samedi 15 décembre 2007

BD - La tétralogie du monstre de Bilal en intégrale luxueuse


Ce gros volume reprend les dernières recherches graphiques et narratives d'un maître du genre : Enki Bilal. Une histoire à trois voix, Nike, Leyla et Amir, comme autant de représentant de cette ancienne Yougoslavie, éclatée, démantelée. Après la trilogie Nikopol, cette nouvelle saga, toujours aussi intellectuelle, encore plus expérimentale côté dessin, prouve définitivement que Bilal a encore quelques chose à dire en bande dessinée et qu'il reste le talentueux précurseur qui lui a assuré une reconnaissance européenne.

(Casterman, 272 pages, 54,95 €)

jeudi 13 décembre 2007

Thriller - L'art de la noyade, sauce anglaise

La famille, ses joies et ses déchirements, sont au centre de ce thriller psychologique anglais d'une experte du genre : Frances Fyfield.


« Une étrange pensée visita Rachel : le risque se précisait qu'elle se retrouve à demi amoureuse de tous les membres de cette fichue famille. »
Rachel Doe, executive woman londonienne, solitaire, ne vivant que pour son travail dans la finance, a vu sa vie basculer quand elle a décidé de s'inscrire à un cours de dessin. Elle est rapidement tombée sous le charme de la modèle du jour, Ivy.

Ivy, l'autre héroïne de ce thriller signé Frances Fyfield. Ancienne droguée, ayant connu les galères de la rue, elle a repris le dessus en enchaînant les ménages, de nuit, dans des sociétés où lieux publics, le salaire de modèle permettant d'améliorer l'ordinaire. Rachel va rapidement demander à Ivy de venir s'installer dans son grand appartement sans vie. Les deux femmes, la trentaine récemment passée, vont retrouver une vie de colocation d'étudiantes, passant des nuits complètes à se raconter leur vie, se confier.

De Londres à la campagne

La vie de Rachel est terne, celle d'Ivy plus tumultueuse. Ivy va vouloir présenter Rachel à ses parents. Grace et Ernest sont fermiers dans les environs de Londres. Bientôt à la retraite, ils vivotent grâce à des chambres d'hôtes. L'élevage de porcs ou de vaches laitières ne permettent plus de payer les frais de l'exploitation. Rachel, au fil des conversations avec le vieux couple, va découvrir le grand drame de la vie d'Ivy dont elle ne parle presque jamais. Ivy a été mariée avec Carl. Ils ont eu une fille et un garçon. Cassy et Sam. Alors qu'elle se baignait dans un lac sur la propriété, sous la surveillance de son père, la petite Cassie se noie. La perte de cet enfant a eu raison du couple et de la raison d'Ivy. Carl part avec Sam et coupe tous les ponts. Les grands-parents sont sans nouvelles de leur petit-fils depuis des années. Ivy a décidé de tirer un trait définitif sur le passé.

Sous le charme du juge

Rachel, face à cette famille déchirée, souffrant de ce deuil, va tenter de recoller les morceaux. Pour faire plaisir aux grands-parents, pour aider Ivy, elle va contacter Carl et lui proposer une rencontre, avec Sam. Ce dernier, devenu un jeune adulte, a tout de sa mère, notamment un pouvoir de séduction extrême. C'est en le rencontrant que Rachel se demande si elle ne va pas tomber amoureuse de toute la famille car, en plus de vivre avec Ivy, elle adore la grand-mère et n'est pas insensible au charme viril et pondéré de Carl, devenu juge.

France Fyfield, avec sa maîtrise habituelle, consacre les 200 premières pages à la description minutieuse des personnages. L'enthousiasme de Rachel, le calme de Carl, la bonhomie de Grace, les mystères d'Ivy. Pour ce qui est du suspense, ce ne sont que quelques pages, flashes hyperviolents semblant sans lien entre eux, faits divers normaux de Londres la surmenée : un homme étranglé dans une ambulance, un fan poignardé dans la foule à la sortie d'un concert... Le lecteur, au fil des chapitres, se prend d'affection pour Rachel et se met à craindre pour son avenir. Naïve, candide, elle ne se doute pas qu'en tombant sous le charme des différents membres de cette famille, elle risque surtout de se retrouver au centre d'une bataille haineuse qui n'a rien perdu de son intensité malgré les années passées.

« L'art de la noyade », Frances Fyfield, Presses de la Cité, 20 € 

mercredi 12 décembre 2007

BD - "Sergent Mastock", le pire des GI's


Les éditions Bamboo sont trop souvent réduites aux séries comiques sur les métiers, Profs, Fonctionnaires et autres Gendarmes. Mais à côté de ce filon, un peu surexploité c'est vrai, d'autres séries humoristiques plus originales tentent de se faire une place. Et certaines valent véritablement le détour comme ce Sergent Mastock du duo Hennebaut Bétaucourt. 
La couverture donne le ton, pastiche d'un comics à la gloire de l'armée américaine. L'action se passe en 1942 dans le Pacifique. Une section a pour mission de libérer des soldats US prisonniers des Japonais. Mais pour atteindre la prison, il faudra traverser toute une île. Une expédition placée sous de mauvais auspices quand les soldats remarquent dans leurs rangs Jim O'Hara, d'origine irlandaise et surtout roux, très roux. 
La poisse va donc durement frapper la section et à l'arrivée, ils ne seront pas très nombreux pour attaquer les Japonais. La caricature est féroce. Les Blancs sont des ploucs idiots et violents, le seul Noir de la section peu différent. Un Indien, Bison Malin, se révélera plus expert en crèmes hydratantes pour le visage qu'en pistage. Sans oublier Jim, Roux, naïf, véritable calamité mais incroyablement chanceux. Un premier tome bidonnant. Reste à réussir à se renouveler pour le second volume...
"Sergent Mastock", Bamboo, 9,45 € 

mardi 11 décembre 2007

BD - Charmante mais communiste


C'est vrai qu'elle est belle Alix Yin Fu, espionne chinoise au service de la triade des Tigresses blanches. Un aristocrate français lui confie « Si toutes tes copines du Parti étaient aussi bien roulées que toi, les communistes auraient une chance... » 

Belle, vierge, incorruptible... Une sacrée héroïne que Conrad anime depuis de longues années. Dans la série les Innommables d'abord, puis dans cette série racontant les jeunes années de la belle espionne Chinoise. Il bénéficie de la complicité de Wilbur pour le scénario. Wilbur qui comme son nom ne le dit pas, est en fait Sophie Commenge, compagne de Conrad, apportant cette touche de plus en plus féminine dans ces aventures où les morts violentes et trahisons sont encore monnaie courante. 

Dans ce quatrième tome, Alix doit infiltrer l'entourage de TV Soong, le financier de Tchang Kaï-chek. Cela devrait permettre aux hommes de Mao de trouver un moyen pour porter un coup fatal aux nationalistes. Conrad semble éprouver de plus en plus de plaisir à dessiner la belle espionne, multipliant les robes moulantes ou échancrées, véritables armes de séduction massive quand elle sont au service d'un tel corps...

"Tigresse blanche" tome 4, une espionne sur le toit, Dargaud, 11 € 

lundi 10 décembre 2007

BD - Rions de la réalité de la télé


Titre un peu trompeur pour cette série imaginée par Panetier et dessinée par Ghorbani. Il ne s'agit pas d'une caricature de la téléralité mais plutôt de gags et récits complets présentant « la réalité de la télévision ». Des parodies d'émission existantes, dans une chaîne imaginaire ressemblant à un mix de TF1 et de M6. Cela commence fort avec une volée de bois vert contre l'indépendance de ces rédactions dépendant d'un patron, par ailleurs gros industriels et élu de la République. 

Parmi les présentateurs « récurrents », Sébastien Lourdingue, le titulaire de la météo. Ses chiffres d'audience sont catastrophiques. Mais difficile pour le directeur des programmes de virer le... neveu du patron. De copinage et de piston il en est également question dans une parodie de l'émission de Laurent Ruquier. Parodie très proche de la réalité tant il est vrai que l'autopromotion et la flagornerie entre chroniqueurs est une réalité de ces émissions censées nous dire ce qui est bien... 

Les deux auteurs s'attaquent également aux séries télés, proposant une version très masochiste de « Prison Break ». Reste le meilleur, trois pages sous forme d'une bande annonce vantant la nouvelle série « Perdus ». L'histoire de rescapés d'un naufrage peu ordinaire.

"Télé réalité", Vents d'Ouest, 9,40 € 

dimanche 9 décembre 2007

BD - Du silex au quartz avec "Neandertal"


En ces temps anciens, reculés, obscurs, les hommes vivaient en clans et n'avaient qu'un but : ramener suffisamment de nourriture pour satisfaire toutes les bouches. Dans une grotte, Laghou de la tribu du clan de l'Ours, ne participe pas aux chasses. Il est boiteux. Mais il est quand même très utile à ses frères car il est adroit de ses mains et sait parfaitement tailler pierres et silex, essentiels pour fabriquer des armes efficaces. 

Roudier, en débutant une nouvelle saga préhistorique, notamment sur les us et coutumes de l'homme de Neanderthal, plonge le lecteur dans un monde rude et sans concessions. Mais déjà avec des traîtrises pour acquérir le pouvoir. Quand le chef du clan est blessé mortellement par un bison, les autres guerriers décident de le venger. 

Une chasse dangereuse au cours de laquelle un ambitieux en profite pour éliminer ses rivaux, histoire de devenir le nouveau chef. Laghou est témoin de cette forfaiture. Il décide de venger ses frères assassinés. Pour cela il devra acquérir une arme redoutable : le cristal de chasse connu de nos jours sous le nom de quartz. 

Ne manquez pas dans cet album des planches muettes d'une grande pureté et essentielles dans la narration.

"Neandertal", Delcourt, 12,90 €

samedi 8 décembre 2007

Thriller - Vous n'oublierez pas la Villa Nirvana

Une maison au bout du monde, sur le Cap de Bonne-Espérance, imaginée par Vincent Crouzet. Un espion français va s'y damner.

Pas de doute, si Vincent Crouzet est un écrivain français, son inspiration il la trouve en Afrique australe. Après « Rouge Intense », thriller se déroulant dans le milieu des trafiquants de pierres précieuses, il revient sur ce bout de terre qu'il connaît bien en nous faisant visiter la « Villa Nirvana », maison au cœur de ce roman haletant et angoissant.

François Vargas, agent de la DGSE, est envoyé en Afrique du Sud par sa hiérarchie. Cet homme de l'ombre, habitué aux actions dangereuses et violentes, écope d'une mission aussi étonnante que monotone. Moby Dick, surnom d'un gros bonnet du trafic d'armes, installé dans la région, devait être surveillé par un agent français, Bruno, un compagnon d'armes de François. Mais depuis quelques jours, Bruno ne donne plus aucun signe de vie. Que s'est-il passé ? François a pour mission de le découvrir, tout en reprenant la surveillance de Moby Dick. Pour ce faire, il va se faire passer pour le frère de Bruno.

Un vent obsédant

François débarque donc un beau matin dans le petit village touristique de Scarborough, prend contact avec la police locale et récupère les actifs de son supposé frère : une voiture (un vieille Coccinelle), une villa en location, du matériel de plongée, une bonne, une maîtresse... Tout ne viendra pas d'un coup. Le premier contact avec la vie de Bruno ce sera la maison. Villa Nirvana, bâtisse perdue au bout d'une impasse, accolée à une autre résidence en travaux. Travaux visiblement abandonnés. Les voisins les plus proches ce sont des babouins, agressifs et protégés car en voie d'extinction. Et puis le vent, le Docteur. Au souffle puissant et aliénant qui, telle la Tramontane parfois en Catalogne, a tendance à faire dérailler François Vargas : « Putain de vent. Au départ, il a gémi. Puis il a hululé. J'ai perçu comme un galop. Il ne doit subsister que de la lande dans ce coin, tout autour. Un désert de lande. Rien ne résiste éternellement à cette force pure, mais encore à ce bruit qui court longuement avant de frapper ».

Le grand requin blanc

Après avoir fait connaissance avec le décor et les éléments, François va aller au devant des habitants. Tous bien mystérieux. En majorité très pessimistes sur l'avenir de Bruno. Il aurait été boulotté par un grand requin blanc alors qu'il nageait dans l'océan Indien. C'est la version de trois vieilles commères et de l'épicier du coin. La bonne de Bruno, une superbe princesse de sang Xhosa, vivant dans un bidonville et nettoyant les crasses des Blancs pour survivre, fascine François. Il tente vainement de percer son mystère.

Et puis un jour apparaît Kimberley. Une jeune femme très sportive, chef des coast gards de la région, marquée dans sa chair. Adolescente, un hameçon lancé par un de ses frères lui a déchiré la bouche. Depuis elle ne sourit que d'un côté. Mais en permanence. Kim qui était la maîtresse de Bruno. Kim qui a déjà perdu, au cours de nuits de lune noire, son mari puis son fils. Tous mangés par un requin blanc gigantesque que depuis elle chasse.

Avec maestria, en excellent stratège littéraire, Vincent Crouzet place ses pions dans ce décor unique, avec cavaliers, fous et... Reines. Sans oublier de nous dévoiler, par petites touches, la véritable personnalité de François qui, espion oblige, a souvent menti au cours de sa vie professionnelle. Mais pour ce qui des menteurs, il semble être tombé sur un nid grouillant de spécimens tous plus virtuoses les uns que les autres. Il finira cependant par découvrir le vérité, l'incroyable vérité.

« Villa Nirvana », Vincent Crouzet, Flammarion, 19,90 € 

vendredi 7 décembre 2007

BD - De sept en sept...

Après les Sept psychopathes recrutés pour assassiner Hitler, voici les sept voleurs réunis pour voler le trésor des nains, caché dans une montagne gardée par un dragon. On apprécie particulièrement les 20 premières planches, celles où on découvre les personnalités des voleurs et comment ils sont recrutés. 

Ebrinh et Ivarr, deux humains repérés, l'un pour son adresse à l'arc, l'autre pour sa faculté à forcer toutes les serrures, s'imposent vite comme les plus sceptiques du groupe composé en outre de deux nains, de deux orcs et d'un brave paysan, force de la nature n'ayant jamais quitté son village natal. Ils devront longuement marcher dans la forêt, ensemble, pour atteindre enfin le pays des nains et tenter de s'emparer du trésor. 

Le scénario de David Chauvel regorge de référence aux grands classiques de l'héroic-fantasy. C'est lui qui a développé le projet 7 et il a logiquement demandé au dessinateur d'Arthur, Jérôme Lereculey, de se charger de la mise en images de cette somptueuse saga.

Et si vous n'en avez pas assez du chiffre 7, vient de paraître le troisième titre de la série, « Sept Pirates » par Bertho (scénario) et McBurnie (dessin).

"Sept voleurs", Delcourt, 13,95 € 

jeudi 6 décembre 2007

BD - Alix et l'Ibère

Alix et Enak sont toujours au service de César. L'empereur romain, après avoir conquis la Gaule, s'attaque à la péninsule ibérique. Mais le peuple des Ibères est fier et difficile à soumettre, le stratège romain va s'en rendre compte à ses dépens. Sur ces terres arides, bordées par la Méditerranée, Alix semble las de ces batailles et conquêtes sans fin. César le comprend et lui offre une splendide ferme, idéalement placée. Mais pour cela il en chasse manu militari les actuels propriétaires, une famille d'Ibères vivant jusqu'alors en paix... 

Alix bien évidemment refuse, César insiste. Notre héros, contraint, s'installe dans le vaste bâtiment. Une nuit, il est capturé par une bande de rebelles ibères. A leur tête Tarago, fier guerrier prêt à tout pour libérer son peuple du joug romain. Entre lui et Alix, tout est prétexte à désaccord. Un face à face où forcément il y aura un vainqueur et un vaincu. 

Tout l'album, écrit par Jacques Martin, François Maingoval et Patrick Weber, est construit sur cet antagonisme rédhibitoire. Pourtant les deux hommes, fonctionnent sur le même principe et pourraient s'apprécier... Ce long duel peuplé de coups de théâtre a été dessiné par Christophe Simon. L'esprit de Jacques Martin est parfaitement conservé.

"Alix" n° 26, Casterman, 9,50 € 

mercredi 5 décembre 2007

BD - Eau trouble dans les avens

Troisième et dernière partie de cette exploration d'un Aven imaginé par Stefan et Laurent Astier. Un dernier épisode qui alterne flashbacks dans la jeunesse de quatre notables de ce village et enquête de nos jours, de plus en plus compliquée, de l'inspecteur Walec sur une inexpliquée vague de suicides. Walec se lance à la poursuite d'un mystérieux tireur. 

Ce dernier trouve refuge dans une immense grotte, d'où jaillit la source d'eau pétillante qui a fait la fortune du village. Walec ne se doute pas que quelques décennies auparavant, quatre jeunes adultes, à quelques jours de leur départ sous les drapeaux, avaient suivis dans cette même grotte une jeune femme. Cette dernière, étrangère, mystérieuse et farouche, participe avec son père à un véritable sabbat de sorcière. 

Mais si trois des jeunes témoins involontaires n'osent bouger de leur cachette, ce n'est pas le cas du plus riche, le plus arrogant, le plus saoul également ce soir-là. Une soirée lourde de conséquences pour les quatre amis. Walec, sans le vouloir, va se retrouver, de nos jours, au premier rang pour solder ce lourd héritage. 

Une fin très noire, mais qui est logique, tant cet Aven est un lieu à part, loin des conventions et de la morale.

"Aven", Vents d'Ouest, 9,40 €