lundi 3 décembre 2007

BD - Quand l'amour se transforme en une drogue aveugle

De toutes les séries imaginées par le scénariste Jean Dufaux, Djinn est celle où il a poussé le plus la problématique de l'interdépendance de l'homme et de la femme. Quand l'amour se transforme en une drogue aveugle, la passion poussant au crime ou au sacrifice. Des sentiments exacerbés et magnifiés par les dessins d'Ana Mirallès. 

Le septième tome de cette série sensuelle et charnelle débute en Afrique. Un aventurier est capturé par les guerriers Orushi. Il est présenté à la déesse Anatku. Une jeune femme, le corps recouvert de peinture, droguée, ne se souvenant plus qu'elle s'appelle en fait Jade et qu'il était venu la rechercher à la demande de Miranda Nelson, noble anglaise prête à tout pour retrouver les faveurs de son ancienne maîtresse. 

Un album plein de tam tam, de déclarations d'amour et de fiers guerriers.

« Djinn », Dargaud, 11 euros 

dimanche 2 décembre 2007

BD - Clones temporels et voyageurs


Couverture de Guardino, scénario de Boisserie, dessin de Stalner, rythme de parution rapide : « Voyageur » bénéficie de tous les ingrédients pour rapidement accrocher le lecteur. Une histoire de science-fiction s'étalant sur plusieurs époques. 

Les auteurs débutent par le futur. Quatre albums présentant ce monde, conséquences des deux autres cycles, présent et passé. Dans un Paris transformé en gigantesque camp de concentration d'un côté, centre de recherche génétique de l'autre, deux jumeaux, Lou et Fish tentent d'échapper aux griffes de leur créateur, Markovic. Des adolescents aux pouvoirs surnaturels. Mais ils ne sont pas seuls, Markovic dans ses laboratoires fabrique de nouveaux clones. 

Palpitantes, ces aventures de liberté et lutte contre la dictature, tiennent en haleine le lecteur.

« Voyageur », Glénat, 12,50 euros 

samedi 1 décembre 2007

BD - Spirou revival par Yann et Tarrin


Cet album a le goût d'un Franquin, le trait d'un Franquin, mais c'est un... Tarrin. Fabrice de son prénom, surdoué du dessin, installé à Montpellier et qui a travaillé plus de deux années pour achever cette aventure de « Spirou et Fantasio par... » 

Le scénario est de Yann, père spirituel de Tarrin, brillant dessinateur mais également esprit très caustique. Un duo de rêve pour « exploser » le mythe Spirou. Perdu, ils signent un album qui conserve l'esprit, le retrouve plus exactement. Nos deux héros, avec le comte de Champignac et une Seccotine qui prend enfin toute son importance, iront au Tibet à la recherche de la momie d'une princesse. 

Il est également question d'ancêtres, de champignons et d'un nouvel animal qu'on aimerait bien revoir dans les prochaines aventures, classiques, de ce héros immortel.

« Le tombeau des Champignac », Dupuis, 13 euros 

vendredi 30 novembre 2007

BD - Qui a vu la Tour ?


La réussite d'une BD dépend beaucoup de l'ambiance que les auteurs arrivent (ou n'arrivent pas) ) planter en début d'album. Pour ces « Orphelins de la Tour », Blondel (scénario) et Allart (dessinateur) ont particulièrement travaillé cette introduction. 

Avec un minimum d'explication, le lecteur suit quelques heures de la vie de Théo. Placé dans un orphelinat, ce gamin semble être le souffre-douleur de ses camarades. Mais dans ce futur proche, il apparaît également que Théo est différent. Il dialogue longuement avec son ordinateur (une véritable intelligence artificielle), dépassant largement le cadre des cours. Théo qui est très surveillé, comme un rat en cage. 

Mais ce qui perturbe le plus Théo, c'est cette immense Tour qu'il voit au centre de la ville. Une Tour invisible aux yeux des autres enfants. 

Un début très scientifique, glissant lentement vers le fantastique pour finalement faire apparaître un second monde, en marge de la ville, où l'aventure va se poursuivre. Comme une mise en bouche, superbement dessinée par Thomas Allart, remarqué précédemment dans Pandora, une série médiévale fantastique.

« Les orphelins de la tour », Delcourt, 12,90 € 

mercredi 28 novembre 2007

BD - Les frères démoniaques de "Je suis légion"

La conclusion de cette série était très attendue. Le troisième et dernier tome de « Je suis légion » présente l'affrontement final entre Vlad et son frère Radu. Deux monstres immortels aux pouvoirs démoniaques. Sur 64 pages denses, Fabien Nury alterne l'action entre Londres, bombardée par les nazis en cette fin d'année 1942, et un petit village en Transylvanie. 

A Londres, Lester Collins enquête sur les agissements d'un triumvirat qui semble avoir une solution pour écourter la guerre. En Roumanie, l'action se concentre sur les pouvoirs d'une fillette. Les nazis ont découvert qu'elle peut commander toute une armée de soldats. Il suffit pour cela que les militaires reçoivent une goutte du sang de la petite Ana. Un danger pour les alliés qui ont parachuté un commando avec pour mission de détruire la nouvelle arme fatale. 

Cette BD, mélangeant grande Histoire et fantastique, nous donne l'occasion de découvrir le talent de John Cassaday. Cet Américain, a tout appris en dessinant des comics. Il a relancé Captain America, dessiné Batman, Hellboy ou Phantom. Une partie de son travail dans les comics a été repris dans deux albums de la série « Planetary » chez Semic.

"Je suis légion", Les Humanoïdes Associés, 12,90 € 

mardi 27 novembre 2007

BD - Fuites face à l'adversité


Sombre, très sombre le second tome de cette série écrite par Peyraud et dessinée par Alfred. Les vies des différents protagonistes de cette histoire de fuite comptent peu quand une impitoyable répression étatique est instaurée partout dans un pays imaginaire au bord d'une mer intérieure qui se vide inexorablement. 

Joseph, le héros, peintre maudit et torturé, décide de prendre la fuite tant que c'est possible. Il part avec sa fiancée Joliette. Mais dans sa tête, c'est la nuit d'amour qu'il vient de passer avec Vespérine qui le hante. Avec d'autres clandestins, il prend un bateau pour aller le plus loin possible sur l'eau. 

Ensuite, la fuite se fera à pied, à travers le désert des épaves, vastes étendues où des navires échoués finissent de rouiller, dernier souvenir d'une époque maritime prospère. Par ailleurs, Lazlo, un riche bourgeois, tente de sauver une jeune artiste, Edith, libertine enceinte d'un de ses multiples amants. Ces deux couples seront confrontés à la violence aveugle, typique de ses périodes troublées. 

L'armée d'un côté, les brigands de l'autre. Avec pour point commun des assassinats arbitraires qui réduiront considérablement le nombre de personnages de cette série passionnante.

"Le désespoir du singe", Delcourt, 12,90 € 

lundi 26 novembre 2007

BD - Jungle et jeunesse


Dans la jungle, la terrible jungle... Les enfants animaux s'amusent entre eux, sans haine ni envie. Pour preuve, Sam le lion est très ami avec Blandine l'antilope. Amis et presque plus. Avec d'autres copains, il vivent heureux dans la jungle : Mitch, le buffle ou Bob le crocodile toujours affamé. Sous les grands arbres, ils vont croiser un petit gorille prénommé Victor. Il vient d'être chassé de son clan. Son père, immense, fort et en colère, le rejette car il n'est pas comme ses frères et sœurs. 

Victor est albinos. Son pelage blanc ne plaît pas à son père. Un petit gorille très malheureux, qui confie ses déboires à ses nouveaux amis qui vont essayer de l'aider. Avec deux léopards aux intentions pas très catholiques, ils vont faire passer Victor pour un gorille courageux, méritant sa place dans la grande famille. Mais le plan ne se déroule pas comme prévu. Une histoire gentille, sur l'acceptation des différences, destinée en priorité aux plus jeunes. 

Dav, scénariste et dessinateur de ce petit monde, a trouvé le ton juste entre humour et pédagogie. Il donne de plus, en pages de garde, des leçons pour dessiner facilement Mitch et Bob.

"Les Garnimos", Soleil, 9,45 € 

dimanche 25 novembre 2007

BD - Pirates amateurs et Frêres de la Côte


Etienne Simon, alias Yuio, est un coloriste hors pair. Mais il dessine également et depuis quelques années tente de se faire une petite place sur le marché belge un peu encombré des jeunes et brillants graphistes. Après des animations dans Spirou et la création d'un héros sans avenir (malheureusement), Trikäär, il a enfin décroché un contrat avec la branche belge des éditions Glénat, Caravelle. 

« Frères de la Côte » est le prototype de l'histoire de pirate ne se prenant pas au sérieux. Mais on est très loin du Vieux Nick de Marcel Remacle. Isham et Abel, jeunes, ambitieux, naïfs et assez bras cassés, sont persuadés qu'ils sont de redoutables pirates. En fait, ce sont deux paumés, idéalistes et gaffeurs, qui vont de retrouver mêlés, malgré eux, à une prise d'otage très arrangée. 

Le scénario de Sylvain Ricard et CV7 regorge de clins d’œils et de coups de théâtre. Nos deux héros sont ballottés entre un gouverneur machiavélique, un pirate sanguinaire, une servante conspiratrice et une jeune fille prête à tout pour faire échouer son mariage arrangé. Un premier album parfaitement maîtrisé, distrayant et original. Le trait stylisé et anguleux de Yuio met en valeur ces aventures maritimes rocambolesques.

"Frères de la Côte", Glénat Caravelle, 12,50 € 

samedi 24 novembre 2007

Chronique - Jean-Louis Fournier parvient à nous faire rire avec sa psy

Une psychanalyse pour rire. C'est un peu ce qu'essaye de proposer Jean-Louis Fournier dans ce recueil d'histoires courtes.

Halte à la sinistrose de la vie quotidienne des psychanalystes. Malades, cessez de raconter vos malheurs, de vous plaindre. Tentez de la distraire et pourquoi pas de la faire sourire. Durant une année, Jean-Louis Fournier a consulté chaque lundi matin une psy qui lui semblait parfois bien triste. Plutôt que de revenir sur tous les événements sinistres qui forcément bâtissent une vie, il a pris le pari de la distraire. A chaque séance, il entreprend de lui raconter une histoire de sa veine. Avec beaucoup d'humour, mais très noir, dépression oblige. Car Jean-Louis Fournier ne va pas bien. Il le reconnaît, tente de se soigner, mais a peur d'entraîner dans sa noirceur envahissante cette charmante jeune femme dont il essaie lui aussi de cerner l'humeur.

Mystérieux silence

Chaque petite histoire est précédée de petites annotations sur l'état d'esprit de la seule personne qui aurait du profiter de ces nouvelles flash. Ainsi, le 15 mars, « ma psy a fermé les yeux pour m'écouter », le 19 avril, elle a « mis un tee-shirt rose et un jean ». Il se pose également beaucoup de questions sur cet être humain qui absorbe ses petits délires. Mais il n'aura jamais la réponse. Le 12 juillet, peu avant la séance, il se demande « Est-ce que ma psy sait faire la cuisine ? », à la fin de la séance du 20 septembre, il constate : « Elle est ailleurs... A quoi pense-t-elle ? A moi, j'espère. Ce serait la moindre des choses. »

Au fil des séances et de ces petites appréciations, on comprend que l'auteur ne peut s'empêcher de fantasmer un peu sur la statue qui l'écoute, pourtant faite de chair et de sentiments. Mais ce sera toujours peine perdue.

Alors il reste les histoires. Distrayantes certes mais aussi émouvantes. Comme l'histoire de cet homme si pressé de découvrir Paris du haut de la tour Eiffel. A force de gentillesse il parvient à dépasser énormément de personnes dans la longue file d'attente. Tous ceux qui l'ont laissé passé le croiseront un peu plus tard dans l'autre sens. Mais pour rejoindre la terre ferme il a délaissé les escaliers et ascenseurs pour emprunter la voie plus rapide et radicale des airs. L'histoire se termine par cette phrase : « Il était arrivé, le jeune homme pressé ». Et dans la foulée le patient constate « J'ai l'impression que ma psy a les yeux humides, mais il fait tellement sombre... »

Elle a peur de déranger

Il est beaucoup question de mort et d'abandon dans ces histoires. Jean-Louis Fournier fait rarement dans la gaudriole ou l'humour gaulois. Mais heureusement, il a disséminé dans cette année de consultations quelques petites perles qui elles prêtent réellement au sourire, voire au rire à gorge déployée comme la mésaventure arrivée à Hélène, venue passer quelques jours en hiver chez des amis habitant dans un chalet isolé, un véritable nid d'aigle. « Hélène a toujours peur de déranger » explique en préambule le narrateur. Hélène est discrète et veut tout le temps se faire oublier. Une montagne de modestie et de discrétion qui va pourtant se transformer en véritable catastrophe ambulante en quelques secondes. Cette nuit-là, Hélène n'a pas voulu allumer la lumière pour aller à la salle d'eau. Elle ne voulait pas déranger. Au regard des conséquences, ce fut une regrettable erreur.

On se régale de ces contes imaginés par Jean-Louis Fournier pour distraire sa psychanalyste, « froide comme la mer du Nord ». Elle ne semble pas beaucoup en profiter. Le lecteur, lui, appréciera et se dit que, finalement, si l'auteur rechute, ce ne sera pas perdu pour tout le monde.

« Histoires pour distraire ma psy », Jean-Louis Fournier, Anne Carrière, 17,50 € 

vendredi 23 novembre 2007

BD - La confirmation de "L'envolée sauvage"

Le premier tome de ce récit avait frappé les esprits. Et remporté de nombreux prix. Voici le second tome mettant en scène le jeune Simon. Il a le malheur d'être Juif au mauvais moment. Dans cette France occupée par l'armée allemande, alors que les rafles se multiplient, il est sauvé par un curé puis placé dans un pensionnat. Mais il doit prendre la fuite et trouve refuge dans une ferme de province. 

C'est là que le lecteur le retrouve. Il est en compagnie de son pigeon Gédéon. Car Simon a de plus le pouvoir de pouvoir parler aux oiseaux. Dans cette ferme, il est tranquille jusqu'à l'arrivée de la milice venue pour le capturer. Il est sauvé in extremis par un faux infirme qui la nuit se bat avec la Résistance. Simon veut aussi se rendre utile, mais son inexpérience et son jeune âge lui font faire des erreurs. 

Il est capturé et enfermé dans un wagon à bestiaux. Direction les camps de la mort. Sur place il rencontre une jeune fille et tente vaille que vaille de survivre à l'horreur. Heureusement pour lui, le commandant du camp, a plusieurs rapaces. Simon parvient à les amadouer et trouve dans les oiseaux des amis. 

L'histoire de Laurent Galandon est dense et forte. D'autres l'auraient beaucoup plus diluée. Aux dessins, Arno Monin parvient à reproduire l'enfer des camps sans trop en montrer.

"L'envolée sauvage", Bamboo Angle de vue, 12,90 €