Campagne de publicité choc du fournisseur de programmes télé Netflix. La chaîne s'est payé les conseils de Saul Goodman. Apparu dans la saison 2 de Breaking bad, il joue l'archétype de l'avocat corrompu, expert en contournement de la loi. Netflix veut populariser ce personnage qui sera bientôt le héros à part entière de sa propre série, Better Vall Saul !. Dans les pubs, il semble s'adresser aux passants parisiens sur une cinquantaine d'affiches adaptées à chaque quartier. Ainsi, dans une rue chaude de la capitale, entre deux enseignes de peep-show, Saul prévient le chaland : "Attention amigo, dans ce quartier il y a autant de flics en civil que de sex-shops".
Encore plus direct dans le métro : "Il y a moins de contrôles à l'autre sortie. Je dis ça." Ces slogans se remarquent car ils sont ouvertement malhonnêtes. Du moins, ils prétendent donner des tuyaux pour devenir "moins" honnête. Devant de nombreuses boulangeries parisiennes, tout un chacun semble être mis dans la peau d'un gangster : "Acheter sa baguette avec de l'argent sale est un délicieux moyen de s'en débarrasser".
Beaucoup plus limites ces deux autres. Le premier pourrait être attaqué pour incitation à la consommation de drogue "Usage de cannabis, 3 750 euros d'amende. Un week-end à Amsterdam, 250 euros". Le second est très péjoratif pour les commerçants en général, même si c'est la stricte vérité : "Les centres commerciaux acceptent toujours le cash. Peu importe d'où il vient."
Désolé pour les nostalgiques, mais les héros des séries télé ont bien changé depuis Thierry La Fronde...
Quelques chroniques de livres et BD qui méritent d'être lus et les critiques cinéma des dernières nouveautés. Par Michel et Fabienne Litout
vendredi 1 mai 2015
jeudi 30 avril 2015
DE CHOSES ET D'AUTRES - De la puissance comique de Barack Obama
Quand Barack Obama ne sera plus président des États-Unis, se posera la question de sa reconversion. Il pourrait, comme Blair ou Sarkozy, courir les conférences privées rémunératrices.
Franchement, ce serait dommage car il a un talent incontestable pour la comédie. La preuve le week-end dernier quand il donne un véritable show au traditionnel dîner de l'association des correspondants de la Maison Blanche. La coutume veut que le président y prenne la parole dans un discours plein d'autodérision. Il a placé la barre très haut cette année en s'adjoignant la complicité du comédien Keegan-Michael Key, en "traducteur colérique" d'Obama.
Calme et imperturbable, le président débite de jolies phrases politiquement correctes. Derrière lui, son traducteur, yeux exorbités, grimaçant, exprime en hurlements son réel ressenti. "C'est quoi ce dîner ? Et pourquoi je suis obligé d'y aller ?" Tout y passe, de la presse aux Républicains sans oublier Hillary Clinton, future candidate démocrate saluée par un tonitruant ""Khaleesi is coming to Westeros !" ("La Khaleesi arrive à Westeros !") en référence à la série très sexe et violence "Game of Thrones".
Obama reste d'un calme imperturbable, mais petit à petit hausse le ton, pour lui aussi se mettre dans une colère homérique. Affolé, Keegan-Michael Key lui rappelle alors son rang et le remet sur les rails.
Écrit au millimètre, joué à la perfection, ce sketch devrait rester dans les annales. Et être montré à tous les élus de la planète : faire rire volontairement n'est pas rédhibitoire ni incompatible avec l'exercice du pouvoir.
Franchement, ce serait dommage car il a un talent incontestable pour la comédie. La preuve le week-end dernier quand il donne un véritable show au traditionnel dîner de l'association des correspondants de la Maison Blanche. La coutume veut que le président y prenne la parole dans un discours plein d'autodérision. Il a placé la barre très haut cette année en s'adjoignant la complicité du comédien Keegan-Michael Key, en "traducteur colérique" d'Obama.
Calme et imperturbable, le président débite de jolies phrases politiquement correctes. Derrière lui, son traducteur, yeux exorbités, grimaçant, exprime en hurlements son réel ressenti. "C'est quoi ce dîner ? Et pourquoi je suis obligé d'y aller ?" Tout y passe, de la presse aux Républicains sans oublier Hillary Clinton, future candidate démocrate saluée par un tonitruant ""Khaleesi is coming to Westeros !" ("La Khaleesi arrive à Westeros !") en référence à la série très sexe et violence "Game of Thrones".
Obama reste d'un calme imperturbable, mais petit à petit hausse le ton, pour lui aussi se mettre dans une colère homérique. Affolé, Keegan-Michael Key lui rappelle alors son rang et le remet sur les rails.
Écrit au millimètre, joué à la perfection, ce sketch devrait rester dans les annales. Et être montré à tous les élus de la planète : faire rire volontairement n'est pas rédhibitoire ni incompatible avec l'exercice du pouvoir.
mercredi 29 avril 2015
BD - Femme fantôme dans "Face d'ange" de Koldo et Unzueta
La Californie à la fin des années 50. Paul, fermier, ancien soldat en Corée, se réveille avec une puissante gueule de bois. Incapable de se souvenir de ce qu'il a fait la veille. Le téléphone sonne. Son ami et ancien supérieur militaire, Bill, devenu procureur, lui annonce que sa femme Diane vient d'être retrouvée assassinée dans une chambre d'hôtel. Il lui demande de venir sur place pour identifier le corps. Cet album des Espagnols Koldo (scénario) et Unzueta (dessin) débute comme un polar. Puis il bascule dans le vaudeville car la belle Diane a quitté Paul pour vivre avec Bill.
Un peu de social quand apparaît Callie, la fille de Paul et Diane, élevée par Bill. Finalement le tout bascule dans le fantastique avec l'intervention du fantôme de Diane qui tente de dire quelque chose à sa fille qui vient d'être confiée à son père biologique. Un récit rempli d'ellipses, où les apparences sont souvent trompeuses. On en oublierait presque le fil conducteur de l'histoire (prévue en deux tomes) : découvrir ce que faisait Diane dans cette chambre d'hôtel et surtout qui l'a assassinée ?
« Face d'ange » (tome 1), Glénat, 13,90 €
DVD : Lumineuse princesse
Simplement beau, « Le conte de la princesse Kaguya » est un dessin animé à l'ancienne
Un coupeur de bambou découvre dans le tronc d’un arbre lumineux une minuscule princesse qui tient dans ses mains. Il la ramène à la maison pour la montrer à sa femme. Instantanément la princesse se transforme en bébé rieur. Le couple décide d’élever cette fillette qui semble venue tout droit du soleil. Ce célèbre conte japonais est adapté pour la première fois sous forme d’un long-métrage. Isao Takahata est à la réalisation. Un retour plus de dix ans après « Mes voisins les Yamada ». D’une étonnante longueur (plus de deux heures), ce film bénéficie d’une technique particulière. Des couleurs chaudes, beaucoup d’aquarelle, des mouvements fluides : c’est du grand art. L’œil est sans cesse ébloui par la beauté des scènes. La première partie se déroule à la campagne. Kaguya, qui n’a pas encore de nom, n’est qu’une fillette surnommée par ses camarades de jeu « Pousse de bambou ». Elle s’émerveille en découvrant les animaux (insectes compris), profite du soleil et de l’insouciant temps de l’enfance. Son problème : elle grandit beaucoup plus vite que tout le monde. En moins d’une année elle est devenue une charmante jeune fille. Ses parents adoptifs lui offrent une grande maison dans la capitale, de beaux habits et des cours de maintien. Elle sera princesse et promise à un beau mariage.
Cette opposition entre la liberté des gens simples et les contraintes des riches donne une bonne idée des rigidités de la civilisation japonaise. Mais il n’est pas facile de devenir une princesse quand on a connu les joies de l’insouciance.
S’il intéressera les jeunes, ce dessin animé est beaucoup plus une réflexion philosophique pour les adultes et leur volonté de « façonner » leur descendance. Mais au-delà du discours, il y a la forme. Takahata réalise sans doute son chef-d’œuvre. Le DVD offre quelques bonus comme les différentes bandes-annonces et les spots TV, mais rien sur la réalisation elle-même. Dommage, on aurait aimé savoir comment les animateurs sont parvenus à obtenir cette fluidité d’image tout en conservant un trait classique et lumineux.
« Le conte de la princesse Kaguya », Disney et Studio Ghibli, 17,99 euros le DVD, 22,99 euros le blu-ray
mardi 28 avril 2015
DE CHOSES ET D'AUTRES - L'île des Sentinelles, un Koh-Lanta de la réalité
Une nouvelle saison de Koh-Lanta a débuté vendredi sur TF1. Vingt candidats français lâchés sur une île sauvage. Enfin sauvage... les conditions sont rudes, mais il ne faut pas exagérer.
Koh-Lanta redeviendra peut-être intéressant quand les producteurs oseront parachuter les concurrents sur North Sentinel. Cet îlot de 72 km², à la végétation luxuriante, perdu au milieu du golfe du Bengale, dépend de l'Inde. Une tribu d'irréductibles y vit depuis des siècles. Leur nom : les Sentinelles. Ils interdisent à quiconque de s'approcher des côtes. En 2004, après le tsunami, un hélicoptère des secours survole North Sentinel. Rentre la carlingue criblée de flèches. 2006 : deux pêcheurs trouvent la mort, tués par ces farouches guerriers.
Alors j'imagine parfaitement une édition de Koh-Lanta dans ce milieu véritablement hostile.
Premier avantage, l'aventure a peu de chance de durer plus de dix jours. Avant de trouver l'eau, le feu ou le sac de riz, les aventuriers devront se confectionner un camp fortifié imprenable. Lorsqu'il sera question de stratégie, les combines à deux balles ne feront pas le poids. Trouver une parade à l'attaque massive de sauvages sans pitié deviendra la priorité.
Pour filmer, mieux vaudra miser sur la solution go-pro et drones, au risque de voir l'équipe technique périr sous les assauts. Le téléspectateur avide d'action en aura pour son argent. Et la téléréalité pourra enfin supporter la comparaison avec son ancêtre : les jeux du cirque. Panem et circences, les Sentinelles ont tout compris.
Premier avantage, l'aventure a peu de chance de durer plus de dix jours. Avant de trouver l'eau, le feu ou le sac de riz, les aventuriers devront se confectionner un camp fortifié imprenable. Lorsqu'il sera question de stratégie, les combines à deux balles ne feront pas le poids. Trouver une parade à l'attaque massive de sauvages sans pitié deviendra la priorité.
Pour filmer, mieux vaudra miser sur la solution go-pro et drones, au risque de voir l'équipe technique périr sous les assauts. Le téléspectateur avide d'action en aura pour son argent. Et la téléréalité pourra enfin supporter la comparaison avec son ancêtre : les jeux du cirque. Panem et circences, les Sentinelles ont tout compris.
BD - Le verre et la vérité
Rarement une bande dessinée m'aura autant fait rire. Pourtant les dessins de « Drink a LOL » (Marabout) de Thom J. Tailor et Ookah sont basiques et les gags répétitifs. Mais le personnage principal, un psychologue de cocktail, se montre tellement odieux, méchant, misogyne et imbuvable qu'il en devient irrésistible. Chaque strip de trois cases se déroule au cours d'une réception.
Le psy, un verre à la main, s'adresse souvent à une femme, robe verte, queue de cheval. Elle tente peut-être de le séduire. Ou de simplement partager un moment. Lui, fait tout pour casser l'ambiance. Cela donne des dialogues extrêmes. Elle : « J'apprécie ces moments où on peut rester sans rien se dire ». Lui : « Eh bien qu'est-ce que tu attends pour la fermer ? » Elle : « Personnellement, le 11 septembre 2001 j'ai été traumatisée ». Lui : « Pourquoi ? C'est le jour où tu t'es vue dans une glace ? ».
Le penseur alcoolique est également l'auteur de quelques aphorismes à méditer longuement comme « Les gens sont cons quand ils boivent... et encore plus quand j'ai bu. » ou le définitif mais très réaliste « Partir de rien pour arriver nulle part ».
« Drink a LOL », Marabulles, 17,95 €
lundi 27 avril 2015
DE CHOSES ET D'AUTRES - Big Vahine
J'ai toujours été tenté par les concours de nourriture. Gros mangeur devant l'éternel, engloutir le maximum de mets semble le sport extrême par excellence inventé pour ma grassouillette personne. Un reste de bon sens m'a cependant empêché de franchir le pas. L'animation proposée actuellement dans un fast-food de Tahiti est taillée à la mesure de mon estomac. Au menu un cheeseburger de 1 kilo (cinq tranches de viande, trois de fromage...) accompagné de 400 grammes de frites. Si le client parvient à finir l'assiette en moins de 20 minutes, c'est la maison qui régale. Gros succès pour l'enseigne avec plusieurs centaines de réservations. Pas étonnant que ce défi se déroule en Polynésie française. Là-bas, manger gras et en grosse quantité est devenu la norme.
Il y a 20 ans, quand j'ai débarqué dans ce territoire d'Outre-mer pour y travailler quelques années, j'avais la tête remplie de clichés : le lagon, les cocotiers et les vahine. Surtout les vahine, déesses gracieuses aux longs cheveux ornés de fleurs de tiare. La réalité était tout autre. Surtout les vahine.
L'abus de hamburgers, de chips et de soda dans le biberon dès l'âge de six mois a légèrement distordu le tableau. De la grâce il en restait un peu, mais difficile de la distinguer derrière les couches de graisse. D'ailleurs la campagne de promotion du fast-food est vivement dénoncée par l'association locale des diététiciens "dans un contexte d'explosion de l'obésité et du diabète."
Rassurons-nous, cela ne durera pas : le restaurant va vite mettre la clé sous la porte à force de nourrir à l'œil des centaines de Tahitiens.
BD - Amour d'enfance
Daniel Pennac ouvre sa boîte aux souvenirs. Gamin, il passait ses vacances d'été chez ses grands-parents dans l'arrière-pays niçois. C'est là qu'il a vécu sa première histoire d'amour. Il décide donc de la raconter à sa copine Florence Cestac pour qu'elle la dessine. L'album mélange véritables souvenirs et élaboration de l'album dans une brasserie parisienne. Un récit double qui amène encore plus de fantaisie à l'ensemble. Car Pennac n'est pas tombé amoureux d'une petite Provençale typique. Non, il a succombé au charme de Germaine et Jean Bozignac, couple improbable (il est grand et laid, elle est petite et rigolote) vivant dans un petit cabanon.
Le garçonnet adore écouter ces vieilles personnes raconter comment elles se sont rencontrées, ont quitté leurs familles respectives pour se marier en cachette et ont survécu en revendant l'immense collection de livres de Jean, des éditions rares et originales.
Une belle histoire, loufoque et étrange, qui devient encore plus fantaisiste sous la plume de Cestac. Elle aussi est séduite par Germaine et Jean. Au point qu'elle accepte, pour la première fois de sa carrière, d'abandonner son traditionnel nez rond en forme de pomme au four pour un tarin « en quart de brie », plus ressemblant à celui du véritable Jean. Bourré de poésie (et de grande littérature), cet album regonfle le moral du lecteur sensible aux vies bien remplies.
« Un amour exemplaire », Dargaud, 14,99 euros
dimanche 26 avril 2015
BD - Éléments déchaînés dans "Le reste du monde" de Chauzy
La BD (avec la littérature), peut tout se permettre en matière de scènes grandioses. Là où le cinéma doit dépenser des millions de dollars, un dessinateur inspiré se contente de quelques nuits d'insomnies. L'album « Le reste du monde » de Jean-Christophe Chauzy en est le parfait exemple. Cela commence comme un téléfilm de France 3. Une prof en vacances, abandonnée par son mari au début des vacances, conduit ses deux enfants de 10 et 8 ans, chez des voisins. Ils vont y passer la nuit en compagnie d'un ami un peu plus âgé. Elle va profiter de cette soirée pour remettre en ordre et nettoyer le chalet où ils viennent de séjourner un mois au grand air. Dans deux jours ils seront tous de retour à Paris pour la rentrée scolaire. Une fin d'été très chaude dans cette vallée des Pyrénées.
Un orage éclate. Violent, effroyable. Des trombes d'eau, des éclairs et tout à coup un tremblement de terre. Un peu comme le « big one » attendu en Californie. En quelques pages, l'histoire change de registre. Terminé le cadre verdoyant et paisible, place au chaos et à la mort. Pour passer d'un univers à l'autre, le dessinateur va utiliser de grandes images, secouées dans tous les sens, de plus en plus sombres. La suite des 100 pages décrit la lente désagrégation de la société. La mère, après avoir difficilement récupéré ses gamins, constate que la vallée est coupée du monde. Les gendarmes et pompiers tentent de maintenir un semblant d'ordre, mais au bout d'une semaine, sans nouvelles de l'extérieur, la faim pousse les rescapés à s'entretuer.
Telle une femelle cherchant à protéger sa portée, la prof va se transformer en redoutable guerrière qui doit choisir entre le rôle de chasseuse ou de proie. Un scénario implacable, une mise en images impeccable : le seul bémol consiste aux deux mots placés après la dernière page, (à suivre)...
« Le reste du monde », Casterman, 18 euros
BD - Retour à Belle-Ile
Vanessa Blue est une vedette. De ces actrices au succès insolent, phénomène de mode irrationnel. La jeune femme a débuté dans une telé réalité. Son naturel a séduit le public. Un producteur a décidé de lui donner sa chance dans un feuilleton quotidien. Vanessa est adulée, mais bizarrement insatisfaite. Très inconstante dans ses amours, elle vient de flasher sur un écrivain à la mode. Une sorte de Houellebecq, moins destroy, plus intéressé. Il la persuade d'interpréter le rôle principal de sa future pièce de théâtre « intello ». Elle décide donc de se mettre en congé pour quelques mois de la série et part travailler son rôle dans une retraite paisible sur l'île de Belle-île en Mer.
Ce roman graphique de Patrick Weber rend hommage à une île, mais aussi à la quête d'identité de Vanessa. Son choix de villégiature n'est pas innocent. C'est sur cette île qu'elle a vécu ses premières années. Mais sa mère a quitté ce bout de Bretagne quand le père de Vanessa s'est suicidé. Dessiné par Nicoby, le plus Breton des illustrateurs, ce roman graphique met également en parallèle la célébrité factice de notre époque à celle, mondiale et justifiée, de Sarah Bernhardt, la première a avoir popularisé la destination de Belle-île.
« Belle-île en père », Vents d'ouest, 18,50 €
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