lundi 24 septembre 2007

Roman US - Tranches de vie sur un « Campus »

La réputation sans faille du lycée d'Ault rassemble l'élite du gratin de la côte Est des USA, dans laquelle Lee tombe comme un cheveu sur la soupe.

Ault, campus prestigieux de la côte Est, dans les collines verdoyantes du Massachusetts, est un univers réservé par tradition aux vieilles familles riches. Fermés et élitistes, les élèves fortunés (la majorité) intègrent difficilement dans leur cercle restreint les élèves boursiers. C’est le cas de Lee Fiona, qui, venant du fin fond de sa campagne de l’Indiana, constate très vite, à ses dépens, la différence flagrante de comportement de ses condisciples aisés envers elle. Elle partage d’ailleurs une chambre avec Sin-Jun, très discrète et très correcte avec sa copine moins fortunée. Ce qui n’est pas le cas de Dede, toujours prête à lancer un propos acerbe ou un sous-entendu méchant. Mais vaille que vaille, Lee supporte tout et se consacre à ses études, consciente de sa chance de pouvoir les poursuivre dans ce lycée prestigieux.

Enfin une amie

Lors d’un cours de sport, Lee se retrouve à faire équipe avec Conchita, qui, à son grand étonnement, ne sait pas rouler à vélo et à qui elle propose de lui apprendre. "Je fis la connaissance de Conchita Maxwell au printemps, le premier jour d’entraînement de lacrosse. (...) Je savais que Conchita n’avait pas de petit ami et il ne me semblait pas non plus que Conchita ait beaucoup de copines." Elle tombent d’accord sur le côté "différent" de Ault. "Les choses sont différentes sur la côte Est, observai-je d’un ton évasif. C’est peu de le dire, répliqua Conchita en riant. Quand je suis arrivée ici, j’ai eu l’impression d’atterrir sur une autre planète." Et Lee continue d’observer ses condisciples, tout en essayant de ne pas tomber dans les jugements stéréotypés. A toutes occasions, elle se place comme observatrice extérieure, examinant les autres élèves comme un entomologiste ses insectes.

Pendant les "dîners officiels" mensuels par exemple, "tout devenait à la fois immense et lointain, et quelques chose se passait là-bas, très loin - une image confuse d’élèves bien habillés gagnant des tables couvertes de nappes blanches et de plats argentés."

Cross, le beau gosse

Le décalage avec la réalité n’arrange pas les interrogations existentielles de Lee et ses fréquentations fragmentées avec les "autres". Elle ne peut cependant pas s’empêcher de remarquer le beau Cross Sugarman, tout en sachant pertinemment qu’elle ne pourra jamais même approcher ce beau gosse issu d’une famille richissime. Quoique...

Entre les problèmes relationnels de Lee avec les étudiants comme avec les professeurs, le fossé qui se creuse avec ses parents et les premiers émois amoureux de son héroïne, Curtis Sittenfeld fait mouche avec son "Campus" élu meilleur roman de l’année 2005 par le New York Times. Le grand nombre de dialogues rendent la lecture de ce best-seller légère comme une plume. L’écriture et le style parfaitement maîtrisés confirment le talent de l’écrivain.

« Campus », Curtis Sittenfeld, Presses de la Cité, 22 € c

samedi 22 septembre 2007

BD - Bruxelles la mystérieuse

Retour à Brüsel, la capitale belge fantasmée par Schuiten et Peeters, héroïne indirecte de la série des « Cités obscures ». Brüsel où arrive un géant barbu. Gholam Mortiza Kahan, fier guerrier Bugti, arrive avec des bijoux de son peuple qu'il espère vendre à Elsa Autrique. Cette dernière est fascinée par le pendentif de l'homme. 

Mais il ne veut pas le vendre, c'est une prise de guerre, le chef des Moktars le portait à son cou. Gholam accepte cependant de lui prêter quelques jours pour qu'elle en réalise une copie. En sortant, il est renversé par un tramway. C'est à partir de ce moment que des phénomènes inexpliqués perturbent le quotidien de la capitale. 

Des pierres apparaissent dans un appartement, ailleurs c'est du sable qui remplit les pièces. Un cuisinier enrobé constate qu'il s'allège de jour en jour... Des cas qui sont du ressort de Mary Von Rathen, l'enfant penchée. Une histoire fantastique et poétique, sous la forme d'un album de 120 planches à l'italienne, donnant toute sa force au dessin en bichromie de Schuiten.

("La théorie du grain de sable", Casterman, 17,50 €) 

vendredi 21 septembre 2007

BD - Huis-clos par Bézian

Huis-clos à la Hitchcok pour ce gros album de 80 pages signé Bézian, virtuose du dessin n'ayant malheureusement jamais rencontré le succès populaire que mérite son talent. Un thriller, avec tueur en série, flic idiot, femme fatale et suspects à la pelle. Dans l'immense villa d'un richissime éditeur, une soirée est donnée pour célébrer le succès annoncé d'un thriller. 

Boris Lentz forme avec Alice un couple très en vue. Leur résidence, construite sur une île au centre d'un lac est luxueuse. La policie, sur les traces de Boone, un tueur en série dont le dernier forfait a été commis à Barcelone, est repéré dans la région. L'inspecteur Fix va donc investir la villa et tenter de piéger l'assassin. 

De tous les personnages présentés par Bézian, le plus important reste la villa. Aux lignes épurées et modernes, elle rend l'ambiance encore plus lourde, inquiétante. Immenses terrasses, salon grand comme une église, tunnel pour accéder à l'extérieur : tout est en place pour que la vie et la mort se disputent les quelques dépouilles d'intellectuels trop gâtés. Un bijou graphique à découvrir.

("Les Garde-fous", Delcourt, 16,50 €) 

jeudi 20 septembre 2007

BD - L'éducation d'un elfe


Après l'histoire de Ghorghor Bey, voici celle de Pile-ou-Face. Les arcanes de la Lune Noire permettent de mieux appréhender le monde imaginé par Froideval et mis en images par Ledroit puis Pontet. 

Dans cette histoire complète se déroulant avant le début de la série principale, c'est Angleraud qui est au dessin. Il signe de très nombreuses doubles planches qui feront l'admiration des amateurs de scènes fourmillant de personnages. Avant de devenir Pile-ou-Face, cet elfe des forêts vivait paisiblement dans un arbre centenaire. Le passage d'un ogre a bouleversé sa vie. 

Capturé par un dragon, il a été élevé en compagnie d'un bébé dragon avant d'être vendu au chef des voleurs de la grande ville. Là, il apprendra à voler mais également à devenir dur avec ses compères, méchant et sans pitié quand il le faut pour se faire respecter. 

De petit être de la forêt, innocent et joyeux, il deviendra un redoutable tueur, armé de deux épées magiques lui donnant ce nom de Pile-ou-Face. Une belle histoire et des dessins époustouflants.

("Les arcanes de la Lune Noire", Dargaud, 13 €) 

mercredi 19 septembre 2007

BD - Jeu vidéo absolu avec Backworld


Vous avez certainement entendu parlé de Second Life. Backworld est un peu la version suivante de ce jeu de réalité virtuelle. Avec le jeu, est fourni des lunettes sensitives donnant réellement l'impression au joueur de plonger dans une réalité autre, virtuelle mais incroyablement vraisemblable.  

Un jeu encore en test, c'est pourquoi Terry Hackman, champion du piratage informatique, est payé pour en découvrir les failles. Mais Terry va rapidement se rendre compte que ce jeu est très supérieur à tout de ce qui existait auparavant. Et une fois connecté, pas évident de décrocher. Le scénario de Corbeyran ne tente pas trop les explications scientifiques et savantes.  

Il se contente d'entraîner le lecteur dans le lent cauchemar du héros, pris au piège d'une intelligence artificielle sans aucune humanité. Lucien Rollin, au dessin réaliste de plus en plus sombre, semble s'économiser dans cet album se lisant vite et s'achevant sur un fort suspense. Pour connaître le fin mot de l'histoire, il faudra attendre les deux prochains volumes de ce triptyque.  

 ("Backworld", Glénat, 12,50 €) 

mardi 18 septembre 2007

BD - Enfer vénitien du futur sous la plume de Serpieri


En se lançant dans la bande dessinée, l'éditeur généraliste Robert Laffont n'a pas fait dans le détail en recrutant Jean Dufaux et Paolo Serpieri. Le scénariste de Giacomo C, Murena et autres succès s'associe au dessinateur italien qui a enchanté plusieurs générations de lecteurs avec les courbes généreuses de Druuna. 

Leur série, intitulée « Les enfers », se déroule dans une Venise du futur, polluée, robotisée. Le doge, à la tête d'une milice sans pitié, cherche des clés lui permettant d'ouvrir les portes du paradis. Des clés en possession de la jeune et belle Saria, surnommé La Luna, princesse de cet univers trouble. Un premier tome palpitant au dessin d'un réalisme époustouflant.

« Les enfers », Robert Laffont BD, 14,95 euros 

lundi 17 septembre 2007

BD - Sibérien

Alors que Moscou se prépare à la révolution d'octobre, un jeune étudiant en médecine, pour échapper à la répression du Tsar, accepte de prendre la responsabilité d'un hôpital dans un village perdu en Sibérie. Alexandre mettra de longs mois pour se faire accepter des villageois, ces derniers préférant demander conseil à la femme de ménage qu'à ce « Tue-la-santé ». 

Loin de la ville, il va apprendre à vivre au gré des saisons. Moissons l'été, longue attente quand vient le vent de l'hiver. Un vent qui fait également sortir de sa tanière une mystérieuse et sauvage bête. 

Premier album en français de Jaime Martin, valeur sûre de la BD espagnole.

« Ce que le vent apporte », Jaime Martin, 13 euros


dimanche 16 septembre 2007

BD - Les opposés s'attirent


Elle est bio, zen, attentive à ses chakras et suit une thérapie. Il est macho, coureur de jupons, viande rouge et blague salace. Ils n'ont rien en commun en pourtant, le temps de quatre saisons, ils vont se rencontrer, s'aimer, se séparer. 

« Les boules vitales », récit de Sylvain Ricard dessiné par Charles Masson, raconte la vie de deux êtres perdus dans notre société actuelle, se raccrochant à des repères diamétralement opposés, mais qui parviennent quand même à se rencontrer et faire un bout de chemin en commun. 

Mais loin d'être une simple bluette, cette BD de 120 pages a une fin tout à fait réaliste, à l'image de notre époque...

« Les boules vitales », Futuropolis, 17 euros 

samedi 15 septembre 2007

BD - Le roi des machos


Planquez vos abattis, Pascal Brutal est de retour... Pascal Brutal c'est une gourmette, des baskets torsion, un bouc et des phéromones en pagaille (surtout quand il oublie d'acheter du déodorant...). Intitulé « Le mâle dominant », ce second recueil d'histoires courtes publiées dans Fluide Glacial nous dévoile un peu plus la personnalité de cet homme, un vrai, imaginé par Riad Sattouf. 

Pascal Brutal, enfant de la banlieue, dans ce futur proche où la présidence de la République est assurée par Alain Madelin, a pléthore d'occasions de prouver sa virilité débordante. Il a beaucoup de succès avec la gent féminine. Il parvient dans une histoire à coucher avec 49 femmes en une après-midi. Un défi qu'il s'était lancé après s'être surpris à rêver d'embrasser un homme. Et malgré l'épuisement sexuel résultant de cette débauche de coïts et de domination, en rentrant chez lui, quand il croise trois ouvriers en salopette, Pascal Brutal a une brusque envie de se faire prendre. 

Pauvre héros macho, particulièrement malmené en Belgique devenue une gynarchie : système politique et social de la domination violente de la femme sur l'homme. Humour dévastateur, sans tabou, se moquant ouvertement de ces frimeurs banlieusards, la BD de Riad Sattouf devrait rapidement devenir culte. 

("Pascal Brutal", tome 2, Fluide Glacial, 9,95 €) 

vendredi 14 septembre 2007

BD - Maigret parodié

Pas évident de réussir une parodie. A ce jeu risqué, Veys et Alvès s'en tirent avec les honneurs, signant en cette rentrée de septembre un des titres de la nouvelle collection BD des éditions Robert Laffont. 

Le commissaire Malgret, comme le héros de Simenon, fume la pipe, a un imper et fait intervenir sa femmes dans ses enquêtes. Mais il y a une foule de détails qui transforment le perspicace policier en gagman irrésistible. Lassé des gaffes de ses deux adjoints, il décide de prendre quelques jours de repos chez les parents de sa femme dans le petit village de Saint-Pouacre. Et le festival commence. N'ayant pas son permis, il veut quand même arriver au volant. Il renverse donc le berger et défonce les statues du manoir de ses beaux-parents. 

Autre différence avec Maigret, Malgret a u succès fou auprès des femmes. Il doit subir les assaut de l'aubergiste et de la bonne du château. Et pour compliquer le tout, il est confronté à une histoire de fantômes, d'accidents à répétitions et de tentatives de meurtres sur sa personne. 

Truffée de gags, cette BD est dessinée dans un style très ligne claire par Christophe Alvès. 

("Malgret", Robert Laffont BD, 13,95 €)