vendredi 4 août 2017

BD : Jésus, sa vie, son histoire secrète


En se lançant dans l’Histoire secrète, Jean-Pierre Pécau ne s’imaginait peut-être pas l’ampleur de la série. Avec Kordey au dessin, c’est une moyenne de quatre albums qui sortait chaque année. Résultat les tomes 33 et 34, sortis simultanément, permettent de mêler les archontes, sortes de divinité gouvernant le monde, à l’apparition de Jésus. Une première partie pour raconter comment l’enfant est repéré, sauvé et conduit dans l’Himalaya pour y recevoir son éducation. De retour en Galilée, il devient le Messie, mais pas aussi espéré que cela pour le peuple opprimé par les Romains. C’est grandiose, talentueux et plein de références à l’histoire de l’Humanité et à cette Histoire secrète foisonnante.

➤ « L’Histoire secrète » (tomes 33 et 34), Delcourt, 14,95 €

jeudi 3 août 2017

BD : Niklos Koda tombe le masque



Fin de partie pour Niklos Koda. Le magicien issu de l’imagination de Jean Dufaux et Olivier Grenson tombe le masque pour le 15e et dernier album d’une des séries phares de la collection 3e Vague du Lombard. Un épilogue tragique pour cette histoire entre fantastique et polar. Aïcha Ferouz est de retour à Paris. La nouvelle secoue les services dirigés par le capitaine Laurent. Mais il suffit d’un tour de passe-passe de Niklos pour que sa belle maîtresse écarte le militaire et prenne sa place. Mais Niklos, lui, ne peut être réintégré. Il ne le cherche pas véritablement. Depuis qu’il est en possession du VIe livre, l’outil majeur des magiciens, il sait qu’il n’est plus maître de son destin. Ce qui lui importe désormais c’est de protéger sa fille Seleni de son adversaire le plus redoutable, Barrio Jésus. Un affrontement qui met un terme définitif aux aventures de Niklos Koda. À moins que cela ne soit que la fin d’un cycle et que le charmeur ne revienne dans un autre monde, sous une nouvelle identité, voire une forme différente et inattendue.

➤ « Niklos Koda » (tome 15), Le Lombard, 12 €

mercredi 2 août 2017

Cinéma : Une ultime utopie simiesque


Qui de l’homme ou le singe est le plus humain ? Cette question est le fil rouge de la trilogie débutée en 2011 par « La Planète des singes : Les Origines ». Matt Reeves signe le troisième et dernier chapitre de cette saga inspirée par le roman de Pierre Boulle et qui n’a plus rien à voir avec les premiers films avec Charlton Heston. Les effets spéciaux modernes permettent de transformer les acteurs en singes dotés d’une expression faciale sidérante. Le héros, César, est un chimpanzé doté de la parole mais on reconnaît parfaitement le jeu d’Andy Serkis, derrière la palette graphique des maîtres des effets spéciaux. César s’est retiré avec sa tribu dans une forêt montagneuse. Ils sont obligés de se cacher car le Colonel (Woody Harrelson), est déterminé à exterminer jusqu’au dernier singe de sa planète en ruines. Un militaire intransigeant, devenu totalement fou depuis la perte de son fils. A la tête d’une petite armée, il attaque le camp de César, capture femmes et enfants, tue le fils du chef des singes et se retranche dans une ancienne base transformée en prison et camp de travail. César, comme son pire ennemi, va se lancer dans une vengeance sans pitié.

■ Vivre ensemble
Le film de Matt Reeves aurait pu se résumer à une démonstration de qui est le plus fort dans sa détermination à rendre coup pour coup. Mais le scénario est beaucoup plus subtil qu’un banal film de guerre (même si le fan a son lot de batailles, attaques et explosions de toutes sortes). En chemin, César tombe sur un humain retiré dans une petite cabane. Menaçant, il est abattu. Le petit groupe découvre alors une fillette, Nova (Amiah Miller), muette et à ce titre rejetée par les humains. Effet miroir. Les singes qui parlent sont ostracisés comme les humains privés de paroles. Comme la naissance d’une nouvelle Humanité, faisant fi des différences, des handicaps se transformant en atout pour ceux qui savent vivre ensemble. Le titre de ce troisième volet, Suprématie », est trompeur. On imagine forcément qu’un des deux groupes prend le dessus sur l’autre. Mais dans le film, comme parfois dans les élections, c’est une troisième voie qui l’emporte et permet des lendemains plus paisibles et moins guerriers. 
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Face à face tendu entre Serkis et Harrelson

Magie des nouvelles technologies, le troisième volet des aventures de la planète des singes plonge les spectateurs dans un monde imaginaire criant de vérité. Les primates digitalisés sont l’œuvre du studio néo-zélandais Weta Digital, fondé par le réalisateur Peter Jackson, dont le travail dans la trilogie « Le Seigneur des Anneaux » a marqué une évolution majeure dans le monde des effets spéciaux. Filmé au Canada dans les paysages sombres et enneigés de l’Alberta et de la Colombie Britannique, le réalisateur Matt Reeves a lâché des singes à l’évolution fulgurante dans un monde divisé, bouillonnant de rage. Le film est porté par Andy Serkis dans le rôle qu’il retrouve du majestueux César, pour lequel il s’est attiré encore plus de louanges que pour ses autres personnages numériques, comme Gollum dans « Le Seigneur des Anneaux » et « King Kong » (2005). Comme dans les films précédents de la série, Andy Serkis portait une combinaison grise et un dispositif de reconnaissance faciale capturant les moindres nuances des mouvements, gestes et émotions de César. Un groupe de soldats dirigé par un colonel incarné par Woody Harrelson  lance une attaque décisive pour détruire les singes une fois pour toutes. Un personnage de méchant comme l’acteur américain à la large palette aime les interpréter. Un militaire au final plus complexe que l’image du début.

mardi 1 août 2017

Livres de poches : grands espaces et voyages merveilleux


Lorsque Katie apprend la mort de sa sœur cadette, elle ne peut croire à la thèse du suicide. Mia, vingtquatre ans, joyeuse et insouciante, venait d’entamer un voyage autour du monde avec son ami d’enfance. Comment a-telle pu se jeter du haut d’une falaise ? Et que faisait-elle seule à Bali ? Pour comprendre, Katie décide de partir sur ses traces, avec le carnet de voyage de Mia comme seul guide. Superbe portrait d’une femme et d’une famille par Lucy Clarke.
➤ « Les sœurs de l’océan », Pocket, 7,80 €



Dans ce temps de la fin du règne de Louis XV où le plaisir de vivre est une religion, Jeanne, belle, vive, audacieuse autant que timide, sait croquer ses bonheurs. Curieuse et intelligente, elle a attiré l’attention du médecin et botaniste Philibert Aubriot, qui lui a transmis sa passion des plantes. À la fois éducation sentimentale, roman historique, d’amour, d’aventures et de mœurs, l’œuvre de Fanny Deschamps, écrite dans une langue superbe, est peuplée de personnages vivants, sensuels et spirituels.
➤ « La Bougainvillée » (tomes 1 et 2), Le Livre de Poche, 9,90 € et 10,10 €



Simon Le Floch, Jeune capitaine de vingt-sept ans, après l’attaque de son bateau par des pirates, est mourant à Nantes. Un mystérieux personnage, François Malthus de Retz, va le guérir à l’aide d’un onguent : c’est de la myrrhe de l’ancien royaume de Saba. Mais, Retz cache que pour avoir ce remède il a tué et volé. Il lui demande de l’accompagner en Arabie heureuse (l’actuel Yemen). Une évocation de l’Orient mystérieux et envoûtant signé Jean-Michel Riou.
➤ « L’homme qui brûlait d’être Dieu », J’ai Lu, 8,40 €

lundi 31 juillet 2017

Livres de poche : l’imagination de Brussolo ensoleille votre été


Serge Brussolo écrit beaucoup. Et il n’a jamais renié ses débuts dans le livre de poche. Au contraire, il poursuit à proposer des romans in- édits à petit prix. Et cette année il a en a même sorti deux, dans deux styles différents. Dans « Cheval rouge » aux éditions du Masque, Rex Heller est célèbre pour avoir incarné dans sa jeunesse Rodeoman, un cow-boy justicier nanti de super pouvoirs, héros de la série télévisée à succès Cheval rouge. Hélas, gravement blessé au cours d’un rodéo, il a perdu l’usage de ses jambes et s’est vu contraint d’arrêter sa carrière d’acteur. Des décennies plus tard, Heller, devenu milliardaire, est à la tête d’un parc à thème, Rodeoman city, glorifiant l’Ouest sauvage des pionniers. Dans cette sorte d’enclave mégalomaniaque hors du temps, il se comporte en tyran.
➤ « Cheval Rouge », Editions du Masque, 8 €


Autre style dans « Les geôliers » paru en février dernier chez Folio SF. Il y a quinze ans, Debbie Fevertown s’échappait de Dipton après avoir tué sans pitié son mari et ses deux fils. Aujourd’hui, Jillian Caine est engagée par le réalisateur Dieter Jürgen pour écrire le scénario d’un biopic retraçant la vie de la meurtrière. Jill rencontre des gens qui ont connu Debbie et ont partagé son quotidien, se rend sur les lieux du crime et découvre que la réalité n’est peut-être pas celle que les médias ont décrite à l’époque. Quels mystères recèle l’étrange ville de Dipton ? Que cache ce culte insolite dédié aux arbres ? Et qui sont ces mystérieux gardiens que l’on nomme - à voix basse - les Geôliers ? Serge Brussolo renoue avec le thriller fantastique et nous offre un roman sous haute tension qui se lit d’une traite.
➤ « Les geôliers », Folio SF, 8,20 €

dimanche 30 juillet 2017

Thriller : Une mère « Épiée » par un mauvais ange


Elle est seule mais avec le sentiment inquiétant d’être épiée en permanence. Marnie, le personnage principal de ce thriller de Michael Robotham, n’a pas la vie facile. Mère d’une adolescente un peu rebelle, Zoe, et d’un petit garçon de quatre ans, Elijah, passant beaucoup de temps dans un placard à discuter avec Malcolm, son « ami imaginaire », elle est au bout du rouleau. Il y a un an, Daniel, son mari, journaliste, a disparu du jour au lendemain.
L’administration ne peut pas le considérer comme mort puisqu’aucun corps n’a été retrouvé. Par contre ses créanciers eux n’ont aucun doute et se retournent vers Marnie pour se faire rembourser. Des créanciers pas du tout accommodants car flirtant avec la pègre : Daniel, joueur compulsif, a cumulé une dette de 30 000 livres.
Pour tenter de reprendre pied, Marnie suit une thérapie avec Jo O’Loughlin, le psychologue héros récurrent des romans de Michael Robotham. Acculée, elle accepte finalement de rembourser « en nature » les prêteurs. Pour la quatrième fois, au début du roman, elle va officier comme « escorte » dans un hôtel de la capitale britannique. Un crève-cœur pour cette jolie jeune femme mais la pression est trop forte et l’homme de main, Quinn, particulièrement violent. Le roman prend un tour différent quand le fameux Quinn est découvert assassiné dans la Tamise, la gorge tranchée par un couteau. De cuisine selon les experts. Marnie est interrogée par la police. Mais aussi par les truands persuadés qu’elle cherche à se rebeller.

■ Jo le sauveur
Perdue, elle décide de se confier à Jo qui, touché par ses accents de vérité, met son copain Ruiz, ancien flic, sur le coup. Mais après Quinn, c’est le concierge de l’immeuble de Marnie qui est retrouvé mort. Lui aussi s’en était pris peu auparavant à la locataire. Tout le début du roman se compose comme une interrogation lancinante : Marnie est-elle capable d’avoir une double personnalité ? Est-elle victime ou coupable ? A moins qu’elle ne soit protégée par un ange gardien impitoyable.
Le roman se lit d’une traite, égrenant ses révélations au compte-gouttes, revenant sur le passé de Marnie, les précédents drames jusqu’à la révélation finale qui laissera pantois même les plus imaginatifs des amateurs de polars.  
➤ « Épiée » de Michael Robotham, Lattès, 22 €

Nouvelles d’ici et d’ailleurs

Pascal Graff a enseigné aux quatre coins du monde. Dans des petits paradis comme Saint-Martin aux Antilles, ou dans des endroits moins bien lotis comme Mayotte. Il a également séjourné en Andorre. Un citoyen du monde, écrivain de toujours, partageur avec ces histoires vécues ou imaginées. « La présentation du roi » est son second recueil de nouvelles. On sera plus particulièrement sensible à cette balade autour du lac de Matemale. L’auteur y croise une famille à deux vitesses. Mais cela n’empêche pas l’amour. Plein de fraîcheur aussi le récit du périple d’une classe d’Andorrans à Paris. Pascal Graff, professeur d’histoire-géographie les encadre et se laisse entraîner par leur enthousiasme et émerveillement face aux étrangetés de la ville-lumière. Simple et émouvant.
➤ « La présentation au roi », Les presses littéraires, 12 €

samedi 29 juillet 2017

BD : Retour sur la débâcle française dans "Une génération française"



Alors que le film « Dunkerque » de Christopher Nolan vient de sortir sur les écrans, le second tome de la série historique « Une génération française » se passe aussi en partie lors de l’opération Dynamo. Le premier tome racontait la jeunesse dorée puis la déroute de Martin Favre, un jeune artilleur. Il est sauvé du peloton d’exécution par un tankiste français, Tanguy Brettin d’Arçonet. Ce fils de militaire refuse de rendre les armes. Il est volontaire pour retarder la progression des Allemands en route pour Dunkerque. Avec quelques soldats déterminés, il tient un pont et stoppe les hordes nazis quelques heures, juste ce qu’il faut pour que l’évacuation des soldats britanniques et français soit un succès. Pour raconter ces trois destins de jeunes Français face à la guerre, Thierry Gloris, le scénariste, a choisi trois dessinateurs différents. Eduardo Ocana pour l’artilleur Martin, Manuel Garcia pour Tanguy qui vient de paraître et Ana-Luiza Koehler pour la jeune sœur de Martin, Zoé, titre en librairie le 23 août prochain.
➤ « Une génération française » (tome 2), Soleil Quadrants, 14,50 € 

vendredi 28 juillet 2017

BD : 1966, année hallucinante



Jack Cool est détective privé. Un vieux de la vieille, avec santiags sur le bureau, clope au bec et rouflaquettes car ses aventures se déroulent en 1966. Quand le gendre du directeur des usines Cadillac à Detroit disparaît, Jack est réquisitionné pour retrouver le fugueur. Traumatisé par la guerre du Vietnam, le jeune homme a rejoint la Californie pour se faire « désenvoûter » par le gourou de l’église de Satan. Devenu clochard, il termine sa vie errante dans la communauté des Merry Pranksters. Rebaptisé Jésus-Gris (à cause de la crasse), il passe par une première phase d’initiation en ingurgitant quelques pilules de LSD, une drogue pas encore illégale, qui lui permet de voir la vie d’une façon beaucoup plus positive. Là, il mettra à profit ses connaissances en mécanique pour retaper le bus scolaire aux couleurs criardes nécessaire pour continuer le « Magic Trip » à travers les USA. Cette nouvelle série, écrite par Jack Manini, plonge le lecteur au cœur des années hippies de cette Amérique coincée entre une guerre meurtrière, les revendications des minorités noires et une jeunesse désabusée, avide de plaisirs faciles et de paradis artificiels. L’arrivée de Jack Cool dans l’entourage de Jésus-Gris va bouleverser l’ordre des choses. Un premier tome dessiné par Olivier Mangin qui a déjà signé « La guerre des amants », déjà avec Manini, chez Glénat.
➤ « Jack Cool, 1966 », Bamboo Grand Angle, 13,90 €

jeudi 27 juillet 2017

DVD et blu-ray : « Grave », le film qui pourrait vous convertir au véganisme



Qui, dans sa vie, n’a pas sucé son doigt légèrement coupé. Un réflexe inconscient. Dans « Grave », film de Julia Ducournau, le personnage principal, Justine (Garance Marillier) aussi suce un doigt d’où une goutte de sang perle. La suite est moins commune. Au point que jamais plus vous ne sucerez votre doigt sans vous remémorer cette scène. Celle-là et d’autres. Car « Grave », présenté au dernier festival de Cannes dans le cadre de la semaine de la critique, fait parti de ces rares long-métrages qui marquent durablement les spectateurs. Culte avant même sa sortie en salles. Car à Cannes, quelques privilégiés ont eu la bonne (ou mauvaise idée) de ne pas supporter le côté crescendo de l’histoire. Pourtant tout commence calmement. Les parents de Justine la conduisent à l’Ecole vétérinaire pour son entrée en première année. 
Accueillie par sa sœur qui l’a pré- cédé d’une année, elle n’échappe pas au bizutage. Violent. Jet de sang frais d’animaux, sortie nocturne en petite culotte et surtout ingestion d’un rein de lapin, cru. Or Justine est végétarienne. Depuis toujours. Comme sa sœur. Normalement. Mais en une année les choses changent. Après avoir fait une allergie, elle prend goût à ce nouveau met qu’est la viande. Surtout le côté cru. Mais entre aimer et adorer, il y a une nuance. 
Le film, souvent glaçant, est d’une froideur abyssale. On suit pas à pas la dérive de Justine vers ses mauvais penchants, une malédiction familiale impossible à conjurer. Un grand film d’horreur dont on a toutes les clés grâce au long entretien avec la réalisatrice proposé en bonus.
➤ « Grave », Wild Side Vidéo, 19,99 € le DVD, 24,99 €