mardi 16 janvier 2024

En vidéo, “Anti-squat”, un film sur la crise du logement

 


Jusqu’où peut-on aller pour se loger ? C’est le thème central du film Anti-squat de Nicolas Silhol, sa seconde réalisation qui vient de sortir en vidéo chez Diaphana. Inès (Louise Bourgoin), mère célibataire, après l’échec de son agence immobilière, se retrouve au pied du mur.

Sans revenu, elle est menacée d’expulsion de son appartement. Elle va accepter l’offre de la société Anti-Squat empêcher l’arrivée de squatteurs dans un immeuble de bureaux inoccupés. Elle sera chargée de recruter et de vivre avec six « faux » locataires, eux aussi dans une situation tout aussi précaire. Mais à une condition (qui vaut aussi pour les recrutés) : pas de visite, pas de fête et surtout pas d‘enfants. Or, Inès a un fils adolescent…

Un film sombre mais édifiant sur une réalité urbaine qui risque de se détériorer de plus en plus.

Thriller - Aller au plus loin dans l’horreur en lisant "Les entrailles du mal"

 Le commandant Grimm, héros policier récurrent imaginé par Olivier Merle, vit sa troisième aventure. Il va descendre dans « Les entrailles du mal » affronter un adversaire surgit de son passé.


Pour certains policiers, combattre les méchants, les gangsters et autres trafiquants est une évidence. D’autres ont une bonne raison de se battre contre les forces du mal. C’est le cas d’Hubert Grimm, commandant de police à Rennes après avoir officié à Montpellier. Enfant, il a été confronté au mal absolu et s’est juré depuis de tout faire pour sauver d’autres vies et empêcher de nuire les coupables.

Un secret jalousement gardé. Il n’en a jamais parlé aux membres de son groupe ni à Amandine, la femme qu’il aime. Comme dans une série télévisée qui comporte plusieurs arcs narratifs, Olivier merle poursuit l’exploration de la psyché de Grimm et des différents protagonistes tournant autour de son milieu familial ou professionnel. Grimm, grand inquiet devant l’éternel, a des raisons de se faire du mouron. Il vint de recevoir des lettres de menaces et des SMS qui annoncent froidement qu’il « va mourir dans d’atroces souffrances » car « l’heure des comptes a sonné ».

Combat solitaire

Habitué à traquer les voyous, Grimm se retrouve d’un coup d’un seul dans le rôle du gibier. Car celui qui lui en veut personnellement, en plus de parfaitement connaître son passé, est renseigné sur les moindres détails de ses enquêtes en cours et de ses déplacements. Il semble y avoir une taupe dans le commissariat de Rennes.

Olivier Merle, dans la première partie de ce roman policier teinté de thriller, raconte cette guerre des services dans la police locale. Grimm, aux méthodes solitaires et peu orthodoxes s’est fait beaucoup d’ennemis parmi, ses collègues. Mais le flic n’en a cure. Il veut avancer, tel un bulldozer, rasant tout sur son passage, au risque de faire des dégâts chez ses amis. Cette plongée dans « Les entrailles du mal », titre du roman, prend toute sa signification dans la seconde partie, plus dramatique.

Acculé par son adversaire invisible, Grimm est obligé de se mettre en congé et se battre seul. Un changement de stratégie non voulu mais obligatoire pour protéger sa famille. Amandine à Montpellier et le petit Louis, leur fils, que Grimm ne voit que les week-ends depuis les dramatiques événements racontés dans le précédent roman, Le manoir des sacrifiées. Une chasse à l’homme va être lancée dans la région, de Latour-de-France dans les Pyrénées-Orientales à la Haute-Vallée de l’Aude. Région décrite ainsi par Grimm, retenu prisonnier dans une vieille maison : « Face à lui, une forêt de conifères couvrait une pente assez forte qui se terminait par une crête molle se détachant sur un ciel gris. Paysage de moyenne montagne, qui lui fit penser aux contreforts des Alpes ou des Pyrénées. S’il réussissait à s’échapper, nu comme un ver, il allait devoir parcourir sans chaussures, des sentiers obscurs à la recherche des secours. » La confrontation finale sera d’une rare violence, Olivier Merle dévoilant qui est cet être maléfique qui en veut tant à Grimm.

Le policier n’en sortira pas indemne, l’occasion sans doute pour l’auteur de se lancer dans un quatrième roman tout aussi sombre.

« Les entrailles du mal » d’Olivier Merle, XO Éditions, 248 pages, 20,90 € (« Le manoir des sacrifiées » vient de paraître en poche chez Pocket)

lundi 15 janvier 2024

Cinéma - Avec Miss Fran, plus beaux les rêves

Film de Rachel Lambert avec Daisy Ridley, Dave Merheje, Parvesh Cheena. 

 


Une petite vie simple et modeste. Effacée. Insignifiante. Fran (Daisy Ridley) vivote dans une ville portuaire de l’Oregon. Seule dans son minuscule appartement, elle travaille dans une entreprise dont le fonctionnement et l’environnement ressemblent à ceux de The Office, série comique US. Sauf que c’est un travail mortifère pour le commun des mortels, que Fran ne sourit jamais aux plaisanteries de ses collègues et ne participe pas aux petites réjouissances ou ragots autour de la machine à café.

Fran peut passer une journée sans dire un mot, se contentant de remplir ses classeurs excel, puis ses grilles de sudoku, le soir dans son canapé. Mais comment Rachel Lambert parvient à transformer cette morne vie en film poétique à la beauté picturale sans égale, excepté les réalisations de Kelly Reichardt ?

Tout simplement en explorant les rêves de Fran. La nuit, comme la journée, la jeune femme s’évade. Des songes rarement joyeux. Elle aime s’imaginer morte (tuée dans un accident, pourrissant dans la forêt, noyée sur une plage glaciale). Autant de façons de mourir qui expliquent le titre en version originale, Parfois je pense à la mort.

Mais même quand on s’obstine à vivre en retrait du monde, obsédée par sa propre perte, le quotidien peut vous jouer des tours. La vie rêvée de Miss Fran change quand l’entreprise recrute Robert (Dave Merheje), parfait collègue boute-en-train, seul à oser rompre la glace avec la froide Fran. Ce film, salué au festival Sundance, apporte une vision implacable du réel, doublée d’un imaginaire fantastique envoûtant. Un grand écart cinématographique parfaitement maîtrisé pour une seconde réalisation.

 

dimanche 14 janvier 2024

BD - Jeunesses tropicales au Brésil et à La Réunion

Que cela soit au Brésil ou sur l’île de La Réunion, ces albums racontent comment l’enfance n’est pas forcément plus belle sous la chaleur tropicale.


Pedro a trop d’imagination


Au cœur de la forêt amazonienne il ne se passe jamais grand-chose. Au grand désespoir de Pedro, un gamin qui vit dans un petit village au bord du fleuve. Aussi quand Vicente, dit Cent, son grand frère, revient enfin au pays, il est très content. Car Cent va raconter ses voyages un peu partout dans le Monde, de la froide Russie à la belle Italie en passant par les USA.

Cent qui offre à chaque retour un livre à son petit frère. Le monde de Pedro va s’écrouler quand il comprend que Cent est un mythomane, qu’il n’a jamais pris l’avion et que ses absences sont moins belles que ses récits. Teresa Radice au scénario, Stefani Turconi au dessin, proposent un roman graphique coloré et mouvementé. Car Pedro, pour aider Cent de plus en plus en difficulté, va entreprendre un long et périlleux voyage le long du fleuve.

Il va transformer le périple en roman d’aventure palpitant. Et quitter l’enfance pour comprendre que les rêves des adultes sont souvent des regrets d’enfants. Un bel album, en couleurs directes où le vert de l’Amazonie domine.

Chronique de l’esclavage à La Réunion



Le 20 décembre 1848, il y a moins de 200 ans, les 60 000 esclaves noirs de l’île de la Réunion ont été affranchis. Une date essentielle dans l’histoire de cette possession française de l’Océan Indien. Pour raconter ce bouleversement, Appollo et Tehem vont utiliser le parcours d’un Réunionnais célèbre, Edmond Albius. Edmond est encore un enfant quand il fait une découverte qui lui permettra de se prétendre le plus grand botaniste de l’île. Orphelin et esclave dans une plantation dans le sud, il a découvert comment féconder les fleurs de vanille.

Cette orchidée originaire d’Amérique pousse parfaitement à la Réunion. Mais il n’y a pas l’insecte particulier qui permet de féconder les fleurs pour former les gousses qui deviendront de l’or noir culinaire. Edmond, avec un peu d’observation et de la dextérité, parvient à faire entrer en contact le pistil et l’étamine, rapprochement qui permettra des propriétaires blancs de devenir très riches.

Mais le jeune garçon n’en tirera aucun bénéficie. Il restera esclave, son maître refusant de lui apprendre à lire et à écrire. Il faudra ce 20 décembre 1848 et la venue du Catalan Sarda-Garriga, nommé commissaire général de la République à La Réunion pour y proclamer officiellement l’abolition de l’esclavage pour qu’Edmond devienne libre. Mais pas heureux. Il quitte la plantation, vivote comme cuisinier au service d’un riche marin, est accusé de vol, passe quelques années en prison.

Ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’il est reconnu officiellement comme celui qui aura domestiqué la vanille. Le roman graphique, en plus de raconter la vie d’Edmond, apporte au lecteur des éclairages sur les derniers Marrons, ces esclaves en fuite qui vident dans les hauts de l’île, loin de la civilisation, sur la vie dure et misérable des petits Blancs, l’arrivée des Malbars, ces Indiens engagés pour remplacer les esclaves devenus libres et aussi la naissance de la bande dessinée dans l’Océan Indien avec les premiers exemplaires de la lanterne magique, journal racontant en dessins la vie de La Réunion, notamment en 1848.

« Le beau parleur », Glénat, 208 pages, 22,50 €

« Vingt Décembre », Dargaud, 160 pages, 21,50 €

samedi 13 janvier 2024

Science-fiction - La mathématicienne, l’amour et Mars

Et si le premier contact avec les Martiens passait par des problèmes mathématiques ? Seule Crystal Singer sait  résoudre des équations si complexes.



Le genre dit de la science-fiction est tellement vaste et en évolution permanente que les amateurs ont la chance d’être régulièrement étonnés par des trouvailles d’auteurs en perpétuelle recherche. Le roman L’affaire Crystal Singer d’Ethan Chatagnier est novateur à plusieurs titres. Pas de vaisseaux spatiaux dans cette aventure qui court sur plusieurs décennies. Simplement le récit des premiers contacts avec les Martiens. Sur cette Terre imaginaire, au début du XXe siècle, des signes apparaissent sur la surface de Mars. Des scientifiques déterminent qu’il s’agit d’un problème mathématique. Une bête addition. 

Ils tracent donc d’immenses canaux dans le désert et donnent la réponse en y faisant brûler du pétrole. Un dialogue débute, uniquement visuel, long et fastidieux. Les problèmes se complexifient jusqu’à ce qu’Einstein en personne jette l’éponge. Ce n’est que dans les années 60 que la jeune Crystal Singer, avec quatre de ses amis étudiants en mathématiques, trouve la solution et renoue le dialogue interrompu durant de longues décennies. Mais cette percée va bouleverser la vie de Crystal et de son petit ami, Rick, le narrateur. Elle disparaît et les échanges s’interrompent de nouveau. 

Ce roman, ambitieux, vulgarise les mathématiques. Il leur donne une substance que les écrivains n’ont que trop rarement cerné. Même si certaines notions nous dépassent, on comprend presque comment Crystal, plus qu’intelligente, parvient à intégrer la nouvelle logique des mathématiques martiennes, avec des nuances qui auront des conséquences capitales sur l’Humanité mais avant tout sur sa vie et celle de Rick. 

Reste aussi que L’affaire Crystal Singer permet également aux équations de mieux comprendre la magie de l’amour. 


« L’affaire Crystal Singer » d’Ethan Chatagnier, Albin Michel, 272 pages, 20,90 €

vendredi 12 janvier 2024

Bande dessinée - Lectures de rattrapage avec « Chassé-croisé à Val Doré » et « Monica » de Daniel Clowes

 Avant l’arrivée de dizaines de nouveautés en prévision du festival d’Angoulême fin janvier, retour sur des albums parus en 2023 et qui méritent toujours d’être découverts en 2024.

Les quatre de Val Doré



Lewis Trondheim, expert en inventions narratives, frappe une nouvelle fois en proposant ce coffret de quatre albums carrés dessinés par Sergio Garcia Sanchez. Quatre histoires indépendantes, qui ont en commun une maison (Val Doré).

On suit les aventures d’un président pas comme les autres, d’un petit garçon qui voulait un chien, d’une petite fille fantôme et aussi d’une vie de chien. Le président, ancien comptable qui aime s’occuper de dossiers épais et compliqués, découvre que son rôle est tout autre. Il doit combattre quantité de monstres, vampires et loups-garous, tuer des trolls et calmer des fantômes.

Un fantôme comme celui de Lou petite fille qui meurt d’une morsure de serpent. Elle va hanter Val Doré et rester longtemps coincée dans un mur de la salle de bains. Cela va faire peur au petit garçon qui voulait avoir un chien mais qui doit se contenter d’un chat.

Pourtant il aurait aimé s’amuser avec un chien comme celui de Lou. Gentil toutou qui va, grâce à la petite fille fantôme, sauver Marion, la jumelle. Des histoires émouvantes, entre conte, série de gags et réflexion sur le bonheur de vivre simplement au jour le jour.

Vie et rêves de Monica



Après sept ans de silence, Daniel Clowes est de retour. L’auteur américain propose Monica, un long roman graphique fortement autobiographique. En 2021, les éditions Delcourt ont racheté les droits des différents titres signés Clowes. Ils ont en partie été réédités dans une collection spécifique.

Une opération qui voit enfin une nouveauté, sortie l’an dernier aux USA. Monica est une succession histoires courtes ayant quelques personnages en commun. En réalité ce sont différentes pièces d’un puzzle qui permettent de reconstituer la vie de Monica, une Américaine née dans les 70. On suit sa mère Penny, fiancée à Johnny, appelé au Vietnam, alors qu’elle le trompe avec un peintre avant-gardiste.

Quand Johnny revient de l’enfer, Penny a une petite fille, Monica. Penny qui va lentement mais sûrement détruire sa vie, entre drogues et sectes. Monica sera « sauvée » par ses grands-parents. Mais elle aussi sera attirée par les expériences mystiques et extrêmes, tout en devenant une brillante femme d’affaires. Une plongée dans les délires les plus fous d’une certaine Amérique, persuadée que la vérité est ailleurs, cachée au peuple par une élite noyautée par des extraterrestres.

C’est cauchemardesque mais finalement assez banal dans ces USA souvent incompréhensibles pour nous, Européens trop cartésiens. De la BD underground, un peu datée, mais captivante pour ceux qui n’ont pas peur de voir la réalité sous une autre facette.


« Chassé-croisé à Val Doré », coffret de quatre albums de 32 pages sous étui, Dupuis, 29,90 €

« Monica », Delcourt, 106 pages, 21,90 €

jeudi 11 janvier 2024

Un manga : La reine des gyozas


Les mangas ouvrent l’appétit. Au Japon, BD et bonne bouffe vont souvent ensemble. Au point que les éditions Soleil viennent d’inaugurer une collection nommée « Gourmet ».

Deux séries au menu, une sur les burgers, une autre sur les gyozas. La seconde, dessinée par Yûsuke Kanmera (avec les conseils avisés du chef Paradise Yamamoto), se déroule dans un petit restaurant. La patronne y invente des recettes de gyozas, ces raviolis poêlés après être un peu cuite à la vapeur.

Les histoires sont divertissantes et nous donnent surtout de nombreuses recettes pour accommoder des plaisirs culinaires typiques du pays du Soleil levant.

« La reine des Gyozas » (tome 1), Soleil Manga, 128 pages, 8,50 €

mercredi 10 janvier 2024

BD - Cape, épée et masque : "Gueule de cuir", le super-héros de la fantasy


Romancier reconnu dans le petit monde de la fantasy, Pierre Pevel a dans un premier temps adapté ses romans en BD. Désormais il crée des série originale pour le 9e art. Les amateurs sont aux anges car son imagination foisonnante fait des merveilles dans ce genre si particulier. 

"Gueule de cuir", sa dernière création en date, est dessinée par Créty. Un très grand illustrateur pour un monde qui ne l'est pas moins. Dans ce Paris entre renaissance et mondes magiques, un épéiste vit en gagnant des duels. 

Un soir, à la demande d'une mystérieuse beauté, il doit se rendre dans un quartier malfamé de Paris. Là, il viendra en aide à un homme attaqué par des brigands. Il les tuera tous et croit l'aventure terminée quand le secouru, sur le point de mourir, le transperce de son épée. Et immédiatement il lui recouvre le visage d'un masque de cuir. 

Voilà comment le héros devient à son corps défendant justicier de la nuit, obligé de combattre des forces maléfiques sous le nom de Gueule de cuir. On apprécie dans cette série le côté baroque, les combats millimétrés,  le mystère entourant les nombreux protagonistes et surtout l'invention du Zodiaque du Diable. Douze signes qui pourraient se décliner en autant d'albums si le succès est au rendez-vous.

"Gueule de cuir" (tome 1, l'épéiste), Bamboo Drakoo, 64 pages, 15,90 €

BD - Griffes et bête du Gévaudan



Nouvelle variation dessinée sur la légende de la Bête du Gévaudan. Légende en ce qui concerne la bête. Car il n'y a pas de doute quant aux multiples morts violentes qui ont fait paniquer la population de cette région de France entre 1764 et 1767. On  trouve au scénario un grand pro capable d'imaginer mais aussi d'adapter : Sylvain Runberg. Il a confié la réalisation graphique de cet album (le premier d'un diptyque) à Jean-Charles Poupard, excellent dessinateur réaliste particulièrement à l'aise dans les ambiances historiques. 

On découvre les effets de ces massacres inexpliqués parmi les paysans du côté des chasseurs. Les louvetiers. Car à la base, tout le monde est persuadé qu'il s'agit simplement d'un loup un peu plus gros, intelligent et féroce que la moyenne. Mais comme il semble ne pas sentir les balles, la rumeur populaire commence à lui prêter des pouvoirs surnaturels. Le diable est vite convoqué... 

Envoyé sur place par le roi en personne, François Antoine, chasseur émérite, avant d'imposer ses méthodes, devra faire avec la mauvaise humeur des autres louvetiers et des gendarmes locaux. Avec l'aide de son fils, jeune et de plus en plus inquiet face à la tournure que prend cette chasse, il va finalement ramener une dépouille à Paris. Mais est-ce la véritable bête ? Si l'on regrette quelques longueurs et répétitions dans le récit, on est cependant subjugué par les dessins et l'ambiance, ténébreuse et inquiétante, qui se dégage de l'album. 

"Les griffes du Gévaudan" (tome 1), Glénat, 64 pages, 15,50 €

BD - Léonarde, fille intelligente et renarde rusée

Il ne faut jamais oublier les premières histoires que l'on imagine dans l'enfance. Ce sont parfois les plus sincères qui donnent matière à une bonne série. Isabelle Bauthian en a fait l’expérience. Elle avoue que Léonarde est "la première histoire un peu solide que j'ai inventée". Des années plus tard la petite héroïne prend vie dans ce premier album qui présente le monde où elle évolue. 

Dans ce moyen-âge fictif, en pleine fantasy, les Humains se partagent la contrée avec deux autres groupes dotés d'intelligence et de parole : les Goupils (renards en français moderne) et les Leus (les loups). Au début de l'histoire Léonarde est une petite fille, meilleure amie de la fille du roi, Eldorise. Elles aiment se faire peur en se racontant la légende du Houéran, méchant esprit protecteur de la forêt, "géant au fessier cornu, qui aime réchauffer sa barbe au coin du feu.

Pour amener plus de paix, Léonarde chipe une formule magique qui doit lui permettre de comprendre la langue des bêtes et ainsi oeuvre pour la concorde. Mais cela ne se passe pas comme prévu. Elle est transformée en Goupile et ne parle que le renard. 

Capturée par les Leus, elle ne doit son salut qu'à l'intervention de Larsan, jeune Goupil impétueux, brave et très mignon. 

L'histoire, dessinée par Anne-Catherine Ott, parfaite dans ce travail d'humanisation des animaux, est complète. Pas de suite prévue pour l'instant, mais franchement ce serait dommage tant Léonarde est sympathique et Larsan prometteur.

"Léonarde, la barbe du Houéran", Bamboo Drakoo, 80 pages, 16,90 €