mercredi 21 février 2018

Cinéma - Les aventures de Spirou et Fantasio adaptées sur grand écran

Comédie d’Alexandre Coffre (France, 1 h 29) avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia 

Spirou, un jeune homme déguisé en groom, rencontre Fantasio, un journaliste frustré. Cela se fait avec éclats dans un grand hôtel et c’est peu dire qu’ils ne s’apprécient pas. Mais lorsque Champignac, un chercheur fou de champignons, est kidnappé par Zorglub et ses hommes, Spirou et Fantasio vont devoir faire équipe pour le retrouver, aidés par Seccotine, une jeune femme reporter rivale de Fantasio, et de Spip, un écureuil espiègle.

Un album aux éditions Dupuis

Spirou, comme Tintin, est un héros de BD indémodable. Passé entre de nombreuses mains (de Jijé à Janry en passant par le maître Franquin), le groom est à retrouver dans un album tiré du film. Dessiné pour l’occasion par Cossu et Sentenac, c’est Olivier Bocquet qui a assuré l’adaptation. Un Spirou plus moderne, plus romantique, plus dans l’air du temps... (Dupuis, 12 €)

De choses et d'autres - Des saucissons de compétition

Vous aimez le saucisson? Vous aimez le BON saucisson ? Alors rendez-vous en Ardèche début juin. A Vanosc, les 9 et 10 juin, se déroulera le premier « Mondial Rabelais du saucisson ». En clair les meilleurs saucissons du monde seront proposés à la dégustation de quelques goûteurs. Or, ce rendez-vous prenant de plus en plus d’importance (80 saucissons de 60 pays différents entreront en compétition), les organisateurs sont à la recherche de testeurs pour intégrer le jury. Quand j’ai découvert cette annonce sur le net, mon estomac a gargouillé et la salive a envahi ma bouche. Car j’ai un faible pour le saucisson. Alors à la perspective de déguster des dizaines de sortes de cette charcuterie en une journée, imaginez mon enthousiasme.

Et puis j’ai un peu gratté. Avant de mettre la rondelle en bouche, il faut noter la charcutaille sur son aspect, la moisissure, sa densité et son odeur. Je suspecte l’entourloupe genre dégustation de grands vins. Regarder le liquide, le renifler, admirer sa robe. Après, et seulement après on goûte... et on recrache. Et moi, recracher du saucisson, hors de question ! Pourtant j’aurais aimé être présent car ces amis pas du tout saucissonnés semblent dotés d’un sérieux sens de l’humour.

Dans le programme du mondial il est fait allusion à la possibilité qu’un saucisson vegan, le saucivert, participe à la compétition. Ils en donnent même la recette : des betteraves rouges et des radis blancs coupés au couteau et parfumés aux herbes sauvages des champs, avec poivre et sel sans additifs. La peau est formée par du boyau maïs sans OGM, lié par du fil de pur raphia non traité. L’aspect visuel est splendide mais la dégustation laisse à désirer, au point de laisser s’emporter l’un des membres de la confrérie : « si l’Académie promeut cette m…, je rends mon bicorne. » Morale de l’histoire : le cochon est mort, vive le cochon ! 

DVD et blu-ray - En 1967 à Detroit, la police disjoncte

Les émeutes raciales de Detroit en juillet 1967 font partie des plus meurtrières de l’histoire des USA. Dans une ville en feu et à sang, une poignée de jeunes afro-américains trouve refuge dans un motel. Près de là se trouve une caserne de la Garde nationale. Par bravade, un des jeunes tire vers les militaires avec un pistolet factice. Immédiatement la police débarque, investit le bâtiment et interroge tous les occupants pour trouver le tireur. Un huis clos nocturne s’achevant avec la mort de trois jeunes, froidement abattus par les policiers en pleine zone de non droit.

La reconstitution signée Kathryn Bigelow, tel un reportage, plonge le spectateur au cœur des événements. D’un côté la peur, de l’autre la folie raciste. Mention particulière à trois acteurs, Algee Smith, jeune chanteur traumatisé à vie, John Bodega, policier noir pris entre deux feux et Will Poulder, osant interpréter un flic raciste, psychopathe et hyperviolent. De ces rôles qui marquent une carrière.

➤ « Detroit », Studiocanal, 19,99 €

mardi 20 février 2018

De choses et d'autres - En couple ou en individuel à PyeongChang

Même s’ils ne sont pas encore terminés, les Jeux Olympiques d’hiver en Corée du Sud laissent déjà quantité de moments forts dans les mémoires. Ne parlons pas des médailles de Martin Fourcade. Certes il n’a pas tout gagné comme certains chauvins l’envisageaient (ne pas oublier qu’il est un simple mortel), son bilan reste cependant exceptionnel. Décalage horaire oblige, je n’ai pas vu grand-chose en direct. Dommage car on a bénéficié de quelques perles.

Comme les déclarations fracassantes du skieur français Mathieu Faivre arrivé 7e du Géant. Quand on lui demande s’il est content du résultat d’ensemble de l’équipe de France, il a ce mouvement d’humeur: « Si vous saviez ce que j’en ai à faire du tir groupé collectif! Je suis là pour ma pomme. » Une franchise peu appréciée par la fédération qui l’a mis, dès le lendemain, dans l’avion du retour. Il n’aura même pas eu le temps de se consoler dans les bras de sa petite amie américaine Mikaela Shiffrin... championne olympique sur la discipline.

Histoire sentimentale aussi, qui a beaucoup fait jaser, après la performance de Gus Kenworthy (12e du slopestyle en ski). Pas de médaille pour le sportif à l’arrivée mais un long bisou langoureux avec l’amour de sa vie. À la différence qu’il vit en couple avec un homme. Si chez nous ou aux USA, cette situation ne pose aucun problème, dans d’autres pays elle a interloqué.

Enfin j’ai gardé le meilleur pour la fin. La mésaventure arrivée hier à Gabriella Papadakis sur la patinoire de PyeongChang. Sa tenue a cédé laissant échapper… un sein. Forcément la performance de la jeune femme en danse sur glace a manqué d’amplitude, après. Et moi, j’ai raté l’image de l’année en direct. Mais une session de rattrapage est proposée dans les pages sportives du jour sur une compétition qui, pour une fois, aura autant intéressé les messieurs que les dames. 

lundi 19 février 2018

De choses et d'autres - Étudiants rapporteurs

Guy Mollet, dans les années 50, a inventé l’expression «La droite la plus bête du monde ». Un demi-siècle plus tard, celui qui représente aujourd’hui la droite française semble avoir tout fait pour lui donner raison. 

Laurent Wauquiez, devant des étudiants d’une école de commerce lyonnaise, après avoir recommandé que ses propos ne sortent pas de la pièce (alors que tous les smartphones sont dotés d’un enregistreur), s’est lancé dans un cours magistral sur les pratiques de nos élites. Et que je t’attaque Macron, que je flingue Sarkozy sans oublier d’en remettre une couche sur Fillon. Avec, au final, cette seule impression : Moi, Laurent Wauquiez, je suis le meilleur, j’ai tout inventé et ils ont tous peur de moi... Forcément, ces tirades assassines ont fuité. 

L’émission Quotidien les a diffusées vendredi et hier Wauquiez se demandait encore comment se sortir de cette panade. Dans un premier temps il a démenti. Un peu comme Cahuzac devant l’Assemblée. Ensuite il s’est offusqué de ces manières peu « déontologiques » et annoncé des poursuites judiciaires. Et puis au final, il a présenté des excuses à Nicolas Sarkozy. Parce que l’ancien président en prenait méchamment pour son grade. 

Un paranoïaque total selon Wauquiez, profitant des conseils des ministres pour placer les téléphones du gouvernement « sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos ». Mais à bien y réfléchir, le plus inquiétant dans cette sortie du président des Républicains est la façon dont il est persuadé que tout tourne autour de lui : « Macron, pour faire cool, il fait comme moi. Il se met en bras de chemise. Jamais un président ne s’était mis en bras de chemise ». Sauf si l’on se souvient de Barack Obama ou d’un certain Kennedy qui a même reçu la presse pieds nus. Mais ça, Laurent Wauquiez, il n’a pas encore osé. 

dimanche 18 février 2018

BD - Leda Rafanelli, l’enragée


Figure de l’anarchisme italien, Leda Rafanelli a eu une vie incroyablement dense. Sa chance, c’est d’avoir été formée comme typographe dès son adolescence. À la fin du XIXe siècle, rares sont les femmes sachant lire et écrire. Grâce à son métier, elle comprend le monde, les relations sociales et se forge une conscience politique. Elle sera anarchiste, écrivain et éditrice. Elle participe aux grands mouvements ouvriers du jeune royaume d’Italie, milite activement pour propager les idées anarchistes. Elle côtoiera les plus grands penseurs de ce mouvement. Et contribuera régulièrement à son évolution. Ainsi elle deviendra anarchiste individualiste, s’éloignant d’un collectivisme socialiste d’où elle fera la connaissance de Mussolini. Le dictateur fasciste, avant de prendre le pouvoir en 1922, a longtemps été le plus grand des orateurs de gauche, dirigeant le principal journal d’opinion du pays.

La BD dessinée par Sara Colaone n’occulte pas ces moments troubles de la vie de Leda. En plus d’être la maîtresse du futur Duce, elle devient musulmane, fascinée par l’Afrique et plus particulièrement l’Égypte. Devenue trop sulfureuse, elle a terminé sa vie comme cartomancienne à Gênes, ne publiant que sous pseudonyme.

➤ « Leda Rafanelli, la gitane anarchiste », Steinkis, 20 €

BD - Histoires de tangos


Philippe Charlot scénariste de cet album, est également guitariste et chanteur. Pas étonnant donc que cette histoire se déroule dans le Gran Café Tortoni de Buenos Aires, haut lieu du tango en Argentine. 

Un jeune Français se rend de l’autre côté de l’Atlantique pour suivre des cours de tango. Il cherche à rencontrer le « Maestro ». Il y parviendra grâce à Mina, danseuse vieillissante qui le charme en racontant des histoires... de tango. Comme des nouvelles, toutes mises en images par Winoc.

➤ « Gran Café Tortoni », Bamboo Grand Angle, 19,99 € 

Polar - Navigation mortelle

Retour aux sources pour la Série Noire de Gallimard. Ce roman de Caryl Férey est « noir de chez noir ». Cela commence par le naufrage d’un voilier. Cela continue par le naufrage d’un homme, le « héros », McCash, rattrapé par sa folle jeunesse. Il vient d’apprendre qu’il a une fille, Alice, préado compliquée. Or, McCash n’est pas fait pour vivre en couple. Encore moins en famille : « Il avait grandi comme ça, sans amour, sans tuteur, sans rien. Il ne pouvait pas s’occuper de sa fille, même pas de lui. »

C’est la troisième aventure de ce héros atypique et une fois refermé le livre (qui parle de réfugiés, de navigation de plaisance, d’Angélique son amour perdu et de sa sœur Zoé, la lionne), on n’a qu’une envie : le retrouver et partager une soirée alcoolisée sur fond de Clash et de Nick Cave.

➤ « Plus jamais seul » de Caryl Férey, Série Noire Galimard, 19 €. Vient de paraître en Folio Policier « Condor », 8,30 €

samedi 17 février 2018

BD - Dagsson, l’horrible Islandais

Pour certains, les limites n’existent que pour être franchies. Un désir permanent et très fort de ne surtout pas se contenter de bien-pensance ou de politiquement correct. Dans la vie de tous les jours, ces originaux sont peu nombreux. Mais dans le monde de l’humour, on dirait que c’est une condition essentielle pour une certaine reconnaissance. Dans cette tribu de fous furieux de la punchline extrême, le maître absolu est Islandais. Dagsson de son petit nom, a débuté par publier ses petits dessins d’humour sur le net. Graphisme minimaliste, deux bulles de textes et bienvenue au pays du trash.

Petit exemple, parmi les plus softs : un homme et une femme se préparent à sortir. « Chérie, tu es prête pour notre réunion des anciens ? » « Je vérifie que j’ai bien tout. Mon sac, le téléphone, les clés de la maison, un plein tube d’arsenic... On y va. » Dans l’Indépendant, on ne peut évidemment pas reprendre les pires gags. Il en va de la santé mentale de nos lecteurs. Les enfants, notamment, sont des sources d’inspiration infinies pour Dagsson. Impossible de raconter ce qu’il leur fait subir. Mais visiblement, il ne les aime pas spécialement. Ou d’un amour haine destructeur.

Un cadeau idéal si vous avez un message radical à faire passer à quelqu’un que vous ne supportez plus.

➤ « Et vous trouvez ça drôle ? », Vraoum, 176 pages, 12 €

vendredi 16 février 2018

De choses et d'autres - Les ados passent au papier

Les ados ne lisent plus. Du moins, ils ne lisent plus de presse papier. Tout pour le net et les réseaux sociaux. Alors pourquoi lancer « Webuzz » un magazine (100 pages, 3,95 €) destiné à ces mêmes ados captivés par les nouvelles technologies, notamment les Youtubeurs ? Peut-être tout simplement pour accomplir une compilation historique avant la lettre.
Dans quelques siècles, quand tous les disques durs contenant les exploits des Norman, Andy et autres Cyprien seront effacés, obsolètes et démagnétisés, dans un placard au fond d’une maison de campagne qui n’a jamais été raccordée à la fibre, on retrouvera cette revue, aux pages un peu jaunies certes, mais qui resteront le dernier témoignage des stars du début des années 2000.
De nos jours, on s’esbaudit devant de vieux exemplaires de « L’illustration » avec gravures d’époques. Et les célébrités du siècle dernier ont sombré dans l’anonymat. Ce qui ne manquera pas d’arriver aux stars du web actuelles. D’autant que « Webuzz » donne des conseils pour « cartonner avec ta chaîne » (YouTube). À moins que la revue ne soit en réalité destinée uniquement aux parents. Enfin, ils vont comprendre le jargon de leur progéniture. Il y a même un quizz destiné aux vieux (toute personne majeure pour ce genre de public), histoire de les tester et surtout de « rire un bon coup à leurs dépens ! »
Non seulement on ne comprend rien à ce qu’ils racontent, mais in fine c’est pour se moquer de nous. Jeunes, connectés et méchants en plus !