mercredi 14 août 2024

En vidéo - “Robot Dreams” ou Mon ami robot


Adapté d’un roman graphique de Sara Varon (paru en France chez Dargaud), Robot Dreams est le premier film d’animation de Pablo Berger. Une histoire d’amitié touchante.

Dog, gentil chien vivant à Manhattan, se construit un robot car il se sent trop seul. Un robot de compagnie avec qui il passe de merveilleux moments. Mais un jour, Dog est obligé d’abandonner son robot sur la plage.

Le réalisateur de Blancanieves, récompensé par 10 Goyas en 2013, a souhaité explorer toutes les possibilités offertes par l’animation. Un film muet édité en vidéo chez Wild Side, d’une rare beauté et grande fluidité, nommé aux derniers oscars entre les productions américaines (Elémentaire et Spider-man) et le dernier Miyazaki.

mardi 13 août 2024

BD - XIII : Jones attaque


Un peu à la mode des productions ciné américaines, la série de BD XIII est devenue une franchise. Tout un monde à développer pour continuer à passionner les millions de fans. Yann, scénariste multitâches, développe le personnage de Jones pour le dessinateur TaDuc.

En trois albums, il va raconter comment cette militaire noire américaine, après une enfance marquée par la misère et l’errance, a été remise sur de bons rails par le général Carrington.


Elle ne connaît pas encore XIII, mais a déjà l’action chevillée au corps. Dans le second tome, elle est expédiée sur le pénitencier d’Alcatraz, occupé par des activistes amérindiens. Elle a pour mission de libérer des otages dont le général Carrington.

Le contexte politique, bien expliqué dans le premier tome, est un peu laissé de côté pour ce second volume essentiellement consacré à l’action. Jones, pour aborder l’île en toute discrétion, utilise un moyen d’approche très original. Et une fois sur place, elle doit assister à une scène traumatisante.

Toujours parfaitement dessiné par un TaDuc ne reniant rien à son style alors qu’il aurait pu faire du Vance, l’album se termine par une image forte, de celles qui donnent envie de lire le plus vite possible le 3e et dernier tome de cette trilogie.

« XIII Trilogy - Jones » (tome 2), Dargaud, 48 pages, 13 €

Polar – Enquête en Chine


Judicieuse réédition du premier roman policier de He Jiahong. Ce juriste chinois a fait une entrée fracassante dans le monde littéraire en 1995 avec la première enquête de son héros récurrent, l’avocat Hong Jun. Après une carrière aux USA, Hong revient à Pékin.

Il embauche une secrétaire, la facétieuse et pétillante Song Jia et se lance dans sa première affaire : tenter d’obtenir la révision du procès d’un homme condamné il y a 10 ans pour avoir violé puis assassiné la jeune fille qu’il aimait. L’action se déroule dans le nord-est du pays, loin de Pékin la moderne. Le roman prenant place dans les années 90, en plus de proposer une intrigue à la Sherlock Holmes, détaille la vie dans cette région rurale, comme hors du temps, encore très marquée par la Révolution culturelle et où les notables du parti ont tous les pouvoirs.

L’avocat va y croiser un ancien élève, le juge local, la famille du coupable, une folle et quelques chasseurs locaux. Les loups sont nombreux dans les forêts. En ville aussi…

Un polar très romantique car il y est aussi question d’amour impossible ou d’amour perdu, comme celui de Hong Jun, espérant retrouver cette étudiante qu’il a follement aimée dans sa jeunesse.

« Crime de sang », Mikros - L’Aube, 544 pages, 14,50 €

BD - Fantastique Jean Ray


Écrivain tombé dans l’oubli, Jean Ray a signé des centaines de romans populaires dont de très nombreux ayant pour héros Harry Dickson, surnommé le Sherlock Holmes américain. Pourtant ses aventures se déroulent à Londres et le romancier est Belge… Une littérature populaire, inventive, sans limite dans les trouvailles croquignolesques.


Doug Headline et Luana Vergari proposent des adaptations en BD des meilleurs récits. Après Mystérias, le tome 1, découvrez la suite, La cour d’épouvante, toujours avec Onofrio Catacchio. Le détective privé est sollicité par Hamilton, un riche industriel en proie à des rêves épouvantables. Chaque nuit, il se retrouve face à 11 juges masqués, la cour d’épouvante, qui veut lui faire payer ses exactions.

Délire ou mystification ? Harry Dickson, avec son fidèle adjoint Tom Wills, va passer quelques nuits dans le manoir de Hamilton et découvrir que derrière cette incroyable histoire il y a un chantage mené par le méchant de la série, Mystérias !

Si l’intrigue a un peu vieilli, on appréciera quand même la richesse de cet univers : hypnose, monde horrifique des forains, mythologie indienne et apologie de la modernité. Un étrange mélange fournisseur d’une intrigante nostalgie.

« Harry Dickson, La cour d’épouvante » (tome 2), Dupuis, 64 pages, 15,95 €

Roman jeunesse - Feu flippant


Les romans de la série Chasseurs de fantômes peuvent être lus dès 7 ans. Une entrée idéale pour donner envie aux enfants de se plonger dans un petit livre richement illustré. Garçon ou fille, ils se reconnaîtront dans Andres, un gamin très peureux qui a un don pour attirer les fantômes.

Car dans ce monde raconté par l’Américain Andres Miedoso, illustré par l’Espagnol Victor Rivas, les spectres et autres monstres ne se cachent pas sous le lit des enfants mais leur apparaissent régulièrement. Comme Zax par exemple. Ce fantôme, rencontré dans les précédents livres, est devenu l’ami d’Andrès et le suit partout. Ainsi quand les parents du petit héros trouillard décident de camper dans les bois, ils emmènent Andrès, Léo, son meilleur copain, mais aussi Zax, spectre invisible mais très utile parfois.

Le roman, le 8e de la série, se déroule essentiellement le soir, autour du feu de camp. Les deux gamins et Zax tentent de se faire mutuellement peur en se racontant des histoires horribles.

Comme toujours, c’est Léo qui l’emporte avec son face-à-face avec une araignée vampire géante. Facile à lire, bien illustré, ce roman horrifique fait surtout rire.

« Chasseurs de fantômes, peur bleue au coin du feu », PKJ, 128 pages, 6, 80 €

Roman historique - Oranges et frontière


Paru en 2005, Quai des oranges de Nicole Zimermann est un superbe portrait de femme. De celles qui n’acceptent pas de marcher droit dans les pas du patriarcat. Rose, le personnage principal du roman, est une jeune Catalane vivant à Cerbère. Nous sommes dans les années 20 et le village frontière est essentiel dans les échanges commerciaux entre Nord et Sud de l’Europe.

Rose est transbordeuse d’oranges. Dans la gare, elle vide les wagons espagnols de ces fruits très recherchés et remplit les trains français. Un travail harassant mais bien payé. Rose, trop romantique, cède aux avances d’un garçon du cru et se retrouve fille-mère. Une infamie à l’époque.

Elle va cependant aller contre sa famille et la communauté, s’imposer dans son métier et permettre aux autres femmes de s’imaginer un meilleur futur. Le roman, très documenté, raconte aussi comment Rose a été envoyée au Pays basque pour former les ouvrières locales à ce travail ingrat mais essentiel.

L’occasion de détailler une petite compétition régionale : « Dures à l’ouvrage, vives et concentrées, les Basques mettent tout leur amour-propre à apprendre vite et à ne pas se laisser distancer » par les Catalanes.

« Quai des oranges » de Nicole Zimermann, Privat, 295 pages, 21 €

lundi 12 août 2024

Cinéma - Un problème d’invitée dans le “Dîner à l’anglaise”

Une jolie maison à Londres, deux couples aisés, amis depuis l’université, un dîner et une invitée surprise, Jessica. Une comédie grinçante et caustique signée Matt Winn. 


L’humour anglais, comme la Royauté, a encore de belles années devant lui. Pour s’en persuader, il suffit d’aller voir le film de Matt Winn dont le titre original, The Trouble With Jessica, est moins typique que le Dîner à l’anglaise retenu par le distributeur français, mais plus représentatif de l’ambiance générale. Car plus on progresse dans le film, plus les problèmes s’accumulent.

Cela donne des sortes de chapitres dans le film, scènes brillamment maîtrisées par des comédiens au diapason. On passe donc du problème avec les amis au problème avec les forces de l’ordre jusqu’au définitif problème de la culpabilité.

Sarah (Shirley Henderson) et Tom (Alan Tudyk) sont inquiets. Ils tentent de finaliser la vente de leur superbe maison londonienne. Tom, architecte, a besoin de cet argent pour terminer son grand projet. Sinon c’est la banqueroute, hypothèse qui met Sarah dans un état d’anxiété absolu. Pour la dernière fois, donc, ils vont recevoir dans cette maison leurs meilleurs amis, Beth (Olivia Williams) et Richard (Rufus Sewell). Mais ces derniers amènent avec eux Jessica (Indira Varma).

Une journaliste, célibataire, très délurée, qui rencontre enfin le succès avec son premier roman. Le succès mais pas l’apaisement intérieur car entre la poire et le dessert, elle va se pendre dans le jardin de Sarah. En découvrant le corps, cette dernière panique : jamais l’acheteur potentiel ne déboursera un million de livres pour une maison où une femme s’est suicidée. Dès lors, elle va tenter de persuader son mari et ses amis qu’il faut déplacer le corps, ramener Jessica chez elle pour ne pas faire capoter l’opération immobilière.

Le film de Watt Winn débute comme une satire sociale très classique d’un milieu aisé britannique. Critique qui va aller en s’amplifiant et virer au thriller quand le spectateur découvre que Sarah, parfaite femme au foyer, est prête à tout pour conserver son train de vie, ses signes extérieurs de réussite. Les autres ont un peu plus de difficultés à avaler le suicide et ses conséquences.

Notamment Richard, avocat, sachant parfaitement ce qu’il risque s’il participe à l’opération.

Mais il a quelques casseroles et des secrets inavouables qui vont permettre à Sarah d’imposer son scénario de l’horreur. Pour compliquer le tout, interviennent deux policiers aussi typiques que suspicieux, une voisine curieuse, l’acheteur de la maison et un… clafoutis qui aura au final une grande importance. Une comédie sur la vanité, le mensonge et le paraître.

Tout ça à cause de Jessica. Oui, un véritable problème pour ses amis.

Film de Matt Winn avec Rufus Sewell, Shirley Henderson, Olivia Williams, Alan Tudyk, Indira Varma

Cinéma - La filiation retrouvée de “Dos madres”


Dans ses notes d’intention, le réalisateur Victor Iriarte explique que Dos madres est « un film d’aventures, un road-movie, c’est un thriller, un film noir, une enquête policière. C’est un mélodrame. C’est un film qui devient un autre film. » On trouve effectivement un peu de tout ça dans cette histoire, mais cela reste avant tout une réalisation libre, déstructurée, à la limite parfois de l’expérimentation.

Pour son premier projet de long-métrage, après de nombreux courts, le cinéaste n’a pas choisi la facilité. Il faut d’ailleurs faire un petit effort pour entrer dans l’histoire. Un récit écrit par Vera (Lola Dueñas). Cette sténotypiste de tribunal cherche depuis des années son bébé volé.

En Espagne, à l’époque du franquisme, des centaines de milliers de bébés de mères célibataires ont été enlevés dès leur naissance et confiés à des familles en mal d’enfant. À force de patience et d’abnégation, Vera a retrouvé Egoz (Manuel Egozkue). Il a été élevé par Cora (Anna Torrent). Plus qu’une vengeance contre l’institution - le fil rouge du film - Dos madres est avant tout les retrouvailles de trois êtres qui semblaient se connaître, s’apprécier. Les deux mères se comprennent malgré le passif. Une relation apaisée qui doit beaucoup à Egoz, lui aussi déchiré par son histoire mais qui ne veut pas faire de choix.

Les trois comédiens portent cette réalisation, chacun dans son style. Joie sereine pour Lola Dueñas, fatalisme rédempteur pour Anna Torrent, amour infini pour Manuel Egozkue. Un trio marquant pour une histoire particulière, sur un fait de société qui continue à faire grand bruit de l’autre côté des Pyrénées.


Film espagnol de Víctor Iriarte avec Lola Dueñas, Ana Torrent, Manuel Egozkue.

dimanche 11 août 2024

En vidéo - “14 jours pour aller mieux”


On se moque trop souvent des stages de bien-être. À juste titre tant les animateurs se contentent d’enfiler des perles tout en encaissant des sommes substantielles. Le film 14 jours pour aller mieux commence par démolir le système, puis le cautionne.

Comment le réalisateur, Édouard Pluvieux et le principal interprète, Maxime Gasteuil font ce grand écart ? À cause d’un scénario un peu trop gentil. Pourtant cela débute très bien, avec beaucoup de causticité. Le cadre surmené face à la clairvoyante profiteuse (Zabou Breitman), la bagarre du début est savoureuse.

La sortie du film en vidéo (avec scènes coupées et making of en bonus) chez Wild Side devrait satisfaire les fans de l’humoriste et les adeptes de la namasté attitude.
 

Nouvelles - Israël aujourd’hui


Pour parler de la situation actuelle en Israël, on pourrait se contenter de la litanie des chiffres : nombre d’otages civils toujours aux mains du Hamas, nombre de civils palestiniens morts dans les frappes de Tsahal. Mais la situation est beaucoup plus complexe.

Notamment à l’intérieur du pays, littéralement divisé, complètement déchiré. On prend la mesure de l’abîme en découvrant les 12 nouvelles signées Shmuel T. Meyer et composant le recueil baptisé Tribus. Des scènes de la vie quotidienne d’un pays, d’une nation, qui semble avoir vu tous ses grands rêves humanistes détruits par des décennies de guerre et d’affrontements.

Du chauffeur ou juge militaires au simple épicier en passant par les intellectuels, passés par les kibboutz révolutionnaires, tous ne comprennent pas comment on en est arrivé là. Certains n’ont qu’une envie : quitter cette région, vivre dans un pays « normal ».

Une vision peu optimiste de la l’avenir que l’on peut résumer par cette impression d’un des protagonistes, atteint d’un cancer en phase terminale : « Il aurait aimé s’effondrer dans l’oubli d’un Alzheimer égoïste et heureux, qui effacerait toutes tentatives de compréhension du monde. »

« Tribus » de Shmuel T. Meyer, Gallimard, 176 pages, 19 €