mercredi 27 octobre 2010

BD - Baru monte le son


Un jeune Africain, virtuose du foot mais sans papiers, quelques truands sur le retour, une bande de « cailleras » de la banlieue et des Anciens combattants d'Algérie sont au générique de ce roman graphique de Baru. 

L'auteur de « La piscine de Micheville » nous ressert sa critique acerbe de notre société manquant de solidarité à la sauce « hommage au cinéma de Lautner et d'Audiard ». On ne peut qu'avoir de la sympathie pour les vieux truands rangés des affaires, paisible retraité en banlieue pavillonnaire ou garagiste faisant marcher son petit commerce. Avec ce dernier gros coup ils empochent le magot, mais aussi pas mal de soucis à cause de leurs jeunes associés. 

On apprécie le parfait enchaînement des complications et on se réjouit de la morale finale...

« Fais péter les basses Bruno ! », Futuropolis, 20 € 

mardi 26 octobre 2010

BD - Trois hypothèses autour du Saint Suaire


Valérie Mangin, scénariste de ce triptyque étonnant s'est livrée à un exercice de style de virtuose autour de la redécouverte du suaire du Christ dans un petit village champenois en 1353. Elle a imaginé trois versions de l'événement, avec des parti-pris totalement opposés, mais avec les mêmes personnages, certains dialogues et cases en commun. 

Première hypothèse : Dieu existe. Luc, un jeune sculpteur reçoit un message divin et retrouve le Saint Suaire. Seconde histoire, Dieu n'existe pas. Luc a fabriqué la relique. Dernière hypothèse, la plus étonnante : Dieu est radioactif. 

Le corps du récit, en couleurs directes, est de Denis Bajram alors que Fabrice Néaud dessine, en noir et blanc, le prologue et l'épilogue, retraçant l'histoire véritable du tissu le plus célèbre du monde.

« Trois Christs », Soleil Quadrants, 19,90 €

lundi 25 octobre 2010

BD - Un vibrant hommage au cinéma d'antan


Le cinéma américain, notamment hollywoodien, a fait rêver des dizaines de générations depuis ses débuts. Mais ce rêve glacé a souvent été à l'origine de bien des drames. Et dès sa naissance. C'est l'histoire que raconte Jack Manini dans « Hollywood », série dessinée par Marc Malès, un auteur aimant particulièrement dessiner les USA du début du XXe siècle. 

C'est un peu avant que débute l'album, en 1891. Max Lexter va présenter son invention au célèbre scientifique Thomas Edison. Un appareil montrant des images animés. L'inventeur du cinéma ne profitera pas de son innovation, Edison lui volant son brevet. Des années plus tard, Max tentera de prendre sa revanche. 

Il deviendra producteur et parmi les premiers à s'installer dans ce Hollywood légendaire. Une série qui devrait raconter l'émergence des studios et de l'industrie du 7e art, tout en gardant en filigrane cette histoire de vengeance à double tranchant. Un premier tome très prometteur.

« Hollywood » (tome 1), Glénat, 13,50 € 

dimanche 24 octobre 2010

BD - La face cachée de l'île de la Réunion


Parfois, les DOM-TOM sont présentées comme les dernières poussières de l'empire colonial français. Des poussières qu'il vaut mieux cacher sous le paillasson. La Réunion a l'image d'une île tropicale paradisiaque. La réalité est tout autre. 

Si vous envisagez de passer quelques jours au soleil de l'Océan Indien, cette BD devrait vous en dissuader. Stéphane Presle, le scénariste, met en lumière La Réunion cachée, celle que les touristes ne voient pas. Les bidonvilles, les épaves alcooliques, celle des voleurs et des drogués. 

Dessinée par Jérôme Jouvray, la première partie de « La Pès Rekin » se lit comme un reportage sur la misère d'une certaine France. Les deux personnages principaux sont peu recommandables. Nelson, un ado en rupture de ban, erre dans le port, cambriolant le jour, survivant la nuit. Phil, malade, alcoolique, vole des chiens pour les utiliser comme appât vivant. Il pêche le requin, le poisson symbolisant si bien les profiteurs ayant mis en coupe réglée ce paradis perdu. 

Sombres et déprimants sont ces nouveaux tristes tropiques.

« La Pès Rekin » (tome 1), Futuropolis, 15 € 

samedi 23 octobre 2010

BD - Le Chat de Geluck sur les planches


Deux ans sans Chat. Deux ans sans l'humour fin et si particulier de Philippe Geluck. Les amateurs étaient presque en état de manque. Heureusement, l'auteur de BD belge le plus lu après Hergé est sorti de son silence, délaissant émissions télé et radio pour un 16e acte digne des plus grandes comédies. 

Quelques planches complètes, des dessins, des strips en couleur ou en noir et blanc, la recette fonctionne parfaitement et permet de piocher en fonction de son humeur. On ressent pourtant dans cet album comme une lassitude, voire une angoisse de la page blanche, Geluck n'hésitant pas à mettre en scène ses doutes sur l'efficacité des idées. Cela donne des mises en abimes que ne renierait pas un autre maître belge de l'absurde, Raymond Devos. 

On ne peut pas rester insensible à ces pensées énoncées doctement comme « Ce qu'il y a de pratique quand une taupe meurt, c'est qu'il n'y a pas besoin de l'enterrer » ou « L'absence de défauts est-elle une qualité ? » qui pourrait tout à fait être au programme dans une épreuve de philo au bac.

« Le Chat » (tome 16), Casterman, 10,40 € 

vendredi 22 octobre 2010

Roman noir - Les secrets d'un mort

Dans ce roman de Colin Harrison, un avocat pour une compagnie d'assurances enquête sur les dernières heures d'un héritier tué dans un accident de la circulation.


Héros atypique, intrigue à tiroirs, cadre unique (New York) et absence de violence : « L'heure d'avant », roman noir de Colin Harrison, est tout sauf un stéréotype du genre. Pourtant on est rapidement passionné par ce récit, tout en longueurs, où le héros semble parfois trop humain pour affronter ce monde de secrets et de magouilles.

George Young, héros et narrateur, raconte cette histoire avec un air bonhomme et tranquille. Comme s'il voulait ne pas être plus affecté que cela par cette histoire de mère désirant tout savoir sur les dernières heures de son fils mort écrasé dans la rue. Pourtant il ne sortira pas intact de cette éprouvante recherche dans le passé.

Cet avocat pour une compagnie d'assurances mène une vie relativement tranquille entre ses dossiers techniques, sa femme, travaillant elle aussi dans un bureau (mais pour une banque) et sa fille, étudiante. Mais il vit à New York et cette ville n'est pas comme les autres. Multitude des origines, possibilité de passer inaperçu, chance de refaire sa vie : souvent on ne sait pas exactement à qui on a affaire.

Tué par un camion-benne

La veuve de son ancien patron va lui demander un service personnel. Fâchée avec son fils Roger, elle veut savoir pourquoi, une heure avant sa mort, il s'est rendu dans un bar bien particulier. George Young hésite à s'investir dans cette étrange lubie. Il se lance finalement et découvre un DVD sur lequel se trouve un enregistrement d'une caméra de surveillance. On y voit Roger Corbett, la cinquantaine, un peu ivre, sortant du bar. « Il glissa la main gauche dans la poche de son manteau pour en extraire un petit bout de papier qu'il tenait manifestement à examiner – l'approchant de son visage, comme pour relire un message dont il venait de prendre connaissance -, quand le camion-benne d'une société privée qui arrivait sur sa droite le percuta de plein fouet. » En se rendant dans le bar, George apprend que Roger venait de donner un coup de fil avec son portable. 

Peu de temps avant, il était en compagnie d'une superbe femme portant des gants. Retrouver le bout de papier, le dernier correspondant et la jeune femme lui permettrait de progresser. Rapidement il localise la femme aux gants, « une très grande brune, mince, dans les vingt-cinq ans, portant des lunettes de soleil, un manteau rouge, et... des gants. »

Jolies mains

Eliska, Tchèque, est mannequin. Du moins ses mains, utilisées pour présenter des montres et autres bijoux. Elle expliquera que son amant était très perturbé par le passé de son père, l'ancien patron de George.

Colin Harrison mène son roman comme une promenade dans le temps et l'espace. Différents quartiers de New York servent de cadre à cette intrigue qui s'étale également dans le temps. Au fil des chapitres le lecteur en apprendra un peu plus sur le base-ball, le rhodium, « un métal précieux d'une grande rareté, utilisé dans l'industrie et en joaillerie », le travail des traders, les divorces coûteux et la diaspora russe. George, lui, se retrouve beaucoup plus impliqué qu'il ne croyait au début, dans cette histoire de fils s'interrogeant sur la jeunesse de son père.

« L'heure d'avant », Colin Harrison, Belfond, 17 € 

jeudi 21 octobre 2010

BD - Lanfeust repart à l'aventure avec Arleston et Tarquin


Certains, dans le petit milieu de la bande dessinée, reprochent à Arleston de tourner en rond, resservant sans cesse la même histoire pour son héros fétiche, Lanfeust. Par contre, côté public, les fans sont toujours au rendez-vous. Parfois, la jalousie pousse certains à dire n'importe quoi. 

Non, Lanfeust ne s'essouffle pas. Le dessin de Tarquin est toujours aussi efficace et les personnages du troisième cycle apportent de nouvelles saveurs et son lot de jeux de mots idiots, parfois abscons, souvent salaces. Lanfeust est donc de retour à Troy après 18 années passées dans les étoiles. Il n'a pas vieilli, ce qui n'est pas le cas de C'ian, mariée et mère de 10 enfants. 

L'aînée, Cixi, a le même caractère que sa tante et dans ce second tome, elle va se débarrasser de sa ceinture de chasteté et tenter de trouver un homme assez inconscient pour lui faire perdre son pucelage. Un album moins comique que le précédent, Lanfeust affrontant une femme-arbre qui va faire perdre ses pouvoirs à Nicomède. Une première édition qui offre en bonus 10 pages inédites de l'Encyclopédie de Troy.

« Lanfeust Odyssey » (tome 2), Soleil, 13,50 € 

mercredi 20 octobre 2010

BD - Alien ravageur


Rien ne va plus dans le port de Kuala-Lumpur. La mégapole devait abriter une cérémonie officielle de réconciliation entre Sandjarrs et Humains après des années d'une guerre inter-galactique meurtrière. Le symbole de ce rapprochement c'est la parfaite collaboration entre Caleb et Mézoké, deux agents des deux races autrefois ennemies. 

Caleb et Mézoké qui vont devoir enquêter sur un massacre de pêcheurs locaux. Ce seraient des extraterrestres nomades, récemment installés dans la mangrove voisine, les responsables. Mais une enquête plus approfondie permet de découvrir l'existence d'un alien encore plus sanguinaire. Quasi invisible, il tue les humains comme ces derniers éliminent les virus... « Orbital », série de SF écrite par Runberg et dessinée par Pellé, s'affirme de titre en titre comme une splendide réussite. 

Pendant longtemps, Yoko Tsuno n'avait pas de concurrence chez Dupuis. Avec Mézoké, la belle Japonaise de Leloup a du souci à se faire.

« Orbital » (tome 4), Dupuis, 13,50 € 

mardi 19 octobre 2010

BD - Dérapage contrôlé de Nävis


Nävis, seule humaine du vaisseau-planète Sillage, est une pilote de course hors pair. Elle le prouve dans ce 13e album se déroulant à 200 à l'heure. Au commandes de son bolide à trois roues, aidée par l'intelligence artificielle de son robot Snivel, elle s'engage dans une course clandestine richement dotée et très appréciée des parieurs. Ce n'est pas par plaisir qu'elle prend des risques énormes. Des malfrats ont kidnappé son avocat et conditionnent sa survie à la qualification de Nävis en finale. 

Ce récit, entre Guerre des étoiles, Akira et Michel Vaillant, est toujours issu de l'imagination de Morvan qui dévoile ainsi quelques unes de ses influences. Buchet, au dessin, en plus de créer des dizaines d'extraterrestres, dessine toute une panoplie d'engins vrombissants se doublant à pleine vitesse et provoquant des accidents spectaculaires. Cependant, la révélation clé de cet album c'est que Nävis n'est plus la seule humaine. 

Elle croise un homme dans une jungle identique à celle où elle a passé son enfance. La rencontre de ces deux-là risquent de faire des étincelles.

« Sillage » (tome 13), Delcourt, 13,50 € 

dimanche 17 octobre 2010

Science-fiction - Starfish et Canisse préfigurent les océans du futur

Ce n'est pas la femme mais la mer qui est l'avenir de l'homme. Deux romans de SF se déroulant sur et sous les océans nous le démontrent.


La science-fiction a toujours été un excellent moyen pour quitter la morne grisaille du quotidien et s'évader vers des mondes imaginaires et merveilleux. L'espace, l'infini... Il existe pourtant un lieu qui y ressemble et est presque à notre portée : le fond des océans. « Starfish », roman du canadien Peter Watts se déroule dans une station posée au fond des abysses. « Canisse », récit d'Olivier Bleys, nous fait découvrir cette planète entièrement recouverte d'eau et peuplée de créature aquatiques gigantesques. Deux mondes à découvrir en plongeant au cœur de ces deux romans.

Stations abyssales

Dans un avenir proche, la crise de l'énergie a poussé des multinationales à récupérer l'énergie géothermique s'échappant de failles au fond des océans. Si la surface du globe peut encore s'éclairer et se chauffer, c'est grâce à ces centrales posées à des milliers de mètres de profondeur. Et pour les entretenir, il faut du personnel très qualifié, modifié génétiquement pour sortir dans ces eaux glacées sous une pression titanesque. Première opération, l'ablation d'un poumon remplacée par un appareillage permettant de respirer sous l'eau, tel un poisson. Le port de lentilles spéciales permet d'y voir dans le noir. Les ouvriers se transforment en hommes amphibies, coupés du monde. Des équipes de six, qui sont également le prétexte à des expériences sur les rapports humains. Car ce ne sont pas véritablement des volontaires qui descendent au fond. Tous sont des névrosés, présentant une psychologie déviante.

Ce huis-clos au cœur des abysses est magistralement mené par Peter Watts, auteur canadien, biologiste marin de formation. Le personnage principal est Lenie Clarke, une jeune femme à la double personnalité. Elle devra côtoyer pédophile, violeur, tabasseur et serial-killer. Totalement autonomes, ils vont aller de surprise en surprise, de plus en plus attirés par l'extérieur, y trouvant un certain bonheur à vivre au milieu des poissons des profondeurs, gigantesques, toujours affamés, mais si fragiles. « Des dents comme des cimeterres se referment sur son épaule. Clarke se retrouve face à une tête de cinquante centimètres de large recouverte d'écailles noires. » Sa collègue va aller à sa rescousse « Ballard le met en pièces, à main nues. Les dents en stalactites de glace se fendent et se brisent. » En lisant ce roman, on est sans cesse entre l'horreur de l'âme humaine et les beautés des profondeurs glacées.

La chasse au mégathalos

Olivier Bleys, dans un roman inédit publié dans la collection Folio SF qui fête ce mois-ci ses 10 ans, s'intéresse également au milieu aquatique. Mais il fait quitter la Terre à son héros, Xhan, un garde-pêche à la retraite, pour rejoindre Canisse, la planète qui donne son nom au livre. Canisse est entièrement recouverte d'océans. Dans ces eaux vivraient des mégathalos, les plus gros poissons du monde. Xhan est sceptique avant de découvrir l'œil d'une de ces créatures dans un hangar, « c'était un genre de globe immense, de sphère démesurée. Elle n'était pas ronde mais un peu aplatie, comme affaissée sous son propre poids qu'on devinait considérable. » Un œil de bébé, de « 28 mètres de diamètre » lui explique son contact. « Les doyens de l'espèce, à ce que l'on dit, dépassent la centaine de kilomètres. » Bien évidemment Xhan accepte de partir en expédition, rêvant secrètement de capturer ce qui serait son plus beau trophée. Mais la vie sur Canisse se révèlera très compliquée et au moment de la confrontation avec la bête, rien ne se déroulera comme prévu. Olivier Bleys, dont c'est la première incursion dans la science-fiction, signe un roman flamboyant, plein d'action et de magie, au final déconcertant et philosophique, dépassant largement la simple exploration d'une planète vierge.

« Starfish » de Peter Watts, Fleuve Noir, 22 €

« Canisse » d'Olivier Bleys, Folio SF, 5,60 €