lundi 14 janvier 2013

Billet - Un génie est parti, RIP Aaron Swartz


Internet et les nouvelles technologies permettent l'éclosion d'une génération de génies, des visionnaires plein d'avenir. L'un des meilleurs,  des plus idéalistes, Aaron Swartz, 26 ans, ne bousculera plus les zélateurs d'un internet policé et protectionniste. Aaron s'est pendu le week-end dernier dans son appartement à New York. Le mois prochain, il devait être jugé dans une affaire de piratage de base de données des bibliothèques universitaires américaines. Il risquait 35 ans de prison. 

Aaron Swartz fait parler de lui dès ses 14 ans. Il participe avec d'autres chercheurs à la mise au point du format RSS. Un outil que l'on retrouve sur  les sites internet aujourd'hui et qui permet de recevoir sur sa boîte mail un lien pour toute mise à jour. Faciliter l'accession à la connaissance aura été le combat incessant d'Aaron Swartz. Il fonde le site communautaire Reddit et se révèle l'un des plus actifs contre les nouvelles lois antipiratage SOPA aux USA. Nouveau coup d'éclat quand il met gratuitement à disposition de tous les revues scientifiques et littéraires de plusieurs universités. Ces dernières ne le poursuivent pas, mais un attorney fait du zèle, pour l'exemple. Le procès n'aura finalement pas lieu. Aaron a préféré abandonner la partie au prix de sa vie.
Cory Doctorow, écrivain, souligne que « le monde est un meilleur endroit avec lui dedans. » « Little Brother » roman paru chez Pocket Jeunesse s'inspire un peu du parcours d'Aaron Swartz. Mais la fin est beaucoup moins triste...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.

dimanche 13 janvier 2013

BD - Tardi, père et fils


Jacques Tardi
, dès ses débuts dans le monde de la bande dessinée, a marqué son territoire. Malgré le succès de son héroïne, Adèle Blanc-Sec, il se lance dans des récits complets plus sombres sur la guerre 14/18. Et toute son œuvre est marquée par un profond et radical antimilitarisme. Celui ou celle, au ministère de la Culture, qui a décidé de lui décerner la Légion d'honneur n'a sans doute pas pris l'exacte mesure du personnage. Ainsi, le 2 janvier, Tardi fustige cette breloque : « 
je refuse avec la plus grande fermeté » la Légion d'honneur pour « rester un homme libre et ne pas être pris en otage par quelque pouvoir que ce soit », a-t-il déclaré à l'AFP. On n'en attendait pas moins de Tardi dont le dernier livre, un pavé de 200 pages sur les années de prison de son père en Allemagne est doublement poignant. L'histoire d'un Français pris dans la tourmente de ces années de guerre mais aussi les souvenirs d'un gamin au caractère bien trempé. L'affaire de la Légion d'honneur en est le dernier exemple en date...
« Moi, René Tardi, prisonnier de guerre, Stalag II B », Casterman, 25 €


samedi 12 janvier 2013

Billet - Twitter, roi de la blague pourrie

Au concours des blagues les plus pourries, Twitter est imbattable. Il paraît que les humoristes y puisent parfois des idées. Pourtant se distinguent  souvent par leur niveau dramatiquement bas. La faute peut-être à la longueur. 140 signes, pas énorme pour planter une situation et amener la chute. Voilà un petit florilège trouvé hier sur le micro-réseau social.  

Gontran Main fait dans le jeu de mot : « William Lemeyrgie est notre avenir. Économisons-le. » Dans le même genre, cette devinette de H. Patrice : « Quel est le sport préféré des racailles ? Tous les sports hippiques. Hippique ta voiture, hippique ton vélo, hippique ta mobylette... » 
Certaines sont abandonnées avant même d'avoir existé comme cette constatation de Diane Saint-Réquier ‏: « Je me tâtais à faire une blague à base de Kurde Cobain, mais en fait c'est pas drôle. »  Plus compliqué, arriver à faire sourire avec des considérations très personnelles comme Janine, auteur de BD : « Petit déjeuner : brioche. Déjeuner : brioche. Forme et consistance de mon corps : brioche ». Il arrive même que certains fassent des propositions de titres pour la presse. Jean-Daniel Flaysakier, médecin, propose : « Pilule de 3e génération : coup de frein sur les plaquettes »,  précisant qu'il s'agit d'une « titraille nulle et libre de droits »...
Le dernier mot revient à Hugues Serraf : « Sur Twitter, quand tu fais une vanne en 140 signes, il faut que tu l'expliques en 280. »

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce samedi en dernière page de l'Indépendant.

Billet - Big Brother existe, il a de grandes oreilles


Ras-le-bol des files d'attente. Poste, banque, cinéma, caisse de supermarché... Mieux vaut ne pas additionner toutes les heures perdues à patienter que cela soit enfin à son tour. Heureusement les nouvelles technologies permettent de raccourcir ce temps gâché. Du drive au billet d'avion acheté en ligne, internet déploie tous ses atouts.
Une étape supplémentaire va être franchie par les parcs Disney aux USA. S'il est bien un lieu où il faut être armé d'une patience à toute épreuve, ce sont ces parcs d'attraction. Entre chaque manège, vous passez de longs moments à détailler les autres visiteurs et tenter de calmer vos enfants. La révolution prendra la forme de bracelets dotés de puces RFID. Ce passe d'un nouveau genre servira aussi de moyen de paiement et de clé d'hôtel. Il vous renseignera sur le temps d'attente des animations et offre trois attractions (de votre choix) en VIP. Mieux, les animateurs seront eux aussi connectés. « Joyeux anniversaire Kevin ! » s'exclamera Mickey en accueillant votre petit dernier...
Cette technologie est cependant très décriée par les défenseurs des libertés individuelles. Une fois le bracelet enfilé, tout ce que vous ferez est enregistré et décortiqué. Une base de données inespérée pour les publicitaires. Impossible de cacher vos goûts, vos préférences culinaires ou de loisirs. Encore plus problématique quand il s'agit de mineurs. 
Big Brother existe. Il a de grandes oreilles... 
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue vendredi en dernière page de l'Indépendant.

vendredi 11 janvier 2013

Roman - August, courageux bonhomme dans "Wonder" de R. J. Palacio chez PKJ

Un monstre ? Non, August Pullman, 10 ans, le visage en désordre à cause d'un gène déficient. Il fait sa rentrée au collège. Mais comment supporter tous ces regards ?

Emouvant, drôle et dramatique, ce roman de R. J. Palacio, s'il s'adresse aux adolescents, peut aussi intéresser leurs parents. Les passionner en fait. D'un sujet grave, cette auteur américaine en a fait un texte simple et lumineux. Découvrez August, sa malformation faciale, ses rêves, sa vie, son courage. Et tombez sous le charme d'un personnage hors normes, de ceux qui vous restent toute une vie en mémoire, comme si l'on avait partagé toutes ses déboires depuis la petite enfance.
Tout le texte est à la première personne. Au plus près de l'action. C'est August qui parle. Puis sa sœur, Via, ses amis et d'autres connaissances. August, Auggie plus familièrement, est un petit garçon de 10 ans surprotégé par sa mère. Intelligent, il ne sort que rarement à l'extérieur. Il n'est jamais allé à l'école. Auggie souffre d'une maladie rare, un gène déficient qui, à la naissance, a transformé son visage en champ de ruines. Bébé, il n'en était pas conscient. C'est avec les années, en constatant les yeux effarés de rares personnes extérieures qui tombaient en arrêt en le voyant, qu'il a compris combien il était différent. Difforme exactement, mais ce mot est banni dans la famille.
R. J. Palacio surmonte un premier écueil : la description. Elle fait cela tout en finesse dans la bouche même d'August, avec une pointe d'humour. Et parfois beaucoup d'émotion. Après une nouvelle confrontation difficile avec un adulte effaré, August trouve refuge dans les bras de sa maman. « Je sais bien que je suis un monstre » lui dit-il. « Elle m'embrassa partout sur le visage. Elle embrassa mes yeux qui tombaient trop bas. Elle embrassa mes joues qui sont si creuses qu'on dirait que quelqu'un y a enfoncé son poing. Elle embrassa ma bouche de tortue. Ses paroles douces m'ont apaisé. Mais aucun mot ne pourra jamais changer mon visage. » Supporter le regard des autres, les frayeurs, les moqueries : la vie d'August n'est pas une sinécure. On comprend pourquoi durant deux ans il n'est jamais sorti sans son casque d'astronaute qui lui cachait le visage, pourquoi il aime tant Halloween et les déguisements obligatoires. On comprend surtout l'angoisse du gamin quand ses parents lui annoncent qu'il va faire sa première rentrée au collège, en sixième.

Le regard des autres
Être au centre de tous les regards. Agréable quand on vous admire. Beaucoup moins quand on devine du dégoût, du rejet et même de la peur dans ces regards gênés. Mais August est courageux. Et a envie de tenter l’expérience. Peut-il avoir des copains, des amis, une vie normale ? Comment faire oublier ce visage de Quasimodo ?
C'est très dur au début. Mais heureusement, dans toute foule il y a toujours une ou deux perles rares. August, dès le premier jour, rencontre Summer. Une fillette ouverte et intelligente. Elle ne s'arrête pas aux apparences et découvre que derrière ce visage ingrat se cache humour et intelligence. Jack aussi apprécie August. Mais il le paiera le prix fort. Car le reste des enfants évite de parler et surtout toucher le « monstre » au risque d'attraper la « peste » si on ne se lave pas les mains dans les dix minutes. Jack devient lui aussi pestiféré.
Ce roman chorale alterne les points de vue. Jack donne sa vision des choses, Summer aussi. Sans oublier Olivia, la grande sœur d'August. Elle le protège, mais souffre aussi d'un certain abandon de la part de ses parents, accaparés par les souffrances d'August.
Un texte coup de poing, inspiré par une véritable rencontre, écrit par la maman de deux garçons « normaux ». Avec juste ce qu'il faut d'optimisme et de candeur pour le rendre terriblement crédible et inoubliable.
Michel Litout
« Wonder », R. J. Palacio, Pocket jeunesse PKJ, 17,90 €

jeudi 10 janvier 2013

Billet - Invasion de :poop: sur les murs Facebook


Amis du bon goût, bonjour. Et passez votre chemin. Cette chronique n'est pas pour vous. Les caganers de Catalogne Sud n'ont pas le monopole de l'excrément rieur. Grâce à un collègue farceur, j'ai découvert tout le charme du poop (prononcez « poupe »). « Sur une zone commentaire, notamment sur Facebook, tu tapes :poop: Tu verras, c'est marrant ! » Inconscient, je me lance. Mais de nature un peu méfiante quand même (le sourire ironique du collègue laisse deviner une fourberie), je choisis le mur d'un ami de confiance. J'écris le mot magique, je valide et mon :poop: se transforme en un ravissant... étron. Très marrant ! Certes un peu embarrassant, mais marrant. Si j'étais meilleur en anglais j'aurais su que poop a la même signification que shit ou crap. Par chance, ma victime est un fan inconditionnel des pétomanes, autre façon de transgresser son stade anal. 

Sachez-le, badigeonner le mur virtuel de quelqu'un avec des excréments tout aussi factices s'exécute avec une facilité déconcertante.  Reste à savoir quel programmateur dérangé a réussi l'exploit d'associer cette suite de six caractères à l'image d'un étron ? 
Et pour les perfectionnistes, il existe même des sites pour récupérer des « emoticons » plus élaborés. Dans la catégorie « pooping » vous trouverez des fèces fumantes, des oiseaux atteints d'entérite aiguë, un plombier arrosé ou un smiley marchant dans une crotte : il y en a pour tous les (mauvais) goûts. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue mercredi en dernière page de l'Indépendant.

Polar - "Le Chinois" de Henning Mankell disponible en poche chez Points

Une vengeance vieille de plus d'un siècle s'abat sur un petit village de Suède. Quel peut être le lien entre un jeune entrepreneur chinois et un petit village suédois ? La juge Birgitta Roslin va se retrouver impliquée dans cette vengeance traversant les siècles et les océans. Ce roman d'Henning Mankell, sans son héros fétiche, Wallander, débute dans un hameau perdu dans la neige et les forêts. Un photographe amateur, désirant immortaliser ces bourgades en voie de désertification, découvre un cadavre en partie dévoré par un loup. Un roman doublement prenant car on ne peut qu'avoir de l'empathie pour les deux parties : les Chinois du passé, la juge du présent. Entre il y a toujours cette violence, cette folie meurtrière des hommes, matière première de tout bon thriller. (Points, 8 €)

Billet - Jeu presque mortel


Haro sur les jeux vidéos. Source fréquente de discorde familiale, entre frères et sœurs notamment, l'affaire peut aller beaucoup plus loin quand l'addiction aux manettes dépasse les bornes.

L'histoire se passe en Chine. Un bon père de famille se désespère. Son fils, 22 ans, titille le joystick à longueur de journée. Sans travail, ni volonté d'en trouver, il préfère vivre par procuration sur un jeu en ligne. Le père, à bout d'arguments a l'idée du siècle. Si son fils joue, c'est qu'il gagne et y trouve du plaisir. Pour le dégoûter, il faut qu'il perde.
Dans ses jeux favoris, style World of Warcraft ou Call of Duty, perdre c'est se faire tuer. Le paternel  recrute donc sur internet des tueurs à gages... virtuels. Ils ont pour mission de s'immiscer dans les parties du fils et de tout faire pour l'occire.
Imaginez, vous êtes en plein dégommage de terroristes à tire-larigot. Concentrés sur les tirs de l'ennemi. Et tout à coup, votre coéquipier, sans crier gare, vous abat froidement. Une fois, deux fois... De quoi piquer une crise d'épilepsie puissance mille. Le jeune joueur chinois se doute rapidement de l'embrouille. Il devine aussi que son père a organisé toute la mise en scène. Une petite explication plus tard, papa annule tous les contrats. Fiston a promet de lever le pied sur les parties et de chercher sérieusement du travail.
Tout est bien qui finit bien dans ce monde virtuel où l'on peut mourir 20 fois d'affilée, ou assassiner son propre fils, sans en faire le moindre cauchemar.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant.

mardi 8 janvier 2013

Billet - Trois images au hasard pour résumer internet


Internet déverse quotidiennement un flot d'images. Sans tri, ni mise en perspective. Le « choc des photos », marque de fabrique d'un hebdomadaire, est mis en pratique à tout moment. Trois exemples vus ce week-end.  

Le ridicule absolu en visionnant, sur le site officiel de la république de Mordovie, la photo d'un Gérard Depardieu engoncé dans un costume traditionnel de cette région de Russie. A un tel niveau de tartufferie, on ne comprend pas le foin fait autour de cet exil fiscal. Notre Gégé (de moins en moins national) est devenu l'un de ces personnages outrageusement caricaturaux inventés par les auteurs de Groland... 
L'émerveillement en détaillant l’œil blanchâtre et les tentacules d'un calamar géant filmé à 900 mètres de profondeur. Le monstre marin de 8 mètres de long a fait une brève apparition devant un sous-marin japonais spécialement affrété pour le filmer. 
L'horreur en comprenant les raisons d'une collision frontale triplement mortelle près de Nantes. Un jeune de 24 ans se filme en train de foncer à 200 km/h sur une petite route départementale. Pour quelques images si prisées sur certaines plate-formes vidéo, il prend des risques déments. La collision est effroyable. Le jeune conducteur est tué sur le coup ainsi que deux autres personnes dans l'autre voiture. On ne verra pas cette image sur internet, mais on l'imagine. C'est insoutenable. 
Ainsi vont les images sur internet. Parfois belles, parfois horribles, souvent banales. Le miroir sans tain de notre société.
Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant.

BD - Les griffes du boxeur


Il y a un peu de BlackSad dans cette BD japonaise de Yoshihiro Yanagawa. Tous les personnages ont des visages de chats. De jolis matous, aux traits fins et délicats. Pourtant le héros, Nido, est un boxeur. Un dur. Surnommé la locomotive car il boxait toujours en avançant. Aujourd'hui, blessé, il est presque à la rue. Une rencontre va pourtant lui donner l'occasion de s'enthousiasmer à nouveau sur un ring. Loin d'être une BD sportive, l'histoire de Nido est surtout celle de la culpabilité d'un frère incapable de protéger son cadet. Un manga hors genre capable d'arracher quelques larmes aux plus sensibles.
« Bye bye, my brother », Casterman, 7,50 €