mercredi 19 février 2014

DVD - La totale de Jacques Tati en coffret chez Studiocanal

Studiocanal propose l'intégrale des œuvres restaurées de Jacques Tati dans un coffret DVD ou Blu-ray.

Perfectionniste, Jacques Tati n’a pas beaucoup tourné. Mais chacun de ses films fait partie du patrimoine cinématographique français. De « Jour de fête » à « Parade », Tati n’a que six longs-métrages à son actif. Avec les deux chefs-d’œuvre que sont « Les vacances de Monsieur Hulot » et « Mon oncle ». La restauration a pris de longues années. Avec le secours de toutes les nouvelles technologies numériques, les pellicules d’époque ont été analysées, traitées, nettoyées de certaines imperfections et défauts, « tout en veillant à ne jamais dénaturer l’œuvre originale ». Le résultat est éblouissant, donnant une nouvelle modernité à des films qui ont fait rêver et rire des millions de spectateurs. 
Pour chaque film des bonus sont proposés (versions colorisées, films didactiques par l’exégète Jacques Boudet) dont un long reportage de la chaîne de télévision américaine ABC sur le tournage de « Playtime » dans la ville moderne entièrement reconstituée en studio. Enfin découvrez les débuts de Jacques Tati. Simple clown burlesque dans « On demande une brute », il tient déjà son personnage de Jour de Fête dans les 15 minutes du très pédalant « École des facteurs ».


mardi 18 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Christina Cordula Taille patron

Après les bactéries (C'est du propre), la bouffe (Top chef) et les viennoiseries (le meilleur boulanger de France), M6 s'attaque aux fringues. Christina Cordula tourne actuellement l'adaptation d'une émission anglaise sur... la couture. "Cousu main", verra dix passionnés s'affronter. Ils tenteront de "prouver qu'il est possible de confectionner à moindre coût les vêtements tendance que tout le monde aime porter."
Franchement, à part demander aux plus beaux mannequins actuels de porter les "créations" de ces amateurs (avec si possible des images en coulisse les plus dénudées possible), je ne vois pas comment le public sera captivé par des mamies expertes en napperons ou des mamans soucieuses de leur budget - et du look de la famille n mais déjà débordées. Car la couture, malgré l'émergence de quelques créateurs novateurs, reste l'affaire des mères au foyer (loin de moi l'intention de critiquer ces travailleuses de l'ombre), et de dames d'un certain âge. Sans trop caricaturer (quoique !), la couture passionne surtout les premières, quand leurs maris sont au boulot et les secondes lorsque les mêmes s'adonnent à la pétanque. Clichés ?
Pas selon mon épouse qui a assisté récemment à la démonstration d'un système révolutionnaire (et prohibitif) pour se passer de patron dans un magasin de tissu. J'ai bien rigolé à son compte-rendu de cette "expérience". Entre les ficelles trop visibles du commercial et l'espièglerie de notre chère voisine trop contente de lui en apprendre, elle a passé un moment plein d'enseignement et de drôlerie. Le voilà peut-être le bon concept d'émission.

 Chronique "De choses et d'autres" parue ce mardi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Papiers courts chez Delcourt

A l'heure où l'ogre numérique menace de tout dévorer sur son passage, notamment le livre imprimé sur du bête papier, certains auteurs ont volontairement lancé une expérience digne du siècle dernier : créer une revue de BD. Lewis Trondheim est derrière ce projet intitulé « Papier ». Cela ressemble à un livre de poche de 200 pages, du noir et blanc simple et un générique entre valeurs sûres, petits jeunes et découvertes internationales. Le second numéro vient de sortir (disponible dans les librairies spécialisées). On retrouve une longue histoire politique de Trondheim himself, mais les deux véritables pépites sont placées au début et à la fin. En ouverture de ce numéro sur la famille, Pénélope Bagieu, dans un style moins léché, plus torturé, revient sur la mort de son père et les jours qui ont suivi. En fin de volume, Julien Frey (dessin de Mermoux) raconte sa première rencontre avec son père. Rien que pour ces deux histoires complètes, Papier mérite votre attention et montre toute l'étendue des talents de la BD actuelle.

« Papier » (numéro 2), Delcourt 9,95 €

lundi 17 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Perché et à poil

Tout le monde se réjouit de l'exploit de Renaud Lavillenie. Devenu l'homme le plus haut du monde (6,16 mètres à la perche samedi en Ukraine), même Jean-François Copé doit jubiler. Il y a quelques années, Lavillenie était un des rares athlètes à avoir taclé son collègue Romain Mesnil. En panne de sponsor, Mesnil diffuse sur le net un film où il court, perche en main, dans les rues de Paris. Détail qui tue : il est nu comme un ver.
Copé, grand croisé contre le "tous à poil" depuis une semaine, n'a pas relevé à l'époque. Lavillenie si. Il déclare dans Sud-Ouest : "Je n'adhère pas du tout à ce qu'il fait. Ce n'est pas une démarche sportive, ce n'est pas comme ça qu'on cherche des sponsors. (...) Je ne fais pas de la perche pour qu'on parle de moi, chacun son truc".
C'était en avril 2009. Deux ans plus tard, Lavillenie participe à une publicité pour une marque de slips. Devant appareils photos, caméras et équipe technique, les publicitaires ont la brillante idée de le faire sauter en sous-vêtements. Puis sans… Donc, Mesnil se met à poil pour trouver des sponsors et Lavillenie se retrouve à poil à cause de ses sponsors, après avoir clamé haut et fort que ce n'est pas son truc. Dans un cas comme dans l'autre, le sport est loin, très loin. Par contre, côté régal des yeux, nombreuses (et nombreux…) sont ceux qui ont détaillé sa plastique parfaite.

Et si l'histoire se répète, Jean-François Copé tournera son clip de campagne pour les présidentielles de 2017 dans le plus simple appareil…

Chronique "De choses et d'autres" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant. 

BD - Délicat retour à Berlin pour Miriam Katin

Découverte en 2008 avec « Seules contre tous » le récit de son enfance, Miriam Katin revient à la BD dans « Lâcher prise », album dans lequel elle se raconte, sa vie aux USA et son très temporaire mais difficile retour en Allemagne. Cette graphiste très recherchée dans les studios d'animation des majors américaines, a changé de registre. Après le succès de son premier album, elle se cherche. Difficile d'être un espoir de la BD internationale à 71 ans. Elle revient sur ce succès, les expositions qui ont suivi. 
Fière d'être Juive et Américaine, elle s'étonne quand son fils lui demande d'entamer des démarches pour obtenir la nationalité Hongroise. Cela lui permettra de s'installer plus facilement à Berlin. Cette annonce est un choc pour Miriam. Elle n'a pas encore pardonné à ce pays qui a massacré les siens. 
Malgré ses appréhensions elle ira à Berlin, rendre visite à son fils et sa compagne. Un séjour où elle se rend sur quelques lieux de pèlerinage et comprend que plus rien n'est comme avant. Elle retournera dans la capitale allemande pour une expo au Musée juif. La BD, loin d'être trop sérieuse, montre toutes les coulisses de ces deux voyages : les ennuis de santé, les doutes et errances. Le tout dessiné aux pastels de couleur.
« Lâcher prise », Futuropolis, 22 €

dimanche 16 février 2014

Livre - La dissolution de la campagne dans "Le village évanoui" de Bernard Quiriny

Avec des « si » on refait le monde. Bernard Quiriny dans « Le village évanoui » se contente d'imaginer quelques milliers de provinciaux coupés de la civilisation.

On se souviendra longtemps de ce 15 septembre 2012 à Chatillon, charmant village de la Bierre entre Auvergne et Morvan. Pour certains habitants c'était la fin du monde. Pour d'autres, le début d'une autre ère. Ce 15 septembre, tout a commencé par l'épidémie d'une panne de voitures, au même niveau de la route conduisant à Névry, la capitale économique et départementale de la région. Arrivé à un certain endroit, le moteur cale. Quand certains travailleurs ont tenté de prévenir leurs patrons qu'ils arriveraient en retard, impossible d'avoir du réseau. Par contre ils ont pu téléphoner à familles et amis de Chatillon pour venir les récupérer. Rapidement, les élus et gendarmes se rendent sur place. Et découvrent que le phénomène est généralisé à toutes les routes du canton. Passé un certain périmètre, les véhicules s'immobilisent. Les téléphones ne passent plus. Internet est muet de même que les radios et les télévisions. A la fin de la journée l'évidence s'impose à tous : Chatillon est coupée du monde.

Le Dôme du terroir
Le début du roman de Bernard Quiriny a des airs de thriller fantastique à la Stephen King (on pense à Dôme, notamment). Mais avec un phrasé, des personnages et des réactions plus proches du roman de terroir. Un grand écart parfaitement voulu par cet auteur belge qui a remporte de nombreux prix avec ses recueils de nouvelles. Une fois le postulat de départ accepté par le lecteur (Chatillon n'a plus de contact avec l'extérieur, la communauté va devoir vivre en autarcie pour une durée indéterminée), place aux intrigues, rebondissements et autres péripéties pour ces hommes et femmes qui n'étaient pas préparés à un tel destin. Car en fait, ils vont devoir réinventer la civilisation. Pas moins.
On suit les hésitations du maire, plus gestionnaire que visionnaire. Du chef des gendarmes, bien embarrassé car toute infraction ne peut plus avoir de suite, juges et tribunal ayant disparu du canton. Le curé se réjouit du regain de foi de ses ouailles, si perdus qu'ils s'en remettent au Seigneur. Mais attention aux dérives sectaires.
Certains jouent collectif. D'autres sont d'irréductibles solitaires. Les vivres commencent à manquer. Le désespoir à gagner. Même le retour du printemps ne parvient pas à redonner le moral aux habitants de plus en dépressifs, voire suicidaires.
En fait la vie de la communauté change quand un paysan bourru, Jean-Claude Verviers, refuse de se plier aux injonctions du maire lui ordonnant de partager ses vivres. Car ce travailleur infatigable, célibataire, ne jurant que pour son troupeau de vaches et ses champs, refuse de céder la moindre de ses richesses à cette horde de paresseux vaniteux. Sa philosophie est simple : « La plupart des gens n'ont au fond aucune raison d'être malheureux ; ils ne le sont que parce qu'ils regardent au loin, apprenant ce qu'ils ne devraient pas savoir. Une cause du malaise contemporain était le ressentiment et l'envie qu'inspirait aux humbles le spectacle télévisée de la richesse et du luxe. » Sur ce postulat, il va tout simplement faire sécession, provoquant une véritable tension internationale entre sa ferme et le reste du canton. C'est la partie du roman la plus passionnante. Comment deux communautés s'affrontent, se trouvent des leaders, cherchent à dominer son voisin. Le village de Chatillon, après une année d'isolement, se retrouve à singer les Nations.
A la limite de l'étude sociologique, le roman s'emballe et le lecteur se passionne. Quant au dénouement du livre, mieux vaut ne pas en dire un mot et laisser au lecteur le plaisir de découvrir comment l'auteur se tire brillamment de cette histoire sans fin.

« Le village évanoui », Bernard Quiriny, Flammarion, 17 €

samedi 15 février 2014

DE CHOSES ET D'AUTRES - Quand le moins vaut plus

Toujours plus ! On en veut toujours plus. Mais ce concept a ses limites dans une société de consommation toujours à l'écoute des envies des clients. S'il reste quelques îlots de ce principe (forfait avec SMS illimités ou buffet libre dans des restaurants privilégiant la quantité à la qualité) la mode est plutôt aux moins. Aux "sans" exactement.
Dans l'alimentaire, par exemple, après avoir listé tout ce qui était dommageable pour la santé, les industriels ont trouvé un filon pour lancer de nouveaux produits. Les sodas font grossir ? Pas de problème, les versions light prennent le dessus. Sans sucre, sans caféine... Le produit est quasiment le même. On a simplement enlevé un petit quelque chose. Et comme les grands groupes capitalistes sont pleins de ressources, ils trouvent le moyen de nous faire acheter plus cher ce qui leur coûte moins cher.
La brèche ouverte, ils rivalisent tous d'imagination pour trouver l'ingrédient qui va faire vendre... par son absence. On voit donc fleurir les produits sans gluten ou sans lactose pour des histoires d'allergies pas toujours évidentes. Dans les confitures, ils osent le "sans sucre ajouté" alors que c'est le principe même de la recette... Ne parlons pas des bières sans alcool, parfaitement imbuvables ou des produits sanitaires sans paraben dont je ne connaissais pas l'existence avant qu'il ne disparaisse...
Parfois je rêve d'inventer un cocktail à base de sucre, de gluten, de lactose, de paraben et de caféine. J'en ferai boire une dose à tous ces empêcheurs de consommer en paix. S'ils disent vrai, c'est la mort assurée.

DE CHOSES ET D'AUTRES - La bêtise, cul sec, avec Neknomination

Avec le phénomène Neknomination sur Facebook, les détracteurs des réseaux sociaux ont une nouvelle raison de dénoncer l'effet viral de la bêtise. Neknomination est un défi destiné aux jeunes adultes. Il s'agit de se filmer en train de boire cul sec un verre d'alcool puis de désigner trois de ses amis qui devront faire pareil, voire mieux, dans les 24 heures. Les vidéos Neknomination se propagent de page en page. Certaines restent banales, d'autres deviennent beaucoup plus inquiétantes.

L'alcool et les jeunes n'ont jamais fait bon ménage. Le sempiternel "avec modération" est peu respecté dans ce qui est pour beaucoup un simple jeu. Dangereux quand même. Gare aux effets foudroyants d'un verre d'absinthe à 70 ° bu d'une traite. Les mélanges explosifs ne sont pas sans risque. On peut voir un participant boire le mélange de dix sortes d'alcools forts (du rhum au gin...), le tout dilué dans sa propre urine... Un autre, dans un bar à strip-tease en Thaïlande, s'enfile trente shoots de tequila en moins d'une minute.
Neknomination est marqué aussi par une volonté de transgression. Sur quantité de films, les participants se montrent en slip ou complètement nus. Quand l'exhibitionnisme rejoint la bêtise, le summum de la décadence. Sur la page Facebook de Neknomination France, l'administrateur, face aux critiques, tente de se dédouaner : Boire cul sec "ça n'a jamais tué personne" et "si les gens sont assez cons pour prendre le volant après avoir bu, c'est pas notre problème." Attention, la Justice pourrait avoir un avis différent.
 

Cinéma - Période noire, images grises dans "Ida"

Avec le portrait d'Ida, le réalisateur Pawel Pawlikowski revient sur la Pologne des années 60.

En noir en blanc, personnages souvent immobiles dans un cadre épuré, campagne hivernale et boueuse ou forêts impénétrables : Ida a tout du film graphique à forte teneur artistique. Pourtant son réalisateur a débuté en tournant nombres de documentaires pour la BBC. En s'attaquant à la fiction, il change de registre, conservant cette science du cadrage et de la mise en abîme de ses sujets. Ida se déroule en Pologne durant les années 60. Le pays, après la guerre avec l'Allemagne, la domination soviétique et les purges staliniennes sanglantes, arrive à vivre presque normalement. 
D'autant que le régime, malgré sa sévérité, a toujours préservé les institutions religieuses. Dans un couvent, Ida (Agata Trzebuchowska), jolie novice au sourire rare mais lumineux, va prononcer ses vœux dans quelques jours. Avant ce renoncement, elle part à la rencontre de son unique famille, une tante qu'elle n'a jamais vue. Orpheline, elle a été élevée chez ces sœurs qu'elle désire ardemment rejoindre. Valise à la main, elle débarque un matin chez Wanda (Agata Kulesza), fervente communiste qui a mis sa vie au service du régime. Juge, elle n'a plus trop de pouvoir mais bénéficie d'une appréciable liberté de mouvement. 
Wanda et Ida partent à la recherche de la tombe des parents d'Ida. Une quasi enquête policière car ils étaient juifs. Une révélation pour la jeune fille, qui n'ébranle pas sa foi chrétienne. Pas plus que le sort réservé à ses parents, durant la guerre, par ces « bons catholiques » si vite pardonnés après une confession, deux pater et un « Je vous salue Marie »... 
La force du film réside dans la reconstitution fidèle de cette période. Comme si le périple des deux femmes que tout oppose, était filmé comme un documentaire. Avec sincérité, sans concessions. On est plongé dans un autre monde, partagé entre grands idéaux contraires. Le noir et blanc renforce le côté gris et terne des regrets. Agata Trzebuchowska apporte fraîcheur et spiritualité au rôle d'Ida, qui mettra longtemps avant de choisir la vie qu'elle se réserve.

BD - Collision d'égos à Whaligoë


On n'arrête plus Yann. Le scénariste des Innommables multiplie les projets. Sans distinction de maison d'édition. Cette fois c'est chez Casterman (d'ici à ce qu'on lui propose la reprise de Tintin qui se murmure de plus en plus...) qu'il imagine les péripéties d'un couple improbable en plein romantisme du 19e siècle. Douglas est un dandy, érudit et poète. Speranza, sa maîtresse, est aussi belle que dépendante à la drogue, du laudanum en l'occurrence. Ils sont bloqués à Whaligoë, petite bourgade écossaise. Douglas tente de découvrir qui se cache derrière le pseudonyme d'Ellis Bell, écrivain dont la première publication est d'une extraordinaire beauté. 
Un certain Branwell, brute épaisse, vulgaire et illettrée, prétend être cet écrivain promis à un bel avenir. Douglas ne le croit pas et le défie en duel. 
La dernière partie de ce diptyque dessiné par Virginie Augustin permet à Yann de pondre quelques vers et allégories que Chateaubriand ne renierait pas. Car décidément, l'ancien trublion des Hauts de page de Spirou sait tout faire.

« Whaligoë » (tome 2), Casterman, 13,50 €