samedi 5 juin 2021

BD - "Le spectateur", une vie de côté


Mais qui est Samuel, le spectateur de cet album ? Théo Grosjean ne donne pas la réponse car Samuel est toujours sans réaction face aux événements. Muet, il s’exprime par le dessin. On le suit de sa naissance à l’apogée de sa gloire médiatique, quand ses œuvres s’arrachent à prix d’or. Entre ce sont des années de brimades, de rejet et d’incompréhension.


Un album totalement atypique, parfois dérangeant, au graphisme un peu déroutant mais une fois qu’on est dans cet univers, on se passionne pour un homme qui a fait le choix de n’exister qu’après avoir fait un pas de côté. 

« Le spectateur », Noctambule Soleil, 18,95 € 

vendredi 4 juin 2021

Cinéma - « Chacun chez soi » et la famille au milieu


Après de longs mois d’attente pour cause de crise sanitaire, Chacun pour soi, second long-métrage réalisé par Michèle Laroque, arrive enfin sur grand écran. La comédienne était venue dans la région il y a pile un an pour présenter en avant-première cette comédie familiale. Finalement, les fermetures successives ont poussé le distributeur à caler la sortie du film ce 2 juin, soit près de deux ans après son bouclage. 

Les fans de la comique ne seront pas dépaysés. Elle interprète une grande bourgeoise vivant dans une belle villa avec son mari (Stéphane De Groodt), un patron mis sur la touche et qui tente de passer le temps en s’occupant de bonsaïs. Quand leur fille revient temporairement à la maison avec son petit ami, les relations vont se tendre. Entre la mère qui veut conserver son confort et la fille qui  tente de rebondir après une passe difficile, cela fait des étincelles et de nombreux gags. 

Rien de bien novateur, mais le tout est fait avec application et filmé de la façon la plus jolie possible. Clinquant et frais, mais manquant dramatiquement de provocation et de critique sociale. 

"Chacun chez soi", film français de Michèle Laroque avec Michèle Laroque, Stéphane De Groodt, Alice de Lencquesaing et Olivier Rosemberg


De choses et d’autres - Carnaval belge

En France, quand les policiers décident de manifester, ils vont devant l’Assemblée nationale avec des banderoles et reçoivent le soutien de quasiment toute la classe politique. Même leur ministre de tutelle a participé au rassemblement.


En Belgique, autre ambiance. Le mercredi 2 juin au matin, les syndicats policiers ont rendez-vous au ministère de l’Intérieur à Bruxelles. Une vingtaine de délégués sont conviés. Pas de banderole en vue, mais une tenue très symbolique qu’on ne peut que remarquer et qui offre des images télés inoubliables. Ils sont tous arrivés déguisés en Saint-Nicolas, l’équivalent du Père Noël.

Grande barbe, mitre d’évêque, aube blanche, long manteau rouge et crosse, cette procession a défilé sous les caméras des journalistes avant le rendez-vous. L’entrevue s’est aussi déroulée costumée, dans une cour, en plein air, Covid-19 oblige.

Cette «mascarade» (tous étaient en plus masqués) car les négociations portent sur les revalorisations salariales. Les syndicats refusent les augmentations proposées, car ils ne veulent pas de «cacahuètes en guise de cadeau». Un autre participant a fait remarquer qu’ils ne s’étaient pas déguisés pour  «dire que la ministre a été vilaine, mais...» La tradition veut que Saint-Nicolas ne donne pas de cadeaux aux enfants qui n’ont pas été sages.

Heureusement qu’ils n’ont pas débarqué en pères Fouettards

jeudi 3 juin 2021

Cinéma - “Des hommes” perdus dans une guerre oubliée

La guerre d’Algérie a laissé des traces indélébiles et des traumatismes cachés dans toute une génération de Français.

Les jeunes appelés français Feu de Bois et Février (Yoann Zimmer, Félix Kysyl) chargés de ramener au camp le corps d’un médecin torturé à mort par les fellaghas. Artemis Productions / David Koskas


Si les films sur la guerre d’Algérie se multiplient, ils ont rarement cette force et cette rage présentes, de bout en bout, dans Des hommes, réalisation de Lucas Belvaux. Le cinéaste belge place une nouvelle pierre à son édifice filmique très politique. Après la dénonciation de la normalisation de l’extrême droite dans Chez Nous, il revient sur le passé douloureux de la France coloniale et son pire cauchemar : la guerre d’Algérie. 

Loin de signer un film manichéen, il propose aux spectateurs de prendre en considération toutes les conséquences de ce que les autorités françaises ont longtemps considéré comme de simples « événements », parvenant même à en persuader les principaux intéressés, les appelés français. 

Le film se déroule sur deux époques distinctes. De nos jours, dans un petit village du centre de la France et en 1960, en Algérie, Feu de Bois (Gérard Depardieu) se rend à l’anniversaire de sa sœur. Il y retrouve quelques anciens amis dont Rabut (Jean-Pierre Darroussin). Feu de Bois, alcoolique et violent, provoque un esclandre avec un Maghrébin installé depuis des décennies dans ce petit bout de France profonde. Rabut, terrorisé, n’ose pas intervenir. Pour comprendre comment ces deux hommes sont devenus, pour l’un, intolérant ; pour l’autre, lâche. Des hommes raconte leur séjour en Algérie. 

Représailles sanglantes

Depuis leur campement, dans l’arrière-pays, ils harcèlent les fellaghas du FLN. Une guerre qui passe aussi par la terreur imposée aux populations civiles. Et quand un médecin français est victime d’une embuscade, les jeunes soldats français se déchaînent dans des représailles qui font dire à l’un d’entre eux qu’ils agissent comme les Allemands à Oradour. Pourtant, aucune guerre ne ressemble à une autre. La guerre d’Algérie n’a rien à voir avec la Libération de la France de l’emprise nazie. Pas plus qu’elle ne ressemble à la boucherie de Verdun. Pourtant, on y retrouve ce dénominateur commun, au centre du film : les hommes, quels qu’ils soient, d’un camp comme de l’autre, ressortent d’une guerre, au mieux plein de remords, au pire, comme Feu de Bois, complètement détruits psychologiquement. 

"Des hommes", film de Lucas Belvaux d’après le roman de Laurent Mauvignier avec Gérard Depardieu, Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Yoann Zimmer, Félix Kysyl



De choses et d’autres - Le numéro de trop ? 

Il y a toujours eu dans les gouvernements des ministres plus médiatiques que les autres. Par contre c’est la première fois depuis longtemps que des personnalités ne sont connues que pour leur sorties médiatiques et jamais pour leur travail gouvernemental. La championne toute catégorie reste Marlène Schiappa.

 

Plus forte que Nicolas Sarkozy, celui qui a élevé au rang d’art l’omniprésence médiatique quand il était au ministère de l’Intérieur ou Gérald Darmanin, élève du premier et un peu supérieur hiérarchique de la Ministre délégué, chargée de la Citoyenneté.

Une starification qui lui donne l’occasion, en tant que candidate aux régionales en Île de France, de lancer un service tout simplement baptisé « Allô Marlène ». Un numéro de téléphone où on tombe, en théorie, directement sur la ministre et candidate.

Mais contrairement au célèbre « Allô Macha » qui ne fonctionnait que la nuit à la radio, c’est 24 h sur 24 que l’on peut joindre Marlène.

Évidemment elle ne vous répondra pas. C’est surtout un répondeur qui permettra aux équipes d’En Marche de prendre connaissance du climat électoral. Car je crains qu’il n’y ait plus de critiques sur ce numéro que d’encouragements ou de véritables questions.

Marlène Schiappa qui est une seconde fois au centre d’une nouvelle affaire médiatique. BFM a révélé qu’on lui a dérobé le disque dur d’un de ses ordinateurs au ministère de l’Intérieur. Un cambriolage chez le premier flic de France, cela fait toujours mauvais genre.

Et qui a osé faire ça ? D’autant que c’est pour rien selon Marlène qui a précisé qu’il n’y a « absolument aucune donnée importante » dans la mémoire dérobée. Mais alors qu’y a-t-il dans ce disque dur ?

Sur les réseaux sociaux beaucoup se sont amusés à imaginer les fichiers piratés : Les messages enregistrés pour le répondeur d’Allô Marlène ? Sa recette pour avoir de beaux cheveux bien lissés ? Le manuscrit de son prochain livre intitulé « Marlène 2027 » ? Le plus méchant reste cet abonné de Twitter qui prétend qu’il n’y a rien en dehors des enregistrement des milliers de parties de démineur.

mercredi 2 juin 2021

BD - Plaisir obligatoire dans un futur libidineux


Dans un futur proche, la société est divisée en deux castes : les Ugs (moches comme uggly) quasiment les esclaves des Swiits qui, à l’opposé, sont beaux et ont tous les droits. Pour ces derniers, la jouissance est devenue un droit.

Dans une ville de Montpellier devenue capitale du plaisir, un institut soigne ceux qui ont des difficultés à jouir naturellement. Un programme virtuel nommé Even est destiné à apporter le plaisir à tous. 

Mais il y a des réticents, comme ce veuf qui ne se remet pas de la mort de sa femme.  Zidrou signe une histoire étonnante du début à la fin, avec intrigue policière, romance impossible et surtout déshumanisation de cet amour devenu si rare

Au dessin, Alexeï parvient à illustrer sans vulgarité ces scènes très sexuelles. 

« Even », Delcourt, 18,95 €

De choses et d’autres - Adieu à un pionnier du net

Si l’Humanité est un nouveau-né qui n’a pas encore poussé son premier cri en comparaison à l’apparition de la vie sur la planète Terre, qu’en est-il d’internet ? Cet incroyable « machin » a pris une place prépondérante dans notre vie alors qu’il y a à peine 40 ans il n’existait pas pour 98 % de la population.

Une jeunesse qui n’empêche pas les premières morts de vieillesse.

Microsoft, la société tentaculaire qui a imaginé Windows, vient d’annoncer officiellement que son navigateur Internet Explorer ne serait plus développé et cesserait définitivement de fonctionner en juin 2022.

Pourtant, en 2000, Internet Explorer occupait 96 % du marché. Il avait terrassé son concurrent Netscape et régnait en maître absolu dans les foyers de plus en plus accros au net. Une position dominante et un manque d’adaptation aux nouvelles découvertes lui ont été fatals.

Firefox, le premier, a titillé le monstre. Même si à l’époque le débit était très lent, on constatait immédiatement une rapidité accrue quand on passait sous le pavillon du renard de feu. Et quand Chrome est apparu, la messe était dite. Car, en plus d’être vieillot, Internet Explorer plantait régulièrement.

J’ai basculé, comme d’autres, quand, travaillant au service internet du journal, j’ai dû répéter des dizaines de fois à des lecteurs mécontents que « si, lindependant.fr fonctionne parfaitement. Mais pas sous Internet Explorer. Passez sous Chrome, Firefox ou Safari et vous retrouverez tous les articles et commentaires du jour. »

Ainsi je recommande une dernière fois aux hommes de Cro-Magnon qui surfent toujours sous Internet Explorer de changer de crémerie. Vous verrez votre horizon virtuel se dégager comme par miracle. 

mardi 1 juin 2021

BD - La grande aventure estivale de Titeuf


Le nouvel album de Titeuf, le génial gamin imaginé par Zep qui en a vendu des millions d’exemplaires, est une histoire complète. Nous sommes au début des vacances, Titeuf doit aller à la colonie de vacances du bois des ours. Un crève-cœur lui qui espérait tant intégrer le camp jeu vidéo… 

Dans une forêt, il va devoir camper avec des inconnus, filles et garçons et affronter les dangers de la nuit noire et de la baignade en rivière. Sans compter l’odeur des pieds de Jimmy et les boules puantes distillées par Ronaldo. Pas gai tous les jours. 

Par chance, Titeuf découvre dans l’encadrement celle qui sera la femme de sa vie, Louane, si belle, si gentille… si âgée. Zep retrouve la verve des premiers titres, avec situations embarrassantes pour Titeuf, hilarantes pour le lecteur.

« Titeuf » (tome 17), Glénat, 10,95 €

De choses et d’autres - Les ministres aussi ont des chagrins d’amour

Samedi soir, au concert d’Indochine à Paris, en plus de 5 000 cobayes composant le public, on dénombrait quelques personnalités dans l’assistance. La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot (qui avait obtenu un passe-droit, puisque le spectacle était normalement interdit aux plus de 45 ans), et son collègue Olivier Véran, chargé de la Santé.

Ce dernier a publié une petite vidéo sur son compte Twitter, tournée durant le spectacle, où on le voit de dos rejoindre les premiers rangs de spectateurs et parler quelques secondes avec une fan (tatouée à l’épaule gauche). Un aparté masqué, mais très éloigné de la distanciation sociale préconisée par ses services.

Un œil averti remarquait même qu’il s’approchait très très près de la jeune femme.

Pas si étonnant, cependant, si l’on est un habitué des chroniques potins des journaux people. Car, vendredi, on apprenait que le ministre, à peine âgé de 41 ans (lui, avait parfaitement le droit de se trouver au concert), venait de rompre avec Coralie Dubost, députée de l’Hérault. La belle histoire d’amour, avec coup de foudre réciproque, a donc pris fin en plein déconfinement. Ils avaient divorcé, tous les deux, pour pouvoir s’afficher en public.

La romance au pays des marcheurs aura finalement duré trois ans. Comme l’affirme la maxime populaire.

En réalité, samedi, au concert d’Indochine, le ministre, tout content de laisser les chiffres de la pandémie au vestiaire, le temps d’une soirée, vivait sa première sortie en célibataire depuis des années. Tout le monde l'a bien remarqué.

mercredi 21 octobre 2020

Cinéma - “Adieu les cons” : la cavale ultime

Toujours aussi acerbe, Albert Dupontel brocarde de nouveau notre société devenue folle.

Le suicidaire (Albert Dupontel), la condamnée (Virgine Efira) et l’aveugle (Nicolas Marié), le trio improbable de la cavale du film Adieu les cons.  Jérôme Prébois - ADCB Films


Depuis toujours, Albert Dupontel a un faible pour les ratés, les oubliés de la vie, les imparfaits et autres inadaptés à notre société du toujours plus beau, toujours plus brillant. Il puise dans ces personnages des idées de scénario où toute sa loufoquerie couplée à un anarchisme radical permet de transformer le banal en extraordinaire. Adieu les cons n’échappe pas à cette règle, avec cependant de plus en plus de tendresse pour ces handicapés de la vie sociale.

Tout débute dans le cabinet d’un médecin. Suze Trappet (Virginie Efira) découvre les radios de ses poumons. Elle trouve ça très joli. Le toubib, lui, s’égare en circonvolutions pour ne pas avouer de but en blanc qu’elle est condamnée. JB (Albert Dupontel), informaticien austère, est mis au placard pour laisser la place à un jeune diplômé plus dynamique. Désespéré, il décide de se suicider. Cela tourne mal et le voilà en fuite avec Suze, qui va lui demander de retrouver le fils qu’elle a abandonné quand elle était adolescente. Pour cela ils vont avoir besoin de l’aide de M. Blin (Nicolas Marié), un archiviste rendu aveugle après une bavure policière. Ces Pieds Nickelés vont déjouer tous les pièges des forces de l’ordre et localiser le médecin qui a accouché Suze. Le docteur Lint (Jackie Berroyer), souffre de démence sénile, mais cette histoire lui permet de retrouver un peu de lucidité et finalement, après bien des péripéties improbables (qui font tout le sel du film), le trio va enfin mettre la main sur ce fils disparu et l’aider à mieux gérer sa vie sentimentale de geek coincé et introverti.

Trio équilibré

Cela semble touffu résumé de cette façon, et pourtant le film est d’une fluidité absolue. Les désespoirs de Suze, l’honnêteté de JB, les bravades de M. Blin permettent à chacun de tirer le meilleur de l’autre. Une réelle complicité, tendresse aussi, se noue entre les trois. A noter que dans le rôle de la petite amie du fils de Suze, Marilou Aussiloux, comédienne originaire de Narbonne, prouve qu’elle est aussi à l’aise en tailleur chic qu’en robe d’époque qu’elle porte dans La révolution série diffusée sur Netflix. Autre petit rôle remarqué (et remarquable), Terry Gilliam des Monty Python interprète d’un vendeur d’armes à feu qui pourrait faire de l’ombre à Trump. 

Et la morale de l’histoire me direz-vous ? Elle se résume par le titre du film : Adieu les cons !

Film français d’Albert Dupontel avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié