dimanche 1 septembre 2024

BD - Les plaies du CP


L'entrée au CP (cours préparatoire) marque le véritable début du parcours scolaire de milliers de petits Français. C'est dans cette classe qu'on apprend à lire, écrire, compter. Un véritable passage, essentiel pour la formation future. Lauriane Chapeau, dans ce roman graphique témoignage intitulé Petite grande et dessiné par Violette Benilan, tente de se souvenir de son année au CP.

Elle quitte une maîtresse adorée pour un maître qui la terrorise. Il est sévère. Comme tous les autres enfants de la classe, elle est sous son emprise. Captive. Silencieuse. Abusée... Elle ne dira rien de toute l'année scolaire, apprendra à mentir, à dissimuler son mal-être. Le scandale éclate quelques années pus tard quand la petite sœur de Lauriane est elle aussi victime du pédophile.


Elle réclame une salopette à sa mère Et ce n'est pas un caprice, c'est juste « pour que le maître il puisse pas me faire des câlins ». Au procès, Lauriane refusera de témoigner. L'instituteur sera écarté. Mais pas mis hors de nuire. La première partie de la BD raconte les faits.

La suite, c'est le récit de la reconstruction de la scénariste. Car personne ne peut sortir indemne d'une telle épreuve. Elle racontera son adolescence rageuse, ses études perturbées et ses doutes face au monde du travail. Comment elle cherchera sa voie professionnelle, la trouvera et pourra enfin oublier le traumatisme. Aujourd'hui elle veut témoigner, raconter, expliquer qu'on peut s'en sortir, aimer, avoir des enfants. Les aimer.

La Petite grande va vous émouvoir et aussi vous donner un bon coup de peps face aux petites (si petites comparées à d'autres...) contrariétés de la vie.
«Petite grande», Glénat, 136 pages, 22 €

BD - Le camion fantôme des "Ames noires"


La Chine reste le premier pays pollueur au monde. Essentiellement en raison de son usage intensif du charbon. Mais comment faire autrement pour des millions de gens qui sans le précieux minerai mourrait de froid en hiver ? Le charbon qui est au centre du roman graphique Les âmes noires. Yuan fait partie des presque privilégiés. Il possède un camion. De quoi permettre à sa famille (une femme et une petite fille) de vivre dignement.

Chaque jour, il se rend dans une mine (légale ou illégale, il n'est pas regardant), charge du charbon et l'amène à quelques kilomètres où il est déchargé et racheté par des commerçants. Toute une économie, où chacun prélève un salaire.


La vie de Yuan bascule quand son intermédiaire habituel lui propose un nouvel acheteur. Qui n'existe pas. C'est un guet-apens. Le camion est volé, Yuan laissé pour mort. Ce polar dans une Chine sombre, minéral, sans la moindre verdure ni espoir, est signé Ducoudray, scénariste amateur des mondes sombres où la misère tue autant que les maladies ou le capitalisme.

Si Yuan veut tant retrouver son camion, c'est avant tout pour pouvoir revenir chez lui et continuer d'assurer un semblant d'avenir à sa petite fille.

Fred Druart, au dessin, signe des planches d'une réelle beauté malgré les paysages lunaires et désertiques, la noirceur de l'ensemble et le pessimisme, seul sentiment qui réussit à émerger de sous la couche noire et charbonneuse qui recouvre ces vies tristes et fatalistes.
« Les âmes noires », Dupuis, 128 pages, 21,95 €
 

samedi 31 août 2024

Cinéma - Pierre Richard enchante avec sa bande de « Fêlés »

 Nouveau film pour mieux comprendre le handicap, « Fêlés » permet à Pierre Richard de faire rayonner sa bonté.

Basé sur une histoire vraie, ou du moins un vrai lieu, le film Fêlés de Christophe Duthuron raconte comment une maison communautaire, unique en France, accueillant des handicapés mentaux ou malades souffrant de dépression, tente de préserver ses murs. La maison Arc-en-ciel est une association à Marmande dans le Lot-et-Garonne. Et le film de Christian Duthuron se déroule sur place, avec la collaboration des patients.

Des « malades » qui sont responsabilisés puisque ce sont eux qui gèrent le lieu. Forcément c’est un joyeux bazar, dont les angles sont arrondis dans le film par Pierre (Pierre Richard) et Daniel (Bernard Le Coq), d’anciens soignants au service des adhérents. Ils ont abandonné leur blouse blanche comme le recommandait François Tosquelles, l’inspirateur du projet.

Ce psychiatre catalan, arrivé en France parmi la cohorte des réfugiés de la Retirada, a révolutionné la pratique hospitalière psychiatrique en Lozère. Pierre en est le digne successeur. De plus en plus âgé, veuf inconsolable, il ne supporte pas quand la mairie veut récupérer les murs de la Maison Arc-en-ciel qu’il a créée avec son épouse et dont les cendres sont répandues dans le jardin.

Pourtant les patients ne se retrouvent pas à la rue. Au contraire, ils auront un lieu encore plus grand, plus adapté. Mais Pierre s’accroche et persuade les adhérents de tout faire pour racheter le bâtiment. C’est le début de la partie comédie du film réalisé par un spécialiste puisqu’il a déjà à son actif deux volets des Vieux fourneaux. Comment trouver l’argent nécessaire ?

Dans des assemblées générales, les idées fusent. Vendre des gâteaux, se débarrasser de ses vieilleries, organiser une tombola… Rien qui dépasse les 100 euros de bénéfices. Alors un commercial en plein burn-out lance l’idée du crowdfunding (qui devient cocooning dans la bouche d’une pensionnaire), mais dès le tournage du film promotionnel, on rit des limites de l’exercice.

Ce film, mélange savoureux de vraie vie et de numéros d’acteurs, est porté par Pierre Richard. Vieux complice du réalisateur, le comédien installé dans l’Aude est un Pierre très crédible. Son côté doux rêveur, sa nostalgie, ses aveuglements ou enthousiasme. Cet ancien infirmier a parfois des airs de patient de moins en moins « stabilisé ».

Un grand numéro pour le jeune octogénaire qui a encore bon pied bon œil et sait emporter la sympathie des spectateurs. Il est l’atout humour du film, avec, il faut le reconnaître, l’ajout des pitreries des Chiche Capon, quatre olibrius qui eux, tout en étant de véritables comédiens, sont complètement fous à lier !

Comédie française de Christophe Duthuron avec Pierre Richard, Charlotte De Turckheim, Bernard Le Coq

 

vendredi 30 août 2024

Cinéma - L’argent, « La belle affaire » à faire fructifier


Tous les nostalgiques des anciennes monnaies nationales (avant l’euro) comprendront pourquoi certains billets de banque ont plus de valeur sentimentale que d’autres. Dans La belle affaire, comédie allemande de Natja Brunckhorst, ce sont des deutsche marks qui jouent ce rôle de madeleine. Et plus précisément ceux qui circulaient en RDA, la partie soviétique de l’Allemagne vaincue et divisée.

L’action du film se déroule au cours de l’été 1990 dans un quartier populaire d’une petite ville de RDA. Alors que toute une société s’écroule, le chômage frappe ceux qui rêvaient de capitalisme et de la consommation à outrance qui va avec. La réalité est moins reluisante. C’est dans ce contexte que quelques amis apprennent que les billets de RDA sont stockés près de chez eux, dans de vastes galeries souterraines.

Au cours d’une expédition mouvementée, ils repartent avec plusieurs sacs à dos pleins de liasses. Il leur reste trois jours pour convertir la monnaie qui n’a plus cours en billets ouest-allemands. Mais ce sont des millions qu’ils ont dérobés. Comment augmenter le pactole ? De comédie de voleurs amateurs, le film prend des airs de douce utopie quand tout le quartier joue collectif pour récupérer ce que ses habitants considèrent comme « l’argent du peuple ».

Avec Sandra Huller (femme libre partagée entre deux amants) en tête de distribution de ces sympathiques arnaqueurs, on assiste à leur triomphe éphémère. Éphémère car la cupidité va semer le doute dans le groupe. Et les experts en placements financiers de l’Allemagne de l’Ouest ne comptent pas se laisser plumer aussi facilement.

Une comédie tendre sur la force d’un peuple qui ne savait pas où il allait, profitant juste au jour le jour de cette denrée dont il a trop longtemps été privé : la liberté.

 Comédie allemande de Natja Brunckhorst avec Sandra Hüller, Max Riemelt, Ronald Zehrfeld

jeudi 29 août 2024

En vidéo, “N’avoue jamais”


Si la vengeance est un plat qui se mange froid, l’adultère est la sauce pimentée qui rendra le repas encore plus compliqué à digérer. N’avoue jamais, film d’Ivan Calbérac qui sort en DVD chez Wild Side, marque la 12e collaboration entre Sabine Azéma et André Dussollier.

20 ans après Tanguy, ils sont toujours mariés. Mais à plus de 70 ans, le mari découvre que son épouse l’a trompé… 40 ans plus tôt. Ancien militaire, à cheval sur les principes, il décide d’aller corriger son rival joué par Thierry Lhermitte. Mais l’arthrose et les rhumatismes ne font pas toujours bon ménage avec la vengeance. Une comédie enlevée, sur un 3e âge tonitruant et plein de principes.

On rit. Jaune parfois, mais on rit de ces déboires conjugaux à rebours.

mercredi 28 août 2024

Rentrée littéraire - Amélie Japon


33 ! L’impossible retour est le 33e roman d’Amélie Nothomb. Un titre énigmatique et un peu contradictoire : comme chaque mois de septembre, le nouveau roman de la célèbre Belge sera de retour en tête des ventes. Mais si ce texte parle de sa vie, il n’est pas du tout question de la rentrée littéraire mais d’un voyage au Japon. Le pays qu’elle affectionne le plus.

Même si elle y a vécu des expériences traumatisantes (se souvenir de Stupeur et tremblements). Amélie Nothomb, en 2023, retourne à Kyoto et Tokyo pour y servir de guide à une amie photographe. Quelques jours pour retrouver des sensations, des plaisirs, des ivresses incomparables. Assez différent de ses autres romans, ce récit alterne visite de temples, rencontres symboliques et réflexions, souvent édifiantes, sur le pays et ses habitants. Si l’amie est assez détestable, Amélie retrouve calme et sérénité dans ce monde comme figé dans les conventions.

Reste quelques fulgurances, comme cette réflexion quand elle entame la relecture d’un roman de Huysmans : « Bien plus que lire, relire est un acte d’amour. Prendre le risque de réexpérimenter un coup de foudre, s’agissant d’un acte aussi intime que la possession littéraire, c’est insensé. » On rit aussi quand elle raconte son passage dans le café des lapins et comment un léporidé, « adorable petite bête, vient déposer des crottes sur mon pied. » Bienvenue au Japon !
« L’impossible retour » d’Amélie Nothomb, Albin Michel, 164 pages, 18,90 €

mardi 27 août 2024

Rentrée littéraire - Trois génies se rencontrent à Londres en 1938


Le 19 juillet 1938, à Londres, Stefan Zweig, écrivain autrichien en exil, a organisé la rencontre entre Sigmund Freud et Salvador Dalí. Durant quelques heures, trois génies du XXe siècle ont discouru sur le devenir du monde, des arts ou de la politique.

C’est Clémence Boulouque qui a imaginé ce conclave de grands esprits si dissemblables. Freud est lui aussi en exil. Chassé de son pays par les nazis. Dalí, qui est accompagné de Gala, semble vénérer l’inventeur de la psychanalyse. Même si le peintre catalan, fidèle à son credo, est incapable d’apprécier autre chose que sa propre personne. La romancière joue parfaitement de l’incongruité du conclave.

Freud, vieillissant, malade, semble s’amuser des saillies de ce fou. Ce dernier, avant même de pénétrer dans le salon de Freud, a une révélation : « Voilà ma prophétie : le cerveau de Freud a la forme d’un escargot. Une sorte de spirale que l’on pourrait extraire avec une fourchette. » Escargots contre anguilles, c’est un des passages, succulents, de ce texte.

Reste les considérations de Zweig sur la situation de l’Europe, la persécution des Juifs, la montée du fascisme. Des passages graves, très éloignés des excentricités de Dalí, comme pour rappeler que rares sont ceux qui arrivent à deviner les catastrophes avant qu’elles ne soient inéluctables. Il suffit de savoir lire le langage des ombres.
« Le sentiment des crépuscules », Clémence Boulouque, Robert Laffont, 176 pages, 19 €

lundi 26 août 2024

BD - Dernières décisions de managers ridicules


Depuis le résultat des élections législatives anticipées, le président s’est fait discret sur le front des allocutions officielles. Alors ceux qui sont en manque (toutes les perversions existent dans ce triste monde…) doivent lire de toute urgence ce recueil de gags intitulé Dernière réunion avant l’apocalypse.

Dès la première page on voit le président, torse nu, un superbe tatouage maori sur l’épaule et le poitrail, expliquer aux citoyens que « l’apocalypse et la fin du monde auront lieu demain à 19 heures. » Sur cette nouvelle sensationnelle, Karibou (scénario) et Chavant (dessin), vont raconter, heure par heure, ce qu’il se passe dans la société, notamment au travail. Car sous couvert de message messianique, c’est une sévère critique du monde économique qui est proposée pour assouplir nos zygomatiques.

Les managers en prennent pour leur grade, eux qui veulent profiter de l’échéance pour pressuriser encore plus leurs subordonnés. Certains acceptent, oubliant que c’est leur dernière journée de boulot, d’autres se rebellent. Surtout pour tenter de prendre la place de leur N + 1 avant 19 h. Et les primes de fin d’année (qui n’arrivera jamais…) qui vont avec.

Le meilleur reste les gags avec le président. On sent le frustré décidé à utiliser au maximum ses prérogatives. Toute ressemblance avec…
« Dernière réunion avant l’apocalypse », Delcourt, 64 pages, 13,50 €

dimanche 25 août 2024

Rentrée littéraire – Le chantage ultime selon Philippe Vasset


Une confession. Un mode d’emploi. Un roman. Ce texte, signé Philippe Vasset, joue sur plusieurs tableaux. Dont celui de la vérité cachée, car l’auteur, en plus d’être écrivain, est aussi journaliste. Tout n’est donc pas inventé dans ce monologue.

Un ancien photographe de presse, la cinquantaine, après avoir vivoté en vendant ses clichés aux magazines à scandale, il a préféré monnayer ses négatifs directement auprès du sujet. Une star, un politique ou un capitaine d’industrie, souvent surpris en galante compagnie. Voilà comment on passe de la rubrique people à celle de maître-chanteur. C’est risqué, mais le jeu en vaut la chandelle. Le roman raconte tous les trucs et ficelles de cet expert. Comment il recrute ses rares complices.

Généralement d’anciennes victimes, dont il sait qu’elles ne le trahiront jamais au risque de voir ressortir des dossiers noirs. Son petit business bascule quand il croise la route d’une bande de jeunes femmes aussi effrontées qu’ambitieuses. Malgré des réticences, il va s’associer aux « filles » et monter en grade. Dans les rançons mais aussi les « cibles ». Toute la difficulté dans ce genre d’exercice littéraire est de proposer une fin crédible et pas trop décevante.

Avouons que Philippe Vasset, en retournant complètement le sens de la confession, a une idée géniale. Qui donne l’envie de reprendre tout le livre et y découvrir une autre vérité.
« Journal intime d’un maître-chanteur », Philippe Vasset, Flammarion, 224 pages, 20 €

samedi 24 août 2024

BD - Une toile à rendre par la Brigade des Souvenirs


Nouveau projet pour les trois membres de la Brigade des souvenirs, série imaginée par Carbone et Cee Cee Mia, confiée aux pinceaux de Marko. Si la première est de Perpignan, la seconde réside à Carcassonne. La préfecture audoise se retrouve au centre de cette enquête.

Plus exactement le musée des Beaux-Arts. C’est là que Cee Cee Mia a découvert le tableau Enfant et Triton de Nicolas Maes. Cette toile fait partie des œuvres d’art spoliées par les nazis et dont on n’a pas encore retrouvé les héritiers. Une mission pour Tania, Alban et Théo, trois ados de la Brigade. Pour les besoins de l’histoire, la toile est cachée depuis des années dans une pièce secrète dans le grenier de la nouvelle maison des parents de Tania et Alban.

C’est en voyant une croix gammée à l’arrière du tableau que les trois amis se doutent que l’histoire de cet Enfant et Triton est complexe. Aidés par la conservatrice du musée, ils vont tenter d’exhumer son histoire. Et remonter jusqu’en Allemagne, dans le salon de Mme Göring.


Une enquête édifiante, menée de main de maître et complétée par un dossier très complet sur ces milliers d’œuvres d’art, conservées dans des musées en France car leurs propriétaires n’ont pas encore été formellement identifiés.

« La brigade des souvenirs » (tome 5), Dupuis, 64 pages, 13,50 €