mardi 9 juin 2020

BD - Failles américaines





Depuis un peu plus d’une semaine, les USA voient des milliers de personnes manifester contre les violences policières. La violence est dans la rue, les pillages devenus la conséquence de la mort d’un homme noir asphyxié par des policiers blancs. Ce pays où les habitants sont aussi prompts à dégainer la Bible que les fusils automatiques, on le comprend mieux en lisant ces deux albums de BD. Le premier, de Nury et Brüno, racontent le destin tragique de l’homme qui a tué un héros de la guerre, le meilleur sniper de l’armée américaine. 

Le second, autofiction anthropomorphe de Jason Sturm raconte les difficultés économiques d’une partie de la nation traumatisée par l’élection de Trump. Deux visions froides et réalistes d’une situation qui n’annonce pas de beaux jours pur la première puissance mondiale. 

Chris Kyle est un héros américain. Sniper dans l’armée, durant ses quatre séjours en Irak, il a abattu plus de 250 « sauvages », comme il les qualifie. De retour la vie civile, il crée une société de surveillance privée, écrit un best-seller et aide des militaires en difficultés. Sa solution : se détendre sur un stand de tir. C’est là qu’il sera abattu par Eddie Ray Routh, alcoolique, drogué, ancien marine qui n’a jamais combattu mais vu plus de cadavres que Chris quand il est allé en Haïti enterré les milliers de victimes d’un tremblement de terre. 160 pages d’un véritablement documentaire dessiné, sans parti pris. 


À l’opposé, Jason Sturm se raconte à la première personne dans « Hors-saison ». Il raconte comment son couple s’est délité, comment il accepte les petits boulots de construction pour survivre, comment il est dur de rester digne quand tout s’écroule autour de soi. Ce projet a véritablement été lancé après l’élection de Trump. La femme de Jason, fervent soutien d’Hillary Clinton, est tombée dans une grave dépression après la défaite de la Démocrate. On comprend avec ce récit combien le pays est divisé par l’arrivée au pouvoir de ce milliardaire dans lequel tant d’Américains aiment à se reconnaître. Guerre, élections, tweets, prières : toute l’Amérique contemporaine, si inquiétante, est résumée dans ces deux albums de BD essentiels.

« L’homme qui tua Chris Kyle », Dargaud, 22,50 €

« Hors-saison », Delcourt, 24,95 €


lundi 8 juin 2020

Ce chat audois fait un sacré Tapage


Les chats sont-ils plus dévergondés et vindicatifs dans l’Aude ? On pourrait se poser la question en découvrant ce recueil de dessins d’humour signé Notto, auteur vivant dans l’Aude et qui a transformé quelques particularités (parfois irritantes) des chats en gags qui pourraient se transformer en millions de vues sur le net (normal, il y a des chats…). 

Selon l’auteur, qui distille ses jeux de mots dans l’almanach Vermot, tout est la faute à une tablette graphique. Il a testé l’engin d’un ami, s’en est achetée une et pour s’entraîner à dessiner des chats. Après plus de 100 gags, il a converti le tout en album. Attention, les chats de Notto sont gros, parfois méchants, affamés et rarement aimables. 

On penserait qu’il s’agit de caricatures, mais c’est presque un reportage hyper réaliste sur la vie et les mœurs de ces animaux qui, contrairement aux chiens qui ont accepté d’être domestiqués par les Humains, ont fait le choix inverse en transformant les Humains en dociles pourvoyeurs de croquettes et de câlins. 

« Chacun chat place » de Notto, Editions Tapage, 10 € (en vente à la librairie à Montolieu ou sur editions-tapage.fr


dimanche 7 juin 2020

Roman - L’iguane idoine

 

Depuis toujours, quand plus rien ne va dans notre vie, on se focalise sur un fait ou un objet pour y faire un transfert salutaire. Cela permet souvent de repartir d’un bon pied après avoir ramené la réalité à ce qu’elle est véritablement : peu de choses. Paul, le personnage principal et narrateur du roman de Michaël Uras est en pleine quarantaine rugissante. Plus rien ne va. Boulot, femme, enfant, voisins… Même son chien, un énorme bouvier l’insupporte. Alors pour trouver une échappatoire à son mal de vivre il se trouve un rêve inaccessible. Ce sera l’iguane de Mona qui donne son titre à ce roman entre farce macabre et petit traité de renaissance positive. 

Sous une pluie battante, Paul, après avoir conduit son fils Milan au collège et souhaité une bonne journée à son épouse Kate, professeur de littérature à l’université, décide de ne pas aller travailler. 

Immobile au soleil

Il voudrait, comme l’iguane endémique de cette minuscule île aride perdue dans la mer des Caraïbes au large de Porto-Rico, passer ses journées à se dorer au soleil, immobile, imperturbable, inutile aussi. Mais au contraire, il doit subir cette pluie incessante, en subir les conséquences. « Mon pull était lourd de toute l’humidité accumulée durant la journée. Il collait à ma peau A ma peur aussi. Peur d’affronter la réalité. » Comment s’en sortir ? 


Après l’acte fondateur de la prise de conscience de Paul, ne pas aller travailler, il revient sur terre et préfère aller consulter son dentiste pour obtenir un arrêt de travail. Un dentiste qui va jouer un rôle essentiel dans la suite du récit, comme s’il avait tout compris des problèmes de Paul. Après coup, le narrateur se demandera même, « Lit-on dans une bouche comme on lit dans les lignes de la main ? » Peut-être que le soignant a repéré au fond d’une carie une écaille d’iguane ou le traumatisme de l’enfance de Paul : « Je détestais la fin des choses comme je détestais quand maman me laissait chez la gardienne. Je redoutais qu’elle ne revienne jamais. D’ailleurs, un jour, elle ne revint pas. »

Ce roman d’une vie qui déraille permet à Michaël Uras de dresser un portrait au vitriol de notre société contemporaine écartelée entre un individualisme forcené et l’intrusion des nouvelles technologies dans nos vies. On aime détester le voisin, réglé au millimètre, abject et repoussant, mais idiot nécessaire pour nous pousser à être un peu mieux que lui. Et que les amateurs d’exotisme, l’île de Mona et ses fameux iguanes existe. Mieux, Paul va aller y faire un petit tour.  

"L'iguane de Mona", Michael Uras, Préludes

samedi 6 juin 2020

Humour – La vraie vie selon Louison

Durant deux mois, bloqués entre les quatre murs de son domicile, l’évasion sur les réseaux sociaux a parfois sauvé quelques âmes perdues. Louison, dessinatrice de presse notamment dans la revue Gazia, avant le confinement, a sorti ce petit livre hilarant pour dénoncer nos travers numériques. 

Elle a imaginé comment des clichés frisant la perfection, notamment sur Instagram, se transformaient en bouse risible pour l’abonnée de base. Quand une certaine @fam-fatal publie des photos de ses talons aiguilles à semelles rouges, Louison dans la vraie vie dessine des pieds quelconques dans de pratiques mais peu seyantes sandales ouvertes allemandes. 

On apprécie particulièrement les passages avec un nouveau-né, la réalité étant toujours très éloignée des scènes si mignonnes que l’on prétend vivre entre couches, biberons, pleurs et vomis… 

"Pile ou Fake", Louison, Marabulles 

vendredi 5 juin 2020

Cinéma - Le film d’animation d’Aurel sur Josep Bartoli sélectionné au Festival de Cannes 2020



Présenté en avant-première au Mémorial du camp de Rivesaltes en janvier dernier, le film d’animation Josep d’Aurel fait partie de la cinquantaine d’œuvres retenues dans la sélection officielle de Cannes 2020 dévoilée mercredi soir par Thierry Frémaux, délégué généra du Festival. Josep, financé en partie par la Région et distribué par Sophie Dulac (aucune date de sortie n’est encore arrêtée) revient sur le passage dans les camps des Pyrénées-Orientales du dessinateur Josep Bartoli. 

Un projet imaginé il y a 10 ans par le montpelliérain Aurel après avoir « reçu une claque » à la lecture du livre de Georges Bartoli sur la destinée incroyable de Josep. Sans le Coronavirus et l’annulation du Festival, l’équipe du film aurait certainement gravi les marches du Palais, offrant ainsi un superbe éclairage sur le travail de dessinateur d’un artiste témoin de son temps.

jeudi 4 juin 2020

BD - Une uchronie coluchienne



Nés à Perpignan dans les années 70, les frères Erre occupent depuis une décennie une place importante dans le monde de l’humour et de la dérision. Le plus âgé, Jean-Marcel, a débuté comme romancier. Son cadet de deux ans, Fabrice, tout en enseignant dans divers établissements de la région, a profité de son bon coup de crayon pour multiplier les créations graphiques. Deux Erre (un prof de math tenterait certainement la mauvaise blague de l’Erre au carré), mais un seul album de BD Coluche président (paru hier) pour une première collaboration familiale. Car chacun avait mené son chemin créatif de son côté. 

La véritable élection

Il faut donc cette année 2020 pour qu’ils unissent leurs talents et nous fassent bien rire. Ils ont mis le temps car chacun a débuté en 2006, Démonax, première BD de Fabrice et Prenez soin du chien, premier roman de Jean-Marcel. Cette convergence humoristique est mise au service d’un rigolo de première : Coluche. Jean-Marcel a écrit le scénario et Fabrice dessiné ces histoires complètes autour de la présidence de Coluche. Pas la candidature, la présidence. 



Les deux frères, amateurs de science-fiction et plus particulièrement d’uchronie, affirment dans cet album que Coluche a été candidat jusqu’au bout et l’a emporté haut la main. Personne ne s’en souvient car le Service 444, branche des services secrets chargés de la « réécriture du réel » a mis au point un système « d’hypnose de masse par la télévision ». Alors en historiens de la vérité, ils racontent ce qu’il s’est véritablement passé entre le 10 mai 1981 et le 10 mai 1982. Le dimanche soir à la télévision, sous les yeux ébahis des commentateurs politiques, la photo du vainqueur se dévoile petit à petit. Surprise, il a une plume dans le cul ! Coluche a donc balayé Giscard et prend possession de l’Élysée. Bien décidé à s’attaquer aux problèmes de fond, il décrète en priorité l’instauration d’un « apéro général ».  Première décision et première difficulté car cette décision unilatérale ne plaît pas aux terroristes de l’extrême-centre n’hésitant pas à perturber la tournée générale en scandant ces slogans radicaux : « L’apéro, c’est vulgoss » ou « Tu t’es vu quand t’as bu ! ».

Avec une imagination débordante, mais finalement assez fidèle à ce qu’aurait pu faire Coluche s’il était allé au bout de son projet, on assiste à un conseil des ministres orgiaque où le ministre de l’Intérieur prend son titre au pied de la lettre avec la ministre de la Culture (ou de l’Agriculture, elle ne sait pas exactement). On apprécie aussi au passage la référence à l’An 01 de Gébé. Ce concept imaginé en 1968 dans une BD et un film est mis en pratique par un Coluche aux pleins pouvoirs. Donc, durant quelques jours en France, « On arrête tout et on réfléchit ». Si la première partie est facile à réaliser, la seconde cause beaucoup plus de problème pour quelques corps constitués comme l’armée ou les syndicats…

La satire est violente, les religions ne sont pas épargnées. Mais finalement Fabrice et Jean-Marcel Erre ne donnent pas cher de la présidence de Coluche. Un an pile après son accession à la présidence, il démissionne. La France redevient la nation que l’on connaît actuellement, râleuse en surface, soumise en profondeur. La séquence confinement en est la preuve ultime. Coluche, l’homme à la moto, aurait bien été utile pour nous remettre les yeux en face des trous.

« Coluche président », Fluide Glacial, 12,90 €


Cinéma - Sept courts-métrages tournés en Occitanie à découvrir sur le net



L’initiative arrive un peu tard (pendant le confinement, les spectateurs avaient plus de temps disponible), mais elle est à saluer. France 3 Occitanie propose sur son site une sélection de sept courts-métrages sélectionnés par ses équipes en collaboration avec Occitanie films. Une sélection très éclectique, du film politique à la comédie en passant par l’aventure ou le quasi documentaire sur l’école de cirque de Toulouse. 

Parmi cette sélection « Majorité opprimée » d’Éléonore Pourriat a été entièrement tourné à Perpignan. Une parabole politique racontant la journée d’un homme victime du sexisme ordinaire dans un monde régi par les femmes. Enfin on découvre dans « Joyeux Noël Noël » de Xavier Franchomme, Cali en comédien. Un de ses premiers rôles au cinéma.

De choses et d’autres - La science de l’indécision



Ma grande foi dans la science vient d’en prendre un sacré coup. A se demander si tous ces chercheurs en infectiologie et autres sommités médicales n’étaient pas en fait de simples suppôts des créationnistes. Leur tactique pour tromper le peuple est simple : on dit blanc, puis noir, puis blanc pour finalement se mettre d’accord pour valider gris. La faute au docteur Raoult et sa pilule du bonheur, la chloroquine. 

La semaine dernière, une étude publiée par la prestigieuse revue The Lancet, démontrait que ce médicament ne servait pas à grand-chose dans le combat contre le covid-19. Immédiatement, la France décidait d’arrêter les essais. Et certains qui étaient pro-Raoult, mangeaient leur chapeau. Comme Ségolène Royal qui effaçait tous ses tweets réclamant au gouvernement de mieux distribuer la chloroquine.

Seul Raoult s’élevait contre une étude qu’il jugeait de « foireuse ». La chloroquine, jugée miraculeuse au début de la pandémie, puis dangereuse dans certains pays, semblait définitivement mise au banc des accusés. 

Jusqu’à hier... The Lancet émettait un « expression of concern » (de sérieuses réserves) à propos de cette étude qu’il a pourtant publié. En clair, le journal scientifique était beaucoup moins certain de la pertinence des résultats. Raoult en a profité pour s’offrir une petite vengeance en traitant The Lancet de « Pieds Nickelés ». 

Bref, on ne sait toujours pas si la chloroquine guérit du coronavirus. Et comme c’est parti, le virus aura complètement disparu de la surface de la planète sans qu’on n’ait de réponse claire et définitive. 

Quant à Ségolène Royal, elle cherche désespérément à réactiver les tweets quelle a placés dans sa poubelle numérique. 

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 4 juin

mercredi 3 juin 2020

Série télé. Dans l’espace, personne ne vous entendra rire



Toujours à la pointe de l’actualité, Netflix propose depuis cette semaine une comédie sur l’espace. Exactement, cette série de 10 épisodes de 30 minutes s’attaque à la guerre dans l’espace. Dans un futur à peine caricaturé par Steve Carell et Greg Daniels, les créateurs de Space Force, le président des États-Unis, un matin au réveil, tweete que les USA installeront une colonie sur la Lune en 2024. Un projet mené par la toute nouvelle Space Force, jeune branche de l’armée, moins dotée que ses sœurs aînées et dirigée par le général Naird (Steve Carell). 

Ce dernier, après une carrière exemplaire, était persuadé de récupérer le commandement de l’US Air Force. Grosse déprime pour Naird de se retrouver à la tête d’une toute petite armée, composée d’adolescents et de scientifiques, cachés au fond du Colorado pour cause de secret-défense. Il n’a qu’un pouvoir très limité face au docteur Mallory (John Malkovich), éminent scientifique qui se désespère de la bêtise de son supérieur. 

Tout l’attrait de la série réside dans l’opposition (et parfois la complémentarité) entre ces deux caractères opposés. Naird essaie d’adapter ses recettes de militaire expérimenté pour mener à bien sa mission. Mais comme lui explique avec un calme olympien Mallory, conquérir la Lune est plus complexe que de bombarder l’Irak. 

Manquant parfois de rythme, Space Force est pourtant excellent quand il s’agit de se moquer d’une présidence US qui fonctionne uniquement sur la communication. 

D’ailleurs, le 3e homme le plus important de la Space Force est son community manager, jeune, inculte et menteur. Mais essentiel pour obtenir l’accord du président. 


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mardi 2 juin 2020

BD - Un album dessiné en direct sur le net



Le dessinateur chinois Jung-Gi Kim est un grand habitué des prestations publiques au cours desquelles il dessine des heures avec une maestria éblouissante et une rapidité stupéfiante sur d’immenses toiles blanches.

À partir du 3 juin, il se lance un nouveau type de défi : dessiner en direct sur Facebook et Youtube le deuxième album de la série SpyGames scénarisée par Jean-David Morvan, qui sera également présent lors de certaines prestations live dont la première aujourd’hui.

Pendant 16 semaines, tous les mercredis et jeudis à partir de 10 heures en France, suivez le processus créatif de cet artiste hors du commun pendant des sessions de 3 à 4 heures. Chacune de ces sessions verra naître une planche entièrement finalisée. L’occasion de se laisser ébahir, mais aussi d’échanger avec Jung-Gi Kim grâce à une interprète présente, en attendant la sortie du nouveau tome de cette sensationnelle série d’action et d’espionnage, à paraître en janvier 2021 aux éditions Glénat.