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jeudi 28 octobre 2021

Polar - Bordarier au pays des écrivains

Etonnant policier que ce commissaire Bordarier imaginé par Lucien Nouis. Commissaire à Nîmes, il constate tous les jours que courir après les meurtriers, passé 50 ans, avec une surcharge pondérale généreuse, n’est plus de tout repos. Un flic obèse qui frôle l’infarctus à chaque course-poursuite de plus de 50 mètres, voilà à quoi ressemble la police de nos jours. Enfin les vieux de la vieille car Bordarier a deux jeunes adjoints particulièrement sportifs, véloces et combatifs, Vera Cordelle, d’origine russe passée par les services secrets et Chogyam Namgyel, ancien moine bouddhiste taillé comme un sumo. 

On retrouve avec plaisir ce trio découvert dans Nous ne négligerons aucune piste pour une enquête se déroulant dans le milieu scolaire et des écrivains locaux. Marie-Laure Balagne, prof d’anglais dans un collège du Gard, est découverte assassinée chez elle. Bordarier, sur place, va tenter de trouver un mobile à ce crime. L’occasion pour l’auteur de décrire le petit milieu des voisins.  Toute la richesse de ces romans réside dans ces portraits tous très différents les uns des autres, du livreur de vin, commerçant bon vivant au voisin acariâtre et pingre en passant par le couple d’octogénaires à la vie bien tranquille entre daube et PMU.

Masse corporelle salvatrice

Plus qu’un roman policier, c’est un roman de la vie quotidienne que Lucien Nouis signe. Au gré des pistes s’offrant au commissaire, on plonge dans le milieu de la littérature Dark Romance (la victime écrivait des romans osés sous un pseudonyme), des nouveaux viticulteurs, venus de Chine pour faire bonifier des vignes françaises ancestrales, ou  de ces jeunes qui se marient comme d’autres changent de slip. 

Ces histoires de mariage font un peu cauchemarder Bordarier. Lui qui vit désormais seul dans un petit cabanon perdu dans la garrigue, voit le boulet se rapprocher. Il vit une belle histoire d’amour avec Benedetta, une Italienne. Elle travaille dans la mode et passe presque tout son temps à Paris. Mais au détour d’un week-end en amoureux, elle glisse qu’elle se verrait bien mariée à ce policier qui pourrait relancer sa carrière dans la capitale. Une allusion qui suffit à donner des aigreurs d’estomac à ce gourmet. 

Pour oublier cette abominable possibilité, il se lance dans l’enquête au volant de sa Primura, vieille bagnole italienne qui va souffrir sur les chemins défoncés de l’arrière-pays nîmois. Et Bordarier devra aussi payer de sa personne comme ce passage, hilarant, où il tente de raisonner Marina, sa demi-sœur, en furie contre sa belle-fille : « Bordarier l’empoigna pour la forcer à lâcher prise. Poussant un râle effrayant, Marina lui balança un coup de pied qui aurait pu le mettre au sol s’il n’avait pas bénéficié d’un indice de masse corporelle lui permettant d’absorber ce genre d’attaque. » Un commissaire qui fait parfois un peu penser à un autre célèbre flic de la littérature française : le bien nommé Bérurier.

« Jusqu’au dernier chapitre » de Lucien Nouis, Éditions du Masque, 20 €

lundi 29 mai 2017

Roman policier - Araignée cachée et secrets enfouis avec Fred Vargas


Adamsberg est de retour en France. Après ses aventures glaciales en Islande, il est appelé en urgence par ses hommes. Une histoire de femme renversée par une voiture. Accident ? Crime finalement. Une première énigme résolue en quelques pages et grâce à une poignée de gravillons par ce policier hors normes imaginé par Fred Vargas, prêtresse du crime et reine des ventes à chaque nouveauté.
Adamsberg est pourtant un Béarnais très commun perçu en ces termes par une mamie spécialiste en araignées : « Un petit homme brun, mince, et des muscles tendus comme du nerf de bœuf. Une tête... mais qu’est ce qu’on pouvait bien dire de sa tête ? Toute irrégulière, les pommettes saillantes, les joues creuses, un nez trop grand, busqué, et un sourire pas droit qui faisait plaisir à voir ». Le sourire d’Adamsberg, voilà sans doute son secret.
Un roman de Fred Vargas ce sont toujours d’étonnantes circonvolutions au début pour planter décor et intrigue. Tout commence quand le policier remarque qu’un de ses hommes, Mercadet, passionné par les animaux, passe de longues heures à se renseigner sur les araignées recluses. Ces bestioles vivent enfouies dans des murailles. Peureuses, elles ne se montrent jamais. Mais en cet été caniculaire, les morsures se multiplient. Et surtout, trois personnes trouvent la mort après leur rencontre avec la recluse. Trois hommes très âgés, plus de 80 ans.
Épidémie ? Coïncidence ? Et si il y avait une affaire criminelle derrière tout cela ? Adamsberg suit son intuition, fouille, gratte, explore et découvre que ces trois hommes, tous de la région de Nîmes, se connaissaient. Depuis très longtemps pour deux d’entre eux. Ils ont vécu dans une institution pour orphelins et y ont fait les 400 coups. Mais est-ce que cela suffit pour ouvrir une véritable enquête criminelle ?

■ Immondes blaps
Dans un premier temps le commissaire présente ses soupçons à ses hommes. Une petite partie le suit. La majorité refuse de se lancer dans une affaire un peu trop tirée par les cheveux. Notamment son adjoint, le très lettré Danglard, comme s’il voulait casser l’harmonie de la brigade, prendre le pouvoir en écartant ce chef trop ténébreux et imprévisible. C’est un des attraits du roman, en plus de l’intrigue, cette lutte de pouvoirs inexplicable dans un premier temps car Danglard doit beaucoup à son chef.
Après, on se laisse emporter par cette histoire de vengeance complexe, entre la « bande des mordus », les « violées » et le « gang des recluses ». Adamsberg doit se lancer dans une course contre la montre et protéger des blaps (on ne vous dira pas ce que c’est, découvrez-le...), un comble pour le commissaire.
➤ « Quand sort la recluse », Fred Vargas, Flammarion, 21 €

mardi 17 janvier 2017

Roman - Aveuglement du petit copropriétaire

Avec sa verve habituelle, Philippe Ségur raconte les déboires d’un couple dans « Extermination des cloportes ».

Don Dechine, professeur de lycée, a le secret espoir d’écrire un roman. Pas n’importe lequel, le chef-d’œuvre qui lui vaudra direct le Nobel de littérature. Don Dechine s’y croit un peu. Beaucoup même. Ce n’est pas la modestie qui l’étouffe. Dans son appartement de la ville de Nîmes, il vit avec sa femme Betty, gentille demoiselle qui espère elle aussi faire carrière dans l’éducation nationale. Encore faut-il qu’elle passe son doctorat.

Le roman de Philippe Ségur, professeur de droit constitutionnel et de philosophie politique à l’université de Perpignan, déroute dans les premières pages. Don et Betty sont pleins de bonne volonté. Ils planifient leur travail comme des enfants sages et vertueux. Mais rapidement les engrenages se grippent. Et ils finissent dans le canapé à regarder les sept saisons des Soprano, tout en dégustant du Maury, vin préféré du héros et cité une bonne dizaine de fois dans le roman. 
Tout change quand Don, un matin, se réveille avec la bizarre impression d’avoir des cloportes dans l’œil. Des bestioles noires qui se baladent devant lui, perturbant sa vue. Une idée kafkaïenne parfaitement amenée par l’auteur jusqu’à la révélation du toubib de famille : Don souffre de la maladie de Fuchs.
A moyenne échéance il deviendra aveugle. Il n’existe pas de traitement. Peut-être une opération, mais Don refuse. « Je préférais continuer d’élever des cloportes et regarder le monde derrière ma vitre sale. » La comédie va-t-elle sombrer dans le mélodrame ? Pas du tout. N’oubliez pas que c’est Philippe Ségur qui est aux manettes. L’humour l’emporte toujours avec cet auteur à l’optimisme chevillé au corps.

■ « Granch » rêvé
Don fait comme si de rien n’était, cache même ses problèmes de vision à sa douce Betty. Pourtant il l’adore : « Avec Betty, nous faisons tout ensemble. Le travail, les courses, le sport et même l’amour. C’est dire si nous sommes proches. » Une bonne partie du roman raconte les aléas de la copropriété. Don et Betty affrontent le syndic qui veut leur faire payer des charges considérables. Ils décident alors de vendre et d’acheter un « granch » (une grange transformée en ranch…) à la campagne. Des passages très édifiants sur les pratiques des banques et autres assurances où on croit déceler du vécu.
Un roman vivifiant en ces sombres heures d’une société trop souvent résignée et manquant cruellement de fantaisie.  
➤ « Extermination des cloportes », Philippe Ségur, Buchet Chastel, 18 €



mardi 6 mars 2007

Roman - Tragique coup de couteau à Nîmes

Déprime au cœur de la féria de Nîmes. Le héros de Jean-Pierre Milovanoff, chômeur de 51 ans, a-t-il encore le droit à l’espoir ?

Une petite vie tranquille. Avec ses hauts et ses bas. Mais tranquille. Isidore a 51 ans. Ouvrier spécialisé dans une usine depuis des années, quand il reçoit sa lettre de licenciement, tout s’écroule. Petit, timide, timoré, il n’a que peu de ressemblance avec le sud (Nîmes exactement) qui héberge ce roman de Jean-Pierre Milovanoff.

Le chômage, cette bête insidieuse qui lentement mais sûrement ronge une vie de labeur et d’efforts. Isidore, dans son petit meublé, se réjouit pourtant de l’arrivée du printemps et des robes courtes des passantes. « Le flâneur chanceux aurait mille occasions, préparées ou imprévues, de découvrir sous les étoffes parcimonieuses la chair inaccessible et douce que l’hiver garde en réserve dans ses pelisses… ». Les femmes, Isidore les aime passionnément mais s’en méfie. Certes il y a eu Gabrielle. On comprend en vivant les errances de ce paumé que Gabrielle a beaucoup compté. Mais elle n’est plus là.


Père violent

A une certaine époque, il a parfois rêvé à un destin plus rieur. Lui aussi aurait pu séduire… Si… Une enfance malheureuse, une père violent, une taille très inférieure à la moyenne, un travail inintéressant et un bégaiement fatidique dans les moments d’émotion l’ont fortement handicapé. Il a su se protéger, au fil des années, des brimades et désillusions. « Si son voisin de palier le plaisantait sur sa taille il disait «Attendez, je n’ai pas fini de grandir !» Ainsi va la vie. Dans un monde peuplé d’imbéciles, qui sont méchants faute de mieux, il fallait bien garder quelques cartouches dans sa ceinture et se tenir sur ses gardes ».

Le bourgeois et le chômeur. Le premier jour de la feria, Isidore prend une grande décision après avoir acheté un chapeau. Il va quitter sa chambre meublée et vivre dans un jardin, sous un figuier qui semble très accueillant. S’en suit un coup de folie. Sanglant. Sa psychiatre lui évite la prison en le plaçant homme à tout faire chez son fiancé, Odilon. C’est ce dernier qui raconte l’histoire d’Isidore. Car paradoxalement, alors que le chômeur était au bout du rouleau, c’est ce bourgeois égoïste et pédant, qui va le remettre sur les bons rails en lui offrant son amitié. Jusqu’au jour où Gabrielle refera son apparition.

Jean-Pierre Milovanoff explore la profondeur de ces vies extrêmes. Entre Isidore et Odilon, un gouffre. Qui se comble lentement, au gré des embryons de conversation autour de la piscine ou du gravier de l’allée. Ils se découvriront même bien des points communs. La vraie vie est au cœur de ce roman émouvant.

« Dernier couteau », Jean-Pierre Milovanoff, Le Livre de Poche, 5,50 €