L’Élysée peut-il être une marque commerciale comme Panzani ou Nike ? La question se pose depuis le lancement la semaine dernière des objets signés présidence de la République. Si l’on se demandait à quel moment Emmanuel Macron se démarquerait carrément de ses prédécesseurs, on a la réponse. Il est devenu un président à part dès qu’on a mis en vente un mug à son effigie ou ce T-shirt blanc à 55 € avec la simple mention «Croquignolesque ». Il existe aussi des sacs « Première dame » et des albums à colorier avec le couple présidentiel en train de promener son chien.
Le plus étonnant reste le modèle « Champion du monde » censé célébrer la victoire des footballeurs tricolores. Le dessin ne représente pas la coupe ou les joueurs mais la silhouette de Macron, exultant, le point levé, attitude tirée de sa réaction en direct au premier but français.
Passons sur les procès de culte de la personnalité. N’oublions pas que le plus jeune président élu n’avait pas de parti derrière lui. Juste sa personne, son programme et quelques ralliements disparates de droite comme de gauche. S’il a gagné, c’est uniquement sur sa propre image. Logique donc de continuer le quinquennat sur la lancée.
Le véritable scandale a été révélé la semaine dernière dans l’émission « Quotidien ». D’après des fuites d’un dossier d’instruction, le responsable de la boutique en ligne de vente des produits dérivés de l’Élysée n’était autre qu’un certain Alexandre Benalla. Le faux policier et vrai nervi énervé avait aussi des envies de commerce. Il ne lui reste plus qu’à faire imprimer « Petit marquis » (petit nom qu’il a donné à Philippe Bas, président de la commission d’enquête sénatoriale) sur son gilet pare-balles et l’enfiler pour se rendre à son audition ce mercredi.
Chronique parue le 17 septembre 2018 en dernière page de l'Indépendant
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
lundi 17 septembre 2018
Premier roman - Gendarmette stone
Difficile de faire plus trash. Le premier roman de Mathilde-Marie de Malfilâtre ne fait pas dans la dentelle. Même si l’héroïne de «Babylone Express », Luna, en porte parfois de la dentelle. Mais bien cachée sous son uniforme de gendarme. Et de toute manière, la dentelle elle ne la garde pas longtemps quand elle se défonce dans des soirées libertines avec Marco, son mec, dealer. Luna, la narratrice, parle comme elle existe : en pointillé et par onomatopées. Pas du français châtié, mais très imagé quand même.
Pour se payer de la meilleure dope, la belle et son junky décident de monter un gros trafic de cannabis en provenance du Maroc. Une fois passé le choc de l’écriture, le roman se lit comme une longue litanie d’un esprit perdu entre rigueur militaire et folie des excès de toutes sortes. Une schizophrénie qui ne peut laisser personne intact, la narratrice comme le lecteur.
➤ « Babylone Express » de Mathilde-Marie de Malfilâtre, Le Dilettante, 18 €.
BD - Les Profs rempilent
Quand une série patine un peu, rien de tel qu’un peu de sang neuf pour relancer la machine. Erroc, scénariste des Profs a parfaitement conscience de ce fait. Après 20 tomes des aventures de ses victimes préférées (dont une histoire complète), il a jugé bon de demander un peu d’aide. C’est Sti, gagman confirmé qui a relevé le défi. Il a donc rejoint Simon Léturgie (au dessin depuis trois albums après la défection pour cause de maladie et de lassitude de Pica), et la greffe semble bien prise. Tous les profs habituels sont présents, de Gladys à Antoine en passant par Amina (toujours aussi belle) et Serge (toujours aussi fainéant).
D’autres prennent un peu plus de place comme la savoureuse Mme Berthot. Elle enseigne la comptabilité. Surtout le matin. Car après le repas, son penchant pour l’alcool l’empêche de compter juste. Des gags qui font toujours autant de bien au lecteur. Lecteur ou lectrice qui a forcément été élève à un moment de sa vie et se délecte donc des malheurs de ces profs qui parfois les ont tyrannisés.
« Les profs » (tome 21), Bamboo, 10,95 €
dimanche 16 septembre 2018
BD - Samantha, traumatisée et hantée
Tous ceux qui ont apprécié Echo ou Strangers in Paradise de Terry Moore se délecteront de l’intégrale de Motor Girl publiée en noir et blanc. Parue en 2016, cette série entre réalisme, humour et science-fiction, confirme le ton unique de cet auteur complet chantre de l’auto-édition. L’héroïne, Samantha, est une ancienne marine. Elle tient une casse perdue en plein désert d’Arizona. Moins elle voit d’humains, mieux elle se porte. Ses journées, en plus de farfouiller dans les moteurs des épaves, elle les passe à dialoguer avec Mike. Mike est un gorille de plus de 2 mètres. Un vrai gorille. Il fume le cigare et aime rouler en Harley.
Un premier élément fantastique dans un récit qui part vite dans tous les sens. Car Samantha voit arriver une soucoupe volante dans sa casse et recueille un petit extraterrestre répondant au nom de Bik. Ce long récit de 250 pages déroute le lecteur, l’interpelle. Vérité, fantasme, imagination ? Impossible d’avoir un avis tranché. Seule certitude, Samantha a beaucoup souffert quand elle était sous des drapeaux. Blessée dans des explosions, capturée, torturée durant de longs mois, les cicatrices sur son dos et son crâne sont indubitablement réelles.
« Motor Girl », Delcourt, 19,99 €
BD - Du poulpe au menu d’Ekho
Plus la peine d’expliquer que Christophe Arleston scénariste de « Ekho Monde miroir » (mais aussi de Lanfeust, Trolls ou Ythaq), est un grand connaisseur en vin. Il profite une nouvelle fois d’un de ses albums pour faire étalage de son expertise. Dans le New York inversé de la série, la ravissante Fourmille est invitée dans un restaurant gastronomique par Yuri, son collègue de l’agence Gratule et amoureux secret. Mais au moment du choix des vins, le sommelier est introuvable. Il est descendu dans la cave sans réapparaître. Pile au moment où Fourmille se retrouve possédée par l’esprit d’un mort. Celui du sommelier justement qui vient d’être trucidé.
L’enquête du couple va les conduire dans une réception où quantité de grands crus seront servis aux invités dont un « La grange des Pères » 99 décrit par Arleston de cette façon : « Un nez typique de soleil, de garrigue, de fruits mûrs, olive noire, un peu de sous-bois apparaît, puis de la truffe... C’est un assemblage mouvèdre et syrah, une pointe de cabernet sauvignon... On est dans les hauteurs de Montpellier ». La dégustation va vite tourner à la tragédie pour cause de poulpe récalcitrant. Une histoire légère, comme certains des vins proposés dans le récit, dessinée avec brio par Alessandro Barbucci. Et si aimez New York et le vin, vous pourrez participer à un concours pour remporter un séjour pour deux personnes de 5 jours dans Big Apple avec dégustation de vins dans le quartier de Hell’s Kitchen.
« Ekho, monde miroir » (tome), Soleil, 14,50 €
samedi 15 septembre 2018
BD - Charlotte, un destin belge
Pan méconnu de l’histoire de la Belgique (du moins de ce côté de la frontière), le destin de Charlotte, fille du roi Léopold 1er a inspiré Fabien Nury. Il a confié l’illustration de la vie de cette jeune souveraine, devenu impératrice du Mexique à 24 ans, au talentueux Mathieu Bonhomme. A l’âge de 16 ans, Charlotte est déjà à marier. Elle semble promise au roi du Portugal. Mais les alliances européennes vont contrarier ce plan. Maximilien, le frère de l’empereur austro-hongrois, est séduit. Cela tombe bien, la famille royale belge cherche à s’allier avec les Habsbourg. Un mariage d’amour. Mais la jeune fille déchante vite. Maximilien est considéré comme le raté de la famille. Exilé en Lombardie, il est rejeté par les locaux et son armée battue. Il se retrouve assigné à résidence. Une longue période au cours de laquelle la jolie Charlotte s’ennuie. Se désespère même. Heureusement une autre opportunité s’offre au couple : devenir empereur du Mexique sous la férule de Napoléon III.
Loin des simples récits à la « Points de vue » enluminées par la faconde d’un Stéphane Bern, cette histoire dramatique, tragique même, décrit surtout une femme lancée trop jeune dans le monde diplomatique. Déçue, aigrie, malmenée par un mari qui est incapable de lui donner une descendance, elle fera tout pour s’imposer. Au risque de se brûler les ailes dans ce Mexique bouillonnant.
« Charlotte impératrice » (tome 1), Dargaud, 16,95 €
vendredi 14 septembre 2018
De choses et d'autres - Touche pas à ma polémique
Bad karma pour Cyril Hanouna. Mauvaises audiences, polémique : rien ne va plus dans le monde déjanté de « Touche pas à mon poste ». Premier problème : le talkshow d’Hanouna est battu par «Quotidien » de l’ennemi absolu Yann Barthès. Second souci, le vendredi, l’émission (présentée par Benjamin Castaldi) plonge dans les abîmes. Au point que le « 28 minutes » d’Arte, dépasse C8 en nombre de téléspectateurs. Arte mieux que Hanouna, de quoi créer l’événement sur les réseaux sociaux. Comme si tout à coup la France se ré- veillait un peu plus intelligente, préférant un débat d’intellectuels sur le prélèvement à la source qu’une émission de potaches présentée par l’ancien roi de la téléréalité (Loft Story, Secret Story). Les ennuis, volant toujours en escadrille, Hanouna s’est retrouvé au cœur d’une polémique lancée par Alain Chabat himself. Le Nul (qui n’en est pas un), confie à Yann Barthès (est-ce un complot ?) que parmi les personnalités désireuses de participer à son jeu Burger Quizz, figure Cyril Hanouna. Et de préciser dans la foulée : «Cyril Hanouna, c’est non ! Je sais qu’il en a envie, mais je ne vois pas ce que je pourrais faire avec lui ». C’est parti pour la polémique. Hanouna réplique d’abord sur Twitter puis dans son émission de lundi dernier. Comme il aime régner en maître du jeu (ou le faire croire), il claironne qu’il n’ira pas à Burger Quizz. Et se souvient que quand il était stagiaire à Comédie, la chaîne, Chabat ne lui adressait pas la parole. Tout cela semble bien vain.
Mais n’est pas sans conséquence puisque lundi, TPMP est repassé devant Quotidien. Bad karma ou bad buzz, qu’importe tant que les télé- spectateurs sont là pour voir les pubs !
Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 14 septembre 2018
jeudi 13 septembre 2018
Chronique - Cuistre, nom masculin
La bataille pour le perchoir a été de courte durée. À peine François de Rugy investi ministre de la transition écologique (trahison écologique disent les mauvaises langues), son poste de président de l’Assemblée nationale, l’un des plus recherchés dans le microcosme politique, attirait les convoitises dans le camp des députés marcheurs. Avec leur majorité absolue, ils sont les maîtres du jeu.
Le président du groupe, Richard Ferrand, vieux routier du PS et premier supporter du jeune président, s’est immédiatement positionné. Il connaît ses troupes. Obligé de démissionner de son ministère pour des affaires judiciaires encore en cours, il n’a pas abandonné son mandat de député. Ni ses ambitions. Bien au contraire. Mais dans le nouveau monde d’Emmanuel Macron, rien n’est évident. Quelques voix se sont élevées pour critiquer sa candidature. Voix féminines notamment. Barbara Pompili, ancienne élue écologiste longtemps liée à de Rugy (ils coprésidaient le groupe parlementaire vert lors de la précédente législature) a joué à fond la carte « Et si on élisait une femme au fauteuil de quatrième personnage de l’État ? » Question d’autant plus légitime que la compétence de Pompili est manifeste.
Une femme nouvelle pour incarner un parlement nouveau ? Perdu. Avec plus de 64 % des voix dès le premier tour Richard Ferrand l’emportait. Et ne pouvait s’empêcher de fanfaronner à l’issue du scrutin. La saillie n’a pas amélioré une image de marque déjà écornée par ses affaires immobilières.
Devant les journalistes, sourire en coin, il a osé cette formule : «Le choix s’est porté sur moi. Vous me pardonnerez de ne pas être une dame. » Non Monsieur Ferrand, vous n’êtes pas une dame, juste un cuistre, nom masculin.
mercredi 12 septembre 2018
DVD et blu-ray - Action mortelle ou vérité tueuse ?
Parmi les nombreuses habitudes des teenagers américains qui laissent le public français dubitatif, le springbreak est sans doute le plus étrange. Par contre, le jeu Action ou vérité a traversé les frontières.
Ce petit film d’horreur de Jeff Wadlow joue sur les deux tableaux. Tout débute lors de cette semaine de fiesta au Mexique. Dans une église désaffectée, un groupe d’amis (trois garçons, trois filles), se retrouve piégé par un démon. Leur jeu d’action ou vérité n’a plus de fin et les conséquences sont de plus en plus dramatiques. Avec une régularité de métronome le groupe diminue. Morts violentes et spectaculaires. Une partie de l’intrigue, sentimentale évidemment, tourne autour de la rivalité entre les deux meilleures copines (Lucy Hale et Violett Beane) se disputant Lucas (Tyler Posey).
Pas de monstres horrifiques mais quelques trouvailles effrayantes comme le sourire grimaçant des personnes possédées par le démon. Le DVD comme le blu-ray proposent un making-of assez dé- taillé sur l’origine du projet et les avis des véritables interprè- tes sur le jeu ? Jeu auquel ils avouent avoir tous joué dans leur jeunesse.
➤ « Action ou vérité », Universal Pictures Vidéo, 14,99 € le DVD, 16,99 € le blu-ray.
Chronique - Montrez ce Noir que je ne vois pas
Comme les États-Unis, la France peut s’enorgueillir d’être multicolore. Exemple dans le sport où la couleur de peau n’interpelle plus personne, des sociologues affirmant même que le Français moyen s’identifie parfaitement à Ngolo Kanté. Aux USA les tensions raciales existent toujours mais s’adresser à toutes les minorités reste un passage obligé si l’on veut toucher largement la population.
Une grande école française (Emile-Cohl à Lyon) vient d’en faire les frais, victime d’une agence de communication américaine peu regardante sur l’utilisation des logiciels de retouche photographique. Désireuse de s’implanter outre-atlantique, l’école demande à l’agence de réaliser une plaquette sur ses enseignements. Et de l’illustrer avec des photos d’élèves.
Sur ces fameuses photos figurent bien quelques Asiatiques mais pas un seul Noir. Pas grave, un coup de palette graphique et voilà trois ou quatre étudiants devenus beaucoup plus basanés. Les Américains n’y auraient vu que du feu mais la photo trafiquée est revenue en France. Et certains élèves se sont reconnus. Non ils n’ont pas abusé des UV. Oui il s’agit d’un trucage.
Embarras du côté de l’école. Le contrat avec l’agence est suspendu.
Reste que la réalité, si elle ne nous saute pas aux yeux, était flagrante pour les Américains. Pas un seul étudiant issu des minorités sur cette photo qui présentait pourtant toute une promotion de première année. Le scandale n’apparaît finalement pas forcément à cause de la tricherie des communicants américains. Mais du manque criant de diversité sociale des fabriques de la future élite française.
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 12 septembre 2018)
Une grande école française (Emile-Cohl à Lyon) vient d’en faire les frais, victime d’une agence de communication américaine peu regardante sur l’utilisation des logiciels de retouche photographique. Désireuse de s’implanter outre-atlantique, l’école demande à l’agence de réaliser une plaquette sur ses enseignements. Et de l’illustrer avec des photos d’élèves.
Sur ces fameuses photos figurent bien quelques Asiatiques mais pas un seul Noir. Pas grave, un coup de palette graphique et voilà trois ou quatre étudiants devenus beaucoup plus basanés. Les Américains n’y auraient vu que du feu mais la photo trafiquée est revenue en France. Et certains élèves se sont reconnus. Non ils n’ont pas abusé des UV. Oui il s’agit d’un trucage.
Embarras du côté de l’école. Le contrat avec l’agence est suspendu.
Reste que la réalité, si elle ne nous saute pas aux yeux, était flagrante pour les Américains. Pas un seul étudiant issu des minorités sur cette photo qui présentait pourtant toute une promotion de première année. Le scandale n’apparaît finalement pas forcément à cause de la tricherie des communicants américains. Mais du manque criant de diversité sociale des fabriques de la future élite française.
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 12 septembre 2018)
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