dimanche 10 janvier 2016

BD - Moments de grâce avec Jim


Les auteurs BD aussi sont tentés par les nouvelles. Jim, scénariste et dessinateur prolixe, déjà remarqué pour quelques romans graphiques à la petite musique douce comme « Une nuit à Rome ». On retrouve ce ton dans les 12 histoires complètes de moins de dix pages sur les petits moments de la vie, si beaux qu'on est incapable de s'en apercevoir sur le moment. Alors Jim nous ouvre les yeux et au gré de ces situations si basiques et classiques, on se surprend à se dire que finalement, nous aussi si on voulait on pourrait mieux profiter de notre existence. 
Comme ce papa qui en regardant ses deux grands enfants, devenus presque des adultes, regrette tant et tant cette enfance où il conduisait sa fille à l'école en lui tenant la mains, ou quand il allait choisir un personnage de Pokemon avec son fils dans une grande surface spécialisée. Ou cette soirée trop arrosée au cours de laquelle une ami vous fait une blague idiote quand vous êtes au toilette.
 Elle prend votre téléphone et à deux heures du matin envoie ce texto à votre mère : « Maman, je t'aime » déclenchant un tsunami de réactions dans votre famille. Parce que jamais vous n'aviez envoyé ce genre de message. La plus belle reste celle où il se rappelle la semaine passée à Cadaquès avec cette femme exceptionnelle, de celle que l'on se dit « ce serait dingue de pouvoir la revoir, et la connaître davantage. » 
Une semaine qui représente le bonheur absolu, même si après, tu a passé des années à vivre avec elle, à la regarder vieillir, à l'aimer toujours aussi fort... « De beaux moments » que Jim partage avec ses lecteurs. Merci à lui.
« De beaux moments », Bamboo, 18,90 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - Dussart télévisuel

Voilà largement plus de dix ans qu'Éric Dussart passe ses journées et ses nuits à regarder la télé un calepin à la main. Il traque toutes les bourdes, erreurs, lapsus et autres approximations qui transforment ce média en antidépresseur radical. Comment ne pas rire à la vie lorsqu'une candidate à une quelconque téléréalité déclare sentencieusement "Je suis têtue comme une moule" ou cet autre "Moi je me sens bien... Comme un coq en plâtre".

Dans la catégorie jeux, les réponses à certaines questions méritent d'être enterrées au Panthéon de l'absurdité. "Qui a écrit la Marseillaise ? Il venait pas de Marseille. C'est une feinte... Rouget de Bordeaux". 
L'intégrale du "Maillon faible" mériterait d'être repris dans ce livre. Juste un exemple : "Si les abeilles volent en essaim, en quoi se regroupent les sardines ? En boîtes !".
Terminons par cette remarque relevée dans "Confessions intimes", résumant le brio de ces "vedettes" du petit écran : "Quand tu dormiras, tu me feras signe."
"Brèves de télé, le pire de A à Z", Chiflet, 10 euros.

samedi 9 janvier 2016

BD - La double vie d'Esmera


Adulé des enfants avec son personnage de Titeuf, Zep change totalement de registre avec Esmera, histoire complète confiée au dessinateur Vince. Terminés les gags comiques dans les cours de récréation, Zep s'attaque aux grands, les adultes, ceux qui ne vivent, au final, que pour jouir et posséder. Esmera, jeune Italienne, débute le récit de ses amours étonnantes quand elle n'est qu'une petite lycéenne, interne dans un établissement tenu par des religieuses. Son grand amour, virtuel, c'est Marcello Mastroianni. Rachele, sa copine de chambre par contre, a franchi le rubicond et son amoureux vient régulièrement l'honorer dans la petite chambre. Esmera regarde, apprend, espère. 
Durant les vacances, elle se « donne » à un gentil garçon. Mais c'est bref et peu concluant. L'extase, elle ne la découvre qu'à la rentrée, avec la bouche de Rachele. Elle prend conscience alors aussi de son incroyable don (ou malédiction). Quand elle jouit, elle change de sexe. Devenue garçon, elle a toute latitude d'expérimenter le maniement du sexe opposé. Et de de redevenir fille. 
Ce conte de fée fantastique, loin d'être prude, joue clairement dans la cour des récits « pour public averti ». Les dessins de Vince ne cachent rien des expérimentations et transformations d'Esmera, mi-femme mi-homme, perdue entre deux sexes, plusieurs amours et la comparaison sans fin des orgasmes féminins et masculins.
« Esmera », Glénat, 24 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - Housse spéciale pour conducteurs idolâtres

Tout ce que je demande à une voiture c'est de me conduire d'un point A à un point B. Contrairement à la majorité je ne m'extasie pas devant ses performances cinétiques, ni ses courbes et encore moins sa couleur.
Une voiture reste juste un moyen de locomotion pratique. Pour d'autres elle s'apparente à un bijou qu'il faut protéger, astiquer, bichonner. Et pas forcément faire rouler. Pour preuve cette publicité dans le dépliant d'une grande surface qui propose pour à peine plus de 20 euros, une housse de protection. Mais attention en plus de résister « à tous types de désagréments » (mais qu'est ce qui tombe du ciel en dehors de la pluie ?), elle possède ce petit plus qui fait la différence : « une fermeture éclair au niveau de la portière afin d'éviter le retrait total de la housse ».
Il existe donc des conducteurs qui voudraient pénétrer dans leur auto sans en retirer la housse ? Mais alors, pour y faire quoi ? Car la housse n'est pas transparente. Rouler avec confine au suicide. Le maniaque de propreté apprécie peut-être cette ouverture pour faire les poussières. A moins qu'il aime se retirer dans sa voiture, au calme, loin de tout, pour profiter du moelleux de ses sièges. Seul ou accompagné, la housse assure une totale intimité. Peut-être existe-t-il une version chauffante qui permet de la transformer en plaid gigantesque.
Reste la dernière hypothèse : une longue suspension de permis. Le contrevenant protège sa voiture mais peut quand même avoir l'impression de l'utiliser en se mettant au volant tout en faisant « vroum ! Vroum ! ».

vendredi 8 janvier 2016

Thriller - Deux femmes et des meurtres


Deux femmes sur les traces d'un ou plusieurs tueurs en série. Dans « Block 46 » de Johana Gustawsson, Emily et Alexis enquêtent entre Londres et la Suède.

Deux époques, trois lieux : Johana Gustawsson n'a pas choisi la facilité pour son premier thriller en solo. Cette journaliste française, originaire de Marseille, n'a pourtant plus rien à voir avec le Sud. Elle vit à Londres et son mari, Suédois, lui a fait découvrir la côte ouest de la péninsule scandinave. Son « Block 46 » se déroule en Angleterre et dans la ville de Falkenberg.

Le lien entre ces deux lieux : des meurtres selon un même mode opératoire. La question récurrente de ce roman est : un serial killer et deux territoires de chasse, ou un tueur dominant et un élève dominé, chacun chez soi ?
Un travail pour Emily Boy, une des deux héroïnes imaginées par Johana Gustawsson. Cette Canadienne, brillante profileuse, est installée à Londres depuis quelques années. Elle collabore avec Scotland Yard. Par un petit matin, dans un parc, des promeneurs découvrent le cadavre d'un enfant grossièrement dissimulé sous des feuilles mortes. Il a été étranglé, dénudé, lavé. Puis le sadique lui a retiré les yeux et arraché la trachée. Une victime de plus pour ce serial killer qui, depuis quelques mois, a déjà frappé à plusieurs reprises à Londres.

Meurtre en Suède
Au même moment, l'autre personnage principal de l'histoire, Alexis Castells, écrivaine française installée à Londres et spécialisée dans les tueurs en série, part en urgence en Suède. Elle est sans nouvelles de sa meilleure amie, Linnéa, styliste en bijouterie. En compagnie d'une autre amie et du futur époux de Linnéa, elle se rend à Falkenberg, ville côtière recouverte de glace en ce mois de janvier rigoureux. Ils n'ont pas le temps de se rendre à la villa de Linnéa. La police vient de retrouver son cadavre au bord de la plage. Énuclée, la trachée arrachée. Cette information arrive jusqu'à Emily qui se transporte immédiatement en Suède. Avec l'aide d'Alexis, elle va tenter de tracer le portrait de ce tueur et ses recherches vont la mettre sur la trace d'un certain Erich, ancien déporté à Buschenwald.
Le lecteur lui est déjà en partie dans la confidence. Entre les différentes scènes en Suède ou à Londres, on suit la survie d'Erich dans ce camp de la mort. Privations, sévices, travail forcé. Il est affecté dans un premier temps au nettoyage des fours. Cela donne quelques passages particulièrement durs comme cette description : « Face à Erich, plusieurs dizaines de corps nus ou vêtus de haillons étaient pendus à des crochets fixes à quelques centimètres du plafond, comme des pièces de viande. Les visages, tordus par la peur et la douleur, semblaient encore vivants. » Erich sera finalement affecté au Block 46, celui des expérimentations médicales. Il va devenir le bras droit d'une médecin nazi fou, disséquant à longueur de journée des corps décharnés de déportés exécutés quelques minutes auparavant. Toute l'horreur du roman est concentrée dans ces courts passages parfois insoutenables.
Fan d'Agatha Christie, Johana Gustawsson attend les dernières pages pour dévoiler l'identité du tueur. Un dénouement remarquablement amené et qui surprend le lecteur. Des deux héroïnes, Emily, la plus effacée, semble pourtant la plus porteuse. Souhaitons que la profileuse au caractère si fragile revienne dans une nouvelle enquête.
« Block 46 », Johana Gustawsson, Bragelonne, 20 €


DE CHOSES ET D'AUTRES - Cadeau empoisonné

A la base on désire combler le destinataire. En pratique, certains cadeaux s'avèrent empoisonnés. L'histoire se répète chaque année au moment des fêtes. Annoncé comme la star des amateurs de nouveautés, le mini-segway se révèle finalement un objet dangereux qui cause bien des soucis à ses malheureux propriétaires.

Composé de deux roues montées de part et d'autre d'une planche, il ressemble à un skateboard. En théorie, on monte sur le plateau et l'équilibre est immédiat. On se penche légèrement en avant et on avance (jusqu'à 15 km/h). Pour tourner, il suffit d'appuyer un peu du pied droit ou gauche. Certains l'envisageaient comme la préfiguration de l'hoverboard de "Retour vers le futur", d'autres comme l'avenir du déplacement urbain. En réalité l'invention provoque au mieux des hématomes, au pire des fractures.
Des milliers de mini-segway ont été offerts ces dernières semaines. Généralement les premiers essais sont filmés par le généreux donateur : des heures et des heures de compilation de chutes sur YouTube. A l'arrêt, en pleine vitesse, en (tentant) de virer, en avant, en arrière : il semble impossible de rester debout sur cet engin diabolique. Peut-être nécessite-t-il un peu d'apprentissage. Qui n'est pas tombé de vélo lors de ses premiers coups de pédales ? Mais contrairement à la bicyclette, rares sont ceux qui insistent.
Et les obstinés risquent carrément l'immolation, car certains modèles développent une fâcheuse propension à s'enflammer quand ils se rechargent. Bref, le cadeau empoisonné dans toute sa splendeur.

jeudi 7 janvier 2016

Cinéma - Le coupable était trop beau

Coupable parfait, un chauffeur de taxi va passer plusieurs mois en prison. 'Arrêtez-moi là', film implacable de Gilles Bannier avec l'excellent Réda Kateb.



Une erreur judiciaire est souvent la somme d'autres erreurs, petites mais graves de conséquence. "Arrêtez-moi là", film de Gilles Bannier, décortique le fonctionnement de la police et de la justice, énorme machine qui broie les innocents quand tout les accuse. La 'victime' est chauffeur de taxi. Samson (Réda Kateb) aime ce métier plein de paradoxes. Il permet de travailler en solitaire tout en rencontrant des gens tous très différents les uns que les autres. 


Samson, célibataire calme et sans histoire, apprécie d'autant son emploi qu'il lui permet de passer ses journées en compagnie de son chat et d'écouter de la bonne musique.

A Nice, il récupère à l'aéroport une jeune femme (Léa Drucker) et la conduit à Grasse. Sur place, Samson va accumuler les petites erreurs qui vont transformer sa vie en cauchemar. Il accepte d'entrer dans la maison de sa cliente le temps qu'elle fasse l'appoint. Il en profite pour aller aux toilettes.

Seconde erreur, il laisse ses empreintes digitales sur la fenêtre ouverte. De retour en ville, alors qu'il a terminé son service, il accepte de transporter gracieusement deux étudiantes éméchées. L'une d'entre elles vomit dans son taxi. Nouvelle erreur quand il décide d'aller immédiatement le laver à la vapeur. Le lendemain, deux policiers sonnent chez lui et lui demandent de le suivre au commissariat. Il se retrouve en garde à vue et ne sera plus libre durant des mois. Un coupable idéal pour des policiers menant l'enquête à charge. La petite fille de la cliente de Grasse a été enlevée dans la soirée. Quand on retrouve les empreintes de Samson sur la fenêtre des WC, son sort est joué. Au cours des interrogatoires, filmés avec brio, dans une tension allant crescendo, Samson comprend petit à petit ce qu'on lui reproche. Et malgré ses dénégations il est mis en examen et écroué. Son avocat commis d'office (Gilles Cohen) ne lui sera d'aucun secours.
Le film, tel un mécanisme de précision, montre comment quelques soupçons se transforment en intime conviction et même en preuves, aussi fragiles soient-elles. Pourtant la fillette n'est pas retrouvée. L'étoile Réda Kateb Et jamais Samson ne modifiera son témoignage. Le spectateur, comme paralysé, ne sait que penser. Il veut croire Samson, mais n'a pas la certitude de son innocence. Arrive le procès, avec son lot de coups de théâtre, d'espoir et de désillusion. Tiré d'une histoire vraie, ce scénario a le mérite de mettre en évidence un concept trop souvent négligé : la présomption d'innocence.
Un film dur et âpre, qui doit beaucoup à l'interprétation parfaite de Réda Kateb, étoile montante du cinéma français.
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Un rôle à César pour Réda Kateb
 
On ne connaît pas encore les acteurs sélectionnés pour les prochains César, mais Réda Kateb devrait faire partie des trois favoris. Cet acteur qui a débuté dans les séries télé après un peu de théâtre impose sa nonchalance et son calme dans tous les personnages qu'il compose. Son charme aussi. Qui passe par une grande douceur. Dans le film de Gilles Bannier, il interprète un chauffeur de taxi. Un métier qu'il a déjà endossé pour le premier film de Ryan Gosling, l'étrange et bizarre 'Lost River'. Une carrière américaine pour ce comédien tout terrain qui a débuté dans 'Zero Dark Thirty'. Il y campe un terroriste torturé par Jason Clarke. L'an dernier on l'a remarqué dans 'Loin des hommes' et le très réussi 'Hippocrate' pour lequel il remporte le césar du meilleur second rôle masculin. Avec 'Arrêtez-moi là', il devrait logiquement monter dans la catégorie supérieure. Il porte le film, présent dans toutes les scènes, passant par tous les états. Mais il aura fort à faire cette année. Il risque de se retrouver confronté à deux monstres : Fabrice Luchini dans 'L'hermine' et Vincent Lindon dans 'La loi du marché'.

DE CHOSES ET D'AUTRES - Le livre mystérieux

Vendredi, voilà exactement 20 ans, François Mitterrand s'éteignait. L'occasion de revenir sur son long parcours, d'opposant puis de président de la République. De tous les hommages, témoignages ou anecdotes, les circonstances de l'annonce de sa mort deviennent passionnantes sous la plume de Dominique Chabrol, journaliste de l'AFP (Agence France Presse) de permanence ce 8 janvier 1996.  Il raconte sur le blog de l'agence les longues heures entre la première rumeur et la confirmation du décès. Il explique qu'à l'époque, les réseaux sociaux n'apparaissaient que dans l'imagination des écrivains de science-fiction. Heureusement car les alertes se multipliaient depuis plusieurs semaines. A n'en pas douter, si Twitter avait existé en 1996, Mitterrand serait mort 20 fois avant la date fatidique. Une fois le recoupement de l'information effectué, c'est le branle-bas de combat. Dominique Chabrol, au desk (le service de réécriture des dépêches) veut apporter une "touche de couleur" dans les informations diffusées. Le lendemain, seul Pierre Favier, également journaliste à l'agence, obtient le droit de voir l'ex-président sur son lit de mort. Il décrit la chambre à Chabrol. Un livre est toujours placé sur la table de chevet. Favier se souvient y avoir lu "Madeleine" et "Gide" sur la couverture. 
Voilà la couleur tant espérée. Seul problème, Gide n'a jamais écrit de roman avec Madeleine dans le titre. Le rédacteur devra se contenter de décrire la gravure de Saint-François d'Assises au mur. Quant au mystérieux livre, 20 ans plus tard Chabrol l'identifie. La couleur est un peu passée, mais elle est toujours là.

mercredi 6 janvier 2016

DVD - Des bruits de la vie au son électro

Zac Efron en DJ surdoué dans 'We are your friends' film musical moderne.

Les amateurs de musique techno vont adorer ce film de Max Joseph. Pas forcément pour la bande son, de qualité, mais pour l'image résolument positive d'une mode musicale trop souvent décriée. Qui dit musique techno dit drogues, raves sauvages, excès... Aux USA, cela permet aussi à ces magiciens de l'assemblage de sons de bâtir des fortunes en faisant danser des milliers de jeunes et moins jeunes dans des clubs spécialisés ou en plein air. Cole Carter (Zac Efron) est un passionné. Il ne vit que pour la musique électronique. Il mixe et compose sur son vieil ordinateur. Avec ses copains, il tente de percer. Mais la lutte est rude.

Un tournage cool
Sa chance tourne quand il croise la route de James (Wes Bentley), une célébrité de la scène électro californienne. Ils vont travailler ensemble et le petit jeune va rapidement égaler voire dépasser la vedette. Une histoire d'ascension sociale basique, avec des hauts, des bas, une petite critique sociale, un embryon de romance et une scène finale qui rattrape largement les quelques longueurs et lourdeurs de l'ensemble. On vibre sur l'élaboration de ce morceau qui permettra à Cole de passer un cap. Professionnellement et humainement.

Zac Efron est crédible en DJ même si parfois il semble un peu trop « propre ». Dans les bonus du DVD et du blu-ray un reportage explique comment le jeune acteur s'est transformé en véritable DJ, prenant des cours et investissant dans du matériel pour se mettre à niveau. Quelques reportages courts donnent aussi un aperçu de l'ambiance très cool du tournage où la musique était toujours présente.
« We are your friends », Studiocanal, 14,99 euros

DE CHOSES ET D'AUTRES - L'amour gagne toujours

L'intrigue de Roméo et Juliette a encore de beaux jours devant elle. Indémodable. Depuis toujours et pour longtemps encore, l'amour s'affranchit des races, clans, religions et autres différences.
Dernier exemple en date en Israël. A la nuance près qu'il ne s'agit pas d'un véritable amour mais d'une simple histoire, un roman. Dans le rôle de l'empêcheur de roucouler en paix on trouve le ministère de l'éducation. Le roman, intitulé Borderlife en anglais, vient d'être exclu du programme de littérature des lycéens israéliens. En cause les sentiments partagés entre Liat, une traductrice israélienne et Hilmi, un artiste palestinien. Ils tombent amoureux à New York. Une love story banale jusqu'au moment où ils doivent rentrer à Tel-Aviv et Ramallah, en Cisjordanie occupée. Selon la presse israélienne "la peur de l'assimilation entre juifs et Palestiniens" aurait poussé les responsables éducatifs à prendre cette décision.
Paradoxe car tout le monde souhaite la paix dans cette région du monde et l'amour a toujours été le meilleur vecteur de la bonne entente entre les peuples. Même en plein apartheid sud-africain, toute la propagande gouvernementale ne parvenait pas d'empêcher (en cachette bien sûr) la formation de couples "dominos".
En occultant le roman des programmes scolaires, les technocrates ont tout faux. Car si les romans parviennent parfois à édulcorer la vie, ils reflètent surtout la réalité. Et des histoires d'amour entre une Liat et un Hilmi, il y en a tous les jours de nouvelles. Ainsi va la vie.