lundi 17 septembre 2018

BD - Les Profs rempilent


Quand une série patine un peu, rien de tel qu’un peu de sang neuf pour relancer la machine. Erroc, scénariste des Profs a parfaitement conscience de ce fait. Après 20 tomes des aventures de ses victimes préférées (dont une histoire complète), il a jugé bon de demander un peu d’aide. C’est Sti, gagman confirmé qui a relevé le défi. Il a donc rejoint Simon Léturgie (au dessin depuis trois albums après la défection pour cause de maladie et de lassitude de Pica), et la greffe semble bien prise. Tous les profs habituels sont présents, de Gladys à Antoine en passant par Amina (toujours aussi belle) et Serge (toujours aussi fainéant). 

D’autres prennent un peu plus de place comme la savoureuse Mme Berthot. Elle enseigne la comptabilité. Surtout le matin. Car après le repas, son penchant pour l’alcool l’empêche de compter juste. Des gags qui font toujours autant de bien au lecteur. Lecteur ou lectrice qui a forcément été élève à un moment de sa vie et se délecte donc des malheurs de ces profs qui parfois les ont tyrannisés. 
« Les profs » (tome 21), Bamboo, 10,95 €

dimanche 16 septembre 2018

BD - Samantha, traumatisée et hantée


Tous ceux qui ont apprécié Echo ou Strangers in Paradise de Terry Moore se délecteront de l’intégrale de Motor Girl publiée en noir et blanc. Parue en 2016, cette série entre réalisme, humour et science-fiction, confirme le ton unique de cet auteur complet chantre de l’auto-édition. L’héroïne, Samantha, est une ancienne marine. Elle tient une casse perdue en plein désert d’Arizona. Moins elle voit d’humains, mieux elle se porte. Ses journées, en plus de farfouiller dans les moteurs des épaves, elle les passe à dialoguer avec Mike. Mike est un gorille de plus de 2 mètres. Un vrai gorille. Il fume le cigare et aime rouler en Harley. 



Un premier élément fantastique dans un récit qui part vite dans tous les sens. Car Samantha voit arriver une soucoupe volante dans sa casse et recueille un petit extraterrestre répondant au nom de Bik. Ce long récit de 250 pages déroute le lecteur, l’interpelle. Vérité, fantasme, imagination ? Impossible d’avoir un avis tranché. Seule certitude, Samantha a beaucoup souffert quand elle était sous des drapeaux. Blessée dans des explosions, capturée, torturée durant de longs mois, les cicatrices sur son dos et son crâne sont indubitablement réelles. 
« Motor Girl », Delcourt, 19,99 €

BD - Du poulpe au menu d’Ekho



Plus la peine d’expliquer que Christophe Arleston scénariste de « Ekho Monde miroir » (mais aussi de Lanfeust, Trolls ou Ythaq), est un grand connaisseur en vin. Il profite une nouvelle fois d’un de ses albums pour faire étalage de son expertise. Dans le New York inversé de la série, la ravissante Fourmille est invitée dans un restaurant gastronomique par Yuri, son collègue de l’agence Gratule et amoureux secret. Mais au moment du choix des vins, le sommelier est introuvable. Il est descendu dans la cave sans réapparaître. Pile au moment où Fourmille se retrouve possédée par l’esprit d’un mort. Celui du sommelier justement qui vient d’être trucidé. 

L’enquête du couple va les conduire dans une réception où quantité de grands crus seront servis aux invités dont un « La grange des Pères » 99 décrit par Arleston de cette façon : « Un nez typique de soleil, de garrigue, de fruits mûrs, olive noire, un peu de sous-bois apparaît, puis de la truffe... C’est un assemblage mouvèdre et syrah, une pointe de cabernet sauvignon... On est dans les hauteurs de Montpellier ». La dégustation va vite tourner à la tragédie pour cause de poulpe récalcitrant. Une histoire légère, comme certains des vins proposés dans le récit, dessinée avec brio par Alessandro Barbucci. Et si aimez New York et le vin, vous pourrez participer à un concours pour remporter un séjour pour deux personnes de 5 jours dans Big Apple avec dégustation de vins dans le quartier de Hell’s Kitchen. 
« Ekho, monde miroir » (tome), Soleil, 14,50 €

samedi 15 septembre 2018

BD - Charlotte, un destin belge


Pan méconnu de l’histoire de la Belgique (du moins de ce côté de la frontière), le destin de Charlotte, fille du roi Léopold 1er a inspiré Fabien Nury. Il a confié l’illustration de la vie de cette jeune souveraine, devenu impératrice du Mexique à 24 ans, au talentueux Mathieu Bonhomme. A l’âge de 16 ans, Charlotte est déjà à marier. Elle semble promise au roi du Portugal. Mais les alliances européennes vont contrarier ce plan. Maximilien, le frère de l’empereur austro-hongrois, est séduit. Cela tombe bien, la famille royale belge cherche à s’allier avec les Habsbourg. Un mariage d’amour. Mais la jeune fille déchante vite. Maximilien est considéré comme le raté de la famille. Exilé en Lombardie, il est rejeté par les locaux et son armée battue. Il se retrouve assigné à résidence. Une longue période au cours de laquelle la jolie Charlotte s’ennuie. Se désespère même. Heureusement une autre opportunité s’offre au couple : devenir empereur du Mexique sous la férule de Napoléon III. 


Loin des simples récits à la « Points de vue » enluminées par la faconde d’un Stéphane Bern, cette histoire dramatique, tragique même, décrit surtout une femme lancée trop jeune dans le monde diplomatique. Déçue, aigrie, malmenée par un mari qui est incapable de lui donner une descendance, elle fera tout pour s’imposer. Au risque de se brûler les ailes dans ce Mexique bouillonnant. 
« Charlotte impératrice » (tome 1), Dargaud, 16,95 €

vendredi 14 septembre 2018

De choses et d'autres - Touche pas à ma polémique


Bad karma pour Cyril Hanouna. Mauvaises audiences, polémique : rien ne va plus dans le monde déjanté de « Touche pas à mon poste ». Premier problème : le talkshow d’Hanouna est battu par «Quotidien » de l’ennemi absolu Yann Barthès. Second souci, le vendredi, l’émission (présentée par Benjamin Castaldi) plonge dans les abîmes. Au point que le « 28 minutes » d’Arte, dépasse C8 en nombre de téléspectateurs. Arte mieux que Hanouna, de quoi créer l’événement sur les réseaux sociaux. Comme si tout à coup la France se ré- veillait un peu plus intelligente, préférant un débat d’intellectuels sur le prélèvement à la source qu’une émission de potaches présentée par l’ancien roi de la téléréalité (Loft Story, Secret Story). Les ennuis, volant toujours en escadrille, Hanouna s’est retrouvé au cœur d’une polémique lancée par Alain Chabat himself. Le Nul (qui n’en est pas un), confie à Yann Barthès (est-ce un complot ?) que parmi les personnalités désireuses de participer à son jeu Burger Quizz, figure Cyril Hanouna. Et de préciser dans la foulée : «Cyril Hanouna, c’est non ! Je sais qu’il en a envie, mais je ne vois pas ce que je pourrais faire avec lui ». C’est parti pour la polémique. Hanouna réplique d’abord sur Twitter puis dans son émission de lundi dernier. Comme il aime régner en maître du jeu (ou le faire croire), il claironne qu’il n’ira pas à Burger Quizz. Et se souvient que quand il était stagiaire à Comédie, la chaîne, Chabat ne lui adressait pas la parole. Tout cela semble bien vain.

Mais n’est pas sans conséquence puisque lundi, TPMP est repassé devant Quotidien. Bad karma ou bad buzz, qu’importe tant que les télé- spectateurs sont là pour voir les pubs !

Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 14 septembre 2018

jeudi 13 septembre 2018

Chronique - Cuistre, nom masculin


La bataille pour le perchoir a été de courte durée. À peine François de Rugy investi ministre de la transition écologique (trahison écologique disent les mauvaises langues), son poste de président de l’Assemblée nationale, l’un des plus recherchés dans le microcosme politique, attirait les convoitises dans le camp des députés marcheurs. Avec leur majorité absolue, ils sont les maîtres du jeu.

Le président du groupe, Richard Ferrand, vieux routier du PS et premier supporter du jeune président, s’est immédiatement positionné. Il connaît ses troupes. Obligé de démissionner de son ministère pour des affaires judiciaires encore en cours, il n’a pas abandonné son mandat de député. Ni ses ambitions. Bien au contraire. Mais dans le nouveau monde d’Emmanuel Macron, rien n’est évident. Quelques voix se sont élevées pour critiquer sa candidature. Voix féminines notamment. Barbara Pompili, ancienne élue écologiste longtemps liée à de Rugy (ils coprésidaient le groupe parlementaire vert lors de la précédente législature) a joué à fond la carte « Et si on élisait une femme au fauteuil de quatrième personnage de l’État ? » Question d’autant plus légitime que la compétence de Pompili est manifeste.

Une femme nouvelle pour incarner un parlement nouveau ? Perdu. Avec plus de 64 % des voix dès le premier tour Richard Ferrand l’emportait. Et ne pouvait s’empêcher de fanfaronner à l’issue du scrutin. La saillie n’a pas amélioré une image de marque déjà écornée par ses affaires immobilières.

Devant les journalistes, sourire en coin, il a osé cette formule : «Le choix s’est porté sur moi. Vous me pardonnerez de ne pas être une dame. » Non Monsieur Ferrand, vous n’êtes pas une dame, juste un cuistre, nom masculin.

mercredi 12 septembre 2018

DVD et blu-ray - Action mortelle ou vérité tueuse ?


Parmi les nombreuses habitudes des teenagers américains qui laissent le public français dubitatif, le springbreak est sans doute le plus étrange. Par contre, le jeu Action ou vérité a traversé les frontières.

Ce petit film d’horreur de Jeff Wadlow joue sur les deux tableaux. Tout débute lors de cette semaine de fiesta au Mexique. Dans une église désaffectée, un groupe d’amis (trois garçons, trois filles), se retrouve piégé par un démon. Leur jeu d’action ou vérité n’a plus de fin et les conséquences sont de plus en plus dramatiques. Avec une régularité de métronome le groupe diminue. Morts violentes et spectaculaires. Une partie de l’intrigue, sentimentale évidemment, tourne autour de la rivalité entre les deux meilleures copines (Lucy Hale et Violett Beane) se disputant Lucas (Tyler Posey).

Pas de monstres horrifiques mais quelques trouvailles effrayantes comme le sourire grimaçant des personnes possédées par le démon. Le DVD comme le blu-ray proposent un making-of assez dé- taillé sur l’origine du projet et les avis des véritables interprè- tes sur le jeu ? Jeu auquel ils avouent avoir tous joué dans leur jeunesse.

➤ « Action ou vérité », Universal Pictures Vidéo, 14,99 € le DVD, 16,99 € le blu-ray.

Chronique - Montrez ce Noir que je ne vois pas

Comme les États-Unis, la France peut s’enorgueillir d’être multicolore. Exemple dans le sport où la couleur de peau n’interpelle plus personne, des sociologues affirmant même que le Français moyen s’identifie parfaitement à Ngolo Kanté. Aux USA les tensions raciales existent toujours mais s’adresser à toutes les minorités reste un passage obligé si l’on veut toucher largement la population.

Une grande école française (Emile-Cohl à Lyon) vient d’en faire les frais, victime d’une agence de communication américaine peu regardante sur l’utilisation des logiciels de retouche photographique. Désireuse de s’implanter outre-atlantique, l’école demande à l’agence de réaliser une plaquette sur ses enseignements. Et de l’illustrer avec des photos d’élèves.

Sur ces fameuses photos figurent bien quelques Asiatiques mais pas un seul Noir. Pas grave, un coup de palette graphique et voilà trois ou quatre étudiants devenus beaucoup plus basanés. Les Américains n’y auraient vu que du feu mais la photo trafiquée est revenue en France. Et certains élèves se sont reconnus. Non ils n’ont pas abusé des UV. Oui il s’agit d’un trucage.

Embarras du côté de l’école. Le contrat avec l’agence est suspendu.

Reste que la réalité, si elle ne nous saute pas aux yeux, était flagrante pour les Américains. Pas un seul étudiant issu des minorités sur cette photo qui présentait pourtant toute une promotion de première année. Le scandale n’apparaît finalement pas forcément à cause de la tricherie des communicants américains. Mais du manque criant de diversité sociale des fabriques de la future élite française.
(Chronique parue en dernière page de l'Indépendant le 12 septembre 2018)

Cinéma - Un policier américain les nerfs à vif dans "Thunder Road" de Jim Cummings


Il a écrit le scénario, interprète le rôle principal et réalise le film. Jim Cummings est « Thunder Road ».
Le film débute par un long plan séquence qui scotche littéralement le spectateur sur son siège. Jimmy Arnaud (Jim Cummings), policier, doit faire une allocution pour les obsèques de sa mère. Il bredouille des mots incompréhensibles, passant du rire aux larmes, puis tente de lancer une cassette de la chanson de Bruce Sprinsteen « Thunder Road » pour danser dessus. Pas de musique, la chorégraphie sans musique est oppressante. Comme souvent le reste du film tant Jimmy a des difficultés dans sa vie. Sa femme le quitte et il risque de perdre la garde de sa fille. Malgré un état mental de plus en plus instable, il veut continuer à travailler, au risque de provoquer des bavures.

Ce film d’auteur, primé au festival de Deauville, laisse entrevoir un univers très riche d’un cinéaste en devenir. Interprétation et réalisation détonnent par rapport aux films formatés américains, même quand ils sont issus de la scène indépendante.

« Thunder Road », drame de Jim Cummings (USA, 1 h 31) avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson.

mardi 11 septembre 2018

Chronique - Le travail vous fait marcher

Covoiturage, coworking et maintenant cowalking. La mode est au « co ». Le covoiturage, tout le monde connaît maintenant. Partager sa voiture contre une participation aux frais est entré dans les mœurs. Plus rare le coworking. De petites entreprises, plutôt que d’investir dans les murs d’un siège social, préfèrent tout miser sur la matière grise et cherchent simplement un local à partager avec d’autres. Des initiatives louables et qui ont fait leurs preuves. La dernière trouvaille de chercheurs en « bien-être au travail » me laisse beaucoup plus sceptique. Le cowalking, une réunion à deux, sans bureau ni ordinateur mais avec de bonnes chaussures. Plutôt que le cadre guindé et froid d’une salle de réunion, pourquoi ne pas discuter en faisant le tour du bâtiment d’un projet, un dossier ou une action à préparer. Le face à face remplacé par un côte à côte où chacun doit s’adapter au rythme de l’autre.

En théorie cela semble sympa. Mais en plein été, marcher plus de 5 minutes en costard-cravate vous oblige à vous doucher après chaque session de brainstorming déambulatoire. Et l’hiver, entre la pluie, le froid et le vent, je ne sais pas qui est assez fou pour aller se balader alors qu’on peut tranquillement rester à l’abri.

Les seuls adeptes sont sans doute les fumeurs. À l’Indep, avec mon chef, quand on a une décision à prendre on file en pause clope. Le temps d’une cigarette sur le trottoir, on discute sans être dérangé. J’appelle ça le « cocloping ». Seul inconvénient, contrairement au cowalking, la santé en pâtit.

Donc au final il me semble plus judicieux de laisser toutes ces pratiques novatrices à la discrétion de chacun. Une co(ad)hésion en quelque sorte.
Michel Litout

(Chronique parue le mardi 11 septembre en dernière page de l'Indépendant)