jeudi 28 octobre 2021

BD - Astérix met le cap à l’Est sur la piste du Griffon


Sorti la semaine dernière à grand renfort de pub, le nouvel Astérix se déroule loin du village des irréductibles Gaulois. Cap à l’Est, chez les Sarmates, pour tenter de protéger l’animal totem de cette peuplade amie avec Gaulois. 


César, qui cherche à diversifier les attractions des jeux du cirque, voudrait montrer un griffon au peuple pour l’amadouer. Il envoie donc une expédition chez les Sarmates pour capturer une de ces bêtes, mi-lion, mi-aigle avec des oreilles de cheval. Conduite par Terrinconus (jolie caricature de Michel Houellebecq), l’expédition va presque arriver à son but. 

Heureusement Astérix, Obélix et surtout Idéfix vont contrecarrer les plans romains. Sans doute le meilleur titre depuis la reprise de la série par Ferri et Conrad. . 

« Astérix » (tome 39), Éditions Albert-René, 9,99 €

Polar - Bordarier au pays des écrivains

Etonnant policier que ce commissaire Bordarier imaginé par Lucien Nouis. Commissaire à Nîmes, il constate tous les jours que courir après les meurtriers, passé 50 ans, avec une surcharge pondérale généreuse, n’est plus de tout repos. Un flic obèse qui frôle l’infarctus à chaque course-poursuite de plus de 50 mètres, voilà à quoi ressemble la police de nos jours. Enfin les vieux de la vieille car Bordarier a deux jeunes adjoints particulièrement sportifs, véloces et combatifs, Vera Cordelle, d’origine russe passée par les services secrets et Chogyam Namgyel, ancien moine bouddhiste taillé comme un sumo. 

On retrouve avec plaisir ce trio découvert dans Nous ne négligerons aucune piste pour une enquête se déroulant dans le milieu scolaire et des écrivains locaux. Marie-Laure Balagne, prof d’anglais dans un collège du Gard, est découverte assassinée chez elle. Bordarier, sur place, va tenter de trouver un mobile à ce crime. L’occasion pour l’auteur de décrire le petit milieu des voisins.  Toute la richesse de ces romans réside dans ces portraits tous très différents les uns des autres, du livreur de vin, commerçant bon vivant au voisin acariâtre et pingre en passant par le couple d’octogénaires à la vie bien tranquille entre daube et PMU.

Masse corporelle salvatrice

Plus qu’un roman policier, c’est un roman de la vie quotidienne que Lucien Nouis signe. Au gré des pistes s’offrant au commissaire, on plonge dans le milieu de la littérature Dark Romance (la victime écrivait des romans osés sous un pseudonyme), des nouveaux viticulteurs, venus de Chine pour faire bonifier des vignes françaises ancestrales, ou  de ces jeunes qui se marient comme d’autres changent de slip. 

Ces histoires de mariage font un peu cauchemarder Bordarier. Lui qui vit désormais seul dans un petit cabanon perdu dans la garrigue, voit le boulet se rapprocher. Il vit une belle histoire d’amour avec Benedetta, une Italienne. Elle travaille dans la mode et passe presque tout son temps à Paris. Mais au détour d’un week-end en amoureux, elle glisse qu’elle se verrait bien mariée à ce policier qui pourrait relancer sa carrière dans la capitale. Une allusion qui suffit à donner des aigreurs d’estomac à ce gourmet. 

Pour oublier cette abominable possibilité, il se lance dans l’enquête au volant de sa Primura, vieille bagnole italienne qui va souffrir sur les chemins défoncés de l’arrière-pays nîmois. Et Bordarier devra aussi payer de sa personne comme ce passage, hilarant, où il tente de raisonner Marina, sa demi-sœur, en furie contre sa belle-fille : « Bordarier l’empoigna pour la forcer à lâcher prise. Poussant un râle effrayant, Marina lui balança un coup de pied qui aurait pu le mettre au sol s’il n’avait pas bénéficié d’un indice de masse corporelle lui permettant d’absorber ce genre d’attaque. » Un commissaire qui fait parfois un peu penser à un autre célèbre flic de la littérature française : le bien nommé Bérurier.

« Jusqu’au dernier chapitre » de Lucien Nouis, Éditions du Masque, 20 €

mercredi 27 octobre 2021

BD - La tragédie du jeune Alix


Personnage emblématique de la BD historique, Alix a été créé par Jacques Martin. Ses aventures continuent sous de multiples formes. Une série parallèle le montre âgé et sénateur. Dans Alix Origines, écrite par Bourgne et dessinée par Libessart, c’est le jeune Alix, même pas adolescent, qui est en vedette. 


Fils d’un chef gaulois, il va découvrir les manigances de Jules César. Alors que les Gaulois sont en paix avec Rome, les Helvètes se soulèvent. Contre les Romains mais aussi les Gaulois. 

L’occasion rêvée pour César de s’implanter durablement en Gaule. L’intrigue historique sert aussi à raconter comment Alix va être arraché à sa famille. Sa mère assassinée, son père vendu comme esclave, il reste seul pour défendre sa sœur Alexia

Une série pour les plus jeunes, idéale pour découvrir ce riche univers. 

« Alix Origines » (tome 2), Casterman, 11,95 €

Littérature jeunesse - Blanche, petite espionne royale

Les aventures des Mousquetaires ont longtemps fait rêver les petits garçons. Mais pourquoi les petites filles seraient exemptes de plaisir à lire les intrigues de la cour et les combats à l’épée ? Angélique Chevalier (pseudonyme d’une autrice italienne), répare cet oubli en lançant les aventures de Blanche, espionne de la Reine.

La gamine de14 ans, est dame de compagnie le jour, mais la nuit elle devient espionne pour cette même femme au tempérament très libre. Blanche, fille de Milady, croise la route de d’Artagnan et joue double jeu en infiltrant le réseau de Richelieu

C’est plaisant, assez didactique, entre action et romantisme, le tout agrémenté d’illustrations de Paola Antista

« Blanche, espionne de la reine », Angélique Chevalier, PKJ, 9,90 €

mardi 26 octobre 2021

BD - Schtroumpfs immaculés


Depuis leur reprise par plusieurs auteurs, les Schtroumpfs sont fidèles au rendez-vous chaque année. Un titre reprenant l’univers de Peyo, avec sérieux et fidélité. Pour cette 39e histoire des aventures des petits lutins bleus, l’ennemi vient du ciel. 

Au début, c’est une jolie chute de neige qui transforme les collines entourant le village en pistes de luge. Mais quand la tempête se renforce, la couche augmente et les petites maisons en forme de champignon vont être submergées. Et comme elles risquent de s’écrouler, tout le monde s’exile vers une tour fabriquée en pierres. Là, à l’étroit, les Schtroumpfs vont devoir prendre leur mal en patience. 

Une belle parabole sur le vivre ensemble, doublée d’une histoire sur un ermite qui finalement va retrouver le plaisir d’avoir des relations sociales.  

« Les Schtroumpfs » (tome 39), Le Lombard, 10,95 €

Polar - Bourgeoisie moisie et adepte des "Beaux mensonges"

Découverte sur le net, Céline de Roany a remanié son premier polar pour intégrer les collections des Presses de la Cité. Cette première enquête de Céleste Ibar plonge le lecteur dans les vicissitudes de la bourgeoisie nantaise. La patronne d’une usine de biscuits est retrouvée morte chez elle. Suicide ou homicide. La toute nouvelle enquêtrice va plonger dans un monde de faux-semblants, où tout le monde se connaît, se soutient ou se tire dans les pattes. Bienvenue chez les riches. L’intrigue permet de passer en revue quantité de portraits, de la substitut de procureur sous emprise au curé humanitaire en passant par le notaire avide de revanche car issu du milieu ouvrier

Le meilleur reste cependant la personnalité de Céleste Ibar, une flic vraiment différente, reconnaissable entre mille avec ses deux immenses balafres lui barrant le visage.

« Les beaux mensonges » de Céline de Roany, Presses de la Cité, 21 €


lundi 25 octobre 2021

Cinéma - La poésie pionnière de “First cow”


Le cinéma américain est une industrie. Mais pas toujours. Il existe parfois des réalisations qui donnent toute sa signification au terme « septième art ». En allant voir First cow de Kelly Reichardt, ne vous attendez pas à un western ou autre épopée sur la conquête de l’Ouest américain. Rapidement vous vous retrouvez plongé dans un long poème naturaliste aux images dignes des plus belles peintures du XIXe siècle. 

La beauté est de tous les plans, de toutes les attitudes, de la moindre scène anodine. Du très grand art à déguster avec délectation. Ce septième film de la réalisatrice américaine se déroule de nouveau dans son Oregon, état sauvage de la côte ouest. En 1820 c’est encore des forêts primitives. Dans ces bois souvent hostiles, des trappeurs tentent de survivre.

Cookie (John Magaro) est le cuisinier d’un petit groupe cherchant à rejoindre un comptoir. La nuit, il aide un homme en fuite, King Lu (Orion Lee) 

■ Lait et beignets 

 Quelques mois plus tard, ils se retrouvent dans une ville en plein essor. Une amitié va naître dans ce pays où tout semble permis. Les talents de cuisinier de Cookie alliés à la débrouillardise de King Lu vont leur permettre de se lancer dans le commerce de beignets. Seul problème, ces gourmandises que les trappeurs s’arrachent, sont réalisées avec le lait, qu’ils volent chaque nuit, de la seule vache des environs. 

 Film visionnaire, au tempo lent et grave, First cow explore la création des États Unis, avec en filigrane une explication du capitalisme triomphant et une certaine philosophie de la vie au jour le jour. Le tout sur des paysages sauvages à couper le souffle.

"First cow", film américain de Kelly Reichardt avec John Magaro, Orion Lee, Toby Jones

dimanche 24 octobre 2021

Série Télé - «Octobre», la saison des marrons au Danemark


Adaptée du roman de Soren Sveistrup, Octobre (paru chez Albin Michel puis au Livre de  Poche) fait partie de ces nombreuses séries nordiques sur Netflix parfaitement maîtrisées, déroulant une intrigue fouillée durant les six épisodes d’une heure sans le moindre temps mort. Octobre est le premier roman de Sveistrup, mais pas sa première série. Il s’est fait connaître avec The Killing (intégrale des trois saisons en DVD chez Universal) et dans la foulée s’est lancé dans l’écriture. Après un succès planétaire, Octobre le roman se trouve donc fidèlement adapté à la télévision. 

Classiquement l’intrigue tourne autour de deux flics. Thulin (Danica Curcic) est une excellente enquêtrice mais qui n’arrive plus à assumer son rôle de mère. Face à la crise de sa fille de 10 ans, elle demande sa mutation à la cybercriminalité. Elle doit avant cela s’occuper d’une affaire de meurtre. Une femme retrouvée attachée près de chez elle, une main coupée. Thulin, la solitaire, doit faire équipe avec Hess (Mikkel Boe Folsgaard, vu dans The Rain, toujours sur Netflix). Froid, obnubilé par l’enquête, il ne trouve pas de terrain d’entente avec Thulin. Quand le cadavre d’une seconde femme est découvert, l’hypothèse d’un tueur en série s’impose. D’autant que le meurtrier signe ses forfaits en laissant près des victimes des petits bonhommes fabriqués avec des marrons. 

L’ambiance, un peu glauque, est pourtant très prenante. Ces deux solitaires ont tout pour faire une bonne équipe. Mais jamais ils ne vont dans le même sens. C’est cet affrontement larvé qui fait tout le sel de la série en plus des nombreux rebondissements de l’intrigue, toujours de plus ne plus compliquée et semée de fausses pistes.

samedi 23 octobre 2021

Série télé - L’île de tous les cauchemars


Si vous avez le projet de vous installer dans une île isolée pour vous couper du monde trop violent, ne regardez pas, sur Netflix, Sermons de minuit avant. La mini série de Mike Flanagan vous découragera de vous retrouver, comme les quelques dizaines d’habitants du bout de terre où se déroule l’histoire, prisonnier d’un démon. Le créateur de la série (il écrit et réalise l’ensemble), abandonne les maisons hantées pour voir plus grand. Ce n’est plus une famille qui est aux prises avec des fantômes mais toute la communauté de Crockett Island

Le premier épisode présente les différents protagonistes. Comme un condensé de l’Amérique profonde. Riley (Zach Gilford) revient sur l’île après quatre années de prison. Ivre, il a tué une femme en provoquant un accident de la circulation. Son retour est mal vu par la majorité des habitants. Il retrouve Erin (Kate Siegel), son ancien amour de jeunesse, devenue institutrice de la petite école. Erin célibataire mais enceinte. Un état qui a du mal à passer auprès de Bev (Samantha Sloyan), sorte de bonne du curé, très pieuse, très écoutée par les paroissiens. Car tout le monde va à la messe le dimanche. Excepté le shérif, Hassan (Rahul Kohli) qui est musulman. Le père Paul, après un voyage à Jérusalem doit revenir. Mais un jeune prêtre arrive à sa place. Et du moment qu’il débarque, les événements étranges se multiplient. Mauvais ou bénéfiques. 

La série, en sept épisodes d’une heure, va crescendo dans l’horreur. Mais les scènes gore et terrifiantes ne constituent pas l’essentiel du programme. Au contraire, Sermons de minuit est passionnant avant tout pour ses dialogues longs et fouillés. Les tirades de Riley puis d’Erin sur comment ils imaginent ce qu’il y a près la mort méritent d’entrer dans l’anthologie des séries télé. Et comme sa précédente série, The Haunting of Hill House qui en regorgeait, il signe un plan séquence d’anthologie sur une plage de l’île digne d’être étudiée dans toutes les écoles du cinéma. Bref on frémit mais on prend aussi beaucoup de plaisir à cauchemarder sur l’île de Mike Flanagan. 


vendredi 22 octobre 2021

Cinéma en streaming - Évitez de croiser le chemin de Kate


Film japonais tourné par un Français avec des acteurs américains, « Kate » est un drôle d’objet cinématographique qui n’aura pas eu la chance de sortir en salles. Directement sur Netflix, cet action movie diffère un peu des autres par son ambiance et surtout sa fin. Sans doute la patte de Cédric Nicolas-Troyan, réalisateur originaire de Bordeaux, spécialiste des effets spéciaux qui travaille beaucoup au Japon. Kate, la tueuse implacable, est interprétée par Mary Elizabeth Winstead qui ne fait pas semblant dans les scènes de combat. Elle est en fin de carrière. Espère que c’est son dernier contrat. Mais tout dérape et elle a moins de 24 heures pour tenter d’honorer sa commande mais aussi se venger. 

Le film, sans le moindre temps mort, offre un rôle ambigu à Woody Harrelson (il adore ça) et fait découvrir une jeune actrice canadienne, Miku Patricia Martineau, parfaite dans la peau d’une adolescente japonaise torturée par ses origines : son père est un Yakusa impitoyable.