lundi 19 novembre 2012

BD - Jacobs, le dessinateur à voix



Alors que vient de sortir un nouveau « Blake et Mortimer », Rodolphe et Alloing signent une biographie passionnante et exhaustive de la vie et l'œuvre de Edgar P. Jacobs. Surdoué du dessin, il a pourtant durant de longues années vécu essentiellement de sa voix. Un baryton de talent, enchaînant les rôles à Bruxelles et Lille. Mais tout en dessinant, presque pour le plaisir, décors ou costumes. 
Durant l'occupation il met son crayon au service de l'hebdomadaire Bravo. Il lance « Le Rayon U », le baryton se tait définitivement, un des piliers de la BD franco-belge prend ses marques. En 1946, pour le lancement de l'hebdomadaire Tintin, il créé Blake et Mortimer... Mais il n'est pas que question de travail dans cet album. Amitié et amour sont aussi présents, Jacobs étant fidèle dans les deux cas.
« La marque Jacobs », Delcourt, 15 €, parution le 14 novembre


dimanche 18 novembre 2012

Billet - Quand l'ADN est au service de la haine


Redoutable ADN. Son analyse permet de résoudre des affaires criminelles très anciennes. Exemple avec l’arrestation hier à Nice d’un gendarme, convaincu du meurtre d’une étudiante en 1995 à Lille. Les enquêteurs ont remonté la piste grâce à l’analyse d’un poil pubien retrouvé dans une baignoire.

La technique n’apparaît cependant pas infaillible. Au Soudan, en 2007, Wael est suspecté du meurtre de Wasel. Les enquêteurs sont certains de sa culpabilité. Mais incapables de la prouver. Ils ne trouvent qu’une seule trace d’ADN sur la victime. La sienne. Qui s’avère être aussi celle de Wael : ils sont jumeaux. L’acquittement vient d’être prononcé. Une page Facebook en hommage à Wasel a même été créée... par Wael. Encore plus compliqué que « Faux-semblants», le film de David Cronenberg (photo ci-dessus).
L’analyse ADN est à la portée de tous. Moyennant finances. Quantité de sociétés sur le net vous assurent une analyse en toute «confidentialité». Car le marché le plus porteur concerne surtout des maris pris de doute. Contre quelques centaines d’euros et deux prélèvements ADN, vous obtiendrez un test de paternité incontestable. Mieux, une société propose un «test d’infidélité». Il faut se transformer en détective: la société analyse «les profils ADN contenus dans un élément suspect (sous-vêtement, préservatif, chemise, mouchoir etc.)» Même les cocus peuvent se prendre pour des Experts... Mais que c’est glauque quand l’ADN se transforme en haine!

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue samedi en dernière page de l'Indépendant

samedi 17 novembre 2012

BD - Playmate sanglante dans "Miss Octobre" de Desberg et Queireix


Stephen Desberg
, scénariste prolifique (IRS, Scorpion, Empire USA), est né à Bruxelles, mais d'un père américain. Pas étonnant donc si une majorité de ses créations se déroulent outre-Atlantique. « Miss Octobre » est un polar ayant pour cadre la Californie du début des années 60. Un tueur en série s'inspire de la revue Playboy. Chaque mois, il assassine une jeune femme et réalise des photos d'elle, dénudée... et morte. 
Sur cette intrigue se greffent trois personnages : Viktor, sourde et voleuse, Clegg, flic à l'ancienne, chargé de l'enquête sur le tueur, Ariel, jeune policier ambitieux, sur la piste de Viktor. Le tout est dessiné par Queireix au dessin réaliste, efficace et précis.
« Miss Octobre » (tome1), Le Lombard, 9,99 €


jeudi 15 novembre 2012

Billet - Marions-nous sur Facebook !

Dans sa quête de suprématie totale et absolue sur internet, Facebook ne cesse de rajouter des fonctionnalités. Dernier gadget en date : si vous êtes en couple, vous pouvez créer une page commune avec votre moitié. Encore faut-il se méfier. Comme le souligne une abonnée de Twitter : « Facebook : le seul endroit où tu peux être marié à ton/ta meilleur(e) ami(e) et avoir 30 frères et sœurs. »

Résolu à payer de ma personne, je me lance. Sur mon profil Facebook, je passe du statut de « célibataire » à « marié ». Premier avantage, ma page ne sera plus squattée par les publicités genre « Rencontrez des femmes de votre région »... Mais encore faut-il que mon épouse accepte de confirmer notre relation... Bingo, elle dit « oui » ! Conséquence, apparaît en gros sur mon profil sa photo avec cette actualité « Mariage... le 14 novembre 2012. » « Franchement, on a l'air fin, 14 ans après... » ne peut-elle s'empêcher de remarquer sournoisement. D'autant qu'au début elle croyait à un regain de romantisme alors qu'il ne s'agissait que d'une expérience, d'un test. Reste à construire cette page commune. Patatras, la fonction n'est pas encore validée pour la France... Tout ça pour ça !

Aujourd'hui, j'hésite. Vais-je « divorcer » deux jours après mon mariage ? Ou entériner ma nouvelle situation amoureuse ? Courageux, mais pas téméraire, je ne vais pas trop jouer avec les nerfs de ma femme. Cela a beau être sur Facebook, donc totalement virtuel, ce n'est pas sans conséquences dans la vraie vie.  

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue en dernière page de l'Indépendant ce jeudi.

BD - L'épilogue de la Balade au bout du monde de Makyo


Lancée en 1981 dans la toute nouvelle revue « Gomme ! » des éditions Glénat, la série « Balade au bout du monde » voit enfin son épilogue, après quatre cycles et autant de dessinateurs. Un gros album de 64 pages, écrit par Makyo et illustré par Pelet (remplaçant de Vicomte), Hérenguel, Faure et Laval NG. Une dernière aventure pour Arthis, Aline et Joachim. Un trio de nouveau en opposition pour un enfant, Azhen, fils d'Aline. Enlevé par Joachim, le nourrisson oblige le couple de retourner dans le petit royaume oublié. Le lecteur ne boudera pas son plaisir. 
Il retrouve dans ces planches toute la magie du premier cycle, celui dessiné par Vicomte. Une nouvelle fois se posera la question de la divulgation au grand public de l'existence de cette société oubliée au milieu des marais. Autre débat : la science doit-elle aider cette communauté de plus en plus fragile et amoindrie ? Une dernière réflexion de Makyo sur sa création, sorte de résumé érudit et point final d'une belle aventure.
« Balade au bout du monde » (Epilogue), Glénat, 14,95 €

BD - Une princesse très seule victime de "Sortilèges"



Blanche, jeune fille fragile et romantique, voit son destin basculer le jour où son père meurt. Blanche est la fille du roi. La couronne devrait revenir à son frère aîné, mais le monarque sur son lit de mort a préféré confier les rênes de son pays à la frêle jeune fille. Elle va donc devoir devenir dure et autoritaire. Blanche abandonne Gaspard, son amant et prend les armes pour défendre le royaume.
C'est le fil rouge de ce récit écrit par Jean Dufaux et mis en images par Munuera. Intrigues de cour et sortilèges vont compliquer le devoir de la belle héroïne. Très poétique, cette BD prouve tout le talent de Munuera, bien plus à l'aise dans ce monde fantastique que dans la reprise de Spirou, avouons-le.
« Sortilèges » (tome 1), 14,99 €


mardi 13 novembre 2012

Billet - Danse avec le ballon

Gros match samedi soir à la télévision. Je ne parle pas de la prestation du XV de France mais de la confrontation des téléspectateurs de TF1 et France 2 par Twitter interposé. Depuis la reprise de « Danse avec les stars », la Une cartonne en audience et en réactions à chaud sur le réseau social. Problème ce week-end, les danseurs se retrouvent face au match France Australie. Direct, suspense et émotion : les trois ingrédients du succès sont réunis.
Départ en fanfare sur la Deux. Nyanga, le retour du « banni », pleure à chaudes larmes durant la Marseillaise. « Les larmes de Nyanga. Ah, on a pas eu celles d'Evra ou de Francky, hein. » relève sardoniquement Quentin Vinet. Question lacrymogène, TF1 n'est pas en reste. Gérard Vivès, un des candidats, s'y colle. Pas convaincant pour  Jesson : « Je suis peut-être cruel mais les larmes de crocodiles de Gérard Vivès ne me touchent absolument pas. »
Grâce à Twitter, on peut zapper au bon moment. Quand tout le monde fait une réflexion sur les seins de Shy'm (membre du jury), l'audience doit monter en flèche... « Fofaaaaanaaa ! » hurlent des dizaines de twittos. Un essai ? Oui, et un beau. La veste de Chris Marques est le sujet de plaisanterie numéro 1 sur TF1, alors que sur France 2, pour une fois, le retour de Michalak ne fait pas rire.
Et quand tout se brouille à  force de passer d'un canal à l'autre, un tweet de Jéromeuh résume le malaise : « Lorie s'est trompée de chaîne, elle devrait jouer au rugby sur la 2 ». Pas gentil, mais pas faux. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Genèse de la Résistance par Derrien et Plumail


Jamais une période de l'Histoire de France n'aura à ce point divisé le pays. L'occupation allemande, le gouvernement de Vichy : rares étaient ceux qui s'y sont opposés d'entrée. Il a fallu le travail de sape des premiers résistants pour que la majorité de la population prenne fait et cause contre les nazis et leurs valets tricolores. Le troisième épisode de « Résistances », série écrite par Jean-Christophe Derrien et dessinée par Claude Plumail, raconte comment une simple femme, par ses écrits, éveille les consciences. Sonia, jeune Juive, a pris le pseudonyme de Marianne. Elle écrit dans un journal clandestin pour dénoncer les exactions de l'occupant et réveiller la fibre patriotique française. Un rôle obscur, peu glorieux, mais qui a permis à certains de franchir le pas. Ensuite s'est posée la question de la lutte armée. Marianne est très réticente. Mais cela semble une évolution obligatoire. L'autre problème des Résistants, à cette époque, ce sont les dénonciateurs. Et les traîtres, ces hommes et femmes obligés de parler après des heures de torture. Une série édifiante, romancée mais empreinte d'une grande exactitude historique.
« Résistances » (tome 3), Le Lombard, 14,45 €

Billet - Nicolas Sarkozy, "reviens je t'en prie, viens nous sauver la vie"

Sur internet, il faut savoir nager à contre-courant. C'est souvent la meilleure façon de se faire remarquer. Une conférence de presse de François Hollande ? Pas assez glamour. Le duel Copé/Fillon pour la présidence de l'UMP ? Trop joué d'avance. Non, rien ne remplace la nostalgie, même si elle ne date que de six mois.

Josh Stanley, adolescent et apprenti chanteur, cartonne sur YouTube avec une composition toute simple, véritable ode à... Nicolas Sarkozy. De la chanson « à texte » que certains humoristes ne renieraient pas. Mais Josh l'affirme : c'est du premier degré.

En un mois, plus d'un million de vues pour cette ballade sans nuance : « Nicolas Sarkozy, reviens je t'en prie, viens nous sauver la vie. » Carrément ! Six mois après l'élection de François Hollande, Josh a peur pour sa vie. Il y va fort le petit jeune. Mais pourquoi cette crainte ? Il faut peut-être chercher du côté de la nationalité de Josh. Un peu Français, mais surtout Monégasque !

Son premier passage télé, c'est sur la chaîne locale Canal Monaco qu'il le fait. Il vient de remporter le concours Idées Jeunes 2012. Ce succès tout neuf permet à ce passionné de karting, de patinage et de musique, titulaire d'un « brevet de pizzaïolo » rêvant de célébrité, d'enregistrer un premier single. Il finit par s'imposer avec sa chanson « sarkonostalgique » dont les dernières rimes ne manqueront pas d'affoler Copé ou Fillon : « Nico c’est à toi. On ne baissera pas les bras. On te soutiendra ! »

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" à paraître ce mercredi en dernière page de l'Indépendant. 

lundi 12 novembre 2012

Roman - Déchets américains dans un polar de Brigitte Aubert

Quand Brigitte Aubert décrit l'Amérique, ce n'est pas gai. Flic alcoolo, rappeur drogué, bourgeois racistes, tueur pédophile : les USA ressemblent à une décharge.

Cloîtrée. Cela fait 19 ans que Susan est prisonnière d'un homme fou. Enlevée alors qu'elle avait 5 ans, elle est aujourd'hui une jeune femme. Une mère aussi. Son tortionnaire, qui se fait appeler Daddy, à force de la violer l'a mise enceinte. Une petite Amy est née. Elle aussi n'a jamais quitté cette cave sombre, la tanière du psychopathe. Elle va avoir 5 ans. Susan se doute qu'elle sera la suivante au tableau de chasse de Daddy. Il lui reste peu de temps pour tenter de la sauver. Amy en cavale, Daddy va exploser. Une violence extrême présente tout au long de ce thriller de Brigitte Aubert.
Comme tout bon thriller qui se respecte, l'enquête est menée par un flic malmené par sa hiérarchie. Deux exactement. Vince Limonta n'est plus policier. Renvoyé après une nouvelle bavure. Vince a longtemps côtoyé les bas-fonds de New York dans le cadre de son boulot. Pour résister, il plonge dans la boisson. Un jour, au cours d'un braquage, « l'intrépide lieutenant Limonta avait appuyé sur la détente. L'ivrogne Vince Limonta avait raté son coup. La balle était partie un poil de travers et avait fait sauter la tête d'une maman qui revenait de l'école avec son gamin. » Depuis Vince est jardinier de l'église de la petite ville d'Ennatown, la ville des serpents d'eau en langue iroquoise.

Gentil Black Dog
L'autre flic c'est Wayne Moore. Un Indien, quasiment le dernier de la région. Il fait partie de la patrouille équestre et surveille l'immense parc en lisière de la ville. C'est dans ce parc que la petite Amy va trouver refuge. Seule au début, elle va être aidée du personnage central du roman : Black Dog. Ce clochard de deux mètres, noir et simple d'esprit, survit dans un campement au milieu de la forêt. Il va prendre la fillette sous son aile car l'action se déroule fin décembre et la neige tombe drue. Amy, perdue dans ce monde réel qu'elle ne connaît que par l'intermédiaire des livres pour enfants donnés par Daddy ses jours calmes, oublie la mission confiée par sa maman : prévenir la police.
Mais dans la forêt, les « méchants » sont aussi présents. Trois braconniers tombent sur la planque de Black Dog. Ils découvrent Amy. Sont persuadés qu'il s'agit d'un enlèvement. Ils vont attaquer le colosse. Pas de chance, il avait une pioche en main. « Black Dog leva la pioche et l'abattit à la volée sur le crâne de Bud. Bud resta debout quelques secondes, l'air ahuri, la pointe tranchante de la pioche enfoncée dans le crâne, du sang giclant partout sur son visage. Il essayait de parler, sans succès. Du sang coulait de sa bouche. » La situation se complique pour le SDF. Il prend la fuite, la fillette dans les bras.

Mais qui est Daddy ?
La suite du roman raconte cette chasse à l'homme. On découvre un peu mieux la personnalité de Vince, son copain le rappeur Snake T. et Moore. Un trio de circonstance face aux notables de la ville. Car tout est fait pour préserver la tranquillité d'Ennatown. Certes elle héberge en son sein un malade mental, psychopathe et pédophile, mais il parvient parfaitement à se fondre dans la masse. Le lecteur commence à se demander qui est Daddy. Vince enquête, rouvre les vieux dossiers, même s'il n'est plus flic et que les brumes de l'alcool lui compliquent la tâche.
Le final se déroule au cours de la veillée de Noël, en présence des bons Samaritains du Comité de charité interconfessionnel. Citoyens au-dessus de tous soupçons... C'est là que la plume de Brigitte Aubert est la plus acérée. Elle décrit ces bourgeois hypocrites, aux apparences trompeuses. Black Dog n'en devient que plus sympathique. Quant à Daddy, il faut attendre les dernières pages pour découvrir sa véritable identité. Un dénouement totalement inattendu donnant encore plus de force à ce polar noir et pessimiste.

« La ville des serpents d'eau », Brigitte Aubert, Seuil, 19,50 € (disponible également au format poche aux éditions Points)