mercredi 26 décembre 2007

BD - Quintett, le dénouement


Il est quasiment impossible de parler du contenu du cinquième et dernier mouvement de la série Quintett écrite par Franck Giroud. Un énorme avertissement est même publié en dernière page : "Attention, si, les albums précédents peuvent se lire séparément, celui-ci est indissociable des quatre premiers mouvements. Il est vivement recommandé de ne pas l'ouvrir avant de les avoir lus. 

Et pour apprécier pleinement cette "chute", il est même conseillé de ne pas feuilleter cet album avant d'entamer sa lecture". Impossible d'en parler si ce n'est pour dire que c'est une superbe réussite et que cet avertissement est tout à fait justifié. On peut quand même révéler que ces dernières 80 pages sont dessinées par Alessandrini (après Bonin, Gillon, Cuzor et Kraehn) et que l'on retrouve les quatre personnages principaux des événements s'étant déroulés en 1916 à Pavlos en Grèce. 

Dora Mars, Alban Méric, Elias Cohen et Nafsika Vasli, malgré des années d'oubli, vont devoir se replonger dans ces drames. On est en 1932, à Paris, et ils vont comprendre que ce qu'ils pensaient être la vérité, leur vérité, n'était peut-être qu'une illusion.

"Quintett", Dupuis, 14 € 

mardi 25 décembre 2007

BD - Niklos Koda et la magie barcelonaise


Le 9e titre de la série Niklos Koda a pour cadre Barcelone. La capitale catalane accueille une grande réunion de magiciens, le club Osiris. Une sorte de confrérie qui est en grand danger. Dans l'ombre, d'autres personnes aux pouvoirs tout aussi puissants ont entamé une guerre qui fera de nombreuses victimes. 

A la tête de ces opposants on retrouve Hali Mirvic, le vieil ennemi de Niklos Koda. Mais dans cet affrontement, le héros imaginé par Jean Dufaux et dessiné par Olivier Grenson se tient un peu à l'écart. Il est beaucoup plus préoccupé par l'enlèvement de sa petite fille, Seleni. Dans une église, des demeures bourgeoises, sur les quais du port ou les ramblas, actuellement et dans le passé, c'est un jeu compliqué de tromperie et de simulacre qui engage des puissances colossales. Avec en fait, dans le jeu des magiciens d'Osiris, une carte traîtresse, l'arcane 16 qui donne son nom à l'album. 

Un scénario dense, réservant un coup de théâtre final annonçant un nouveau cycle, le tout dessiné par Grenson, virtuose pour imaginer des "trognes".

"Niklos Koda", Le Lombard, 9,80 € 

lundi 24 décembre 2007

BD - Une légende en villégiature


Dans un superbe album au dos toilé avec en quatrième de couverture une frise à damier rappelant les premiers albums du Lombard, Jean-Yves Ferri s'est amusé à imaginer les vacances à la plage du général De Gaulle en 1956. Petit rappel historique. Lassé par les manigances politiques des partis, le général de Gaulle décide de se retirer du pouvoir. 

Et pour faire véritablement la coupure, il part incognito en vacances au bord de l'Océan en compagnie de sa femme, Yvonne, de son fils, Philippe, de son aide de camp Lebornec et de son chien, Wermacht, le rejeton du chien-loup de Hitler. Un équipage qui ne passe pas inaperçu, d'autant que le libérateur de la France, malgré les tongs, son torse nu et un short un peu trop grand, se croit encore parfois à l'Elysée. 

Le naturel revient au galop et il se permet de lancer un "appel" à la sono du maître nageur sauveteur ou de donner une conférence impromptue sur la situation internationale à quelques vacanciers le prenant pour Jacques Tati. Il rencontre également un autre retraité européen en la personne de Churchill. 

Sous forme de demi-planches, un format qu'il maîtrise parfaitement, Ferri rend désopilant ce grand dadais ayant une si haute idée de son destin.

"De Gaulle à la plage", Dargaud, 11 € 

samedi 22 décembre 2007

Thriller - Torture entre amis

Un homme prisonnier d'une femme. Elle le torture. Pourquoi ? L'homme ne le sait pas et cela donne tout son sel à ce thriller de Karine Giébel.


Il a tout pour plaire et briller. Le commandant Benoît Lorand fait partie de ces flics pour qui l'action et la séduction sont intimement liés. Il est à la tête d'une équipe d'inspecteurs dévoués corps et âmes à leur chef. Marié, il a un jeune fils dont il est très fier. Mais c'est un séducteur impénitent. Il collectionne les conquêtes. Djamila, une de ses subordonnées le sait bien puisqu'elle est passée par là, « C'est sa façon d'agir avec les nanas... Un petit coup et puis s'en va ! Et le lendemain matin un bouquet de fleurs et une carte de rupture ! ».

Le problème c'est que le commandant Lorand a disparu depuis trois jours. La « maison poulaga » de Lyon est en émoi car elle n'a aucune piste. Djamila, peut-être en raison de sa connaissance particulière du personnage est chargée de l'enquête. Elle hésite entre une fugue amoureuse (mais cela ne dure jamais trois jours...) et une vengeance de l'épouse trompée. Le lecteur, lui, sait où se trouve Lorand. Et le plaint...

Dans une cage

Le beau policier, en revenant d'un stage à Dijon, s'est arrêté pour aider une jeune femme en panne au bord de la route. La voiture ne redémarrant pas, il l'a raccompagnée chez elle. Ils ont pris un verre. Puis... Puis le grand trou noir pour Lorand qui se réveille dans une cage au fond d'une cave humide. Après avoir constaté qu'il n'a aucune possibilité de s'échapper, il se retrouve face à sa gardienne. Lydia est « grande, élégante. De longs cheveux roux, la peau claire. Et sur ses lèvres un funeste sourire. » Telle une chatte s'amusant avec sa proie, Lydia va entamer une longue, très longue séance de torture.

Ce huis clos, ce face à face entre la tortionnaire et sa chose, compose l'essentiel de ce roman qui va crescendo dans l'horreur et le suspense. Karine Giébel a visiblement des trésors d'imagination pour faire durer ce « plaisir » dont Lorand se passerait bien. Le lecteur, une fois ces premières scènes d'une rare violence digérées, se retrouve comme hypnotisé par cette machine implacable. Il se met dans la peau de l'homme, qui, d'une attitude de bravoure et de fierté, redevient humain, fragile, implorant, prêt à tout avouer pour deux gorgées d'eau ou une couverture. Car la souffrance qu'impose Lydia est multiple. La faim dans un premier temps, puis la soif et le froid. Elle immobilise son prisonnier, lui entaille la poitrine, le frappe. Un supplice qui donne l'occasion à Lorand de faire un point sur sa vie, ses pratiques. S'il trompe sa femme, il l'aime véritablement. Certes c'est trop tard pour les remords, mais quand on est au fond du trou, tout est bon pour se redonner un peu d'espoir, de baume au cœur.

Ecriture nerveuse

Pendant que le commandant perd ses derniers lambeaux de dignité, Djamila, aidée par un flic taciturne de Paris venu superviser l'enquête, cherche une piste. Elle doit se contenter de l'épouse. Un autre face-à-face s'amorce entre la femme légitime et la maîtresse d'un soir.

Ce thriller français détonne un peu dans la production actuelle. Par sa dureté, mais également par l'application de l'auteur à parfaitement cerner la psychologie des principaux personnages. Lydia, folle, forcément, est fascinante. Son mobile, mystérieux la moitié du roman, donne un autre éclairage à sa personnalité quand elle l'explique à son prisonnier. Lorand, de prétentieux vaniteux, devient cette loque qu'on a quand même des difficultés à plaindre. Un cauchemar écrit nerveusement qui pourrait revenir hanter vos nuits.

« Les morsures de l'ombre », Karine Giébel, Fleuve Noir, 14,90 € (également disponible en format poche chez Pocket) 

vendredi 21 décembre 2007

BD - Cosmik Roger, Jedi de l'absurde

Dans l'espace infini, il y a les héros de légende comme Luke Skywalker ou le capitaine Kirk et les ratés, désespérants de nullité, explorateurs de mondes invivables, dont la tête de file est incontestablement Cosmik Roger. L'astronaute, légèrement porté sur la boisson (ou les champignons hallucinogènes...) cherche désespérément une planète qui pourrait accueillir l'Humanité, sérieusement menacée par une pollution galopante. 

Notre ami Cosmik Roger affronte dans ce 5e titre ses « 12 travaux ». Première astuce de Julien CDM et Mo CDM, il n'y en en fait que 9 dans ces 48 pages hilarantes. 9 histoires complètes bourrées d'extraterrestres gluants, de monstres aux tentacules baladeuses et de mondes improbables. Sans oublier quelques pigeons, sorte de fixation des auteurs qui semblent parfois trouver leur inspiration sur le rebord de leur fenêtre. 

L'avantage avec Mo CDM, le scénariste, c'est que la simple vue d'un pigeon débouche sur une histoire totalement absurde, inclassable et aux effets comiques redoutables. Une série phare de la nouvelle génération de Fluide, plus moderne, sans limite, superbe graphiquement (Julien CDM est le fils d'un certain Jean Solé...) et aux développement infinis.

"Les 12 travaux de Cosmik Roger", Fluide Glacial, 9,95 € 

jeudi 20 décembre 2007

BD - Souvenir d'un petit fakir


Avant de connaître le succès populaire avec Lanfeust, Arleston a signé quelques séries n'ayant pas rencontré leur public. Il avait notamment imaginé les aventures de Tandori, un apprenti fakir indien vivant au XIXe siècle dans un pays imaginaire. Une série éditée par les éditions du Lombard au début des années 90. Cette BD était dessinée par Curd Ridel. Trois titres ont été publiés, puis oubliés. Mais le nom d'Arleston est suffisant maintenant pour attirer un public important, amateur notamment de situations comiques et de jeux de mots tirés par les cheveux. Les éditions Soleil rééditent donc la première aventure de Tandori, en grand format, avec des couleurs pimpantes et déjà tout un petit monde riche en ressort comique. 

Tandori va devoir contrer les méchants Anglais qui tentent de faire passer leur trafic d'opium par le territoire où règne le bon maharajah Lahmuker. Il va ridiculiser les vestes rouges, avec sa magie et la science d'un jeune inventeur français, véritable trouvaille de l'album, Verne, ingénieur de Nantes, aidé dans sa lutte contre la perfide Albion par un marin breton, Kerozen Surcouf. Tandori va également bénéficier de l'aide précieuse de la belle Butterfly, fille d'un marchand d'opium qui rejette le trafic de son père. 

La série a bien vieilli, le dessin est fouillé, précis, et les personnages savoureux. Reste à savoir si Tandori connaîtra des aventures originales après la réédition des deux autres titres existants...

"Tandori", Soleil, 12,90 € 

mercredi 19 décembre 2007

BD - Glaces éternelles et nucléaire


Dans un futur proche, Dakota, un pilote d'avion, monnaye son talent pour détruire des icebergs gigantesques. Un effet du réchauffement climatique. Ces montagnes de glace dérivent dans l'océan et menacent les bateaux. En faisant exploser cette immense montagne éphémère, Dakota découvre un cylindre métallique caché au coeur de la matière. 

Il le récupère à ses risques et périls et le ramène dans une base de l'armée européenne. Mais il considère sa mission terminée dès qu'il constate que le cylindre n'est pas radioactif. Dakota fait la chasse aux déchets issus du nucléaire. 

Une obsession depuis que sa petite fille soit victime, en deux jours, d'un morceau de satellite tombé dans la campagne et qu'elle a pris pour un jouet. L'autre personnage principal de cette série écrite par Pecqueur et dessinée par Kovacevic est une jeune femme, conductrice de trains. Mismy est à la tête d'un convoi de wagons transportant de l'eau, denrée devenue encore plus rare que le pétrole. Un convoi est attaqué par un commando masqué. Dans sa fuite, Mismy découvre une fillette aux pouvoirs étranges. Une même fillette qui était quelques heures plus tôt dans le mystérieux cylindre repêché dans l'océan. 

Superbement dessinée, cette série s'annonce pleine de surprises.

"Arctica", Delcourt, 12,90 € 

mardi 18 décembre 2007

BD - Root, gentille barbare

Toran menait une vie de barbare tout ce qu'il y a de plus normale, fier de ses nombreux fils adeptes de massacres et autres pillages. Un bonheur mis en danger avec l'arrivée du sixième enfant : Root a tout l'air d'être une fille... 

Une petite fille au pays des barbares, un mini concept qui suffit largement à Téhem, le scénariste de cette série, pour aligner les gags, tous plus succulents les uns que les autres. Car Root, loin de se couler dans le moule de ce monde de brutalité et de vigueur l'environnant, est douce, gentille et intelligente. 

Les barbares, peu portés sur la propreté, vont donc légèrement évoluer sous la houlette de cette fillette débrouillarde. Mais certains ne maîtrisent pas parfaitement l'utilisation de la brosse à cheveux à base de hérisson. De même, Root est très attirée par le village des pêcheurs. Des pêcheurs qui ne sont pourtant pour ses frères que des idiots à piller. 

Une série publiée dans Tchô, le magazine de Titeuf, et qui est digne de l'esprit du héros des cours de récréations. Xavier, le dessinateur, a longtemps animé les pages du mensuel avant de lancer Root. Il bénéficie de l'aide de ces champions du rire que sont Téhem, Zep et autres Buche...

"Root", Glénat, 9,40 € 

lundi 17 décembre 2007

BD - Un cas unique ou "Comme tout le monde" ?


Denis Lapière, scénariste prolifique, a signé également l'histoire du film « Comme tout le monde » de Pierre-Paul Renders. De ce scénario original, il en a tiré une adaptation en bande dessinée confiée au dessinateur Rudy Spiessert. 

Dans une ligne claire modernisée, aux angles plus marqués, on découvre le cas de Jalil. Ce jeune homme participe un jeu et répond systématiquement dans la moyenne. Il apparaît comme le prototype du Français moyen. Un cas unique qui intéresse énormément le monde de la publicité et du marketing. Jalil, sans s'en apercevoir, va devenir une référence dans le petit monde des produits nouveaux. 

Mais pour ne pas fausser ses jugements, il ignore tout de son nouveau rôle. Une politique fiction assez noire dans notre monde dominé par les sondages.

« Comme tout le monde », Dupuis, 144 pages, 19,30 € 

dimanche 16 décembre 2007

BD - Tout Alack Sinner en un seul volume


José Munoz a obtenu en janvier dernier le grand prix de la ville d'Angoulême. Il présidera donc le 35e festival qui se déroule du 24 au 27 janvier. Ce dessinateur argentin est essentiellement connu en France pour son personnage d'Alack Sinner (scénario de Sampayo). 

Le premier tome de cette intégrale en noir et blanc arrive à point pour redécouvrir ce maître des ombres. Alack Sinner est un ancien flic new yorkais devenu détective privé. Il doute souvent, est teigneux, parfois découragé, ou déprimé. Il a une vraie vie, n'est plus le héros de papier sans peur et sans reproche. Un choc dans les années 70. 

Trente années plus tard, cette BD est toujours aussi moderne et authentique. (Casterman, 392 pages noir et blanc, 19,95 €)