mercredi 24 octobre 2018

DVD et blu-ray : l'avocat japonais tourmenté de "The Third Murder"

Un avocat japonais est chargé de défendre un homme accusé du meurtre de son patron. Pour tenter d’éviter la peine de mort, l’accusé prétend que c’est la femme du mort qui a commandité l’assassinat. Mais l’avocat doute de la véracité de la version officielle. Ce thriller de Hirokazu Kore-eda raconte avec minutie le travail d’un avocat. Son empathie pour aider le client, ses doutes et failles personnelles.

Un film noir et oppressant, à l’intrigue implacable.

➤ « The Third Murder », Le Pacte, 19,99 €

mardi 23 octobre 2018

Série - The Haunting Hill House, une maison hantée à voir sur Netflix


Depuis le début du mois, vous pouvez voir sur Netflix une de ces séries qui n’en finissent pas de faire parler d’elles. De vous hanter aussi si vous y avez succombé. « The Haunting Hill House », série en 10 épisodes, est signée Mike Flanagan, le nouveau maître incontesté de l’horreur (Pas un bruit, Ouija).

Chaque épisode présente les différents membres de la famille Hill. De Steve, écrivain qui a connu la gloire en racontant l’histoire de la maison hantée à Luke, drogué en perdition en passant par le père ou la fille aînée, devenue croque-mort. Chacun se remémore ces mois passés dans la maison hantée, les hallucinations et nuits cauchemardesques jusqu’à la fuite en pleine nuit.

Toute la réussite du film est de raconter avec les visions multiples une même histoire. Série comportant quelques moments virtuoses comme ce plan séquence de 15 minutes aux obsèques de la sœur jumelle de Luke. Cela vaut largement tous les films d’horreurs programmés dans les cinémas depuis le début d’année… 

lundi 22 octobre 2018

Livre sur le cinéma - Steve McQueen, le prince des bolides


Beau gosse emblématique du cinéma américain, Steve McQueen était un passionné de vitesse. Il l’a montré dans ses films, mais dans la vie privée il s’offrait souvent un tour en bolide. Ce beau livre, parfait pour les amateurs de cinéma et de voitures de légendes, revient sur la passion dévorante de l’acteur pour la course automobile.

Avant un superbe portfolio et une filmographie exhaustive de sa carrière à la télévision et au cinéma, Guillaume Evin raconte la vie à 100 à l’heure de cet acteur qui aime piloter ou de ce pilote qui aime jouer à l’acteur. Car en plus de ses succès dans les salles obscures, Steve McQueen a participé à quantité de courses récoltant d’autres lauriers.

➤ « Steve McQueen, king of cool » de Guillaume Evin, Hugo Motors, 272 pages, 35 €

dimanche 21 octobre 2018

BD - Un détective à l’ancienne

   



Nom : Vercorian. Prénom : Atom. Particularité : fils d’un flic parisien d’origine arménienne, ancien grand Résistant. Le nouveau héros imaginé par Yann et dessiné par Olivier Schwartz est résolument vintage. L’action de sa première enquête se déroule à l’été 49. Le jeune Atom veut prouver à son père, grand ponte de la PJ, qu’il vaut autant que lui. Il se rêve détective privé et profite d’un fait divers retentissant pour se lancer dans sa première affaire. 

Dans le sud, le Bégum, la femme de l’Aga Khan, vient de se faire dérober ses bijoux dans un « carjacking » avant l’heure. Atom est flanqué de son assistante, la belle et intrépide Mimi et d’un associé-financeur, Jojo la Toupie, colosse qui a connu son heure de gloire dans le milieu du catch. 

Un trio explosif pour une enquête menée à 100 à l’heure, entre la Riviera, les bas-fonds de Paris et la banlieue. Délicieusement nostalgique (mais avec un peu de parodie et de sarcasme, Yann oblige) d’une époque qui a fait les beaux jours de BD à la Tillieux avec un trait proche de Jijé, les aventures d’Atom ne devraient pas passionner les jeunes mais rencontrer un réel enthousiasme auprès des vieux collectionneurs. 

« Atom Agency » (tome 1), Dupuis, 15,95 €



samedi 20 octobre 2018

Roman - Pascal Bruckner nous offre un cauchemar le temps d'une nuit ou d'une année

Si vos nuits sont déjà un peu agitées en raison de cauchemars récurrents et troublants, évitez ce roman de Pascal Bruckner. Ou au choix dévorez-le en une nuit blanche. Ainsi vous n’aurez pas de cauchemar, même si les mésaventures de Jézabel valent largement toutes les inventions paranoïaques de votre inconscient. Pascal Bruckner, dans une veine fantastique qu’il apprécie tant, renoue avec les dédales du temps.

En route pour le Canada afin de présenter à un ami de son père une montre particulière, Jézabel croit sa dernière heure arrivée lors d’une violente tempête. L’avion de ligne, chahuté, est détourné vers le Maine aux USA. De là, elle rejoint un hô- tel perdu dans les montagnes avant d’espérer prendre un bus pour le Canada quand les conditions météo le permettront. Un hôtel étrange, immense, silencieux et sinistre.

En rejoignant la chambre, elle croise pour une première rencontre avec les Insomniaques : « Au loin apparut, accoudé à la balustrade de l’entresol, un trio de vieux messieurs, debout à cette heure, un manchot, un bossu et un boiteux avec leurs cannes qui la fixaient sans mot dire. Ils sautillaient, vifs et agités, malgré leurs handicaps ». Une ambiance étrange, à la Shinning, qui ne l’empêche pas de sombrer dans le sommeil après 24 heures éprouvantes.



A son réveil, elle découvre qu’elle a dormi une année complète. Rêve ou réalité, jamais le lecteur ne sait où est la frontière. Un peu comme si le présent, le passé et l’avenir se mélangeaient allègrement dans un récit alambiqué. Avec Jézabel, on résiste pour ne pas sombrer dans la folie.

➤ « Un an et un jour » de Pascal Bruckner, Grasset, 18 €

➤ L’adaptation en BD de son roman « Les voleurs de beauté », prix Renaudot, vient de sortir aux éditions Glénat

vendredi 19 octobre 2018

Roman - Sur la trace de Federica Ber, la belle disparue



Qui était Federica Ber ? Qu’est-elle devenue ? Ces deux interrogations sont au centre du roman de Mark Greene. Le narrateur se souvient de cette belle Italienne qui lui a fait découvrir les toits de Paris quand il était jeune. 
Aujourd’hui elle est suspectée dans la mort d’un couple d’architectes découvert attachés au pied d’une muraille rocheuse des Dolomites. Entre ces récits distincts, l’auteur aurait pu signer un faux polar, avec rebondissements et coups de théâtre. Il a préféré jouer à fond la nostalgie. Les souvenirs de cet été magique. Puis la disparition de cette femme libre, visionnaire. Cela donne deux histoires d’amours incomplètes, inachevées. Marquées par le destin. Un roman fort et vertigineux.
➤ « Federica Ber » de Mark Greene, Grasset, 18 €

jeudi 18 octobre 2018

BD - Valise mystérieuse et camions du diable

En 1956, en plus du journal de Spirou, les éditions Dupuis publient un autre hebdomadaire : Risque-tout. Plus moderne, il héberge les séries vedettes de l’époque dans des récits complets comme Johan et Pirlouit, la Patrouille des Castors ou Tif et Tondu, mais aussi quelques séries à suivre. Maurice Tillieux, débordant d’activité, vient d’y lancer Marc Jaguar, reporter-photographe. Après une première histoire, « Le lac de l’homme mort », Jaguar part pour la Bretagne et croise la route des « Camions du diable ». Mais Risque-Tout s’arrête sans préavis. 

L’histoire ne compte que huit planches dont une dernière inédite. L’essentiel de l’embryon de récit tourne autour d’une valise, dérobée par un vagabond et qui, en découvrant ce qu’elle contient, préfère s’en débarrasser immédiatement en la jetant dans une mare. Que contenait cette valise ? La question est restée sans réponse durant des décennies. Tillieux, qui travaillait à l’époque comme un feuilletoniste, n’avait pas encore pensé à la suite de l’histoire. Risque-Tout abandonné, il lâche Marc Jaguar pour se consacrer à son autre série vedette, Gil Jourdan. Ce n’est que 50 ans plus tard que Walthéry et Borgers ont osé imaginer une suite aux « Camions du diable ». Le dessin en a été confié à Delvaux, grand spécialiste des voitures de l’époque. Cela donne un album hommage, dans l’esprit, avec pour boucler la boucle, la reproduction des planches dessinées par Tillieux. Le Marc Jaguar « moderne », de journaliste, se transforme en détective privé et même espion, n’hésitant pas à utiliser la manière forte quand il se retrouve en position délicate. Courses-poursuites, bagarres, intrigues, trahisons, secret d’État, le tout saupoudré de quelques clins d’œil en référence à Zappy Max ou César et son incorrigible fillette, autres personnages du prolifique Tillieux.
« Marc Jaguar, les camions du diable », Dupuis, 17,50 €

mercredi 17 octobre 2018

BD - Ouvrir la boîte de ses origines

Longtemps, les familles en mal d’enfant ont privilégié une adoption à l’étranger. La filière de Corée du Sud a laissé des traces en France et en Belgique. Parmi ces enfants déracinés il y a quelques décennies, plusieurs ont percé comme Fleur Pelerin, ancienne ministre, Jean-Vincent Placé, politicien ou Jung, dessinateur. Ce dernier revient sur le phénomène dans son nouvel album, « Babybox ». Cette box d’un genre particulier, c’est le sas inventé et placé dans la rue par un pasteur. A Séoul, il permet aux mères dépassées d’abandonner leur enfant en toute sécurité. L’héroïne de ce roman graphique de 156 pages, Claire, ne connaissait pas la babybox. 

Ses parents sont Coréens. Ils vivent en France depuis longtemps. Elle y est née comme son petit frère. Mais quand la mère meurt dans un accident de la route et que son père se retrouve dans le coma, Claire va devoir se plonger dans les papiers de la famille et découvrir qu’elle a été adoptée à l’âge d’un an. Elle a été trouvée dans une babybox. Pour faire le deuil de sa mère qui ne l’était pas, elle va en Corée pour tenter de retrouver sa véritable mère. Un récit initiatique peut-être encore plus fort que les mémoires dessinées de Jung, « Couleur de peau : miel ».
« Babybox », Soleil Noctambule, 18,95 €

mardi 16 octobre 2018

BD - Violette Morris, une femme trop forte

 

 

En pleine période de #metoo, cet éclairage sur la vie de Violette Morris a le mérite de montrer que le féminisme n’est pas une invention du siècle. Kris et Bertrand Galic ont exhumé les heures de gloire de cette femme forte. Ou forte femme. Un biopic romancé, car c’est une de ses plus anciennes amies, Lucie Blumenthal, qui raconte le destin atypique de Violette. Lucie, avocate avant guerre, a été rayée du barreau en 1941 car d’origine juive. Après une période très active dans la Résistance, elle est devenue enquêtrice privée pour retrouver les milliers de disparus de cette période sombre de l’Histoire de France. En Normandie, on l’appelle car des corps sont découverts enterrés près d’une ferme. Des collabos, exécutés à la Libération. Parmi les cadavres, une femme dont les seins ont été coupés. Lucie a la certitude qu’il s’agit de Violette. Le premier tome de la série prévue en quatre raconte les jeunes années de Violette, quand elle est interne chez les sœurs (avec Lucie justement), puis jeune adulte se défoulant dans le sport. Elle nage, court, lance le javelot ou le poids. Elle s’essaye même à la boxe. Sa particularité : elle se mesure toujours à des hommes. Car elle se sent homme. Mariée de force, elle s’émancipe et ne garde de son mari que sa garde-robe : des costumes trois pièces et des cravates. Dessiné par le Barcelonais Javi Rey, la vie de Violette est passionnante, même si le personnage est souvent dans la provocation et l’excès.
« Violette Morris » (tome 1/4), Futuropolis, 16 € 

lundi 15 octobre 2018

BD - Monstrueuse mer, terrain de chasse du "Kraken"



Serge Dougarry a connu la gloire. Présentateur à la télévision, son émission sur la mer a tutoyé les sommets de l’audimat. Aujourd’hui il n’a plus d’émission et vivote en thésaurisant cette notoriété résiduelle en vantant des conserves de poisson. Un matin, un gamin, en ciré jaune et armé d’un harpon sonne à la porte de son appartement parisien. 
Il lui demande de l’aider pour chasser le kraken. Le début de ce roman graphique en bichromie signé Pagani et Cannucciari interloque. Dougarry, épave alcoolique, se bat avec des démons intérieurs. 


Le gamin, Damien, est visiblement un attardé. Cet improbable duo va pourtant se retrouver dans la petite ville côtière où le drame se noue. La mère de Damien persuade Dougarry de faire semblant de partir à la chasse au kraken avec son fils handicapé. 
Damien, devenu le souffre-douleur de toute la communauté depuis que le poisson se fait rare et que des enfants disparaissent dans la mer. 
Et si le kraken, monstre marin légendaire, existait vraiment ? Entre étude sociologique, enquête policière et récit fantastique, cet album magistralement dessiné et à l’intrigue pleine de rebondissements a très justement remporté le prix du meilleur album italien au dernier festival BD de Rome
« Kraken », Soleil, 17,95 €