vendredi 10 avril 2020

BD - Partez à l’aventure avec les feuilletons BD de la revue Robinson



Et si ce confinement était la renaissance d’une certaine presse BD boostée par le numérique ? Après Astérix, c’est Robinson, édité par Hachette, qui arrive gratuitement dans toutes les boîtes mails des amateurs d’aventures dessinées ou directement sur le site hachette.fr. Chaque vendredi, sur une centaine de pages, vous pourrez lire les BD parus dans la collection Robinson, mettant en scène aventuriers et héros de gags. 


Robinson, ce nom n’est pas inconnu aux plus anciens et surtout aux amateurs de vieux papiers. Robinson fait partie de l’âge d’or de la BD en France. Lancé en 1936, cet hebdomadaire édité par Opera Mundi et hachette, offrait 16 pages dont la moitié en couleurs. Au sommaire essentiellement des reprises de BD américaines comme Guy l’Éclair, Mandrake, La Famille Illico ou Popeye. Quatre années et des tirages à plus de 200 000 exemplaires. Mais au début des hostilités en juin 1940, Robinson a cessé de paraître pour ne jamais renaître à la Libération. 80 ans plus tard, le même logo orne les couvertures des deux premiers numéros parus. Le 1 la semaine dernière et le 2, ce vendredi. En couverture on retrouve les membres du Club des Cinq d’Enid Blyton. Une adaptation de très grande qualité signée de Béja et Nataël. En deux gros épisodes, vous pouvez découvrir l’intégralité du premier album, « Le club des Cinq et le trésor de l’île », qui voit la formation de ce groupe d’adolescents dont les enquêtes ont traversé les décennies. 

Parmi les séries à suivre dans Robinson, ne manquez pas « Clivages » de Runberg et Urgell. Un récit futuriste criant de vérité racontant comment un village fait face à l’arrivée de soldats en pleine guerre civile meurtrière. Côté grandes sagas, l’Histoire a la part belle avec « Rhum Héritage » sur la culture de la canne à sucre en Martinique alors que « La maison des fragrances » plonge dans les coulisses de l’impitoyable industrie du parfum.

jeudi 9 avril 2020

De choses et d’autres - Ils ont craqué ! Et vous ? 


Il ne se passe pas un jour sans qu’il ne nous vienne aux oreilles une histoire folle de confinement. Comme si la pandémie et l’enfermement qui en découle faisaient perdre la tête et toute raison aux plus fragiles.
Dans le top 3 de l’absurde, au pied du podium, ce malfaiteur qui a profité de la généralisation du port du masque pour braquer une pharmacie sans que personne ne s’inquiète avant qu’il ne sorte son couteau. A la 3e position, ce post de Bruno Lemaire, ministre de l’Économie, montrant… son cochon d’Inde sur la table de sa cuisine. Presque gagnant, le fou ou amateur de surréalisme arrêté dans la rue pour avoir écrit le texte de l’attestation de sortie sur sa main. Avec ce motif qui justifie tout : « Je vais acheter du papier A4 pour l’imprimante »…


Enfin vainqueur toute catégorie ce Polonais qui s’est volontairement fait confiner de nuit dans un hypermarché. Il a été retrouvé le lendemain matin ivre mort après avoir vidé plusieurs bouteilles de whisky et de champagne tout en regardant des films pornos sur les télévisions en démonstration.  
Ces craquages ont peut-être donné l’idée à trois geeks dotés d’un bon sens de l’humour de lancer tuvascraquer.fr, une petite application sous forme de quizz à choix multiples. On répond à une quinzaine de questions (comme « Quelle est ta situation actuelle » à laquelle on peut répondre « En télétravail, du moins c’est ce que croit mon employeur ») et au final vous saurez quand vous allez craquer. Personnellement j’explose le 12 avril. Et vous, quand c’est que vous craquez ?


Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le jeudi 9 avril, 24e jour du grand confinement

BD - Une sorcière marrante et un parasite qui l’est beaucoup moins

Wolcano, sorcière de son état, est aussi obsédée sexuelle. Oliver Page, aventurier du XIXe siècle, est aussi sauveteur de l’Humanité dans un futur fluctuant. Le rire magique contre l’action scientifique.



Wolcano a un petit problème. Elle a sans cesse le feu aux fesses. Voilà pourquoi dans la ville de Whitetown elle est affublée du surnom peu glorieux de « Sorcière du cul ». Vous me direz il y a pire ? Elle aurait pu hériter du sobriquet « sorcière aux verrues » ou « sorcière Corona » si elle buvait beaucoup de bière. 
D’un autre côté elle assume tout à fait sa frénésie sexuelle. Ce soir justement, elle ramène dans sa petite maison un jeune et joli menuisier. Une fois son affaire terminée, elle est convoquée par Ox, cyclope taciturne envoyé par les Grands mages pour annoncer à Wolcano qu’elle vient de perdre ses pouvoirs de sorcière après avoir usé de 666 partenaires différents. Cette succession de gags qui forment en fait une histoire cohérente et complète est issue de l’esprit de Shyle Zalewski qui comme son héroïne, préfère conserver le mystère sur son genre et ses inclinaisons sexuelles. Le dessin simple et presque enfantin ne doit cependant pas tromper les parents : attention les scènes décrites dans cette BD ne sont absolument pas pour les petits. Wolcano, toutes les trois pages, utilise sa langue de dragon, très longue, très tactile et pleine de vice pour réaliser ce qu’elle fait de mieux. Et non, ce n’est pas parler.



Il y a aussi de la magie dans le second tome des aventures d’Oliver Page, mais surtout des voyages dans le temps. La magie c’est par l’intermédiaire d’un parasite qui colonise les corps des Humains.

Heureusement Oliver découvre un trône lui permettant de faire des allers-retours entre le Londres de la fin du XIXe siècle et celui actuel. Avec l’aide de la belle Wynn, Amazone venue de l’an 2544, il va tout faire pour sauver la civilisation humaine. Une excellente variation de Desberg (scénario) et Griffo (dessin) sur les paradoxes temporels. 
« Wolcano, la sorcière du cul », Delcourt, 14,95 €
« Oliver Page » (tome 2), Glénat, 14,50 €


VOD - Sur Disney +, découvrez vos émotions avec « Vice Versa »


Parmi les nombreux films du catalogue de Disney +, «Vice Versa » est un petit bijou d’intelligence. A ne pas manquer en cette période de confinement pour mieux comprendre les émotions de vos enfants mises à rude épreuve.
Riley a 11 ans. Fille unique, elle a tout pour être heureuse. Si cet épanouissement semble naturel, il doit en fait beaucoup aux émotions qui coordonnent l’esprit de Riley depuis le poste de commandement de son cerveau. Les cinq premières minutes de « Vice Versa » expliquent comment cela fonctionne. Cinq émotions principales sont à l’œuvre en permanence. Peur, Colère, Dégoût, Tristesse et Joie. Cette dernière est la dominante de l’humeur de Riley. Alors quand les parents annoncent à Riley qu’ils vont quitter leur Minnesota un peu perdu pour s’installer à San Francisco, Joie tente de conditionner Riley pour qu’elle profite de ce changement. Mais dans les faits Tristesse prend le dessus involontairement. L’idée du film est venue à Pete Docter (réalisateur de Là-haut) en regardant ses enfants grandir. Et de se demander souvent, face à leurs réactions parfois déroutantes, « Mais que se passe-t-il dans leur tête ? » Et d’imaginer l’esprit de Riley, fonctionnant comme un gros ordinateur piloté par plusieurs entités. Les deux mondes ne se rencontrent jamais, mais sont totalement interdépendants. Deux univers, deux styles pour un même film. Si Riley est animée de façon très classique, les cinq émotions sont elles beaucoup plus cartoonesques. Couleurs criantes (vert brocolis pour Dégoût), formes caractéristiques (Colère est carré comme une brique, Peur filiforme et fuyant comme un serpent) et exagérations sans limites caractérisent l’esprit de Riley. Toutes les possibilités de l’animation sont exploitées dans ces séquences particulièrement réussies. Et quand l’émotion prend le dessus sur l’humour, on sait que l’on se trouve face à un petit chef-d’œuvre de subtilité.

Opération rangement des livres



Opération rangement durant le grand confinement. Pourquoi ne pas profiter du temps libre pour classer votre bibliothèque ? Ou si vous êtes un maniaque de l’ordre, de la revisiter pour en redécouvrir les perles oubliées ?
Pour l’opération classement, rien de tel que des conseils de pros. Non le métier d’expert en classement de livres n’existe pas, mais les gros lecteurs peuvent vous donner quelques tuyaux. Vous les trouverez en grande partie dans le livre « Et vous, vous les rangez comment vos livres ? » de Nicolas Carreau paru en début d’année à la Librairie Vuibert. Le journaliste d’Europe 1 anime chaque semaine « La voix est livre », magazine culturel au cours duquel il se rend chez une personnalité et discute avec elle des titres de sa bibliothèque et de son agencement. On entre ainsi dans l’intime de Clémentine Célarié, Jeanne Cherhal, Bruno Solo, Costa-Gavras, Douglas Kennedy, Jul, Enki Bilal ou Valérie Damidot. Des profils très différents pour quasiment autant de bibliothèques. Avec cependant une constance : le désordre.


 Rares sont les invités de l’émission qui ont des rayonnages parfaitement rangés, bénéficiant d’un ordre précis, une cohérence. Souvent, ces amoureux des livres, ont tendance à les stocker un peu partout. L’animateur débute souvent la visite par l’entrée de la maison ou de l’appartement qui n’échappe pas à la montagne de volumes des autres pièces. David Abiker, journaliste radio lui aussi et auteur de quelques romans dans sa jeunesse a cette réflexion : « le livre c’est un élément de décoration aussi. Ils tapissent les murs un peu comme un papier peint ou une frise. La bibliothèque a donc une fonction de stockage mais elle est aussi décorative, comme dans beaucoup d’intérieurs bourgeois aujourd’hui. » 
Sur l’aspect physique des bibliothèques, le plus calé et exigeant reste Bruno Solo. Nicolas Carreau, est ébloui par sa « bibliothèque incroyable. Circulaire ! » Le comédien d’expliquer qu’il n’y a pas de mur d’angle dans son salon mais un « demi-cercle. J’ai demandé à un menuisier de me fabriquer une bibliothèque qui épouserait cette forme particulière. Et ça a été très compliqué. […] Je crois que c’est l’objet, le meuble que je préfère. » Côté écrivain, il avoue être « dingue de Pérec. Si j’avais été écrivain, j’aurais aimé écrire comme Queneau ou Pérec. »
Ce bouquin permet aux lecteurs de découvrir ainsi les préférences des uns et des autres. On sera surpris par exemple que Dave, le chanteur, s’il est devenu célèbre grâce à une chanson sur Proust, préfère lire Paul d’Ivoi, un écrivain contemporain de Jules Verne totalement oublié. « Ce sont des livres d’aventure, presque des livres pour ados ou éternels adolescents comme moi. »
Alors si durant le confinement vous décidez de faire un peu de rangement dans votre bibliothèque, prévoyez large en termes d’amplitude horaire. Car trop souvent, on redécouvre des livres oubliés qui finalement semblent passionnants. Sans parler de toutes les lectures de notre jeunesse, véritables machines à remonter dans le temps. Bon rangement et bonne lecture !

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Le hasard fait bien les choses, parfois…

Quand on ne sait plus quoi lire et que l’on a une bibliothèque importante, il reste le lancer de dé. On laisse au hasard de décider du prochain titre à lire. Cela permet de changer de registre et parfois de faire de belles découvertes. On lance un premier dé déterminer la rangée (de 1 à 6) puis on en lance deux autres pour choisir le livre (un 4 et un 5 donnent le 9e roman à partir de la gauche). Selon ce principe voici les titres tirés au sort pour illustrer ce papier.
Rangée 3 livre 4 : Un nommé Peter Karras. Lu en 2000 lors de sa parution en France chez Murder Inc (éditeur qui n’existe plus), ce polar de George Pelecanos est toujours disponible en poche chez Points.
Rangée 5 livre 12 : La machine, chef-d’œuvre de René Belletto lu en 2006 dans une version revue pour Folio. Un mélange de polar et de fantastique sur l’échange d’identité.
Rangée 2 livre 2 : L’Empire des étoiles (tome 2). Cette saga de science-fiction est une œuvre de jeunesse d’Alexis Aubenque au Fleuve Noir. On y découvre la vie dans une dans une fédération galactique regroupant 250 mondes habités, certains encore médiévaux, d’autres très futuristes. J’avais lu à l’époque, en 2006 les trois premiers. J’en ai cinq. Me manquent les quatre derniers. Un jour peut-être…

mercredi 8 avril 2020

De choses et d’autres - De la réussite de son confinement


Même dans les épreuves il faut être meilleur que les autres. Ou du moins aussi bon, faire preuve d’enthousiasme, rester constructif. La dictature de la pensée positive frappe même en plein confinement. Car on voit fleurir dans les magazines et les réseaux sociaux quantité d’articles-conseils pour « réussir son confinement ».


La barre est souvent mise très haut. On doit lire les classiques et toutes les nouveautés possibles et imaginables, on doit revoir des classiques du cinéma, on doit aussi maigrir et trouver des astuces pour faire du sport à la maison. Enfin on doit garder optimisme et joie de vivre.
Je vais me faire l’avocat du diable pour une fois. Car non, on ne peut pas vivre ce confinement comme une période positive et sympa. Car parfois, on est tellement anxieux, paniqué, que se plonger dans un roman est inutile. Après avoir relu 5 fois la même phrase, on ne sait toujours pas de quoi ça parle.
Notre esprit est aux abonnés absents. Plus exactement il ne pense qu’à ce bête enfermement, ce supplice sans fin, cette privation de liberté abominable.
Devant un vieux film, notre seule pensée peut être de regretter les temps d’avant, quand on pouvait se balader dans les rues, les parcs, en forêt. Ou fumer attablés dans les cafés et restaurants.
Aujourd’hui on n’a le droit que de rester chez soi, à courir un marathon entre la cuisine et le salon, à manger des chips arrosées de muscat, affalé dans le canapé, se désespérant des kilos en trop. Mais c’est si rassurant sur le coup.
Je ne pense pas qu’on puisse « réussir » son confinement. L’enjeu est ailleurs et la difficulté sans doute encore plus grande, quand le déconfinement sera sifflé et qu’il faudra reprendre une vie normale.


Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le mercredi 8 avril, 23e jour du grand confinement


VOD - Les plus et les moins de Disney +



Voilà votre meilleur ami de la quatrième semaine de votre confinement. Les grands amateurs de VOD et de séries ont peut-être fait le tour de Netflix et d’Amazon. Par chance, pour relancer votre boulimie d’images, Disney + a officiellement ouvert la vanne hier de ses milliers d’heures de programmes à la demande. La plateforme au banc d’essai. 
Le plus du prix. Pour seulement 6,99 euros par mois, c’est l’offre la moins chère. De plus on peut voir les programmes sur quatre écrans différents en simultané et tout est téléchargeable pour une dégustation en mode nomade.
Le plus des 7 jours gratuits. Si vous n’êtes pas abonné à Canal +, vous pouvez bénéficier d’une offre de 7 jours gratuits afin de découvrir le contenu de Disney +.
Le moins de 7 jours gratuits. Vous devez en fait vous abonner et donner vos coordonnées bancaires. Si vous « oubliez » de vous désabonner au bout des 7 jours, vous serez débité à partir de cette date de la somme du premier mois.
Le plus du Mandalorian. Série vedette dérivée de Star Wars dont tout le monde parle, vous allez enfin pouvoir vivre les aventures de ce chasseur de primes de la galaxie. Parfaitement réalisé et effets spéciaux dignes des films de la Saga.
Le moins du Mandalorian. Pour l’instant il n’y a que les 4 premiers épisodes de disponibles alors que les 8 ont été diffusés aux USA. La suite dans 7 jours, après la période de gratuité ? 
Les plus des films anciens. Sur Disney + vous aurez la possibilité de revoir des films anciens comme 20 000 lieues sous les mers avec Kirk Douglas, la saga des Coccinelle ou les bizarreries que sont les films du Gang des chaussons aux pommes. 
Le moins des films d’époque. Ils sont précédés d’étranges messages comme « Ce film comporte des scènes avec des consommations de tabac » ou « Ce programme vous a été présenté tel qu’il a été réalisé. Il peut comporter des représentations culturelles obsolètes ». On ne plaisante pas avec le politiquement correct chez Disney !

mardi 7 avril 2020

De choses et d’autres - Les confinés se surpassent



Que restera-t-il de cette pandémie de coronavirus ? Des dizaines de milliers de morts et des services de santé débordés, on ne conservera que quelques lignes dans les futurs manuels d’Histoire numériques des écoliers du siècle prochain. Par contre on a toutes les chances de voir apparaître un genre culturel pérenne dit « du confinement ». Comme il y a des films de zombies ou une littérature policière.
Paradoxalement, quand on a dit aux Français (et au 2/3 des autres habitants de la planète) de rester chez eux et d’en profiter pour consommer de la culture, ils se sont pris au jeu et après avoir regardé de vieilles œuvres ont décidé d’en fabriquer de nouvelles.
Et, miracle de la technologie abolissant les barrières, frontières et s’affranchissant des salles de spectacle, ce nouvel art a déferlé partout.

On ne compte plus les milliers de courts-métrages, souvent très au point techniquement, mettant en scène des confinés. Scènes tournées dans la cuisine, avec femme et enfants, dans la chambre où les draps blancs se transforment en montagnes enneigées, derrière la fenêtre, avec le chat en vedette et une voix off lui faisant dire des énormités.
On a vu aussi que les visioconférences, au-delà de l’aspect pratique, permettent de transformer un nuage d’écrans en superbe création. Qui n’a pas eu des frissons en regardant le Boléro de Ravel joué par chaque musicien de l’orchestre de Radio France confiné dans son salon ou la version de l’Estaca jouée par la cobla Mil•lenària en hommage aux soignants.
Alors je ne sais pas encore combien de temps va durer ce confinement (le moins de temps possible selon le vœu de tout le monde), mais les créations qu’il a provoquées ces trois dernières semaines, elles, seront toujours les bienvenues sur nos écrans d’ordinateur.

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le mardi 7 avril, 22e jour du grand confinement.

Séries télé : le match Casa/Loop ou Netflix vs Amazon Prime


Votre salon s’est transformé en ring de boxe ce week-end. A ma droite, la série espagnole championne de toutes les audiences et star de Netflix, la saga des plus célèbres braqueurs de banque de la décennie, les rois du rebondissement : mesdames et messieurs applaudissez la saison 4 de la Casa de Papel. A ma gauche, le concept le plus étrange et novateur de cette même décennie, de la science-fiction contemplative ambitieuse pour relancer l’intérêt d’Amazon Prime, la plateforme du géant de la vente sur internet.
Faites un triomphe au challenger qui n’a pas froid aux yeux et qui va changer votre vision du quotidien : Tales from the Loop ! Le match a été suivi par des milliers de Français, plongés en plein confinement et donc très captifs pour découvrir les deux sensations télévisuelles du moment. Compliqué de désigner un vainqueur même si la série espagnole a un peu perdu de sa nouveauté alors que the Loop, au contraire, nous étonne un peu plus à chaque épisode. En réalité ce sont deux genres tellement opposés qu’il est impossible de les comparer, si ce n’est que ces programmes sont l’arme principale de Netflix et Amazon Prime pour contrer l’arrivée de Disney +.
Phénomène planétaire, La Casa de Papel a logiquement été reconduite pour une nouvelle saison après le carton sur Netflix. Comme la première, elle est découpée en deux parties.

Inspirée de tableaux
Ce week-end on a découvert les 8 derniers épisodes de cette seconde saison. Huit épisodes et autant de coups de théâtre.


Car les scénaristes et le créateur, Alex Pina, ont parfaitement compris que ce qui fait l’attrait des aventures de ces braqueurs hors du commun, ce sont les complications d’un plan normalement parfaitement millimétré. Certains vont trouver que Tokyo, Rio, le Professeur ou Nairobi en font trop. Oui, certainement, mais c’est bien ce qu’attendent les fans de la série. Par contre, pour en gagner de nouveaux, ce sera plus compliqué.
Face au braquage à grand spectacle de la Casa, Tales from The Loop, pourtant financé par Amazon qui ne manque pas de milliards, semble faire un peu parent pauvre. Dans le genre SF, on fait plus tape à l’œil ailleurs. Mais Nathaniel Halpern, le créateur de cette anthologie de huit épisodes indépendants les uns des autres, s’intéresse plus à la psyché des personnages qu’à leur capacité à aller dans l’espace. The Loop c’est un complexe scientifique construit dans le sous-sol d’une petite ville de l’Ohio.
Les décors font penser aux années 80, mais avec des robots dans les forêts et des tours lumineuses, comme des géants de fer garantissant la quiétude de la petite ville rurale des USA. Les scénaristes abordent des sujets forts comme le voyage dans le temps, l’altérité, le changement de personnalité ou la mort par l’intermédiaire des différents habitants. Visuellement très belle (à la base, la série est inspirée des tableaux du peintre suédois Simon Stålenhag), The Loop joue de la lenteur pour plonger le spectateur dans ce monde différent. La musique, sublime et omniprésente, renforce cette impression de voyage loin, très loin de notre réalité.
On est indéniablement en présence de la plus originale série télé de l’année (voire de la décennie), mais pas forcément la plus grand public. Car on doit réfléchir et faire un gros travail d’introspection pour tirer toute la substantifique moelle de Tales of the Loop.

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Comment contrer l’offensive Disney + ?

Si Netflix et Amazon sortent en ce moment deux de leurs meilleures séries, ce n’est pas un hasard. Car le marché voit l’arrivée d’un nouvel opérateur qui fait figure de grand méchant capable de tout cannibaliser.
Initialement prévu le 24 mars, le lancement de la plateforme du géant américain a été reporté au 7 avril (aujourd’hui donc) pour ne pas mettre à mal les tuyaux de l’internet. Face à Mickey, Star Wars et les succès Marvel, Netflix et Amazon ont effectivement du souci à se faire.  Parmi les têtes de gondole de Disney +, The Mandalorian, série dérivée de l’univers Star Wars, des dessins animés de légende (parfait pour renouveler les distractions des petits confinés), des documentaires de prestige tirés du catalogue de National Geographic et des dizaines de séries.
Autre avantage de Disney +, le prix. Il n’en coûte que 6,99 € par mois (ou 69,99 € pour un an), bien moins cher que Netflix à 11,99 € mais encore un peu au-dessus d’Amazon Prime qui revient à 49 € pour un an.

BD. Magie contre Mécas

Magie ancestrale ou mécaniques futuristes, faites votre choix entre ces deux séries BD plus spécialement destinées aux adolescents. 



Personne ne le sait, mais sous New York se trouve une ville magique. Under York est le refuge de tous les sorciers et magiciens de la planète. Un monde imaginé par Sylvain Runberg et dessiné par la virtuose italienne Mirka Andolfo. 


Le premier tome nous permettait de découvrir cette ville cachée et les différents clans magiques (Irlandais, Amérindiens, Chinois…). Le second nous plonge au cœur de l’action. La jeune Aloson, a renié ses origines magiques. Elle a mal utilisé une formule et provoqué la mort de sa meilleure amie. Depuis elle a rejoint la surface et vivote comme artiste. Mais elle va devoir redécouvrir ses pouvoirs face à une menace venue du fond des âges. Marduk, entité maléfique, s’est libéré. Il a pris possession du corps du petit frère d’Alison et a pour ambition de contrôler New York. Il va s’attaquer à la finance puis à la police. Cette série graphiquement époustouflante, vaut aussi par le message relayé par l’héroïne : tout pouvoir ne doit pas être utilisé pour soi-même mais pour le bien de toute la communauté.



Pas de magie dans le monde des « Enfants de la colère », imaginé par Damian, scénariste barcelonais et dessiné par Nico Naranjo de Madrid. 


Dans un futur apocalyptique, la Confédération des États du Nord, un petit peu dictatoriale, tente de mater la Résistance. Deux camps qui s’affrontent par l’intermédiaire de grands robots sur armés, des Mécas. Pour la Résistance, les meilleurs pilotes se trouvent parmi les enfants. On suit dans ce second tome le dernier combat pour la liberté. Des bagarres dantesques où le mouvement et les explosions doivent beaucoup à l’imagerie manga.

« Les chroniques d’Under York » (tome 2), Glénat, 16,90 €
« Les enfants de la colère » (tome 2), Ankama, 14,90 €