lundi 1 novembre 2021

Roman - L’étoile filante du Bourdigou

De l’infime à l’infiniment grand. Du petit village du Bourdigou en bord de mer à l’immensité du cosmos. Le nouveau roman d’Hélène Legrais, Le cabanon à l’étoile, nous fait voyager dans tous les sens du terme. Au bord de la Méditerranée sur ces plages de sable encore vierges de tout béton, mais aussi dans les étoiles, tout là-haut entre galaxies et constellations. Un parcours émouvant en compagnie de deux héroïnes comme seule la romancière catalane sait les imaginer. La rencontre a lieu au bord d’une route. Une jeune fille fait du stop. 

La conductrice d’une vieille deux-chevaux s’arrête et l’embarque. Elles ne se quitteront plus jusqu’à la dernière page. La première prétend s’appeler Cassiopée. À peine 20 ans, belle et libre, elle ne parle pas beaucoup, déteste se livrer, mais quand la seconde, Estelle, lui propose de l’héberger quelques jours dans son petit paradis, Cassiopée accepte. Le paradis c’est un cabanon au milieu du village du Bourdigou à Sainte-Marie-la-Mer dans les Pyrénées-Orientales

Dans ces années 70, des milliers de familles ont construit ces cabanes de bric et de broc, sans le moindre confort, souvent avec des roseaux. Elles y passent l’été au frais, les enfants profitent du soleil, du bon air et des joies de la baignade. Une sorte de bidonville selon les promoteurs avides d’y couler du béton, une utopie libertaire pour les Bordigueros

Deux étoiles jumelles

Hélène Legrais ressuscite cette communauté d’entraide et de gentillesse dans ce lieu unique. Mais l’histoire se concentre surtout sur ces deux femmes qui, contre toute attente vont développer une amitié forte. On devine que Cassiopée, après de rudes épreuves, est en fugue. Estelle, fille de la grande bourgeoisie catalane l’admire et voudrait l’aider, la protéger. Estelle, la propriétaire du cabanon à l’étoile, qui refuse d’avoir des enfants et se contente d’une liaison sans avenir avec un amant par ailleurs marié et père de famille.

 Reste l’énigme Cassiopée. Rapidement, elle attire les regards de tous les hommes. Elle se promène dans un minuscule bikini bleu et ne rechigne pas à leur procurer quelques moments de plaisir. La jeune fille, à l’abri des dunes, profite de cette époque de libération sexuelle exacerbée. Pour son plaisir et aussi une forme d’évasion : « son corps était un bout de cosmos où ses membres planètes gravitaient autour de ses deux cœurs, celui qui bondissait dans sa poitrine et l’autre qui pulsait au creux de son ventre, deux étoiles jumelles… » Sublime Cassiopée, belle et mystérieuse étoile filante d’un été mémorable du Bourdigou. Pourtant, Estelle devine que son attitude n’est pas naturelle, que derrière cette fureur de vivre, de se donner corps et âme, le désespoir rôde. Hélène Legrais nous confie : « Je suis allée puiser très loin au fond de moi, l’écriture était parfois douloureuse ». Une réussite pour un roman passionné et passionnant.

M. Li et F. H.

« Le cabanon à l’étoile » d’Hélène Legrais, Calmann-Lévy, 19,50 €

De choses et d’autres - Revenu d’entre les morts

 

Le titre de la chronique du jour est certainement excessif. Mais pour un retour, après un mois d’absence quand même, je me dois de frapper les esprits. D’autant qu’on est le 1er novembre, jour des morts. Par ailleurs date anniversaire des débuts de mes scribouillages en dernière page de l’Indépendant. Dix ans que je squatte cet emplacement pour le pire et le meilleur, doublé d’un podcast depuis trois ans.

Et pourtant je ne pensais pas revenir frais et dispo. A la base, l’intervention chirurgicale programmée n’est pas spécialement dangereuse, même si j’ai dû signer un document précisant que j’avais bien compris tous les risques, dont l’ultime : la mort. 

Le matin de l’opération, dans la salle d’anesthésie, harnaché par une myriade d’infirmières, un homme masqué apparaît dans mon champ de vision et me demande : « Bonjour je suis l’anesthésiste. Je vais vous endormir. Vous êtes le Litout qui écrit des billets dans l’Indépendant ? » Obligé de répondre oui.

Et immédiatement de gamberger. Mince, et si cet anesthésiste est un des lecteurs qui ne m’apprécient pas et me le fait savoir avec des lettres anonymes pleines de sous-entendus sur mon inutilité et ma nullité ? Et s’il n’avait pas apprécié que je me moque de Jean Castex, Mélenchon ou Zemmour ? Et s’il en profitait pour mettre juste ce qu’il faut de produit en plus pour que je ne me réveille pas.

Voilà comment j’ai cru, durant quelques secondes, ma dernière heure venue. Quelques secondes seulement car avant de sombrer dans le grand sommeil j’ai eu le temps de l’entendre dire « J’aime bien ce que vous faites, je vous écoute aussi parfois en pod… » Bonne nuit tout le monde

Chronique parue en dernière page de l’Indépendant le lundi 1er novembre
 

dimanche 31 octobre 2021

BD - Bois-Maury, la tragédie


À plus de 80 ans, Hermann aime toujours raconter des histoires. Il revient pour un album dans l’univers moyenâgeux de Bois - Maury. Le héros, incognito, surveille son ancien domaine dont il a été spolié. 


Il va trouver sur sa route une bande de mercenaires sanguinaires menée par Ulric, l’homme à la hache. Défiguré et vicieux, ce dernier est la personnification du mal. Dans la boue et le sang, l’affrontement est sans pitié. Même si la précision de son trait a perdu de sa finesse, les couleurs directes restent ce qu’il se fait de mieux dans le genre. 

« Les Tours de Bois-Maury, l’homme à la hache », Glénat, 11,50 €

samedi 30 octobre 2021

BD - Beauté du Vercors de Jean Giono


En adaptant Jean Giono, Dufaux et Terpant veulent refaire vivre un classique de la littérature française. Un roi sans divertissement, roman dur sur les méandres de l’esprit humain, est surtout l’occasion pour le dessinateur de croquer ces paysages du Vercors, notamment en plein hiver. 


L’histoire est celle de Langlois, un capitaine de gendarmerie. Il va se rendre dans un village pour débusquer un assassin. Puis il revient pour tuer un loup. Mais entre l’homme et la bête, qu’elle est la différence ?   

« Un roi sans divertissement », Futuropolis, 17 €

BD - Heureuse séparation


Mandarine est une petite fille comme les autres. À une exception près : ses parents vivent toujours ensemble. La majorité de ses copines ont deux maisons. Une normalité qui ne dure pas. 

Sergio Salma (scénario) et Amelia Navarro (dessin) racontent dans ce premier album comment la fillette va devoir changer ses habitudes. Une semaine avec maman, à la ville, une semaine avec papa, à la campagne. Cela donne deux univers à explorer. Pas si malheureuse finalement Mandarine.

« Mandarine, une semaine sur deux » (tome 1), Bamboo, 10,95 €

vendredi 29 octobre 2021

Roman - Le Gers authentique et ses « Carabistouilles tranchantes »

Bienvenue dans le Gers, au cœur de l’Occitanie, patrie de l’armagnac, de la douceur de vivre… et des couteaux bien affûtés. Le nouveau roman de G-M. Baur se déroule en grande partie dans cette région rurale préservée du sud de la France. Préservée mais pas à l’abri des faits divers, comme vont le découvrir à leurs dépens les cinq retraités qui envisageaient de couler leurs derniers jours, heureux dans une belle maison entourée de bois et de prairies. Les cinq papis n’étaient pourtant pas malheureux dans leur HLM du nord de Paris au nom trompeur de Mimosas bleus

Bar PMU en bas de la rue, un peu de verdure aux alentours, des loyers très abordables. Mais quand l’un des anciens reçoit une convocation chez un notaire, il ne se doute pas qu’il vient d’hériter du domaine dit de la Guérinière, un ancien gîte rural. La bande descend prendre possession de la bâtisse mais découvre qu’elle est squattée par des gangsters. C’est le début des ennuis pour les vieux amis. L’auteur, avec un humour féroce pour l’époque, raconte comment des justiciers amateurs vont dépouiller les braqueurs et les livrer, en slip et saucissonnés à la gendarmerie. 

Prenant plaisir à vivre au grand air après le long confinement, nos héros décident de s’installer à la campagne. Mais lors d’un barbecue chez un voisin, (producteur d’armagnac, boisson qui coule à flots tout au long des pages, gare à l’excès), une femme est assassinée, un couteau de cuisine planté dans le dos. La suite verra un mari infidèle accusé à tort, des Chinois trucidés et enterrés dans un bois et le retour des braqueurs qui auront moins de chance cette fois : à la place des gendarmes ils vont rencontrer ces couteaux gersois décidément très efficaces pour éliminer les ennuis. Un roman enlevé, qui se déguste comme un alcool fort, à petites doses. 

« Carabistouilles tranchantes » de G.-M. Baur, Les éditions du Bord du Lot, 18 €

BD - SuperGroom, un héros en compétition


Spirou est en pleine mutation. Le vénérable groom se transforme en superhéros la nuit. Vehlmann et Yoann ont donc abandonné les aventures classiques pour proposer des aventures sous format comics à la pagination étendue. 


Dans ce second tome, SuperGroom est enlevé et doit participer à une compétition entre supers pour sauver Spip. Il va affronter nombre de méchants. C’est plus léger et ironique que la série d’origine. On regrette cependant cette manie qu’ont les auteurs de maltraiter leur personnage. Il prend des coups, se fait insulter et devient la risée de la planète. Mais au final, il parvient à passer son message pour sauver l'humanité.

« SuperGroom » (tome 2), Dupuis, 13,95 €

jeudi 28 octobre 2021

BD - Astérix met le cap à l’Est sur la piste du Griffon


Sorti la semaine dernière à grand renfort de pub, le nouvel Astérix se déroule loin du village des irréductibles Gaulois. Cap à l’Est, chez les Sarmates, pour tenter de protéger l’animal totem de cette peuplade amie avec Gaulois. 


César, qui cherche à diversifier les attractions des jeux du cirque, voudrait montrer un griffon au peuple pour l’amadouer. Il envoie donc une expédition chez les Sarmates pour capturer une de ces bêtes, mi-lion, mi-aigle avec des oreilles de cheval. Conduite par Terrinconus (jolie caricature de Michel Houellebecq), l’expédition va presque arriver à son but. 

Heureusement Astérix, Obélix et surtout Idéfix vont contrecarrer les plans romains. Sans doute le meilleur titre depuis la reprise de la série par Ferri et Conrad. . 

« Astérix » (tome 39), Éditions Albert-René, 9,99 €

Polar - Bordarier au pays des écrivains

Etonnant policier que ce commissaire Bordarier imaginé par Lucien Nouis. Commissaire à Nîmes, il constate tous les jours que courir après les meurtriers, passé 50 ans, avec une surcharge pondérale généreuse, n’est plus de tout repos. Un flic obèse qui frôle l’infarctus à chaque course-poursuite de plus de 50 mètres, voilà à quoi ressemble la police de nos jours. Enfin les vieux de la vieille car Bordarier a deux jeunes adjoints particulièrement sportifs, véloces et combatifs, Vera Cordelle, d’origine russe passée par les services secrets et Chogyam Namgyel, ancien moine bouddhiste taillé comme un sumo. 

On retrouve avec plaisir ce trio découvert dans Nous ne négligerons aucune piste pour une enquête se déroulant dans le milieu scolaire et des écrivains locaux. Marie-Laure Balagne, prof d’anglais dans un collège du Gard, est découverte assassinée chez elle. Bordarier, sur place, va tenter de trouver un mobile à ce crime. L’occasion pour l’auteur de décrire le petit milieu des voisins.  Toute la richesse de ces romans réside dans ces portraits tous très différents les uns des autres, du livreur de vin, commerçant bon vivant au voisin acariâtre et pingre en passant par le couple d’octogénaires à la vie bien tranquille entre daube et PMU.

Masse corporelle salvatrice

Plus qu’un roman policier, c’est un roman de la vie quotidienne que Lucien Nouis signe. Au gré des pistes s’offrant au commissaire, on plonge dans le milieu de la littérature Dark Romance (la victime écrivait des romans osés sous un pseudonyme), des nouveaux viticulteurs, venus de Chine pour faire bonifier des vignes françaises ancestrales, ou  de ces jeunes qui se marient comme d’autres changent de slip. 

Ces histoires de mariage font un peu cauchemarder Bordarier. Lui qui vit désormais seul dans un petit cabanon perdu dans la garrigue, voit le boulet se rapprocher. Il vit une belle histoire d’amour avec Benedetta, une Italienne. Elle travaille dans la mode et passe presque tout son temps à Paris. Mais au détour d’un week-end en amoureux, elle glisse qu’elle se verrait bien mariée à ce policier qui pourrait relancer sa carrière dans la capitale. Une allusion qui suffit à donner des aigreurs d’estomac à ce gourmet. 

Pour oublier cette abominable possibilité, il se lance dans l’enquête au volant de sa Primura, vieille bagnole italienne qui va souffrir sur les chemins défoncés de l’arrière-pays nîmois. Et Bordarier devra aussi payer de sa personne comme ce passage, hilarant, où il tente de raisonner Marina, sa demi-sœur, en furie contre sa belle-fille : « Bordarier l’empoigna pour la forcer à lâcher prise. Poussant un râle effrayant, Marina lui balança un coup de pied qui aurait pu le mettre au sol s’il n’avait pas bénéficié d’un indice de masse corporelle lui permettant d’absorber ce genre d’attaque. » Un commissaire qui fait parfois un peu penser à un autre célèbre flic de la littérature française : le bien nommé Bérurier.

« Jusqu’au dernier chapitre » de Lucien Nouis, Éditions du Masque, 20 €

mercredi 27 octobre 2021

BD - La tragédie du jeune Alix


Personnage emblématique de la BD historique, Alix a été créé par Jacques Martin. Ses aventures continuent sous de multiples formes. Une série parallèle le montre âgé et sénateur. Dans Alix Origines, écrite par Bourgne et dessinée par Libessart, c’est le jeune Alix, même pas adolescent, qui est en vedette. 


Fils d’un chef gaulois, il va découvrir les manigances de Jules César. Alors que les Gaulois sont en paix avec Rome, les Helvètes se soulèvent. Contre les Romains mais aussi les Gaulois. 

L’occasion rêvée pour César de s’implanter durablement en Gaule. L’intrigue historique sert aussi à raconter comment Alix va être arraché à sa famille. Sa mère assassinée, son père vendu comme esclave, il reste seul pour défendre sa sœur Alexia

Une série pour les plus jeunes, idéale pour découvrir ce riche univers. 

« Alix Origines » (tome 2), Casterman, 11,95 €