jeudi 16 juillet 2015

Livre - Assassins invisibles de "Pandemia"

Pour tuer en masse, un virus est plus efficace que deux serial-killers. Les héros récurrents de Franck Thilliez se confrontent à des assassins d'un nouveau genre dans « Pandemia ».

Rien de plus beau qu'un cygne. Ces oiseaux gracieux se transforment pourtant en messagers de la mort dans les premières pages de « Pandemia », le nouveau thriller de Franck Thilliez. L'alerte est donnée par un guide d'une réserve ornithologique dans le Nord de la France. Trois cadavres de cygnes sauvages au bord d'un lac. Des spécialistes du GIM (Groupe d'intervention microbiologique) sont dépêchés en urgence sur place. La moindre mort suspecte d'oiseaux est prise très au sérieux depuis l'apparition du virus de la grippe H5N1. Johan et Amandine se rendent sur place. Cela va les changer de longues journées passées devant leur paillasse à scruter microbes et autres virus dont ils cherchent en permanence à découvrir les secrets. Amandine est le personnage pivot de ce roman, celle qui sera du début à la fin au centre de l'action, épaulée au fil des chapitres par les flics récurrents de l'univers de Thilliez, le couple Sharko et Lucie, leur chef Nicolas et la petite nouvelle, Camille, gendarme greffée du cœur (voir le précédent roman, Angor, paru récemment chez Pocket). Amandine traque les virus mais a une peur bleue d'eux. Elle est à la limite de la folie : elle se lave les mains 20 fois dans la journée, porte un masque en permanence et vide toutes les deux heures un flacon de lotion antiseptique. Quand elle part travailler le matin, obligée de prendre les transports en communs parisiens, elle sait que tout le monde la remarque.
« Comme toujours, on la regarda avec curiosité dans la rame. Son teint d'albâtre, sa protection sur le visage, sa coupe militaire. On devait la prendre au mieux pour une malade atteinte d'une pathologie gravissime et incurable, au pire pour une espèce de junkie. » Dans les cygnes, les deux techniciens découvrent un virus de la grippe jusqu'alors inconnu. Un « mutant » qui vient du porc, est propagé par les oiseaux et peut se transmettre aux hommes. L'alerte est immédiatement donnée. L'action se déroule fin novembre, dans cette période où la traditionnelle épidémie se met en place. Justement, des malades, il y en a de plus en plus au sein des équipes de la criminelle. Lucie notamment est terrassée en quelques heures.

Nouveau terrorisme
Le prologue rejoint alors l'action principale : c'est le fameux virus des cygnes qui décime le Quai des Orfèvres. Une action délibérée, un acte de terrorisme d'un genre nouveau. Et la pandémie menace.
Sharko, force de la nature, semble le plus résistant. Il se lance à corps perdu dans l'enquête qui comme toujours avec Thilliez est dense et complexe (et personne ne s'en plaint). Il se retrouve alors à recueillir le témoignage d'un SDF vivant sous les ponts. Malgré son alcoolisme chronique, Jasper est persuadé que plusieurs de ses compagnons d'infortune ont été enlevés par un être étrange, direction les égouts, « quelqu'un habillé tout en noir, avec un genre de robe, un long bec courbé comme un vautour. Il avait des griffes immenses sur chaque main. Des trucs capables de te couper en morceaux. Un oiseau de malheur. Moi, j'ai pensé à un démon. » Le ton est donné. Dans l'antre de ce terrifiant « homme-oiseau », Sharko découvre l'innommable. Mais ce n'est que le supplétif qu'un être encore plus machiavélique, le fameux « Homme en noir » déjà entraperçu dans « Angor ».
Le roman imposant (plus de 600 pages) se lit pourtant dans un état d'urgence, de fébrilité, tant les événements s'enchainent et la tension va crescendo. Certains passages sont âpres, cauchemardesques, tout le monde n'en sort pas indemne. Quant au lecteur, après avoir ingurgité le roman, il risque faire quelques cauchemars à la vue du moindre oiseau, encore plus d'un rat ou d'une bête puce... 

« Pandemia », Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90 €

mercredi 15 juillet 2015

Romans jeunesse - Rire à tous les âges

Lire et rire, rien de mieux pour se sentir en vacances avant l'heure...


Benjamin Jinks, neuf ans, déteste les maths. Stinky, son hamster, aime les carottes et, surtout… il parle et a le cerveau d’un génie. Ecrit par Dave Lowe, cette amitié intéressée est pour les plus jeunes. A partir de 7 ans exactement. Benjamin a tout du cancre. L'arrivée de ce hamster de génie dans son foyer va lui permettre de remonter sa moyenne. Mais pour le redoutable instituteur McCreedy, Benjamin triche forcément. Il le dit aux parents du jeune héros. Le père, parieur impénitent, prétend que Benjamin n'a pas triché. Pour en avoir le cœur net, il faut qu'il fasse une interrogation écrite dans la salle, seul, loin de son petit protégé... Comment va-t-il s'en sortir ? Il y a juste ce qu'il faut de merveilleux dans ce petit roman pour faire rêver, mais tout le reste est suffisamment réel pour que les lecteurs s'identifient à Benjamin.


Pour les plus âgés (à partir de 9 ans), place à Timothée Lafarge, petit Français moyen doté de super pouvoirs. Après une piqûre de moustique alien, Timothée voit sa force décupler. Il super-pédale jusqu’à l’école en moins de trois minutes, soulève le bureau du prof avec son index et troue les murs en jouant au ping-pong. Timothée est devenu un super-héros
et pour sauver le monde des super-vilains, il lui faut absolument un nom et un costume de super (sans slip par-dessus).
Mais quand on a une mère envahissante, des jumeaux insupportables pour frère et sœur, un costume qui gratte, et, surtout, quand il n’y a pas un seul méchant à l’horizon, super-héros, ça craint (grave) ! Naïma Murail-Zimmerman, à peine 20 ans, raconte des aventures loufoques et très décalées. Si Timothée est bien super fort, il n'en voit pas l'utilité s'il n'y a pas le moindre super méchant dans son petit village perdu dans la campagne. Rien de glorieux à faire si ce n'est sauver un chat dans un arbre ou rendre service aux profs qui eux, ont tout compris. L'histoire bénéficie en plus d'une mise en page très ludique avec insertion de dessins, d'onomatopées et autres exclamations dans le texte normal.


Le dernier roman est plus particulièrement destiné aux adolescents. Adolescentes exactement. Un texte vif et incisif de la Canadienne Elizabeth Lepage-Boily. Lorsqu'on a une mère qui jongle entre les cours de sexologie et les séminaires bouddhistes ; trois sœurs aînées prénommées Ariel, Jasmine et Belle, qui n'ont rien des princesses Disney ; sa meilleure amie sur le point de vous trahir pour Simon Bazin, le plus beau mec du lycée, la vie peut sembler un enfer. Heureusement, Maude, quinze ans, rebelle, blasée et tout simplement irrésistible, ne manque ni d'humour ni de caractère pour traverser cet enfer qu'on appelle l'adolescence. Finement observé, avec un zeste de mauvais esprit et de résignation, ce texte est une mine pour les parents qui ont une adolescente à la maison et qui ne comprennent plus rien à ses agissements.
« Mon hamster est un génie », PKJ, 4,90 €
« Super héros, ça craint (grave) », PKJ, 11,90 €

« Maude, comment survivre à l'adolescence », PKJ, 12,90 €


mardi 14 juillet 2015

BD - "Ab Irato", l'immortalité à portée de vaccin


Chaque année, notre espérance de vie moyenne s'allonge. Devenir centenaire n'est plus exceptionnel. La difficulté c'est de conserver une bonne santé. Dans cette série de science-fiction écrite et dessinée par Thierry Labrosse, une entreprise pharmaceutique a commercialisé un vaccin de rajeunissement. Cher, rare, il n'est pas à la portée de tout le monde. Une infime minorité peut envisager cette quasi immortalité en échange d'une fortune. 
L'action se déroule en 2111 à Montréal (Labrosse est Québécois) et montre un pays en pleine révolte. La pollution, le réchauffement climatique, transforment la cité en grand marécage. Les pauvres meurent, les riches prospèrent. Riel, le jeune héros, tente de trouver un avenir meilleur mais se retrouve vite au centre d'un complot mené par des rebelles. Action, fantastique, romance : ce troisième et dernier tome d'une série ambitieuse, malgré ses 56 pages, semble trop court. Mais au final cette première BD de Labrosse en solo est une belle réussite.

« Ab Irato » (tome 3), Vents d'Ouest, 14,50 €

lundi 13 juillet 2015

BD - L'orgueil des pilotes dans "Typhoon"


La victoire des Alliés durant la seconde guerre mondiale doit beaucoup à la mobilisation de milliers de Français et de Belges ayant choisi la France Libre. De jeunes patriotes qui ont préféré l'exil au joug allemand. Christophe Gibelin, dessinateur de la remarquée série « Les ailes de plomb », s'intéresse à cette partie de l'histoire européenne dans sa nouvelle BD une nouvelle fois largement consacrée à l'aviation, sa seconde passion après le dessin. 
Jean de Selys, jeune Belge, a franchi la Manche à bord d'un vieux coucou au moment de l'invasion allemande. Il a laissé son frère qui lui, a préféré s'engager dans la Résistance. En 1943, Jean peut enfin prendre part à l'offensive contre les hordes nazies. Aux commandes d'un Typhoon, redoutable chasseur bombardier, il abat des chasseurs et va même, sans le moindre ordre, mitrailler l'immeuble de la Gestapo à Bruxelles. Mais en voulant s'illustrer, il a fait plus de mal que de bien. Le jeune pilote est décrit comme un orgueilleux assez inconscient. Tout ce qu'il ne faut pas être en plein effort de guerre...

« Typhoon » (tome 1), Paquet, 14 €

dimanche 12 juillet 2015

BD - L'ours et le poussin

La disparition de l'immense Fred n'a pas marqué la fin de la BD tendance poésie onirique. Le gentil moustachu a heureusement suscité quelques vocations. Renaud Dillies est un digne héritier de l'inventeur de Philémon. Avec son compère scénariste Régis Hautière il a imaginé les pérégrinations d'Abélard, un petit héros au grand chapeau magique, pourvoyeur d'aphorismes. Abélard disparu (snif), ne reste plus que Gaston, son compère, gros ours taciturne et mélancolique. Dans la grande ville, il gagne sa vie en travaillant au sommet des buildings en construction. 
Le soir, il prend un peu de plaisir avec Purity, prostituée au grand cœur. Quand elle meurt sous les coups d'un client irascible, Gaston doit s'occuper de son fils, Alvin, poussin perdu dans cette vie de misère. L'ours va devoir le prendre sous sa protection et se lancer dans un nouveau périple. La finesse du dessin de Dillies, avec des gros plans très expressifs, donne une grande force à ce récit plein d'humanité et de tendresse.

« Alvin » (tome 1), Dargaud, 13,99 €

samedi 11 juillet 2015

Roman - Simonetta Greggio nous donne des nouvelles de nos amours

Simonetta Greggio se livre en partie dans cette douzaine de nouvelles allant de la confession très personnelle à l'histoire ample et détaillée que d'autres auraient délayé pour en faire des romans.


Une écriture sensuelle permet à Simonetta Greggio d'aborder tous les sujets de la vie d'une femme sans jamais flirter ni avec le scabreux et encore moins la vulgarité. Même si elle dévoile ses amours dans certaines des nouvelles composant ce recueil, elle y insuffle une grande poésie. On fait donc connaissance avec Abraham, un 
« homme café au lait – plus café que lait - » mais aussi Antoine avec qui « nous nous étions si bien mélangés dans les quelques semaines de notre histoire que j'avais du mal à retrouver l'usage de moi-même. » Dans la nouvelle « Il pleuvait quand je suis partie », elle écrit, durant le trajet Paris Avignon en TGV, la fin de cette belle rencontre, de ces jours fusionnels, de ces nuits torrides. Un parmi d'autres. Mais toujours dans le même style. Constante dans ses amours multiples, l'auteur en donne la raison. « Je n'aime que les anomalies et les fêlures chez les êtres, les déchirures et les failles, car c'est par là que s'engouffre la vie, que la lumière passe. Ce qu'on appelle normalité me fait peur. (…) Il y a une droiture chez les fêlés, ils ne font que chercher dans le quotidien ce qui n'est pas visible à l'œil nu. C'est un sacerdoce, une mission, j'en sais quelques chose, moi qui ne peut vivre que comme ça. » Beauté d'un texte lumineux qui reste longtemps imprégné dans la mémoire.

Le prisonnier et le chien
Les autres nouvelles sont plus classiques, moins personnelles, comme de grandes respirations. « Os de lune » est de loin la plus aboutie, la plus marquante. Sur une trentaine de pages pleines de bruit et de fureur, on écoute le récit d'un violoniste rescapé des camps de la mort. Déporté avec un ami musicien, il n'a jamais voulu se défaire de son instrument. A l'arrivée à Auschwitz, ce violon lui a sauvé la vie. Repéré par un officier, il est intégré à l'orchestre du camp. Car dans ces antichambres de l'enfer, les bourreaux aussi sont parfois mélomanes.
Le musicien, grâce à son statut particulier, échappe à la mort. Il parvient même à se faire un ami dans le camp : le chien d'un garde SS. Quelques mois avant la libération du camp, il réussit à s'échapper, accompagné de son fidèle compagnon. Cette errance dans l'Europe du Nord, à feu et à sang laissera des traces indélébiles. D'autres romanciers auraient trouvé là matière à un gros pavé assuré de confortables ventes en ces temps de commémoration. Simonetta Greggio se contente d'une nouvelle, incisive et directe, comme si cette histoire était trop forte pour être source d'exploitation. Il en est de même avec le récit du mafieux qui va abattre un juge sicilien ou l'embryon de biographie de Romain Gary. Courts et percutants, ces textes n'en sont que plus marquants.
« Femmes de rêve, bananes et framboises », Simonetta Greggio, Flammarion, 17 €

vendredi 10 juillet 2015

Polar : "Les lumineuses" de Lauren Beukes sort en poche chez Pocket


Un tueur en série trouve le moyen infaillible de ne pas se faire prendre. Il tue dans le futur. Un thriller résolument fantastique de Lauren Beukes, écrivain originaire d'Afrique du Sud, où elle prend le pari de présenter dès les premières pages le tueur de l'histoire, ce Harper, pervers, illuminé, violent. Seconde à entrer en scène, Kirby, une jeune fille qui a eu le malheur de croiser le chemin de Harper. Kirby survit. Après quatre ans de convalescence, elle retourne à l'air libre. Avec une obsession : retrouver son assassin. Car Kirby se considère comme morte... Un thriller à la construction différente des classiques du genre, très prenant dès que l'on passe l'obstacle des sauts dans le temps. (Pocket, 7,70 €)


BD - Aux débuts du métro


Paris 1910. La capitale est en plein travaux. Des centaines d'ouvriers travaillent sous terre à la construction du métro. Mais au même moment, de violente pluies font déborder la Seine. Les tunnels se transforment en torrents. C'est dans ce cadre rigoureusement exact que Ordas, le scénariste des « Naufragés du Métropolitain », déploie son intrigue. La jeune et jolie Louise polie des pierres précieuses chez un joaillier. Elle a entre les mains des bijoux d'une valeur considérable. 
Le Fennec, un Apache, sent le bon coup. Il va se mettre dans la poche un arpète pour s'approcher du trésor. Le Fennec qui est suivi au plus près par un inspecteur de police d'un genre nouveau. Au lieu de parader en uniforme avec ses gros godillots, il se fait discret et infiltre le milieu. Pour le moment il se fait passer pour pianiste au Moulin Rouge. Cette série est dessinée par la talentueuse Nathalie Berr. Elle apporte beaucoup de soin à la reconstitution du Paris de l'époque, mais c'est surtout dans les trognes de Parigots typiques qu'elle excelle, du malfrat sournois à l'indic' fourbe.

« Les naufragés du métropolitain » (tome 1), Bamboo Grand Angle, 13,90 €

jeudi 9 juillet 2015

Cinéma - En route pour l'adolescence avec "Microbe et Gasoil" de Michel Gondry

Si pour certains l'adolescence est la pire des périodes, pour d'autres elle est éternelle. Avec « Microbe et Gasoil », Michel Gondry vous fait regretter vos comédons.

Daniel et Théo. Deux adolescents se retrouvent par hasard dans la même classe. Deux exclus, des « bannis » qui vont faire cause commune et se trouver suffisamment de points en commun pour devenir copains, voire amis. Daniel (Ange Dargent) est le plus jeune. Du moins en apparence. Petit, cheveux longs, il doit supporter de se faire traiter de Microbe à longueur de journée par d’autres ados qui ont juste 10 centimètres de plus et un duvet au-dessus des lèvres. Théo (Théophile Baquet) est devenu Gasoil. La faute à son odeur. Grand bricoleur devant l’éternel, il est souvent mis à contribution par son père pour réparer la camionnette familiale au petit matin.

Microbe et Gasoil, incompris et un peu à part, vont se forger un monde bien à eux, résurgence de la propre adolescence de Michel Gondry, rêveur et inventeur de contrées de génie.

Trop ou pas assez d’amour maternel
Avec intelligence et naturel, le réalisateur plante le monde normal de ses deux héros. Microbe est couvé par sa mère (Audrey Tautou), dépressive tendance bio, végan et lâcher prise. Il partage sa chambre avec un petit frère sérieux et intégré mais s’entend beaucoup moins avec l’aîné, devenu depuis quelques mois Punk réfractaire à tout.
Gasoil vit seul avec ses parents. Sa mère, cardiaque, ne lui cache pas qu’elle préfère l’aîné, qui lui à son âge rapportait déjà de l’argent à la maison et qui aujourd’hui a réussi sa vie en devenant militaire de carrière. Le père, brocanteur, n’est que reproches. D’un côté trop d’amour, de l’autre pas assez, ces deux se trouvent une nouvelle raison de parfaitement se comprendre.
L’année scolaire s’écoule, lente et ennuyeuse. Heureusement Gasoil a un projet génial : construire sa propre voiture. Tout part d’un moteur de tondeuse à gazon, un deux-temps simple et increvable. Au détriment de leur assiduité en cours, les deux compères travaillent d’arrache-pied. Mais leur carrosse, s’il roule parfaitement, n’a pas le droit d’aller sur les routes. L’administration française, toujours un peu tatillonne, refuse d’homologuer cet engin peu sûr. Alors Microbe a une idée de génie : maquiller la bagnole en maisonnette. Au moindre risque de contrôle, il suffit de se garer et de redevenir une habitation fixe.
De bric et de broc, la maison sur roulettes est la troisième vedette de ce film d’une grande finesse. Les deux jeunes acteurs incarnent ces deux adolescents en mal de découverte, de dépassement et surtout de compréhension de l’autre. Car pour découvrir ses propres secrets, rien ne vaut un bon ami qui vous dit « cash » ce qu’il pense de vous. Microbe va se bonifier au contact de Gasoil, Gasoil va se sociabiliser en traînant avec Microbe. Un film sur l’amitié, l’amour, la famille et ses limites dans le temps. Car l’adolescence, malgré tous les exploits du monde, ne dure jamais plus d’un été. Si vous voulez la retrouver, plongez-vous sans réserve dans l’univers de Michel Gondry.
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Le copain parfait



Film ouvertement autobiographique, « Microbe et Gasoil » est un peu la madeleine de Proust de Michel Gondry. Son personnage c’est Microbe. Il a longtemps eu les cheveux longs et souvent on l’a pris pour une fille. Une humiliation régulière qu’il décrit parfaitement dans son long-métrage. Cela passe par une prise de conscience radicale avec l’aide d’une tondeuse à même le rayon d’électroménager.

Par contre « Gasoil est la combinaison de deux ou trois amis, dont un qui était très bricoleur et dont le père sévère était antiquaire, se souvient Michel Gondry. Je ne l’ai jamais revu. Mais il y avait aussi ce cousin bricoleur, qui faisait des maquettes d’archi : ensemble, on a même inventé une machine à faire du dessin animé. » Interprété par Théophile Baquet (déjà entraperçu dans « La guerre des boutons »), Gasoil est le copain dont on rêve tous quand on est jeune. Original, imprévisible, hâbleur et jamais décontenancé, il est toujours là pour nous remonter le moral et tout relativiser. Un peu casse-cou, confident à l’écoute : son seul défaut est qu’il ne s’arrête jamais. Cela épuise Microbe, mais c’est si bon. Et puis des années plus tard, cela donne des souvenirs impérissables.

mercredi 8 juillet 2015

DVD - Drame de la ruralité

« Un village presque parfait » ou l'humour rural à l'épreuve de la ville.

Premier film de fiction de Stéphane Meunier (réalisateur du célèbre documentaire « Les yeux dans les Bleus »), « Un village presque parfait » aborde le problème de la désertification des campagnes françaises. Le petit village de Saint-Loin-la-Mauderne ne mérite qu’à moitié son nom. Loin, pas de problème. De tout même. Mauderne... beaucoup moins. Germain (Didier Bourdon), le maire, tente de revitaliser la petite commune pyrénéenne. 
Une usine de conditionnement du poisson de rivière a bien fonctionné dans le temps, mais aujourd’hui elle est fermée. Il existe bien un projet de réouverture en scoop, mais il faut des aides. De Bruxelles notamment. 
La bonne nouvelle arrive un jour à la mairie : la subvention va être débloquée. A une condition : qu’il y ait un médecin installé au village. Comment les villageois vont-ils attirer un docteur dans ce trou perdu ?
Grâce à des appuis dans la capitale, ils vont parvenir à faire « descendre » Meyer (Lorant Deutsch), chirurgien esthétique obligé de se mettre au vert quelque temps. Entre cet apôtre de la superficialité et les très rationnels campagnards, cela va rapidement faire des étincelles. Mais chacun va y trouver son intérêt.
On appréciera dans ce film, manquant un peu de rythme, la vision très mélancolique des gens de la campagne. Des ruraux attachés à leurs racines incapables de quitter la vallée qui les a vus naître. Pour les interpréter la distribution a tapé fort avec des trognes étonnantes. Didier Bourdon, en maire bougon et manipulateur, est excellent. Denis Podalydès apporte la touche d’intelligence, Elie Seimoun la débrouillardise et Lionnel Astier, la sincérité. On croise également Armelle et Pierre Menès dans des contre-emplois jubilatoires.
En bonus, le making of (avec notamment la rencontre entre le réalisateur et les véritables habitants du village qui ont quasiment tous participé à la figuration) et les interviews des principaux acteurs et du producteur.

« Un village presque parfait », M6 Vidéo.