mardi 1 mars 2022

De choses et d’autres - Menu unique : poutine

Poutine par-ci, Poutine par-là : l’actualité internationale manque de diversité. Le maître du Kremlin impose son tempo et dicte son menu à tous les autres grands du monde. Il n’y a qu’au Canada que le Vladimir est considéré avec amusement. Car là-bas, le mot Poutine, loin de signifier une menace de 3e guerre mondiale est associé au plat national. La poutine canadienne est par excellence le plat qui réchaufferait un mort par - 40 degrés.

Des frites chaudes, garnies de morceaux de fromage (généralement de la mozzarella) et recouvertes d’une sauce brune à base d’échalotes, de sucre, de maïzena et de bouillon de volaille. Environ un million de calories aux 100 grammes. Il est sûr que si Poutine mange une bonne part de poutine, après le repas du midi, il n’aura pas envie d’aller guerroyer aux frontières de l’Ukraine mais plus certainement de s’allonger dans un canapé et de lentement digérer cette arme de destruction massive fabriquée outre-Atlantique.

On pourrait d’ailleurs imaginer une tactique culinaire des alliés occidentaux pour mettre l’ours russe hors d’état de nuire. Le chancelier allemand arrive avec une choucroute, le président Macron avec un cassoulet, Joe Biden avec une dinde de Thanksgiving (minimum 5 kg, avec la confiture aux airelles qui colle aux dents) et Boris Johnson avec n’importe quoi de mitonné dans un foyer anglais.

Si après ça Justin Trudeau propose une poutine à Poutine pour clore les négociations, on assistera à une débandade intestinale du nouveau Tsar.

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le 23 février 2022

lundi 28 février 2022

Romans - Spectres d’Islande et de Chine

La peur, irrationnelle, n’a pas de frontière. Lire pour frémir est une expérience partagée par les lecteurs de toutes les origines. Exemple avec ces deux romans qui viennent d’Islande et de Chine. 

Arnaldur Indridason abandonne le héros qui l’a révélé au monde entier (Erlendur), pour désormais se consacrer à un autre flic, encore plus compliqué : Konrad. Dans Le mur des silences, il poursuit son enquête sur le meurtre de son père des dizaines d’années auparavant mais est surtout obnubilé par la découverte dans le mur d’une maison du corps d’une femme assassinée. Cette maison est au centre du roman. Les propriétaires et locataires s’y succèdent depuis des années et tout le temps, les femmes se sentent mal à l’aise. Exemple avec le récit de cette jeune propriétaire fait à une amie de Konrad, une médium qui croit aux esprits : « Je n’entends aucune voix et je n’ai pas non plus de visions. Je me sens oppressée, c’est tout. J’ai l’impression que des choses affreuses se sont passées entre ces murs. C’est un sentiment qui me submerge. Une profonde anxiété. » Que s’est-il passé dans cette maison ? Des fantômes prolongent-ils le cauchemar de pauvres victimes ? Ce polar avec de faux airs de fantastique est d’une redoutable efficacité. Arnaldur Indridason prouve roman après roman qu’il est le meilleur dans le genre noir nordique.

Des spectres et de l’angoisse, il y en a également à revendre dans ce thriller de Cai Jun, écrivain chinois. Comme hier, titre du roman, est également le nom d’une sorte de jeu vidéo. Une interface qui permet de plonger dans ses souvenirs et de revivre grâce à la réalité virtuelle les moments forts de son existence. 

Cheveux rouges  et chien noir

C’est un professeur d’informatique qui a mis au point ce code. Il est retrouvé assassiné dans son appartement le 13 août 2017 par le policier Ye Xiao. Aussi désabusé que Konrad, il semble dépassé par les événements. Car il y a pile 5 ans, il était chargé de l’enquête sur le meurtre d’une collégienne dans la même rue. Deux affaires reliées entre elles par la présence de Sheng Xia, la véritable héroïne du roman. Cette lycéenne aux cheveux rouges, fan de boxe thaï, hacker toujours accompagnée d’un grand chien noir, était la meilleure amie de la collégienne assassinée et élève appréciée du professeur assassiné. Sheng Xia que tout le monde surnomme la Démone : « Selon la légende qui courrait dans le lycée, tous les ans, en été, à trois heures du matin dans la rue Nanming, si on apercevait une mystérieuse jeune fille tenant en laisse un gros chien noir, c’était le fantôme de la Démone. » Elle va utiliser Comme hier pour tenter de remonter le temps, découvrir la vérité dans ces réalités parallèles. Entre pur fantastique et anticipation technologique, cette histoire dépayse le lecteur français mais parvient aussi à lui glacer les sangs. 

« Le mur des silences » d’Arnaldur Indridason, Métailié, 22 €

« Comme hier » de Cai Jun, XO, 21,90 €

Cinéma - « Super-héros malgré lui », exploits comiques

Gags et quiproquos à gogo dans ce film hommage au cinéma de genre.

Les quatre Fantastiques du cinéma comique français : Elodie Fontan, Philippe Lacheau, Tarek Boudali et Julien Arruti. Julien Panié

En quelques années, Philippe Lacheau est devenu une valeur sûre de la comédie française. Il a entraîné dans son sillage Tarek Boudali, complice d’écriture et de délires. Assurés d’attirer des centaines de milliers de spectateurs dans les salles (quand ce ne sont pas des millions), ils se permettent de plus en plus de trucages, scènes d’action et cascades. Dans Super-héros malgré lui, Philippe Lacheau franchit un cran dans la démesure en parodiant un film de super-héros. Ils ne s’attaquent pas directement au phénomène mais à sa représentation si populaire dans la jeunesse actuelle. Cédric (Philippe Lacheau), petit comédien n’arrivant pas à percer, a l’opportunité d’interpréter le rôle-titre de la superproduction « Badman ». En réalité, c’est un assez mauvais film de série B, avec surtout la participation d’un vieil acteur sur le retour pour interpréter le méchant. Mais qu’importe, Cédric en profite au maximum. Jusqu’à ce moment où victime d’un accident, il perd la mémoire et se découvre affublé de la combinaison de Badman. Il se persuade, dès lors, d’être véritablement un justicier de la nuit. Un enchaînement de gags et de quiproquos qui vont le propulser à la Une des journaux. Ses meilleurs amis (Elodie Fontan, Tarek Boudali et Julien Arruti) vont tenter de lui faire retrouver sa véritable personnalité. Mais difficile de persuader un super-héros qu’il n’est en réalité qu’un petit acteur surtout connu pour des publicités honteuses…

Le film rythmé et toujours aussi bien dialogué, donne l’occasion à la petite bande de multiplier les gags visuels. Un côté burlesque encore plus marqué que d’ordinaire. La partie romance est très légère ; par contre, les ficelles sont un peu grosses en ce qui concerne la reconnaissance du père. Cédric est le fils du commissaire Dugimont (Jean-Hugues Anglade), un grand flic qui n’a pas supporté que son garçon devienne saltimbanque, contrairement à sa sœur, devenue une militaire d’élite. Tout change quand il devient Badman…

Venu présenter le film dans la région, l’an dernier, en compagnie de Julien Arruti, le réalisateur a expliqué au public présent en masse son plaisir à interpréter un super-héros. Mais entre arrêter les vilains et faire rire le public, le choix est vite fait pour Philippe Lacheau. Ça tombe bien, il est quand même plus crédible dans le second rôle.

Film français de et avec Philippe Lacheau, avec aussi Julien Arruti, Tarek Boudali, Elodie Fontan.




dimanche 27 février 2022

Revue littéraire - Comment lisez-vous ?


Le dernier numéro de la revue littéraire « La règle du jeu » porte sur la lecture. Des dizaines d’écrivains, intellectuels et politiques ont répondu à la question « Comment lisez-vous ». Une sorte de radiographie de la lecture des élites qui donne quelques indications quand on leur demande quel est le classique dans lequel ils n’ont jamais réussi à apprécier. 

Deux titres arrivent nettement en tête : Don Quichotte et le Ulysse de Joyce. Plusieurs candidats à la présidentielle sont sollicités, d’Emmanuel Macron à Valérie Pécresse. A noter qu’Anne Hidalgo apprécie beaucoup les poèmes d’Antonio Machado

La dernière question concerne les mauvais livres et le plaisir coupable, parfois de les apprécier. Réponse pleine de bon sens de David Foenkinos : « Certains des miens quand j’ai dû les relire. Pour la tendresse d’un certain passé. »

 


Cinéma - Dans le film « Selon la police », le drame est permanent


Présenté en janvier dernier au festival du film politique de Carcassonne, Selon la police de Frédéric Videau est une accumulation de tranches de vie dans un commissariat au bord de l’implosion. Pourtant des travaux viennent d’être effectués dans les toilettes, resplendissantes. Et des plantes vertes ornent les couloirs. Mais c’est juste car le ministre de l’Intérieur est de passage.


Une fois parti, Ping-Pong (Patrick d’Assumçao), brûle sa carte de police dans le lavabo. Il n’aime plus son métier, lui qui a débuté comme flic de proximité, chargé de parler avec les jeunes des quartiers. Maintenant le ministère exige des résultats. En clair des chiffres pour gonfler les statistiques des affaires résolues.

Pyramide Ce film, parfois aussi authentique qu’un documentaire, raconte aussi le quotidien d’une policière stagiaire. En plus des réflexions machistes, elle doit subir les insultes racistes car issues d’une famille maghrébine. On suit aussi le groupe dirigé par Tristan (Simon Abkarian), formé de filles et de garçons animés souvent d’envies contradictoires.

L’histoire la plus forte reste celle de ces deux frères (Alban Lenoir et Émile Berling), fils de flic. Le premier a la foi en son métier, le second au contraire est au bout du rouleau. Émotion garantie. Tout comme la fin du film où plusieurs personnages de retrouvent pour un sacrifice poignant.

 

samedi 26 février 2022

Cinéma - Maigret, bloc d’humanité

Gérard Depardieu endosse le pardessus du commissaire Maigret avec humilité, lui conférant une incroyable humanité.  SND 


Deux monuments. De la littérature francophone et du cinéma français. La rencontre de Gérard Depardieu avec le personnage de Maigret fait partie de ces miracles qui redonnent confiance à la puissance de la création. Souvent cantonné dans des seconds rôles peu valorisants ces dernières années, Depardieu retrouve son statut d’immense vedette avec le nouveau film de Patrice Leconte. Un Gérard Depardieu fatigué physiquement, taciturne, tourmenté et qui pourtant donne une humanité incroyable au commissaire imaginé par Simenon

Ce flic, usé, n’a plus l’envie. Il perd l’appétit, ne veut plus sortir et se voit même interdire le tabac et la pipe par son médecin. Mais les affaires continuent. Une jeune femme d’à peine 20 ans est retrouvée morte dans un parc. En robe de soirée,  poignardée à cinq reprises. Une inconnue qui n’a pas de papiers d’identité. Maigret va mener l’enquête pour donner un nom à cette morte qui lui rappelle tant cette enfant qu’il a perdu. Il va errer dans les rues de Paris,  posant des questions, écoutant les voisins, retrouvant des connaissances de la morte. 

La fille absente

Un Maigret tellement obsédé par cette jeune morte qu’il va mettre  dans son petit appartement populaire une autre jeune fille perdue, Betty (Jade Labeste), autant pour la protéger que pour l’utiliser comme appât pour piéger les principaux suspects. Une famille de bourgeois, comme souvent dans les romans de Simenon. Une réalisation classique et efficace de Patrice Leconte, expert en reconstitution du Paris historique (les années 50) atténue la maigreur de l’intrigue un peu trop prévisible. 

Reste Depardieu, immense, monumental. Il prouve dès les premières minutes, en trois regards, deux répliques et par la suite avec sa présence totale qu’il est le plus grand comédien de sa génération. Et des suivantes. 

Film de Patrice Leconte avec Gérard Depardieu, Jade Labeste, Mélanie Bernier  



De choses et d’autres - La Lune est-elle virtuelle ?

Dans le panthéon des complotistes, la conquête de la Lune par les Américains serait l’exemple parfait de la manipulation de l’opinion publique. Régulièrement, des « preuves irréfutables » selon eux, ressortent pour expliquer que les fameuses images de Armstrong foulant le sol lunaire ne sont qu’une mise en scène, tournée dans les studios d’Hollywood.

Pourtant, ces faits, irréfutables, datent de plus d’un demi-siècle, mais certains sceptiques continuent à être persuadés qu’il ne s’agit que d’une opération de communication couverte par l’ensemble des gouvernements.

Dans ce contexte, je m’étonne que le CNES, Centre national d’études spatiales, organise le mardi 9 mars à 20 h un jeu de rôle sur Twitch en collaboration avec FranceTV. Baptisé Mission Lune, ce programme, entre divertissement interactif et émission pédagogique, propose aux spectateurs-acteurs de faire « partie d’un équipage en route pour la Lune. » Et de préciser dans la foulée : « Réalité ou fiction ? »

Alors évidemment, si les spécialistes de l’exploration spatiale française eux-mêmes laissent entendre qu’une mission pour la Lune n’est que fiction, comment réussir à convaincre nos tristes complotistes ? Ces fous furieux, persuadés d’avoir toujours raison, vont trouver dans cette Mission Lune des milliards de justifications à leurs certitudes.

Car je ne doute pas qu’avec les nouvelles technologies numériques, l’impression de voyage et d’alunissage seront encore plus réalistes que les images noir et blanc très pixélisée diffusées par toutes les télévisions de Terre durant la nuit du 21 juillet 1969. Et voilà comment on entretient les légendes urbaines en croyant bien faire…

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le mardi 22 février 2022

vendredi 25 février 2022

DVD - Les airs de Tralala


Rien que la bande-son de Tralala, comédie musicale des frères Larrieu qui vient de sortir en DVD et blu-ray (Pyramide Vidéo) mérite le détour et l’histoire, si elle est moins corrosive que les films précédents des cinéastes, s’adapte au parcours en rédemption d’un chanteur SDF dans la bonne ville de Lourdes
Tralala (Mathieu Amalric), autant chanteur de rue que clochard, croit voir la vierge à Paris. Il se rend alors à Lourdes et découvre qu’il ressemble à un homme dispru depuis quelques années. Il endosse son identité et tente de satisfaire famille et amis. Les chansons originales sont de plusieurs pointures, de Philippe Katerine à Jeanne Cherhal en passant par Étienne Daho ou Dominique A sans oublier Bertrand Belin qui, en plus, joue (merveilleusement bien) dans le film. 


De choses et d’Autres – Le mini pape de François Boucq, héros d'une bande dessinée

La personnalité du pape est toujours passée au crible, par les évêques, avant son élection. Par contre, dans cet album de BD signé François Boucq, ils ont complètement oublié de prendre en considération sa taille. En plaçant Pie 3,14 à la tête de la Chrétienté, ils ont, en fait, donné les clés du Vatican à un nain qui plus est avec l’esprit d’un enfant de 8 ans.

Sa papamobile est une smart et pour passer incognito dans les rues de Rome, rien de tel qu’une poussette. Ces histoires courtes, parues dans Fluide Glacial, marquent le grand retour de Boucq, dans le registre de l’humour. Dessinateur réaliste du Janitor ou du Bouncer, illustrateur de procès, il revient à ses premières amours, avec une verve et une imagination inépuisable.

Le petit pape Pie 3,14 raconte la vie d’aujourd’hui, avec quelques piques en direction des véritables religieux quand il remercie, depuis le balcon du Vatican, les « croyantes, croyants, transgenres et toutes les autres sortes ». Un pape si disponible qu’il se déclare à l’écoute 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Il suffit de composer le numéro vert 3 14 16…

« Le petit pape Pie 3,14 », Fluide Glacial, 12,90 €  

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le samedi 19 février 2022

jeudi 24 février 2022

Série télé - Murderville, enquêteurs stars pris au piège


Les Anglais ont souvent de très bonnes idées de séries télé ou d’émission. Ce sont eux qui ont mis au point le concept de Murderville, série qui vient de débarquer sur Netflix avec Will Arnett dans le rôle principal. On pourrait se croire dans une série policière classique, mais rapidement on comprend qu’en fait il y a des bouts de caméra cachée, voire d’improvisation. Terry Seattle, détective de la cité américain fictive de Murderville, n’a plus de coéquipier. La dernière en date s’est faite abattre. Depuis il tente de découvrir qui est derrière cet assassinat. Mais à chaque épisode, Terry doit se coltiner un ou une coéquipière. 

A chaque fois des comédiens qui jouent leur propre rôle. Leur mission : aller sur les lieux d’un crime, analyser les indices, interroger les suspects et au final dire qui est coupable. C’est le côté improvisation du show, doublé des délires de Will Arnett, excellent dès qu’il faut déstabiliser l’invité. Sur les six premiers épisodes, si certaines vedettes sont peu connues en France, on note cependant la présence de Sharon Stone, qui joue le jeu à 100 %. 

Même quand Will Arnett lui explique qu’elle n’a pas du tout le droit de tomber amoureuse de lui... Une Sharon Stone qui, dès qu’elle a compris le sens de l’émission, apporte toute sa folie et son talent à un épisode qui reste le meilleur des six.