dimanche 26 avril 2015

BD - Retour à Belle-Ile


Vanessa Blue est une vedette. De ces actrices au succès insolent, phénomène de mode irrationnel. La jeune femme a débuté dans une telé réalité. Son naturel a séduit le public. Un producteur a décidé de lui donner sa chance dans un feuilleton quotidien. Vanessa est adulée, mais bizarrement insatisfaite. Très inconstante dans ses amours, elle vient de flasher sur un écrivain à la mode. Une sorte de Houellebecq, moins destroy, plus intéressé. Il la persuade d'interpréter le rôle principal de sa future pièce de théâtre « intello ». Elle décide donc de se mettre en congé pour quelques mois de la série et part travailler son rôle dans une retraite paisible sur l'île de Belle-île en Mer
Ce roman graphique de Patrick Weber rend hommage à une île, mais aussi à la quête d'identité de Vanessa. Son choix de villégiature n'est pas innocent. C'est sur cette île qu'elle a vécu ses premières années. Mais sa mère a quitté ce bout de Bretagne quand le père de Vanessa s'est suicidé. Dessiné par Nicoby, le plus Breton des illustrateurs, ce roman graphique met également en parallèle la célébrité factice de notre époque à celle, mondiale et justifiée, de Sarah Bernhardt, la première a avoir popularisé la destination de Belle-île.

« Belle-île en père », Vents d'ouest, 18,50 €

samedi 25 avril 2015

Roman - De très étranges personnages dans ces textes de Patrice Pluyette et Christian Combaz

Ils sont tracassés les personnages de ces deux romans. Entre l'éleveur de porc, fétichiste de poupées et le jeune garçon attiré par les vieux messieurs, attendez-vous à d'étranges rencontres.

L'amour prend parfois d'étranges chemins de traverses. Dans « La fourmi assassine » de Patrice Pluyette et « Votre serviteur » de Christian Combaz, il frappe dans des lieux inattendus. Et des personnages peu communs.


Legousse, éleveurs de porcs, ne demande pas grand chose à personne. Son plaisir c'est d'acquérir des poupées grandeur nature, aussi vraies que de véritables femmes. Il aime les sortir, leur faire faire du shopping et même aller au bar avec elles. Un véritable harem qui résout bien des problèmes dans la vie triste de cet homme solitaire. Legousse est au centre de l'intrigue d'un roman iconoclaste signé Patrice Pluyette. Sa passion des poupées le rend suspect au yeux de la majorité des gens « bien pensants ». Aussi, quand Odile Chassevent disparaît, il se retrouve logiquement dans la liste des suspects. Mais Odile a sans doute d'autres raisons de s'éclipser de la vie de son mari. Ce dernier le reconnaît, mais un peu tard : « On recrée en totalité le spectre de la femme perdue, la vie autour, elle et nous dans cette vie. Il mesurait son attachement à elle. Il était prêt à tout recommencer pour la faire revenir. Il reconnaissait ses erreurs. Il aurait dû lui parler plus souvent. Lui dire qu'il l'aimait. Se rendre disponible. Il pensait qu'elle ne partirait jamais et qu'il aurait assez de la vie pour s'améliorer. Maintenant c'était trop tard. C'est toujours trop tard pour bien faire dans la vie. » Oui, la vie est d'une grande complication, à tous les niveaux. Patrice Pluyette nous l'explique dans le détail en déroulant les vies de ces héros du quotidien. On se reconnaît (un peu) même si certaines attitudes nous semblent réellement extrêmes.

Mon amour de général

L'amour aussi est omniprésent dans le roman en partie autobiographique de Christian Combaz. « Votre serviteur » retrace la jeunesse d'un petit Français comme les autres. Enfin pas exactement puisque rapidement il se découvre des attirances sexuelles assez éloignées de la moyenne : seuls les vieux messieurs l'émoustillent. Invité chez un ami rencontré à khâgne, le narrateur, Simon, lui révèle « qu'il n'a aucun goût pour les jeunes filles. Puis, répondant à une question qu'on ne lui posait pas davantage, il ajouta que les jeunes hommes le laissaient indifférent aussi (…) Il fallait admettre qu'il était tombé dans une case négligée par les statistiques. Sa particularité ressemblait à ces cultes sectaires qui n'ont qu'un millier d'adeptes. »
Le provincial va s'installer à Paris, découvrir la haute bourgeoisie, devenir l'ami et le confident de quelques hommes influents pour finalement rencontrer l'amour de sa vie, un vieux général de l'armée de l'air. Etonnante histoire que la leur, l'ancien militaire et le petit journaliste, partant en vacances comme oncle et neveu, oubliant toute pudeur une fois à l'abri, dans l'intimité de la chambre.
En plus d'une description détaillée et savante du milieu culturel des années 70, ce récit est avant tout une très belle histoire d'amour, où la différence des âges importe peu, si ce n'est qu'elle implique la disparition du général d'aviation bien avant Simon.
« La fourmi assassine », Patrice Pluyette, Seuil, 15 €

« Votre serviteur », Christian Combaz, Flammarion, 21 €

BD - Jolie carrosserie avec "Waw !" de Krings et Zidrou

Jolies voitures et belles nanas au menu de cet album écrit par Zidrou et dessiné par Jean-Marc Krings. Les voitures ce sont une Ferrari et une Cobra Shelby. Décapotables aux moteurs surpuissant. Les nanas ce sont Ella (surnommée Waw) et sa fille Liza. La première fuit son mari à toute vitesse. Mais elle prend quand même le temps de faire un petit arrêt pour prendre Fabrice, jeune concepteur de jeu vidéo, se rendant en stop dans la maison de vacances de son éditeur. Un Fabrice éblouit par la beauté de Waw, son franc-parler et sa plastique parfaite. Un peu moins par son coup de volant. 
Cascadeuse à ses heures perdues, elle prend tous les risques sur ces petites routes du sud de la France. Normal quand on sait que son mari, Marco, la poursuit et et envisage sérieusement de devenir veuf prématurément. Fabrice le constate à ses dépens en prenant une balle perdue dans la cuisse. La suite de l'aventure, pleine de rebondissements, se passe sur les chapeaux de roue. 
Qui est cette femme si téméraire ? Que lui veut exactement son mari ? Fabrice peut-il tomber amoureux de cette beauté fatale ? Réponse dans ces 50 pages aussi nerveuses que les reprises des voitures dessinées de main de maître par Krings, valeur sûre des héritiers de l'école de Marcinelle.

« Waw ! », Paquet, 11,50 €

vendredi 24 avril 2015

BD - La Poésie enfantine de "L'Homme-Montagne"

« L'homme montagne » ou quand la BD se transforme en livre pour enfant... Séverine Gauthier a écrit un joli conte sur la perte d'un proche. Mis en image par Amélie Fléchais, elle passe de la planche classique à l'illustration pleine page (voire double avec une multitude de détails) pour encore plus titiller l'imagination des jeunes lecteurs. Un enfant discute avec son grand-père. Ce dernier est trop fatigué pour continuer le voyage. Il annonce donc qu'il ne bougera plus de cet endroit, immobilisé par le poids des montagnes qui ornent sa tête. L'enfant refuse cet abandon. Veut l'aider. Il part donc vers la plus grande des montagnes pour demander de l'aide au vent.
Un long périple, seul, où il rencontre un arbre qui lui apprend ce que c'est que d'avoir des racines, un bouquetin et des cailloux joueurs. L'histoire, simple et universelle, prend une ampleur insoupçonnée une fois mise en images. Amélie Fléchais est une grande artiste passée par l'animation. Chaque case est un véritable tableau. Le beau est partout.

« L'homme montagne », Delcourt, 10,95 €

Cinéma - Caprice, burlesque et romantique

Emmanuel Mouret, tout en s’intéressant aux tourments de l’amour, se filme en grand dadais maladroit et amoureux. Un pur régal burlesque.


Il a de plus en plus des airs de Tati de l’an 2000. Emmanuel Mouret, cinéaste atypique, aime les histoires romantiques, les belles actrices et les situations comiques. Ces trois constantes marquent sa filmographie, débutée modestement mais qui commence à s’étoffer. La force de la persévérance. Si dans son précédent long-métrage, L’art d’aimer il se contentait de rester derrière la caméra, dans cette nouvelle comédie au ton doux-amer, il endosse également le principal rôle masculin. Clément est instituteur à Paris. Séparé de son épouse, il a la garde alternée de son fils âgé de dix ans. Une vie rangée, peu palpitante où il lit beaucoup et va régulièrement au théâtre. Essentiellement voir les pièces où Alicia (Virginie Efira) est en vedette. Cette distinguée blonde, archétype de la bourgeoise élégante et toujours soignée, se remet difficilement d’une douloureuse séparation. Clément, tel un adolescent, est amoureux fou d’Alicia. Une passion platonique pour une image.

Rencontre avec la star
Tout bascule le jour où la célébrité se rend dans l’école de Clément. Elle désire des cours particuliers pour son filleul, scolarisé dans l’établissement. Elle demande conseil au directeur, Thomas (Laurent Stocker), qui lui recommande Clément, collègue mais surtout meilleur ami. Le petit instit' gauche et maladroit, fan de la star, va avoir l’occasion de la côtoyer au quotidien. En balbutiant, il va oser l’inviter à dîner. Un repas mémorable, de charcuterie et de fromage, le tout arrosé de vin rouge. Une séquence où Emmanuel Mouret démontre tout son art de la mise en scène, du quiproquo et du burlesque, tendance Jacques Tati mâtiné de Pierre Richard. La suite ressemble à un conte de fée. Séduite, Alicia tombe sous le charme et récupère Clément et son fils sous son toit.
La deuxième bascule du film intervient quand Thomas, abandonné par sa femme, demande réconfort à Clément. Ils vont parler dans un bar, boire, rencontrer deux jeunes femmes... Si Thomas a toutes les excuses pour passer la nuit dans les bras de cette belle inconnue, pourquoi Clément cède-t-il aux avances de la piquante Caprice (Anaïs Demoustier) ? Magie du cinéma qui transforme ce personnage emprunté en bourreau des cœurs, double amant de deux femmes radicalement différentes, la blonde distinguée face à la rousse délurée.
Mais il ne faut pas croire que le réalisateur va transformer son film en banal vaudeville. Certes on retrouve le classique ménage à trois, mais ce n’est pas pour la gaudriole que les personnages vont se croiser. Il y sera au contraire question d’amour éternel, de passion incontrôlable et de renoncement. Cet homme qui a tout pour être heureux va s’enfoncer dans un marasme absolu causé par son incapacité à choisir, à déterminer qui il aime en réalité. Une jolie parabole sur la trajectoire d’une vie, les hasards des rencontres et les évidences qui nous passent sous le nez.
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Le style Emmanuel Mouret

Il faut souvent plusieurs années à un réalisateur pour qu’il trouve son style, sa patte. Emmanuel Mouret est une exception dans le cinéma français. Jeune Marseillais, il monte à Paris suivre des cours de théâtre et intègre la Femis, prestigieuse école de cinéma. Dès ses premiers courts-métrages, il impose sa marque à des histoires entre burlesque et romantisme. Sa réalisation de fin d’études est remarquée et bénéficie même d’une sortie en salle. Dans la foulée il réalise en 1999 son premier film, Laissons Lucie faire, première étape d’une œuvre d’une grande constance. Marie Gillain y interprète une jeune vendeuse de maillots de bain dont le petit ami rate le concours de gendarmerie et tente de devenir agent secret. Un premier rôle loufoque pour Emmanuel Mouret, déjà entouré de jolies femmes qu’il parvient systématiquement à séduire par sa gaucherie. Suivront dans ses réalisations Frédérique Bel, Julie Gayet, Virginie Ledoyen, Judith Godrèche... Pour simplifier on pourrait dire du cinéma de Mouret qu’il est composé essentiellement d’amour et de gaffes, mais au fil des réalisations il a rajouté une dimension plus grave et réaliste dans ses scénarios.

jeudi 23 avril 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Un « peu » de gras

Mauvaise nouvelle pour la cuisine française : le restaurant de Maïté dans les Landes vient de mettre la clé sous la porte. La plantureuse cuisinière n'officiait plus aux fourneaux, mais sa belle-fille proposait le même type de mets, riches et copieux.

Dans son émission culinaire, Maïté n'avait pas son pareil pour faire découvrir des recettes capables de hanter les pires cauchemars des diététiciens. Mon épouse, pourtant grande chasseuse d'excès de gras dans ses préparations, avait découvert la recette du gratin landais grâce à Maïté. Pour la plus grande joie de mes papilles. Un peu moins de mon estomac.
Elle prenait un malin plaisir, en cours de réalisation, d'imiter l'accent et surtout les faits et gestes de Maïté. Tout est dans le ton. Et la démesure. Alors on met une couche de pommes de terre découpées en rondelles au fond du plat à gratin. On recouvre de tranches de lard. Puis de nouveau des patates, une couche de fromage râpé, des saucisses de Toulouse, encore des patates, le reste du lard, le tout recouvert de fromage. La touche finale : mouiller de vin blanc. Dans une recette normale, 35 centilitres suffisent. Avec Maïté, tout se fait à l'estime. "Un peu de vin blanc" disait ma femme en versant la moitié d'une bouteille. Puis elle en rajoutait une louche et, sans complexe, finissait de vider la bouteille dans le plat.
À l'arrivée, avec le gratin landais, on s'enfile un kilo de pommes de terre, 500 grammes de lard, quatre grosses saucisses de Toulouse, du fromage et une bouteille de vin. Une arme de destruction massive à un million de calories. Succulent. Un peu lourd à digérer, mais succulent.
En bonus, le bêtisier de la Cuisine des Mousquetaires 

BD - Deux malades en cuisine


L’une veut tellement faire le bonheur autour d’elle qu’elle n’hésite pas à donner, même ce qui ne lui appartient pas. L’autre souffre de prosopagnosie, maladie étrange qui empêche celui qui en est atteint de différencier les visages. La première Barbara, croise la seconde, Mathilde, dans la salle d’attente de leur psychiatre qu’elles ont en commun. Elles vont s’apprécier, devenir amies et se lancer dans un projet professionnel. Mathilde travaille comme serveuse dans un restaurant de luxe. Barbara adore cuisiner. Elle est embauchée et ensemble elles vont conquérir chef et clients. Mais leurs différentes maladies leur jouent des tours. Mathilde est perdue en salle, Barbara a tendance à voler pour faire plaisir... 
Elles vont se retrouver au centre d’une affaire de trafic de drogue (des champignons hallucinogènes) gravitant autour d’une rock star ayant perdu l’inspiration et une vieille dame très riche et en guerre avec sa fille unique, seule héritière de son empire. La belle histoire d’amitié entre deux femmes indépendantes, bifurque vers le thriller. 
Ce roman graphique au ton sans pareil, déroutant et foisonnant, est signé Alexis Laumaillé. Son dessin, précis et réaliste, s’envole vers des sommets de poésie quand il s’agit de représenter les rêves de ses héroïnes ou les visions issues des repas hallucinogènes.

Folle cuisine”, Bamboo Grand Angle, 19,90 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - Merci patron !

Patrons surpayés, employés exploités : le monde du travail s'apparente à une jungle où les proies sont toujours les mêmes. Parfois une initiative permet de mieux prendre conscience des écarts de rémunération entre les forces vives (les employés) et la tête pensante (le patron). Aux USA, la différence est de l'ordre de 350. Pas en euros, mais en coefficient multiplicateur. Quand un employé de base touche 10 000 dollars par an, le PDG émarge à plus de 3,5 millions. La semaine dernière, pour dénoncer cet état de fait, Dan Price, jeune patron d'une start-up américaine, fait une annonce tonitruante. Afin de niveler les différences d'émoluments, il décide d'augmenter les plus petits salaires et de diminuer les plus hauts. Ainsi 30 de ses employés (sur 120) voient leur salaire doubler. Dans le même temps, il baisse le sien de façon drastique : moins 90 %. 
Opération de communication d'une rare efficacité : le nom de sa société de service bancaire devient mondialement connu en moins de quatre jours... En France, si les écarts sont moindres, la tendance n'est pas la même. Alors que les salaires moyens plafonnent (voire chutent dans certains cas), les dirigeants ne ratent pas une occasion de s'augmenter. 
Mais le pire signal vient d'être donné par l'État. François Hollande a annoncé la prise en charge par la Nation des salaires des apprentis. Résultat, certains patrons disposeront d'une main-d'œuvre totalement gratuite. Pas de charges, pas de cotisations sociales et maintenant plus de salaire. On est loin de l'exemple de Dan Price.

mercredi 22 avril 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - Accident de chasse

Peut-on rester insensible face à la mort de quelqu'un ? Au risque de passer pour un être dénué de toute humanité, j'ose répondre oui dans ce cas particulier.

Ian Gibson est décédé accidentellement la semaine dernière. Cet homme a rendu son dernier souffle lors d'une chasse fermée au Zimbabwe. Grand chasseur devant l'éternel, il a rencontré l'animal qui aura vengé ses centaines de victimes. Ian Gibson proposait ses services à de riches amateurs de ce genre de « loisir ». Il était chargé de traquer un lion. Il n'a pas trouvé le félin mais sa route a malencontreusement croisé celle d'un éléphant. Un pachyderme en colère. Gibson a bien tenté de se défendre, mais son fusil, pour une fois, n'a pas suffi à stopper la charge. Sa dernière vision aura été une patte d'éléphant. Deux secondes plus tard il expirait, piétiné par le mastodonte sans doute missionné par les esprits des « trophées » qui fomentaient cette vengeance depuis des lustres. 
Non, la mort de Ian Gibson ne m'émeut pas. Pas plus que celle des toréadors qui se font embrocher. Ils connaissent les risques du métier.
Ces safaris d'un autre âge sont encore monnaie courante dans certaines « réserves » africaines. 
Le plus incroyable reste l'arrogance du tueur qui pose tout sourire, un pied sur le cadavre. Régulièrement ce genre de cliché déclenche des polémiques sur internet. Dernier exemple avec cette ravissante pom-pom girl américaine, à la dentition parfaite, si fière sur la nouvelle photo de son profil Facebook qui la montre en compagnie de la girafe qu'elle vient d'achever. Une girafe, si belle, si gracieuse. Si inoffensive surtout.

mardi 21 avril 2015

DE CHOSES ET D'AUTRES - La mauvaise image de la santé

Dans la catégorie « image la plus sexiste de l'année », le conseil général des Bouches-du-Rhône remporte la palme haut la main avec la couverture du carnet de santé remis à tous les jeunes parents du département. Un document tout ce qu'il y a de plus officiel, estampillé du logo du CG13 en bas à gauche. Et en couverture la photo de deux enfants. Le garçon, large sourire, regarde l'objectif, la main dix centimètres au-dessus de la tête, pour figurer une toise imaginaire. Un peu en retrait, une petite fille, yeux baissés, a l'air de s'arracher les cheveux en scrutant le centimètre de couturière passé autour de sa taille. Le premier semble dire « Je veux grandir », la seconde « Je ne veux pas grossir ». 
Incroyable que cette image, tout sauf innocente, ait passé toutes les épreuves de sélection d'une administration départementale.
On en arrive au triste constat que personne ne se sente concerné ni par la cause féministe, ni par les troubles alimentaires. Heureusement quelques « lanceuses d'alerte » ont soulevé le problème sur internet et une pétition circule. Donc, pour certains responsables, une fille en bonne santé en 2015 surveille son tour de hanche comme le lait sur le feu. On voudrait promouvoir l'anorexie (qui est une maladie grave, ne l'oublions pas), on ne s'y prendrait pas autrement.
Pendant que les mannequins trop maigres se retrouvent interdits de podium grâce à la loi récemment votée, d'autres élus font l'apologie de la maigreur. Comme si, dans les Bouches-du-Rhône, il était souhaitable que les garçons soient grands et forts et les filles, petites et menues.