mardi 31 août 2021

Rentrée littéraire - Longue absence maternelle

Magdalena semble avoir réussi sa vie. Comédienne réputée, elle enchaîne tournages de film et pièces de théâtre. Pourtant ce paraître qui peut faire envie, cache un gouffre sentimental. Magdalena endosse d’autres personnalités uniquement pour oublier son propre monde.

La faute à sa famille, comme souvent dans les traumatismes. Si les dix premières années de son enfance sont de doux souvenirs, à l’adolescence, elle comprend que sa mère, tout le temps alitée ou absente, a un problème.

Jusqu’à ce jour, elle a 14 ans, où son père lui explique que « Maman est partie ». Léonor de Recondo fait démarrer son roman 30 ans plus tard, quand l’agent de Magdalena la prévient : « On sait où est ta mère ».

Ces retrouvailles vont se transformer en une sorte de rituel de dressage entre une petite fille déterminée qui entre dans la cage aux fauves, l’antre d’une vieille femme qui ne veut plus exister.

lundi 30 août 2021

De choses et d’autres - La présidentielle permanente

Il serait temps de réinventer notre société. Les derniers mois ont prouvé que bien des certitudes (comme acheter des jouets pour Noël, manger au restaurant quand on veut, se claquer la bise…) peuvent se transformer en vagues souvenirs. Au lieu d’espérer retrouver le monde d’avant, tentons d’en bâtir un  radicalement différent. Notamment pour l’échéance démocratique essentielle de notre pays : la présidentielle.

En avril prochain, si l’on en croit les déclarations d’intention, il se présentera une pléthore de candidats, de la gauche à la droite en passant par le centre et quelques zones non identifiées entre gilets jaunes et antivax. Comment les départager ? Et si on s’inspirait de ces nouvelles formes de démocraties directes utilisées dans les émissions de téléréalité.

Dès le premier week-end de janvier, au lieu de se fier à des primaires aléatoires au niveau organisation et participation, autant demander à l’ensemble des Français de se prononcer sur toutes les candidatures possibles et imaginables.

À la fin du premier vote, le candidat le moins doté en voix est éliminé. La semaine suivante, tout le monde retourne au combat et rebelote.

Non seulement les sondages s’avéreraient beaucoup plus fiables, mais en plus les alliances seraient évidentes à réaliser vers la fin de la campagne. Une présidentielle perpétuelle où personne ne pourra se plaindre à la fin puisque l’élu aura vaincu tous ses concurrents, les uns après les autres.

Par contre, pas de totem d’immunité, même pour le sortant. À l’inverse, certains risquent de se retrouver avec une extinction de la flamme en cours de route en cas de mise en examen ou gros scandale financier. Et au bout du bout, il n’en restera que deux.

Le problème c’est de demander aux Français de se rendre dans des isoloirs chaque dimanche. Compliqué voire impossible. Reste le QR code, notre ami de tous les jours depuis le pass sanitaire.

Chaque Français a son QR code et toutes les semaines, en allant au restaurant, faire la bamboche en boîte de nuit ou tout simplement en renouvelant son stock de pâtes dans un grand centre commercial, nous choisirons qui nous imposera ses lois pour les cinq années à venir.

Chronique parue le lundi 30 août en dernière page de l’Indépendant.

BD - Légende de l’Ouest réécrite


Bruno Duhamel, auteur complet, aime surprendre le lecteur. Après des récits sur le 3e âge, ou le dérèglement climatique, il se lance dans le western. Fasciné par cet ouest américain, il s’est penché sur une véritable légende : Jake « Wild faith » Johnson. Un shérif qui est devenu, au fil des décennies, le héros d’une reconstitution pour touristes.

Une scène de duel qu’interprète tous les soirs Frank depuis 15 ans. Il s’identifie à ce justicier et tombe de haut quand on lui annonce qu’il n’a plus l’âge du rôle. Viré ! Pour tenter de se remettre de ce coup du sort, il part sur les terres de l’Arizona… dans une excursion touristique.


Là, dans les USA contemporains, il va devoir ressortir son vieux colt pour passer de la fiction à la réalité.

Cette histoire complète, en plus de permettre à l’auteur de dessiner des planches de toute beauté, trace un intéressant parallèle entre présent et passé avec utilisation de la fascination des armes, des fake news et des dérives de la société de consommation.

« Fausses pistes », Grand Angle Bamboo, 17,90 €

dimanche 29 août 2021

Rentrée littéraire - L’épreuve du coma

Le 19 août cette année marque le début du tsunami des romans de la rentrée littéraire. Parmi les centaines de nouveautés, ce premier roman de Natacha Sadoun marque le lecteur pas sa fausse simplicité. Marie vit depuis dix ans avec Paul.

Un simple coup de fil casse irrémédiablement ce bonheur. Victime d’un accident, Paul est dans le coma. Traumatisme crânien. Un légume. Marie va lui parler tous les jours et sombre dans une mélancolie. En fouillant dans leur appartement, elle découvre une blessure cachée. Et si elle ne connaissant pas cet homme qu’elle aime pourtant passionnément ?

Cette quête de vérité, remise en cause de leur relation, passe par un voyage en Italie. Ce sont sans doute les plus belles pages du roman. Une description de Florence et de ses trésors artistiques prolongée par un court séjour aux Cinque Terre, joyau de la côte ligurienne. C’est peut-être là que Marie s’évanouit ?

« L’évanouissement de Marie », Natacha Sadoun, Buchet Chastel, 15 €

samedi 28 août 2021

BD - Les belles histoires des Beaux étés


Cela fait maintenant quelques années qu’on ne peut plus passer de vacances estivales sans se plonger dans le nouvel album de la série BD Les beaux étés de Zidrou (scénario) et Lafebre (dessin). Ce sixième titre se déroule en 1970.

Une nouvelle fois, le père de la famille Faldérault, dessinateur belge de bande dessinée, est en retard. Il doit terminer un album avant de quitter le ciel plombé du plat pays pour le soleil de la Provence


Avec sa femme, enceinte, et ses trois enfants, ils mettent le cap au sud mais doivent faire une longue escale en Bourgogne pour cause de problème mécanique sur la 4L joliment surnommée Mademoiselle Estérel.

Qu’importe ils planteront leur tente dans le pré d’une ferme où chèvres, poules et autres bestioles sont élevées par Esther et Estelle, deux jeunes femmes pleines de ressources. Toujours aussi rafraîchissante, la série offre réflexions sur notre société, la famille et l’enfance. Et toujours avec les dessins fluides et dynamiques du Barcelonais Jordi Lafebre.

« Les beaux étés » (tome 6), Dargaud, 14,50 € 

vendredi 27 août 2021

Roman - Le bruit comme arme par destination

Si vous avez eu des voisins bruyants, vous comprendrez certainement la mésaventure qui va bouleverser la vie du personnage principal de Gog Magog, roman de la Brésilienne Patricia Melo. Professeur de biologie vivant dans un appartement à Sao Paulo depuis 20 ans avec sa femme infirmière, son quotidien serein bascule avec l’arrivée du nouvel occupant dans l’appartement au dessus.

Un voisin bruyant qui tape sur les nerfs de l’enseignant. Cela l’énerve et l’obsède au point qu’un jour, n’y tenant plus, il pénètre dans l’appartement et par un concours de circonstances, tue le voisin. La suite du roman est assez déroutante.

Le professeur, démembre le cadavre, tente de s’en débarrasser puis finalement se fait prendre alors que sa femme vient de lui annoncer qu’elle le quitte. Sa vie devient une lente descente aux enfers, là où il croisera Gog et Magog, monstres mythiques qui se nourrissent de chair humaine.

Une vision très noire du Brésil contemporain.

« Gog Magog », Patricia Melo, Actes Sud, 17,80 €

jeudi 26 août 2021

BD - La revanche du shérif de Nottingham


Difficile de faire toute une carrière avec l’étiquette du méchant de l’histoire. Le shérif de Nottingham a le triste privilège d’être l’ennemi du fameux Robin des Bois. Mais tout a une fin. Brugeac et Herzet, deux scénaristes, ont décidé d’imaginer un récit alternatif où il aurait le beau rôle.

Exactement, par un renversement de situation incroyable, c’est tout simplement lui qui endosse l’habit du célèbre justicier. D’un côté il est complice des manigances de Jean sans terre, mais de l’autre il œuvre pour le maintien de Richard Cœur de Lion à la tête de l’Angleterre.


Un seul homme qui a compris que le pouvoir est souvent issu de compromis. Une série dessinée par Dellac, excellent dans ce travail de reconstitution historique et maître dans l’art des combats. Et pour pimenter le tout, le shérif a une histoire d’amour avec une Saxonne rousse et déterminée.

Une bonne surprise du début d’année dans ce genre de la BD historique toujours en renouvellement.

« Nottingham » (tome 1), Le Lombard, 14,75 €

mercredi 25 août 2021

BD - La Bretagne, terre de fées divers


Après avoir enquêté dans un open space, la commissaire Linguine et son adjoint Pichard, policiers parisiens, vont devoir résoudre une histoire de meurtre en Bretagne.

Les amateurs de thrillers seront déçus. Ceux qui rient à l’évocation des chapeaux ronds des Bretons apprécieront cette série de gags signés James et David de Thuin. Le cadavre, trouvé au milieu d’un pré, semble pourtant décédé après avoir respiré du gaz toxique issu de la décomposition des algues vertes.

Le sujet semble sérieux. Pourtant quand Linguine et Pichard creusent, ils vont rapidement tout faire pour mettre hors de cause les industriels de l’agroalimentaire et les élus. Car en Bretagne, on peut se moquer des traditions (Ankou, tenues, chapeaux), mais interdit de toucher à l’agriculture.

On rit jaune et la morale n’est pas sauve.

« La mort est dans le pré », Delcourt, 9,95 € 

mardi 24 août 2021

Poche - Mally, l’autre Miss de Patricia Wentworth


Délicieusement rétro, ce roman inédit en français de Patricia Wentworth est en réalité presque une œuvre de jeunesse. Publié en 1927 en Grande-Bretagne, Miss Mally se méfie est donc un roman antérieur aux aventures de Miss Silver (1938 à 1961), l’héroïne qui a consacré cette autrice qui a longtemps fait de l’ombre à Agatha Christie.

Mally Lee est une jeune fille qui avant de convoler en justes noces avec son fiancé, accepte de devenir la gouvernante de la fille d’un millionnaire. Active, indépendante, ouverte, Miss Mally s’épanouit dans son rôle. Jusqu’au vol d’un diamant inestimable et de documents confidentiels. Sur la scène du forfait, tout accuse Miss Mally. Mais la jeune héroïne va trouver quelques âmes charitables qui vont croire à son innocence et découvrir qui a manigancé toute cette sombre affaire.

Un polar parfait si vous voulez vous replonger dans une ambiance britannique bourgeoise du début du XXe siècle.

« Miss Mally se méfie », 10/18, 7,80 €

lundi 23 août 2021

Cinéma - “France” lacrymale

Journaliste vedette à la télévision, France De Meurs craque. Des pleurs en direct, c’est bon pour l’audience ça Coco !

France (Léa Seydoux), star du petit écran, aime se mettre en scène lors de ses reportages. Roger Arpajou / 3B

De façon quasi sibylline, Bruno Dumont présente ainsi France, son dernier film, en compétition au dernier festival de Cannes : « C’est à la fois le portrait d’une femme, journaliste à la télévision, d’un pays, le nôtre, et d’un système, celui des médias. » On peut aussi, de façon plus prosaïque, expliquer que « c’est une femme puissante qui découvre qu’elle peut pleurer ». Ceux qui s’attendent à un brûlot contre les médias-spectacles en seront pour leur argent. Le début du film va quand même un peu les contenter, avec un habile trucage qui met France de Meurs (Léa Seydoux), la journaliste télé star, au même niveau que l’interviewé : Emmanuel Macron. En début de conférence de presse, elle papote avec un collègue. Le président la reprend. Elle pose ensuite une question rentre-dedans et jubile dans la foulée au lieu d’écouter la réponse. Ce qui compte dans ce petit monde du buzz et des « pouces en l’air », ce sont les réactions du public à la question, en aucun cas à la réponse.  

La carrière de France est orchestrée par Lou (Blanche Gardin), la femme de l’ombre, celle qui agit pour la vedette, sa star, son produit. Et quand elles voient les courbes d’audience augmenter, elles se lancent des « mains en forme de cœur » comme des collégiennes. Mais en réalité dans ces formes géométriques mimées, on ne voit plus que les orifices des confrères à qui France la met bien profond. 

Le ton du film change quand la journaliste vedette, qui alterne présentation en plateau et reportages en zone de guerre, renverse un deux-roues dans les rues de Paris. Du pain béni pour les journaux people qui aiment salir ce que le public vénère.  Obligée de faire son mea culpa en direct, France craque et pleure à chaudes larmes. Et dès lors à la moindre contrariété, la belle et rayonnante star ne cesse de pleurer, comme horrifiée par son personnage, ses agissements et la misère du monde qui lui permet d’être célèbre. 

Femme multiple

En reportage sous les obus : elle pleure. En plein gala de charité : elle pleure. En cure de remise en forme : elle pleure. Quand elle apprend que son amant de passage l’a trahie : elle pleure. Léa Seydoux a dû produire quelques litres de liquide lacrymal tout au long de ces plus de deux heures parfois déconcertantes tant ses réactions sont en opposition avec l’image de la femme brossée durant la première demi-heure. 

Sans doute moins incisif que les premières réalisations de Bruno Dumont (L’Humanité est un chef-d’œuvre), ce France laisse comme un goût d’inachevé. Car au final, on ne sait pas exactement qui est France. Une femme dévorée par l’ambition, une dépressive qui s’ignore, une bipolaire incontrôlable ? À moins que toutes ces interrogations ne soient le véritable sujet du film et le message du réalisateur porté par une Léa Seydoux inspirée : La femme est naturellement multiple et plus complexe que les hommes si faciles à déchiffrer.

Film de Bruno Dumont avec Léa Seydoux, Blanche Gardin, Benjamin Biolay