franquin, le duo va se désintéresser du héros principal pour les gags du Petit Spirou. Tout le monde croit à la fin de l'aventure après « Machine qui rêve », histoire où Spirou, devenu adulte, est dessiné de façon réaliste.

Morvan et Munuera vont relever le défi. Remettre Spirou au goût du jour. Le changement est radical. Un peu trop. En lorgnant vers la science-fiction la série perd des fans et n'en gagne pas assez...

Yoann et Vehlmann ont hérité depuis 2010 des destinées du groom le plus célèbre du monde de la bande dessinée. Ils ont trois albums à leur actif dont un, très sombre, se déroulant sur la Lune. 

  

dimanche 14 avril 2013

BD - Spirou : septante-cinq ans de groomeries

Spirou, personnage de bande dessinée et journal pour la jeunesse, fête en ce mois d'avril ses 75 ans. Gros plan sur le groom rouge.

Qu'est-ce qui est rouge, qui monte et qui descend ? Un groom dans un ascenseur. Quel est le groom rouge le plus célèbre au monde ? Spirou, pour toujours.
Personnage de bande dessinée lancé dans les pages de l'hebdomadaire éponyme en avril 1938, Spirou n'a quasiment pas cessé de vivre des aventures, dans la revue puis en albums. Une longévité due à ses propriétaires. Contrairement à Tintin, création d'Hergé qui ne lui aura pas survécu, Spirou, simple groom au Moustic Hôtel, est attaché aux éditions Dupuis. L'éditeur a toute latitude pour confier les rênes de la série au dessinateur de son choix. Si Spirou doit beaucoup de son succès planétaire au talent de Franquin, il a survécu quand le créateur de Gaston a jeté l'éponge. Un second âge d'or a même vu le jour avec l'arrivée de Tome et Janry aux manettes.
Aujourd'hui, les destinées de Spirou et Fantasio sont confiées à Vehlmann (scénario) et Yoann (dessin). Mais à côté de la série mère, plusieurs déclinaisons amplifient ce phénomène éditorial. D'abord le Petit Spirou, rejeton de Tome et Janry, continue d'amuser des millions de grands enfants dans des gags pleins de sous-entendus scabreux. Mais surtout Spirou, tel un monument national, est désormais revisité par des auteurs confirmés pour qu'ils donnent leur version du célèbre groom. Des albums en dehors du décompte, aux univers très diversifiés. C'est comme ça que Vehlmann a mis le pied à l'étrier. La plus belle réussite dans le genre est à mettre à l'actif d'Emile Bravo avec « Le journal d'un ingénu », sorte de jeunesse de Spirou à la sauce Jijé.

Pour ces 75 ans, les éditions Dupuis ont décidé de voir grand. Nouveauté en janvier : « Dans les griffes de la Vipère », réédition des histoires courtes introuvables de Rob-Vel ou du Spirou d'Yves Chaland, recueil de 200 hommages par les auteurs d'aujourd'hui dans « La galerie des illustres », expositions et tournée en Europe (étape à Montpellier en juillet). Sans oublier la clé de voute à cette incroyable saga éditoriale : Spirou, l'hebdomadaire découvreur de talents depuis quatre générations, encore diffusé à 60 000 exemplaires et dont une version numérique, « Spirou Z » sera lancée ce 23 avril, le jour anniversaire.
A 75 ans, Spirou n'a pas pris une ride. Et il a encore de beaux jours devant lui, l'univers de la série s'enrichissant à chaque reprise. Comme le bon vin, il se bonifie au fil des ans, des arômes nouveaux s'ajoutent aux anciens.
Dossier paru dans l'Indépendant le 6 aril 2013.
Demain : tous les visages de Spirou

samedi 13 avril 2013

Billet - Plongée dans le passé avec un profil Facebook sur la Grande Guerre


Les historiens ne vont pas forcément apprécier, mais l'initiative a l'avantage de permettre à un nouveau public de s'intéresser à cette matière. Le Musée de la Grande Guerre, associé à une agence de communication, raconte sur Facebook le quotidien d'un poilu. Léon Vivien, instituteur à Paris, débute son profil en juin 1914 par l'annonce de l'assassinat de François Ferdinand, archiduc d'Autriche. Ensuite son « journal » reprend les informations du quotidien, jusqu'à l'attentat contre Jaurès. On sent une gradation dans les commentaires. La mobilisation, l'attaque des Allemands : au début, il vit la guerre par procuration en recevant des nouvelles d'un ami, Jules. Un jeune médecin rapidement fauché par un éclat d'obus. Le conflit s'avère finalement plus long que prévu. Quelques jours après l'annonce à ses amis de la grossesse de son épouse Madeleine, Léon reçoit son ordre de mobilisation. On s'imprègne alors du quotidien du Poilu en formation, avec la publication de manuels et photos tirées des riches archives du Musée de la Grande Guerre. Et le 10 avril 1915, Léon Vivien annonce son départ pour le front. 
Cette façon de raconter la guerre 14/18 a remporté un immense succès sur le réseau social. En moins d'une semaine, le profil de Léon Vivien a récolté plus de 22 000 « fans ». Même avec 98 ans de décalage, relater la guerre à la première personne et au présent rend toute l'horreur de cette abominable boucherie. L'impact n'en est que plus fort.   

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.

vendredi 12 avril 2013

Billet - Fortune virtuelle en BD ou bitcoins

Déclarer son patrimoine ? D'accord, mais il existe des moyens pour dissimuler sa fortune. Entre l'or et les liasses de billets cachées sous le matelas de grand-mère, une bonne partie de notre richesse peut être occultée.
Laurent Wauquiez, par exemple, a trouvé d'autres valeurs refuges. Il déclare être propriétaire d'un appartement à Paris et d'une maison au Puy-en-Velay. Il oublie sa collection de BD. Dans une interview au site ActuaBD.com en 2010, il confie : « Il est rare qu’il se passe une semaine sans que j’aille dans mon magasin de BD acheter dix à vingt albums. ». Sortons la calculette. En moyenne, il achète donc 15 albums par semaine, soit 780 par an. S'il a cette habitude depuis 15 ans (il en a 38),  sa bibliothèque compte 11700 BD. Quand on sait que la valeur moyenne équivaut à 12 euros, sa collection représente un capital de 140 400 euros. Loin d'être négligeable... 
Encore plus juteux, le placement en bitcoins. Cette monnaie virtuelle imaginée par des informaticiens se veut totalement autonome des marchés financiers et des états. En 2010, un programmateur italien achète une pizza pour 10 000 bitcoins. Soit environ 41 dollars. Depuis quelques semaines ce moyen de paiement théorique a vu sa cote exploser. Aujourd'hui, la même pizza, en argent sonnant et trébuchant, dépasse le million d'euros.
Reste à savoir si un seul ministre, assez visionnaire, a investi ses indemnités en bitcoins. S'il existe, qu'on lui donne immédiatement le ministère des Finances ! La dette de la France sera effacée en deux mois.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant. 

jeudi 11 avril 2013

Billet - Trois scénarios catastrophes d'une fin du monde exemplaire

Il y a quelques mois, tout le monde ricanait grassement en glosant sur la fin du monde. Le summum de cette tartufferie avait pour cadre le petit village de Bugarach (photo Th. Meynier). Aujourd'hui, le monde tourne toujours. Mais les risques d'apocalypse demeurent d'actualité. Entre les rodomontades du dictateur nord-coréen et la désagrégation de l'État français après l'affaire Cahuzac, rien ne va plus.
Sur internet les théoriciens du « mondus interrompus » ne manquent pas d'imagination pour nous faire paniquer. Dernier prophète en vogue, Nick Bostrom, philosophe à Oxford. Très sérieusement, il émet les trois hypothèses les plus probables susceptibles de sonner le glas de l'Humanité.
Premier risque : l'hiver nucléaire. L'explosion de plusieurs bombes atomiques entraîne la formation d'un nuage opaque et filtre les rayons du soleil. Les températures chutent, les derniers humains n'y survivent pas. Autre possibilité, la guerre bactériologique. L'épidémie d'un virus élaboré par l'homme se propage à toute vitesse, plus rapide que la mise en place d'un vaccin. Enfin l'humain risque d'être supplanté par une intelligence artificielle devenue autonome. Dans tous les cas, le philosophe fait remarquer que cette apocalypse découle directement du savoir des hommes. En clair, nous sommes toujours des animaux, dépassés par nos inventions.
Une réflexion brillante mais un oubli essentiel : l'invasion des zombies. Si l'on en croit internet, ils restent le danger numéro 1...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.

mercredi 10 avril 2013

Billet - Familles hétéroclites

Le débat sur le mariage pour tous au Sénat donne une nouvelle occasion aux opposants de mettre en avant leur célèbre slogan « un papa, une maman : on ne ment pas aux enfants ». Beaucoup moqué sur Twitter depuis un happening un peu risible (pour ne pas être plus méchant...), cette apologie d'une « famille normale » cache en fait bien des différences. Pour s'en persuader, il suffit de parcourir un site américain et son répertoire de photos de famille excentriques. Franchement, côté traumatisme, des couples hétéros bien sous tous rapports peuvent parfois faire beaucoup de dégâts dans leur entourage.  
Que penser de ce père de famille grassouillet, posant avec son bébé dans les bras, simplement vêtus, chacun, d'une couche culotte. La maman, derrière, arbore une tunique d'ange... Cette fillette est très contente de poser contre son papa... et de sa tronçonneuse brandie telle une arme. Un homme est tellement fier des trois femmes de sa vie qu'il s'est fait tatouer dans le dos les visages de son épouse et de ses deux filles.  La photo la plus inquiétante : le couple pose avec sa fillette et une marionnette de ventriloque comme si l'assemblage de bois et de tissus faisait partie du foyer au même titre qu'une personne de chair et d'os. 
En fait, il n'existe pas de famille normale. On est obligatoirement excentrique dans le regard des « autres ». Leur norme n'est pas la nôtre.  Et inversement.  Mais le remède est tout bête : la tolérance.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mercredi en dernière page de l'Indépendant.

Littérature - Souvenirs d'écrivains avec Alain Rémond et Umberto Eco

Alain Rémond et Umberto Eco écrivent sur leur jeunesse. Avant d'être écrivain pour l'un, en le devenant pour l'autre.

Utiliser le « je » pour un romancier peut être une figure de style. Dans ces deux livres, « Tout ce qui reste de nos vies », un récit signé Alain Rémond et « Confessions d'un jeune romancier », des conférences sur la littérature d'Umberto Eco, le « je » est réel, omniprésent. Mais ils sont détournés. Alain Rémond l'utilise pour parler de son père. Umberto Eco à travers sa propre expérience parle des grands écrivains qui l'ont marqué, inspiré et passionné.

Un jour, au cours d'une promenade en campagne, Alain Rémond pour échapper à l'averse se réfugie sous un hangar en ruine. Il découvre des montagnes de papiers abandonnés aux quatre vents : courriers personnels, factures, bulletins de paye, relevés de compte bancaire. Toutes les traces de plusieurs vies, une histoire familiale vouée à disparaître lentement, inexorablement. Cette relation avec l'écrit, le papier, les traces, Alain Rémond la raconte avec une grande pudeur dans ce récit. Il explique au lecteur que lui aussi, a quelques papiers précieux au fond de ses tiroirs. Des vestiges. Notamment une lettre de son père. Son père ne lui a jamais écrit. Les quelques lignes étaient destinés une des tantes du journaliste chroniqueur. Il regarde régulièrement les pattes de mouche, ultimes traces du père, mort trop tôt, sans avoir eu le temps de parler à ses enfants.
Comme pour conjurer le sort, Alain Rémond, dans son métier, a une relation quasiment charnelle avec le papier. Il explique comment il est incapable d'écrire directement sur un ordinateur. « Telle est ma vie, ainsi va ma vie, s'écrivant, se déchiffrant sur une feuille de papier. » Et il est envahi. Mais ne sait pas jeter, « faire de la place ». « Tous ces mots écrits à la main, toutes ces feuilles noircies de mon écriture, c'est comme mon propre sang. J'aurais l'impression de me mutiler. J'aurais l'impression de commettre un crime. J'aurais l'impression de commettre un sacrilège. » Alain Rémond est un homme de l'écrit. C'est sa religion. Sa prose, belle et sensible, lui attire nombre de fidèles.

L'alchimie de l'écriture

Pour Umberto Eco, la littérature est une découverte tardive. Dans ces « Confessions d'un jeune romancier », il raconte comment son chef-d'œuvre, « Le nom de la rose », a vu le jour. Simple universitaire à l'époque, un ami lui demande d'écrire une nouvelle policière. Par esprit de contradiction il refuse et fanfaronne : « si je devais écrire une histoire d'enquête criminelle, ce serait un roman d'au moins cinq cents pages qui se passerait dans un monastère médiéval ». Au delà de l'anecdote, le romancier italien dévoile quelques-uns de ses « trucs » pour bâtir une intrigue, imaginer des personnages... écrire, tout simplement. Avec une espièglerie étonnante pour un octogénaire, il se dévoile en expliquant certains de ses « doubles codages », essentiels pour lui, parfois invisibles pour le lecteur. Enfin saluons la dernière partie du livre sur les listes. Une pratique littéraire un peu tombée en désuétude mais d'une force étonnante quand elle est maîtrisée comme dans les œuvres de Rabelais ou Joyce.
Michel Litout
« Tout ce qui reste de nos vies », Alain Rémond, Seuil, 14,50 €
« Confessions d'un jeune romancier », Umberto Eco, Grasset, 17 € (Disponible en format poche au Livre de Poche)