vendredi 14 août 2015

BD - La bataille des profondeurs

Les super héros ne sont pas tous américains. Superdupont fera son grand retour en septembre (toujours avec Gotlib au scénario) et d'autres personnages profitent de la vague des films à gros budget. « L'œil de la nuit » de Lehman (scénario) et Gess (dessin) ne porte pas de costume moulant. Il évolue dans une Europe steampunk héritée de l'univers de Jules Verne. A la base Théo Sinclair n'a rien d'un fier redresseur de torts. Cardiaque, malingre, il préfère le calme des bibliothèques aux combats nocturnes. 
Mais un accident va le transformer. Il devient nyctalope et bénéficie d'un cœur artificiel expérimental. Non seulement la machine lui redonne une seconde jeunesse, mais elle décuple ses forces. Théo abandonne son statut d'intellectuel pour endosser celui de justicier de la nuit au service de l'État français. 
Dans cette seconde aventure de près de 100 pages, il affronte un androbathe, homme des profondeurs issu des manipulations génétiques d'un savant fou. Un hybride entre homme et requin, unique de son espèce mais programmé pour éradiquer les hommes de la surface de la terre. Un délicieux air rétro transforme cette BD d'aventures en bel hommage aux feuilletonistes du XIXe siècle.

« L'œil de la nuit » (tome 2), Delcourt, 15,95 €

DE CHOSES ET D'AUTRES - La rémanence des noms

Pavlov l'emportera toujours. Comme les animaux, l'homme change de comportement par habitude. Un bon exemple : les noms propres. En 2008, la fusion entre ANPE et Assédic donne naissance à Pôle Emploi. Au début, tout le monde raille ce nom. Et ne l''utilise pas, préférant l'ANPE créée en 1967. Sept ans plus tard, Pôle Emploi est passé dans le langage courant et ceux qui évoquent encore l'ANPE font figure de dinosaures. Les nouvelles technologies aiment imposer de nouveaux noms aux utilisateurs. Qui se souvient encore d'AOL ? L'un des premiers fournisseurs d'accès à internet a lentement mais sûrement disparu du paysage. 
Devenu Neuf, il se nomme maintenant SFR. Jusqu'au prochain changement (la société vient d'être rachetée par Numéricable). En politique, la droite prend la tête du changement de nom. Certains adhérents du parti Les Républicains gardent leur carte de l'UMP, du RPR voire du RPF pour les vieux de la vieille. Combien comptera-t-on d'années avant que Les Républicains n'entrent dans le langage courant ? 
Tout dépendra du résultat des prochaines élections... Pourtant certaines appellations font de la résistance. Notamment les adresses de magasin. Malgré le changement d'enseigne et la disparition de la marque, beaucoup vont toujours faire leurs courses au Mammouth. Même nous à l'Indépendant sommes concernés. Le déménagement au Boulevard des Pyrénées remonte à près de cinq ans. Mais la meilleure façon de guider un visiteur local reste de dire que le siège du journal a remplacé l'ancien garage Mazda...

jeudi 13 août 2015

DVD - Enfants et monstres sur une terre en ruines

Sombre avenir décrit dans « Battle for Skyark », film de SF de Simon Hung sorti directement en DVD.


La terre court à sa perte. Pas besoin d'être un grand économiste ou scientifique bardé de diplômes pour s'en douter. Cette évidence est souvent utilisée comme base aux scénaristes et romanciers de science-fiction. « Battle for Skyark » de Simon Hung part de ce postulat. Réchauffement climatique oblige, la terre n'est plus qu'un désert brûlant. Des monstres ont fait leur apparition et l'Humanité a construit une immense arche en orbite pour y vivre plus sereinement. Classique. La suite l'est moins. Comme le film s'adresse plutôt aux enfants et adolescents, ce sont ces derniers qui sont expédiés, par châtiment, sur terre pour expier leurs fautes. Le jeune Rags (Caon Mortenson) tombe en plein désert. Il est rapidement aidé par une bande de jeunes rebelles, survivant vaille que vaille dans le « camp des damnés ». Ils attendent le messie, celui qui les délivrera des attaques des monstres. Il sera porteur d'un signe : treize cicatrices sur le bras. Rags, blessé dans sa rentrée dans l'atmosphère, a justement ces treize ombres. Est-il le sauveur ? Comment va-t-il se transformer en vaillant guerrier lui qui n'est qu'un enfant sage, renvoyé sur terre car son père était un opposant politique ? De pleutre il devient héros...

Ce genre de production, pour être un minimum crédible, doit avoir d'assez gros moyens. Le budget, sans atteindre celui des super productions américaines, devait être conséquent car les décors sont particulièrement soignés. En plein désert, un cimetière d'avions a servi de base au camp des damnés. Tôles, ferrailles et toiles de parachutes sont judicieusement exploités. Les habits des enfants, entièrement de récupération, sont assez crédibles, entre esthétique Mad Max et Guerre des étoiles. Par contre, il semble qu'il n'y avait plus de budget pour les scénaristes et la distribution. L'histoire, banalement basique, est rapidement prévisible. Aucune surprise donc sur l'origine des monstres. Quant aux acteurs, ils font plus penser à des ados en colonie de vacances en train de jouer à la guerre qu'à de véritables survivants dans une univers impitoyable. Bref, cela ne vole pas haut, même si la fameuse Skyark est très haut en orbite.

« Battle for Skyark », M6 Vidéo, 12,99 euros le DVD, 17,99 euros le blu-ray


BD - Magie londonienne


Certains dessinateurs excellent dans une époque. André Benn, depuis les aventures de Mic Mac Adam, n'a quasiment jamais quitté la fin du XIXe siècle, que cela soit en Angleterre ou en France. Sa nouvelle série, annoncée en trois tomes au format carré, se déroule entre 1852 et 1887 dans les environs de Whitechapel, quartier londonien. Les premières pages montrent Jerrold Piccobello, célèbre magicien un peu oublié, se faire refouler d'une audition. Une sacrée déchéance pour ce maître des prestiges. Il revient alors sur les lieux de ses débuts, un théâtre aujourd'hui en ruines et se souvient. Orphelin à 10 ans (son père, tricheur aux cartes, a tenté d'arnaquer un ponte de la pègre...), il est recueilli par une femme qui vit dans la conciergerie de ce théâtre. 
C'est là, adolescent, qu'il va rencontrer Virgill Webb, prestidigitateur qui lui apprendra les rudiments de la magie puis le prendra comme associé. L'album, sur deux époques différentes, raconte l'ascension de Jerrold, ses tournées en Europe avec Virgill, leurs conquêtes féminines. Mais un jour, Virgill disparaît et Jerrold déprime. Entre récit d'initiation et histoire d'amitié, « Le magicien de Whitechapel » se conclu par une incursion dans le fantastique. Comme si les trucs et astuces ne suffisaient plus pour berner le public. Benn, comme dans ses précédentes productions, abandonne son trait rond et bien formé pour des croquis aux multiples hachures, renforçant le côté sombre et vieillot de l'histoire. Une surprenant évolution graphique mais qui s'accorde parfaitement avec le scénario.

« Le magicien de Whitechapel » d'André Benn, Dargaud, 15,99 €

mercredi 12 août 2015

Cinéma - "Floride", le pays de la mémoire morte


Joli film sur la maladie, 'Floride' de Philippe Le Guay offre deux excellents rôles à Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort dont ce sera sans doute la dernière apparition.


"J'ai la mémoire qui flanche" chantait Jeanne Moreau. Claude Lherminier (Jean Rochefort) aurait pu lui aussi fredonner cette chanson populaire dans ses ultimes moments de lucidité. Il aime chanter des ritournelles avec sa fille Carole (Sandrine Kiberlain), notamment quand ils roulent ensemble dans la vieille décapotable, une Renault portant le doux nom de Floride. La Floride est omniprésente dans l'esprit de Claude, vieil homme de plus de 80 ans, vivant seul dans sa grande maison près d'Annecy. En plus de la voiture, il adore la Floride car elle produit le meilleur jus d'orange. Pour son petit-déjeuner, il demande systématiquement à son aide-ménagère si c'est bien du jus de Floride. Il n'aime que celui-là. Une Floride qu'il idéalise, avec palmiers et soleil à volonté. Un état américain où vit son autre fille. Elle va peut-être bientôt venir en France. À moins que ce ne soit lui qui y aille.


Adorable méchant
Sous des airs de comédie, ce film est une réflexion intelligente sur la maladie d'Alzheimer, même si jamais son nom n'est prononcé, les liens de la famille et le passé. Claude, affaibli physiquement, n'est pourtant pas totalement dépendant. Son aide-ménagère, seule présence humaine dans son immense maison où la nuit il semble voir revenir quelques fantômes de son enfance, sert autant à le surveiller qu'à lui permettre de passer ses nerfs. Au grand désespoir de Carole, obligée d'en trouver de nouvelles après les multiples démissions. Elle pourrait le mettre dans une maison de retraite spécialisée, mais elle ne parvient pas à se décider, persuadée que ce serait signer son arrêt de mort.
Souvent farceur et joyeux, Claude aime jouer quelques tours à ces femmes de l'ombre. La nouvelle, Ivona (Anamaria Marinca) est une Roumaine obligée de tout supporter de ce vieux monsieur souvent charmant, parfois abject. C'est une des conséquences de la maladie. Ceux qui ont la tristesse d'avoir un proche atteint d'Alzheimer redoutent ces moments. Le père aimant et protecteur se transforme alors en horrible monsieur capable des pires insultes. Voilà pourquoi Claude se met à détester sa fille qu'il croit "cupide". Deux facettes d'un même personnage qui permet à Jean Rochefort de briller. Il passe aisément de la bonhomie à la haine, de la gentillesse à la méchanceté. Au point de briser le couple de Carole et d'embarquer Ivona dans une rocambolesque opération de profanation de sépulture.
Philippe Le Guay a adapté avec Jérome Tonnerre une pièce d'Adrien Zeller. Grâce à des flashbacks, le spectateur se retrouve parfois dans la tête, la mémoire, du vieillard qui retombe en enfance. Il se souvient parfaitement de ces moments où il était dans les bois en culottes courtes. Par contre, ce qu'il a fait la veille ou le mois dernier est totalement effacé. Comme si seul le passé très éloigné surnageait dans sa mémoire trouble.
Toute la réussite du film, particulièrement émouvant quand il s'approche de la Floride, consiste à nous mettre dans la tête de Claude. On le comprend, on l'aime, on l'excuse. On se prépare aussi, car un jour, nous aussi nous serons vieux.

DE CHOSES ET D'AUTRES - Tong en orbite

En vacances, rares sont ceux qui veulent se prendre la tête. Les activités culturelles se limitent aux jours de pluie, histoire de se mettre à l'abri dans un musée. Le reste du temps, le vacancier de base veut de la détente, du fun, du pas sérieux... 
Sur le marché des animations originales, la ville d'Hourtin en Gironde a trouvé une idée géniale car peu coûteuse. Une pelouse, un mètre ruban suffisamment long, quelques barrières pour contenir le public et place au championnat du monde du lancer de tong. Les concurrents participent en binôme. L'un lance la tong qu'il porte, l'autre doit la réceptionner. La 13e édition vient d'être remportée par Nicolas et Ludovic, avec le record du monde à la clé : 39,56 mètres. Spectaculaire, marrante (quand le lanceur tombe...) et gratuite, la compétition s'est déroulée devant 500 personnes. Les touristes sont friands de ces spectacles décalés.

La région propose quelques fleurons comme le cracher de noyau de cerise à Céret (sur le fameux pinyodrome) ou le concours du « plus gros mangeur d'abricots » à Rivesaltes. Le créneau semble porteur et les offices du tourisme devraient plancher sur de nouveaux défis tous plus bizarres les uns que les autres. Méfiance cependant aux bonnes idées qui pourraient se révéler catastrophiques et contre productrices. Personne de raisonnablement sensé n'osera s'inscrire à un concours de plus gros mangeur de cassoulet à Castelnaudary (16e fête cette année du 26 au 30 août). Une cassole ça va, trois, bonjour les dégâts pour l'entourage... et le trou dans la couche d'ozone ! 

mardi 11 août 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Chat sachant chasser des chaussettes


La France compte 12 millions de chats domestiques. A quel point influencent-ils la biodiversité ? Des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle lancent une vaste étude sur nos amis ronronnants. S'ils équipent quelques matous d'une balise GPS (pour suivre en direct leur parcours de chasseurs), le gros de l'étude sera fourni directement par nous, les maîtres. Un site internet permet de renseigner le type de proie que nos « chatminous » ramènent. Sur le formulaire, plusieurs options : mammifère (souris), reptile (du simple lézard à la vipère) ou oiseau (moineau ou plus rare troglodyte mignon). Nous avons trois chats à la maison. La plus âgée a beaucoup chassé dans sa jeunesse. Aujourd'hui elle se contente de dormir 23 heures sur 24. 
Les deux plus jeunes ne semblent pas constituer des exemples très représentatifs. Ils ont toujours un instinct de chasse assez poussé, mais n'influent plus sur la biodiversité. Marcel, beau mâle de 8 kilos, toujours affamé, ne chasse plus que les sachets de croquettes. Même en haut d'une étagère, il est capable s'escalader cette dernière pour déchiqueter l'emballage. Sa sœur Jane, gentille petite femelle, se révèle encore plus bizarre. Tout ce qu'elle chasse, elle le ramène à nos pieds. 
Cependant, elle dédaigne les petits animaux au profit des... chaussettes sales. Elle attaque régulièrement la panière et déterre ces bouts de tissu qu'elle ramène fièrement en miaulant de plaisir. J'ai bien cherché dans le formulaire des chercheurs, il n'existe pas de catégorie « habits ». Donc, nos chats sachant chasser des chaussettes sècheront la recherche.

BD - Un dessinateur sachant parodier


Michel Rodrigue a de la suite dans les idées. Ce dessinateur, expert en style franco-belge, a débuté à la fin des années 80 en participant à un album collectif de parodie d'Astérix. Il a par la suite acquis ses lettres de noblesse en reprenant les aventures de Clifton puis celles de Cubitus. Ce milieu de la BD, il adore et maîtrise à la perfection. Il a donc délaissé, le temps de cet album hors collection, ses personnages préférés pour signer une « parodie » loufoque et bourrée de clins d'œil. 
Le gros de l'album est le mélange improbable de l'univers de Thorgal et de XIII. L'enfant des étoiles, Thoraxe, adopté par un clan viking, tente de séduire la belle Aarissa. Mais un inconnu débarque un matin, un amnésique, beau comme un dieu et tatoué sur l'épaule d'un énigmatique « XIII & 1/2 » Les deux héros vont s'écharper comme le montre la couverture, parodie elle aussi de l'album d'Astérix, « La zizanie ». 
Rodrigue n'étant pas avare de caricatures dans ce 46 pages, glisse quelques figures incontournables du 9e art qui en prennent pour leur grade. Alix et Enak, en couple homo aux relations assez troubles, le professeur Tournesol en mode Léonard, Sœur Marie-Thérèse des Batignolles ou Michel Vaillant en preux chevalier. On a même droit à la participation de Dark Vador et du troll Hébus de l'univers de Troy
Un album à lire en deux temps. Premièrement profitez de l'histoire et des dialogues parfois surréalistes, puis reprenez chaque planche et cherchez les « petites bêtes » comme Blacksad, Cubitus ou l'hommage à la série Croisade de Jean Dufaux qui signe la préface de cette désopilante « Parodie ».
« La parodie » de Michel Rodrigue, Lombard, 12 €

lundi 10 août 2015

SF - La fabrique des Dieux selon Serge Brussolo

Lâchez trois petits dieux sur une planète déserte, mettez-les au travail et vous obtenez un roman de science-fiction foisonnant signé Serge Brussolo, un maître du genre.


Sans limite. Les romans de Serge Brussolo, notamment de science-fiction semblent totalement sans limite. Son imagination féconde ne cesse d'élaborer mondes, peuples, planètes, sociétés et même religions. Il s'était fait un peu rare dans son domaine de prédilection pour explorer d'autres genres comme le roman historique ou le fantastique pour adolescentes (Peggy Sue). Il marque son retour dans une collection de référence : Folio SF. En plus de la réédition de ses œuvres majeures parues en « Présence du futur », il propose des romans inédits. « Frontière barbare » en 2013 et la suite cette année, « Anges de fer, Paradis d'acier ». La religion est au centre de ce roman un peu déroutant au début, mais très cohérent dès que les personnages principaux arrivent sur la planète Almoha.
David Sarella, exovétérinaire, est toujours au service du pape Nothanos III. La religion dominante a du plomb dans l'aile. Les révolutionnaires et dissidents mènent une guerre sans merci. Replié dans une forteresse craquelante, David est chargé d'alimenter les défenses aériennes en munitions. Cela donne une ouverture digne de meilleures attaques aériennes.
Le héros, vieillard dans un corps jeune, ne se console pas de la perte de sa femme. Il a tout fait pour la faire revenir à la vie. En vain. Sa situation change quand le pape (un clone du précédent) l'envoie dans un pénitencier délivrer trois détenus. Pas n'importe qui. Ce sont trois Dieux, neutralisés depuis des siècles, mais qui pourraient de nouveau être utile en cette période trouble de guerre de religion. Le roman prend alors toute son ampleur.

Un monde à créer
Une fois sa mission évasion terminée, David, accompagné de sa fille, une redoutable guerrière, vogue vers la planète Almoha. Une boule sans la moindre vie. Mais c'est là que les dieux pourront être utiles. Ils auront une semaine pour rendre Almoha fertile et vivable. Sept jours pour fabriquer un paradis destiné à accueillir les religieux persécutés sur terre. Dans le trio, David apprécie particulièrement Anatalia : « une adolescente aux cheveux roux, à la peau très blanche. Sa beauté surannée évoquait les portraits féminins de l'époque victorienne. » Ces jeunes Dieux, aux pouvoirs immenses, semblent étonnés de leur mission. Mais ils acceptent de se mettre au service du pape (un paradoxe complet).
Comme ils ont carte blanche, les trois mondes qu'ils créent chacun de leur côté est assez déroutante. Anatalia a une vision très enfantine du paradis habité par des moutons, « grosses pelotes d'une laine dont les couleurs changeaient toutes les deux minutes. Ils ne bêlaient pas produisaient à intervalles réguliers, une sonnerie téléphonique des plus incongrues. » Et tout le reste est à l'avenant, entre loufoquerie et délire cauchemardesque. Car il y a aussi quelques animaux nuisibles dans cette jeune planète comme des lions méduses ou des moustiques dont la piqûre provoque l'explosion du corps. Rapidement hors de contrôle, les dieux n'en font qu'à leur tête et réclament des sacrifices humains. Comme si le sang frais servait d'engrais à la terre depuis peu féconde de la planète.
Sous couvert d'aventures spatiales, Serge Brussolo signe une réflexion sur les dérives des religions. Entre dieux virtuels et réels, les exigences sont parfois contradictoires. Mais le clergé restera toujours le grand gagnant de l'abrutissement des masses. Même quand le grand subterfuge (la véritable grande originalité du roman) est découvert par David. Une histoire sans temps mort, avec quantité de rebondissements comme cet extraordinaire conteur sait si bien truffer ses textes jamais insipides.

« Anges de fer, paradis d'acier » de Serge Brussolo, Folio SF, 8 €


BD - Communication de guerre dans "La peur géante"


Avec une régularité de métronome, plusieurs équipes d'auteurs adaptent depuis une paire d'années les romans de Stefan Wul. Si le triptyque « Piège sur Zarkass » (Cassegrain et Yann) est bouclé, Lapière et Reynès n'en sont qu'au second album de « La peur géante ». Dans un futur proche, la terre subit une attaque massive de créatures marines venues du fond des abysses. Elles provoquent la fonte des pôles pour élever le niveau des océans. L'humanité se retrouve en partie submergée. 
« L'ennemi des profondeurs » se concentre sur la technique militaire mise en place pour contrer les torpèdes, ces créatures issues d'une évolution de la raie manta, aussi grosses que des baleines, capables de tuer par électrocution. Les héros, Bruno et Pol, militaires, apprennent à manier de nouveaux bathyscaphes en forme de méduses alors que la belle Kou-sien se charge de décrypter le langage des envahisseurs. Mais le temps presse car non seulement l'eau ne gèle plus, mais elle ne s'évapore plus. Sans nuage ni pluie, c'est toute l'Humanité qui est menacée d'extinction à brève échéance. De la SF classique, un peu trop militaire (le roman date de la fin des années 50), mais terriblement efficace et divertissante.

« La peur géante » (tome 2), Ankama, 13,90 €