Si vos nuits sont déjà un peu agitées en raison de cauchemars récurrents et troublants, évitez ce roman de Pascal Bruckner. Ou au choix dévorez-le en une nuit blanche. Ainsi vous n’aurez pas de cauchemar, même si les mésaventures de Jézabel valent largement toutes les inventions paranoïaques de votre inconscient. Pascal Bruckner, dans une veine fantastique qu’il apprécie tant, renoue avec les dédales du temps.
En route pour le Canada afin de présenter à un ami de son père une montre particulière, Jézabel croit sa dernière heure arrivée lors d’une violente tempête. L’avion de ligne, chahuté, est détourné vers le Maine aux USA. De là, elle rejoint un hô- tel perdu dans les montagnes avant d’espérer prendre un bus pour le Canada quand les conditions météo le permettront. Un hôtel étrange, immense, silencieux et sinistre.
En rejoignant la chambre, elle croise pour une première rencontre avec les Insomniaques : « Au loin apparut, accoudé à la balustrade de l’entresol, un trio de vieux messieurs, debout à cette heure, un manchot, un bossu et un boiteux avec leurs cannes qui la fixaient sans mot dire. Ils sautillaient, vifs et agités, malgré leurs handicaps ». Une ambiance étrange, à la Shinning, qui ne l’empêche pas de sombrer dans le sommeil après 24 heures éprouvantes.
A son réveil, elle découvre qu’elle a dormi une année complète. Rêve ou réalité, jamais le lecteur ne sait où est la frontière. Un peu comme si le présent, le passé et l’avenir se mélangeaient allègrement dans un récit alambiqué. Avec Jézabel, on résiste pour ne pas sombrer dans la folie.
➤ « Un an et un jour » de Pascal Bruckner, Grasset, 18 €
➤ L’adaptation en BD de son roman « Les voleurs de beauté », prix Renaudot, vient de sortir aux éditions Glénat
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
samedi 20 octobre 2018
vendredi 19 octobre 2018
Roman - Sur la trace de Federica Ber, la belle disparue
Qui était Federica Ber ? Qu’est-elle devenue ? Ces deux interrogations sont au centre du roman de Mark Greene. Le narrateur se souvient de cette belle Italienne qui lui a fait découvrir les toits de Paris quand il était jeune.
Aujourd’hui elle est suspectée dans la mort d’un couple d’architectes découvert attachés au pied d’une muraille rocheuse des Dolomites. Entre ces récits distincts, l’auteur aurait pu signer un faux polar, avec rebondissements et coups de théâtre. Il a préféré jouer à fond la nostalgie. Les souvenirs de cet été magique. Puis la disparition de cette femme libre, visionnaire. Cela donne deux histoires d’amours incomplètes, inachevées. Marquées par le destin. Un roman fort et vertigineux.
➤ « Federica Ber » de Mark Greene, Grasset, 18 €
jeudi 18 octobre 2018
BD - Valise mystérieuse et camions du diable
L’histoire ne compte que huit planches dont une dernière inédite. L’essentiel de l’embryon de récit tourne autour d’une valise, dérobée par un vagabond et qui, en découvrant ce qu’elle contient, préfère s’en débarrasser immédiatement en la jetant dans une mare. Que contenait cette valise ? La question est restée sans réponse durant des décennies. Tillieux, qui travaillait à l’époque comme un feuilletoniste, n’avait pas encore pensé à la suite de l’histoire. Risque-Tout abandonné, il lâche Marc Jaguar pour se consacrer à son autre série vedette, Gil Jourdan. Ce n’est que 50 ans plus tard que Walthéry et Borgers ont osé imaginer une suite aux « Camions du diable ». Le dessin en a été confié à Delvaux, grand spécialiste des voitures de l’époque. Cela donne un album hommage, dans l’esprit, avec pour boucler la boucle, la reproduction des planches dessinées par Tillieux. Le Marc Jaguar « moderne », de journaliste, se transforme en détective privé et même espion, n’hésitant pas à utiliser la manière forte quand il se retrouve en position délicate. Courses-poursuites, bagarres, intrigues, trahisons, secret d’État, le tout saupoudré de quelques clins d’œil en référence à Zappy Max ou César et son incorrigible fillette, autres personnages du prolifique Tillieux.
« Marc Jaguar, les camions du diable », Dupuis, 17,50 €
mercredi 17 octobre 2018
BD - Ouvrir la boîte de ses origines
Ses parents sont Coréens. Ils vivent en France depuis longtemps. Elle y est née comme son petit frère. Mais quand la mère meurt dans un accident de la route et que son père se retrouve dans le coma, Claire va devoir se plonger dans les papiers de la famille et découvrir qu’elle a été adoptée à l’âge d’un an. Elle a été trouvée dans une babybox. Pour faire le deuil de sa mère qui ne l’était pas, elle va en Corée pour tenter de retrouver sa véritable mère. Un récit initiatique peut-être encore plus fort que les mémoires dessinées de Jung, « Couleur de peau : miel ».
« Babybox », Soleil Noctambule, 18,95 €
mardi 16 octobre 2018
BD - Violette Morris, une femme trop forte
« Violette Morris » (tome 1/4), Futuropolis, 16 €
lundi 15 octobre 2018
BD - Monstrueuse mer, terrain de chasse du "Kraken"
Serge Dougarry a connu la gloire. Présentateur à la télévision, son émission sur la mer a tutoyé les sommets de l’audimat. Aujourd’hui il n’a plus d’émission et vivote en thésaurisant cette notoriété résiduelle en vantant des conserves de poisson. Un matin, un gamin, en ciré jaune et armé d’un harpon sonne à la porte de son appartement parisien.
Il lui demande de l’aider pour chasser le kraken. Le début de ce roman graphique en bichromie signé Pagani et Cannucciari interloque. Dougarry, épave alcoolique, se bat avec des démons intérieurs.
Le gamin, Damien, est visiblement un attardé. Cet improbable duo va pourtant se retrouver dans la petite ville côtière où le drame se noue. La mère de Damien persuade Dougarry de faire semblant de partir à la chasse au kraken avec son fils handicapé.
Damien, devenu le souffre-douleur de toute la communauté depuis que le poisson se fait rare et que des enfants disparaissent dans la mer.
Et si le kraken, monstre marin légendaire, existait vraiment ? Entre étude sociologique, enquête policière et récit fantastique, cet album magistralement dessiné et à l’intrigue pleine de rebondissements a très justement remporté le prix du meilleur album italien au dernier festival BD de Rome
« Kraken », Soleil, 17,95 €
dimanche 14 octobre 2018
BD - Méfiance les machos, Camel Joe est là !
À force de voir des films de superhéros, ça devait arriver : les féministes aussi rêvent d’une justicière dévouée à leur cause. Claire Duplan, jeune dessinatrice parisienne, l’a imaginée. Exactement elle raconte la vie de Constance, illustratrice survivant en enchaînant les boulots alimentaires (et trop souvent sexistes pour les agences de pub).
Pour faire passer la pilule, elle dessine sur son blog les aventures de Super Joe, l’héroïne qui arrive quand une de ses sœurs est importuné par un harceleur, un relou, un dragueur ou tout être de sexe masculin qui pense plus avec ce qu’il a dans son pantalon qu’avec son cerveau. Super Joe plaît aux copines de Constance. Et devient Camel Joe pour affirmer sa féminité.
Cet album, au trait unique (simplicité de Claire Brétécher, efficacité de Pénélope Bagieu), va beaucoup plus loin dans la dénonciation des harceleurs du quotidien. Il donne aussi aux lectrices et surtout lecteurs des clés pour mieux comprendre certaines femmes d’aujourd’hui.
Sur leurs façons d’aimer, leur propension à provoquer des bagarres dans les bars ou d’arroser les plantes avec un engrais naturel inattendu. Le problème pour les hommes-lecteurs : ils ne peuvent que tomber amoureux de Camel Jo alias Constance alias Claire Duplan…
« Camel Joe », rue de l’Échiquier, 16,50 €
Livre - Anarchie, nom féminin
Si aujourd’hui l’anarchie est considérée comme une dérive politique dangereuse, essentiellement liée historiquement à des actions violentes, à l’origine cette façon de penser et de vivre en communauté était pacifique et séduisante.
Daniel de Roulet, écrivain suisse, a retrouvé dans les archives des traces de cette utopie si belle. Il raconte dans ce roman la vie de « Dix petites anarchistes ». Elles viennent toutes de Saint-Imier, petit bourg helvète où les habitants vivotent entre élevage et travail dans l’horlogerie de précision. Les mouvements ouvriers ont le vent en poupe. Avant que Marx n’impose sa vision du collectivisme anticapitaliste, d’autres prônent une autre voie : l’anarchisme. Les bourgeois et leur autorité, dans leur envie de maintenir leur pouvoir, ne font pas la différence et répriment sévèrement les deux camps.
Traversée avec Louise Michel
Au point que dix jeunes femmes du village envisagent de créer une communauté anarchiste aux antipodes : en Patagonie. Du rêve à la réalité, ce sont ces aléas de la vie qui forment l’essentiel du roman battit comme le témoignage de la dernière survivante. Les deux premières petites anarchistes, parties en exploratrices, seront assassinées dans la ville chilienne de Talcahueno.
Cela ne décourage pas leurs amies qui prennent le bateau en France pour Punta Arenas. Le même qui conduit les condamnés communards dont Louise Michel, vers le bagne de Nouvelle-Calédonie. Elles partent à huit (avec une ribambelle d’enfants) mais n’arrivent qu’à sept, Émilie meurt en couches en pleine traversée. Durant dix ans elles vont survivre dans des conditions climatiques effroyables. Mais elles mettent leur projet en partie à exécution et gagnent suffisamment d’argent pour se lancer dans une seconde migration.
Elles comptent rejoindre l’île de Robinson Crusoé dans le Pacifique où s’épanouit une communauté anarchiste appelée « l’expérience ». C’est la partie la plus heureuse de ces vies même si ce n’est pas la plus importante du récit. «Difficile de raconter notre vie sur l’île : le bonheur se passe d’un récit, les anecdotes s’estompent ou deviennent ridicules quand le temps s’est écoulé ».
La fin du périple se passe en Argentine au début du XXe siècle. Les jeunes anarchistes, devenues vieilles militantes, croient toujours à leur rêve. Même si depuis les actions pacifiques de Saint-Imier, les faits ont donné raison aux tenants de la manière forte. Un témoignage important, prouvant que l’envie de liberté des femmes ne date pas de ces dernières décennies, bien au contraire.
➤ «Dix petites anarchistes» de Daniel de Roulet, Buchet-Chastel, 14 €
Daniel de Roulet, écrivain suisse, a retrouvé dans les archives des traces de cette utopie si belle. Il raconte dans ce roman la vie de « Dix petites anarchistes ». Elles viennent toutes de Saint-Imier, petit bourg helvète où les habitants vivotent entre élevage et travail dans l’horlogerie de précision. Les mouvements ouvriers ont le vent en poupe. Avant que Marx n’impose sa vision du collectivisme anticapitaliste, d’autres prônent une autre voie : l’anarchisme. Les bourgeois et leur autorité, dans leur envie de maintenir leur pouvoir, ne font pas la différence et répriment sévèrement les deux camps.
Traversée avec Louise Michel
Au point que dix jeunes femmes du village envisagent de créer une communauté anarchiste aux antipodes : en Patagonie. Du rêve à la réalité, ce sont ces aléas de la vie qui forment l’essentiel du roman battit comme le témoignage de la dernière survivante. Les deux premières petites anarchistes, parties en exploratrices, seront assassinées dans la ville chilienne de Talcahueno.
Cela ne décourage pas leurs amies qui prennent le bateau en France pour Punta Arenas. Le même qui conduit les condamnés communards dont Louise Michel, vers le bagne de Nouvelle-Calédonie. Elles partent à huit (avec une ribambelle d’enfants) mais n’arrivent qu’à sept, Émilie meurt en couches en pleine traversée. Durant dix ans elles vont survivre dans des conditions climatiques effroyables. Mais elles mettent leur projet en partie à exécution et gagnent suffisamment d’argent pour se lancer dans une seconde migration.
Elles comptent rejoindre l’île de Robinson Crusoé dans le Pacifique où s’épanouit une communauté anarchiste appelée « l’expérience ». C’est la partie la plus heureuse de ces vies même si ce n’est pas la plus importante du récit. «Difficile de raconter notre vie sur l’île : le bonheur se passe d’un récit, les anecdotes s’estompent ou deviennent ridicules quand le temps s’est écoulé ».
La fin du périple se passe en Argentine au début du XXe siècle. Les jeunes anarchistes, devenues vieilles militantes, croient toujours à leur rêve. Même si depuis les actions pacifiques de Saint-Imier, les faits ont donné raison aux tenants de la manière forte. Un témoignage important, prouvant que l’envie de liberté des femmes ne date pas de ces dernières décennies, bien au contraire.
➤ «Dix petites anarchistes» de Daniel de Roulet, Buchet-Chastel, 14 €
samedi 13 octobre 2018
Livre - Un pavé dans vos toilettes
On ne sait pas exactement combien contient de feuilles un rouleau de papier toilette, pour le livre d’Annie Pastor la réponse est en couverture : « 1 000 pages pour ne plus vous ennuyer aux WC». Compilation d’informations utiles et amusantes, ce pavé pèse un peu plus d’un kilo. Les articles, d’une à deux pages, se lisent facilement et ne vous prendront pas une éternité.
De la culture avec un petit « c » plus divertissante que sérieuse. Des listes ou des chiffres. On apprend par exemple que les chasseurs français, chaque année, dispersent dans la nature 6 000 tonnes de plomb. Hilarante, la liste des poissons d’avril en Angleterre comme l’annonce en 1980 que Big Ben abandonnerait ses aiguilles pour un affichage digital.
Enfin ne manquez pas la liste totalement délirante des actions illégales de certains états américains comme d’avoir des relations sexuelles avec un porc-épic en Floride, d’embrasser sa femme le dimanche dans le Connecticut ou de descendre d’un avion en vol dans le Maine.
➤ Hugo – Desinge éditions, 14,95 €
vendredi 12 octobre 2018
BD - Les femmes (en)chantantes du "Sang des cerises" de François Bourgeon
L’une chante, l’autre jure. François Bourgeon aime raconter la vie de femmes qui bousculent le quotidien, la routine et la normalité. Si tout a commencé avec Isa, son inoubliable héroïne des « Passagers du vent », il continue aujourd’hui cette saga familiale vendue à plus d’un million d’exemplaires. 20 ans après la mort d’Isa, on retrouve sa petite fille, Zabo, dans le Paris de la fin du XIXe siècle. 20 années dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle se fait désormais appeler Clara.
Elle parle toujours comme un charretier et a tendance à vouloir défendre la veuve et l’orpheline. C’est comme ça qu’elle croise la route de Klervi, jeune Bretonne montée à Paris pour y trouver du travail comme bonne. Importunée par un homme lors des obsèques de Jules Vallès, Clara prend la défense de Klervi. Elles se croisent de nouveau un peu plus tard. Klervi, a abandonné ses rêves. Elle est sous la protection d’un mac.
Clara va la libérer de son emprise. Les deux femmes deviennent amies et ne se quittent plus durant les 80 pages de ce roman graphique. En changeant de lieu et d’époque, François Bourgeon renouvelle sa palette. Il dresse le portrait de ce Paris encore meurtri par le drame de la Commune et qui gronde. Klervi, dotée d’une belle voix, va chanter dans les cabarets.
Une histoire féministe avant l’heure, au cours de laquelle l’auteur dévoile parcimonieusement quelques indices sur le passé de Zabo, devenue Clara.
« Les passagers du vent, le sang des cerises » (tome 1/2), Delcourt, 17,95 €
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