jeudi 24 septembre 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - La maladie du capitalisme

Cette histoire devrait refroidir un peu les ardeurs de ceux qui vantent les vertus du capitalisme et du libéralisme.
Un fonds d'investissement américain dirigé par Martin Shkreli, jeune homme ambitieux de 32 ans, prend le contrôle d'un laboratoire pharmaceutique dont le catalogue propose le Daraprim, un remède indispensable aux malades du sida pour les protéger de la toxoplasmose. Martin veut rentabiliser son investissement. Il décide donc d'augmenter le prix de vente du Daraprim. Coût de production d'une plaquette, environ un euro. Vendue 12. En une nuit, elle passe à... 670 euros. Une augmentation de 5 450 %. Si avec une telle culbute Martin Shkreli ne se paye pas des vacances à vie aux Seychelles, c'est à désespérer du capitalisme sauvage. Le problème évident concerne les malades, transformés en vache à lait. Du moins les rares qui auront encore les moyens de se payer le traitement. Les autres, les pauvres, ne donnent visiblement aucun remord à Martin. De toute manière, dans un an, ils seront tous morts et enterrés.
La morale de cette histoire ? Il n'y en a pas. Trouver une morale dans le capitalisme équivaut à chercher une aiguille dans une meule de foin. Il ne reste plus à la horde des utilisateurs des réseaux sociaux qu'à s'insurger contre cette augmentation astronomique. Mais leurs efforts seraient vains. Aux USA les prix des médicaments sont libres, la concurrence les rend parfois accessibles.
A contrario, le monopole les transforme en produits de luxe.

mercredi 23 septembre 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Le scandale du cochon

Tout est dans la nuance. David Cameron, Premier ministre britannique, est accusé "d'excès de débauche" durant ses jeunes années. La débauche, ce n'est pas grave. Mais attention à l'excès. Reste à savoir quand on franchit la ligne jaune. L'affaire, qui fait grand bruit outre-Manche, a débuté avec la publication des meilleures pages d'un livre à charge signé par Lord Ashcroft, ancien vice-président du Parti conservateur.
Ashcroft qui n'a pas sa langue dans la poche, a reconnu qu'il a écrit ce livre pour se venger, David Cameron ne lui ayant pas donné le poste de ministre qu'il convoitait. Dans "Call me Dave" ("Appelez-moi Dave"), on apprend qu'en plus de fumer du cannabis et de boire plus que de raison, le jeune David Cameron, membre de la société secrète d'Oxford, le Piers Gaveston, aurait, lors d'une soirée de bizutage, "introduit une partie de son anatomie dans la gueule d'un cochon mort". Sur les réseaux sociaux, le mot-dièse #piggate (le scandale du cochon) fait florès. Et chacun d'en rajouter sur une image déjà assez peu ragoûtante.
À ceux qui voudraient prendre la défense du politique anglais, je leur conseille plutôt de voir ou revoir le film "The Riot Club" sorti en DVD chez Paramount. On suit la soirée mouvementée des jeunes et arrogants membres de cette confrérie d'étudiants d'Oxford. Ce qu'ils font dans une auberge est ignoble. Et ils s'en tirent sans le moindre dommage, assurés de finir dans les plus hautes sphères de l'État en raison de leurs fortunes. La fiction précède parfois la réalité. C'est juste une question de temps.

mardi 22 septembre 2015

BD - Titeuf en grand


Titeuf a des problèmes d'emploi du temps. De célibataire endurci surtout occupé par sa bande de copains, il se devient amoureux transi de deux filles à la fois : Nadia et Ramatou. Comme il n'arrive pas à les départager, il leur propose le plus sérieusement du monde de faire du « mi-temps amoureux ». Et d'expliquer « Le lundi : Ramatou est mon amoureuse... Mardi elle a congé et c'est Nadia qui prend sa place. » Gros avantage : « Pendant les jours de pause, vous pouvez peigner des poneys en écoutant des disques de Kevin Lover. » 
La réponse est cinglante. Une baffe de Nadia est la colère de Ramatou lui assenant « Grandis un peu, Titeuf ! ». Comme le héros imaginé par Zep prend tout au pied de la lettre, il va tenter d'accélérer son adolescence. Cela donne une kyrielle de gags et autres trouvailles par un auteur qui semble avoir retrouvé la flamme de ses débuts. Entre la découverte des spermatozoïdes, la prise de testostérone et la poussée de boutons, le gamin à la houppe va aller de désillusion en désillusion. Pourtant il aimerait tant grandir un peu et embrasser (avec la langue) la belle Ramatou...
« Titeuf » (tome 14), Glénat, 9,99 €

lundi 21 septembre 2015

BD - Amours spatiales


Stéfie a trop d'imagination. Incapable de trouver l'amour dans la vraie vie (ses rares prétendants sont tout le temps d'abominables saligauds), elle s'invente des romances futuristes. Avec le beau Steeve, elle imagine des prouesses sexuelles de plus en plus déjantées. Tout ce qu'elle ne peut pas faire sur terre, elle se le permet sur ses planètes fictives. Cela va donc de l'utilisation à des fins très personnelles d'un robot aux qualités cachées, de la découverte d'une planète primitive où toutes les plantes ont des formes phalliques suggestives ou les nuits passées dans le Planet Libertin, un club échangiste sur Aphrodis. 
Ces histoires courtes sont imaginées par une certaine Claude Comète (pseudo de Jorge Bernstein déjà auteur de la BD Fastefoode et de plusieurs livres d'humour) et dessinées par Nikola Witko, un vieux routier de l'édition indépendante (Requins Marteaux, Carabas...) qui trouve avec cette publication dans les pages de Fluide Glacial une reconnaissance du grand public.

« Space sérénade », Fluide Glacial, 14 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - Le Gloubiboulga de la pensée française

Chaque année, l'émission de Laurent Ruquier le samedi soir sur France 2 bénéficie d'une jolie polémique pour augmenter sa notoriété (et par la même occasion ses audiences). Après le cas Caron (qui a succédé à Zemmour, Naulleau et autres Polony) chroniqueur aussi hargneux avec les invités qu'un yorkshire avec un os de poulet, le plateau semblait s'être assagi. Léa Salamé, toujours aussi incisive, fait cette année équipe avec Yann Moix, romancier. Alors pour relever un peu la sauce, Laurent Ruquier invite Michel Onfray, philosophe et meilleur ennemi de Moix. 
Et ce qui devait arriver arriva, Onfray, dans le rôle du gros matou matois, a fait le dos rond face à Moix, transformé en roquet irascible. Pas de débat. Juste des bas. Vu de l'extérieur, et à condition de ne pas être avoir de parti-pris, Onfray sort vainqueur de cette fausse joute verbale. Pourtant il n'a quasiment pas pu en placer une, sans cesse interrompu par un chroniqueur encore à la recherche de ses étoiles de général de la polémique. Sur le fond, pas grand chose à retenir. 
Par contre sur la forme, un mot m'a interpellé. Onfray, pour dénier le droit à Moix de juger ses positions, argumente : « J'ai dit que vous étiez un excellent romancier, je le crois toujours. Mais il ne faut pas vous essayer à la pensée, ce n'est fait pas pour vous. C'est un gloubiboulga... » Depuis je m'interroge. Comment celui qui est présenté comme un grand penseur de gauche connaît-il l'existence du gloubiboulga, la nourriture préférée de Casimir ? Complètement anecdotique, j'avoue, mais ça me turlupine...  

dimanche 20 septembre 2015

BD - Robots psychopathes dans "RUST"

Dans un futur proche, la Terre est victime d'une attaque surprise. Pas des terroristes, ni des extraterrestres, mais des robots géants sortis des entrailles de la terre. Les S-Cats ont tué les deux-tiers des humains en une semaine. Seule solution pour survivre, s'enterrer. 25 ans plus tard quelques zones de survivants tentent de lancer la contre-attaque. Des savants ont mis au point des Robot Unit, gigantesques machineries d'acier et de matière vivante que de rares humains peuvent contrôler. Problème, les pilotes « compatibles » sont tous morts au combat. Il ne reste plus aux autorités qu'une « black list » pour sauver l'Humanité. Voilà comment un serial killer, un révolutionnaire, un tueur à gages, un mercenaire et une prêtresse fanatique se retrouvent aux commandes des armes les plus puissantes de l'histoire. Le résumé de cette série écrite par Blengino et dessinée par Nesskain est prometteur. Les 150 pages du premier tome confirment qu'une bonne idée peut se transformer en excellente BD. Personnages atypiques, créatures imaginaires époustouflantes, combats épiques et suspense grandissant font de RUST la très bonne surprise de cette rentrée dans la catégorie Comics.

« R.U.S.T. » (tome 1), Delcourt, 17,95 €

BD - La jeunesse de De Gaulle

Jeune officier prisonnier durant la première guerre mondiale, Charles de Gaulle prouve qu'il a de la suite dans les idées. Capturé en mars 1916, il tentera cinq fois de s'évader. La seconde fois, il reste 10 jours en cavale, repris à quelques kilomètres de la frontière. Jean-Yves Le Naour, historien et grand vulgarisateur de sa discipline, signe un scénario fidèle des péripéties de ce jeune soldat français, pétri de courage et de fierté. Longtemps déprimé car inutile à son pays entre les quatre murs de sa cellule, il n'a jamais baissé les bras, multipliant les plans pour s'échapper. Du déguisement à la descente des remparts à l'aide de draps déchirés et noués entre-eux en passant par la dissimulation dans le linge sale, De Gaulle fait preuve d'inventivité. Pour rien. Il ne retrouvera sa famille qu'en 1918, une fois les Allemands vaincus. Dessiné par Plumail, cet album montre les premiers pas d'un chef incontesté, sévère avec son état-major et persuadé que l'Armistice ne sera qu'une pause avant la reprise des volontés hégémoniques des Allemands.

« Charles De Gaulle » (tome 1), Bamboo, 13,90 €

samedi 19 septembre 2015

BD - Frère et sœur à la passion

Zidrou est un pseudonyme. Mais parfois on se demande s'ils ne sont pas plusieurs à écrire sous ce nom. Scénariste très actif, il passe du gag classique (Tamara) au récit poignant (Boule à zéro) en passant par la saga historique (Bouffon) ou la reprise de héros mythique (Ric Hochet). Et puis il se permet parfois des histoires hors normes, dérangeantes et puissantes. C'est le cas avec « L'indivision » histoire dessinée par Benoit Springer. Virginie et Martin sont frère et sœur. Leur père vient de mourir. Martin, après de longues années passées à l'étranger revient sur cette côte du Nord pour régler les dernières paperasseries. Notamment décider du sort de la maison familiale, vieille, presque en ruines, mais chargée de souvenirs. Virginie, vétérinaire, mariée et mère de deux enfants, veut s'en défaire. Martin refuse. Il sait que c'est la dernière chose qui le reliera à sa sœur adorée. Car entre Virginie et Martin, il existe un lien encore plus fort que la famille, un lien sensuel, charnel... Superbe récit pour aborder un tabou de notre société, avec délicatesse et tact. Un album à ne pas mettre entre toutes les mains, mais qui émouvra ceux qui ont une ouverture d'esprit suffisante.

« L'indivision », Futuropolis, 15 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - À l'écoute des grincheux

Seuls les idiots ne changent pas d'avis. L'an dernier, Mark Zuckerberg répétait une nouvelle fois qu'il était hors de question de proposer aux utilisateurs de Facebook un bouton "Je n'aime pas". Et de se justifier en précisant que le réseau social préconise plutôt l'empathie que la haine.
Cette semaine, le même Zuckerberg annonce le test imminent sur quelques comptes, du bouton "Je n'aime pas". Même quand on assure la gestion d'une fortune de plusieurs milliards de dollars, on peut continuer à écouter sa base. En l'occurrence les milliers d'internautes qui se retrouvaient complètement démunis face à des statuts ambigus. Cas le plus courant : l'annonce d'un décès. Depuis l'apparition du réseau social, la disparition de célèbres ou d'anonymes est souvent signalée par un statut chez l'un ou l'autre de nos "amis". Comment "aimer" de telles nouvelles ? On est content qu'il soit mort ? Impensable. Par contre on apprécie d'être informé. Le "Je n'aime pas" serait l'interaction idéale.
De même, qui peut cliquer "J'aime" en découvrant la photo du cadavre du petit Aylan sur une plage turque ? Pour ces exemples, le bouton "Je n'aime pas" sera d'une redoutable efficacité.
Je crains cependant qu'en France, pays de grincheux par excellence, les réserves du patron de Facebook soient justifiées. Je ne donne pas une semaine aux Français pour privilégier massivement le bouton négatif. Et en effet, nombre d'étrangers sont convaincus que le pléonasme absolu reste "Français râleur".

vendredi 18 septembre 2015

Livres - Noblesse belge en perdition

Amélie Nothomb dans « Le crime du comte Neville » dresse un portrait étonnant de la noblesse belge actuelle, entre tradition et décrépitude.


Les temps sont durs pour les nobliaux du plat pays. Prenez les Neville. Le comte, Henri, n'arrive plus à joindre les deux bouts. Malgré son travail bien rémunéré, ses finances sont un gouffre sans fin. La faute au domaine du Pluvier, dans la famille depuis des siècles mais beaucoup trop cher à entretenir. La retraite approchant, le pauvre comte doit se résoudre à faire l'impensable : vendre. 
Comme chaque fin août, depuis une vingtaine d'années, Amélie Nothomb nous gratifie d'un nouveau roman assuré de ventes conséquentes. Une tradition devenue immuable, comme la chute des feuilles en automne ou l'achat d'un nouveau cartable pour le petit dernier. Chaque année on se laisse avoir par ce petit livre (à peine 130 pages) qui ne nous prend que deux heures de notre précieux temps mais qui parvient quand même à nous en mettre plein la vue. La faute à ce style simple et efficace, entre rédaction de 3e et brillantes envolées lyriques bourrées de références.

Ce roman nous touche également par ses personnages aux prénoms improbables. La fille du comte, 17 ans, vient de faire une fugue. Elle s'appelle Sérieuse... Une voyante, partie la nuit cueillir des herbes spéciales, lui vient en aide. Le lendemain, elle contacte le comte pour qu'il récupère sa progéniture. La voyante fait alors une révélation au père : il tuera un invité lors de sa prochaine réception au château. Comment va-t-il réagir ? « Si l'un de ses amis s'était vu adresser une prophétie semblable et l'avait raconté à Henri, celui-ci aurait éclaté de rire et lui aurait dit avec la dernière conviction de ne pas croire à ces histoires de bonne femme. Malheureusement, il était presque comme tout le monde : il ne croyait les prédictions que si elles le concernaient. Même le sceptique le plus cartésien croit son horoscope. » Cette annonce perturbe au plus haut point le comte car la prochaine réception, où il compte dépenser ses dernières économies, devait être somptueuse, flamboyante. Pour une bonne raison : il n'y en aurait plus d'autres.
Toute la subtilité du roman consiste à raconter l'étonnant cheminement de l'esprit du comte et de sa fille Sérieuse. Tuer un invité lui est égal. D'autant que certains méritent amplement la mort comme ce Cléophas de Tuynen, odieux parmi les odieux. Par contre que l'infamie retombe sur ses proches lui est insupportable. Devenu meurtrier, il ira en prison mais surtout sa femme et ses enfants seront exclus du petit milieu de la noblesse belge. Sérieuse a alors une idée pour tirer son père de l'embarras.
La suite du roman se résume à ce tête-à-tête entre le père et sa fille. Des dialogues d'une extraordinaire force, au déroulé implacable et à la fin prévisible. A moins qu'Amélie ne nous sorte de son chapeau une astuce, un revirement, un rebondissement digne des romans d'Agatha Christie. En inversé puisque l'on sait qui est le meurtrier mais que l'identité de la victime est incertaine jusqu'à la dernière page. Et voilà comment, une fois de plus, Amélie Nothomb, par sa voix singulière, parvient à charmer anciens et nouveaux lecteurs.

« Le crime du comte Neville », Amélie Nothomb, Albin Michel, 15 €