jeudi 24 juillet 2014

BD - L'Atelier Mastodonte en vacances


Les auteurs de bande dessinée aiment se réunir en atelier pour rompre la solitude de leur activité. L'Atelier Mastodonte est la quintessence de toutes les structures existantes. Avec Lewis Trondheim en chef de bande, ils sont cinq ou six à créer leurs albums dans une ambiance de travail et de franche camaraderie. Enfin ça, c'est la théorie. Dans la réalité, chacun doit faire avec les défauts de l'autre. Cela donne des gags d'une demi-planche, dessinés à tour de rôle, distillés chaque semaine dans Spirou et repris en album dans ce second recueil à l'italienne avec une couverture signée... Peyo.
Trondheim, Feroumont, Yoann, Alfred, Bianco, Neel, Nob, Keramidas et Tebo s'amusent à s'égratigner les uns les autres. Le chef en prend plein les dents. Normal, il est obsédé par le travail, produit des dizaines de planches pendant que d'autres esquissent à peine une case. Aussi quand il propose de partir en vacances, ses collègues n'osent y croire. Et ils ont raison car pour Lewis le plan est simple, « On loue tous une maison au soleil... et on peut continuer à travailler sur place. » Une séquence vacances, dans un manoir hanté, particulièrement réussie. Mais il y également une dizaine de pages sur la disparition de Jean Giraud. Où comment des jeunes rendent hommage à un maître, avec une mention spéciale à l'histoire vraie de Trondheim et au dessin « à la façon de » de Julien Neel.
« L'atelier Mastodonte » (tome 2), Dupuis, 14,50 €

mercredi 23 juillet 2014

BD - Orphelins manipulés dans la "Hell School"


Une île au large en Méditerranée, une école de l'élite, des professeurs brillants, des élèves triés sur le volet. Mais que se passe-t-il exactement dans cette fabrique de l'élite ? Ers et Dugomier, dans leur série judicieusement intitulée « Hell School », ont planté le décor dans le premier tome. Ils ont développé l'intrigue dans le second et proposent une fin assez déconcertante dans cette troisième et dernière partie. Dans ce pensionnant, tout le monde a droit à plein d'égards. Sauf les « bâtards », les orphelins placés dans cette institution privée et très coûteuse, comme pour se donner bonne conscience. 
Pour Bastien, Hina et Boris, c'est véritablement l'enfer. Mais Bastien, le plus rebelle, parvient à se faire la belle. Il va tenter de découvrir ce qui se cache derrière cette éducation à la violence. Car sous couvert de bizutage, le chef de la confrérie d'étudiants (un peu à la mode américaine) a tué un élève. Un bâtard, évidemment... Hina et Boris mènent enquête dans les archives de l'école, Bastien se met à la recherche des familles d'accueil de tous les orphelins passés par l'école. Il va remonter jusqu'à un certain Mennert, richissime philanthrope aux méthodes trop belles pour être honnêtes.

« Hell School » (tome 3), Le Lombard, 10,60 €

mardi 22 juillet 2014

BD - Droit au but, le minot a grandi


Si la coupe du monde nous a fait vibrer, notamment les plus jeunes, c'est on ne peut plus normal. Avant de passer en équipe nationale, les joueurs se font une réputation et un palmarès en clubs. Prenez Valbuena par exemple. S'il n'avait pas brillé avec l'Olympique de Marseille, comment ce joueur « format poche » aurait-il pu accéder au plus haut niveau ? La série « OM droit au but ! » raconte en filigrane cette belle aventure. Nino est un minot de Marseille. Il se passionne pour les résultats de son équipe fétiche. Joue un peu, progresse et finalement intègre l'équipe des jeunes de l'OM. Son évolution est le fil rouge de la série dessinée par Garréra sur des scénarios d'Agnello et Davoine
Le 11e tome, « La victoire au bout des crampons » montre Nino devenu capitaine de l'équipe et pièce maîtresse pour aller au bout du rêve, la finale du tournoi Football Génération. Mais il risque de manquer les derniers matches car le coach des pros, José Anigo, l'a repéré et voudrait lui donner une chance au plus haut niveau. Et pas contre n'importe quel club : le Barça en personne. Nino va donc se frotter à Messi et Neymar, le temps d'un match d'anthologie.

« Droit au but » (tome 11), Hugo, 10,45 €

lundi 21 juillet 2014

Livre - Fuite désespérée dans "Monstres en cavale" de Cloé Mehdi au Masque

Damien, le personnage principal de ce roman de Cloé Mehdi, n'a que 13 ans quand il tue sauvagement son père et sa petite sœur. Six ans plus tard, il est en cavale.


Chaque année, les éditions du Masque, en association avec le festival de Beaune, publient un premier roman policier inédit. Véritable creuset de talent, ce prix permet à des auteurs en devenir de mettre le pied à l'étrier. Le cru 2014 est exemplaire de la démarche. « Monstres en cavale » est un gros bouquin de 600 pages, denses et bourrées d'invention. Pourtant son auteur, Cloé Mehdi, n'a que 22 ans. Elle a remporté quantité de concours de nouvelles avant de se lancer dans ce récit au long cours. Malgré son jeune âge, elle a quasiment 10 ans d'expérience... Et sans doute beaucoup plus d'années à occuper le devant de la scène littéraire noire. 
Sans être à proprement parler un polar, « Monstres en cavale » évolue dans un monde où les héros sont recherchés par la police alors que les forces de l'ordre et les autorités ont tout de salauds en puissance. Le personnage principal, Damien, est un jeune homme de 18 ans. A peine majeur mais déjà 6 années derrière les barreaux. Damien, à 13 ans, est devenu l'assassin le plus précoce de France. Un soir, quand sa mère rentre dans le petit pavillon de banlieue, elle découvre Damien sur le pas de la porte. Recouvert de sang il vient de tuer son père et sa petite sœur. Sous son bras, il a encore la tête de cette dernière qu'il a consciencieusement découpé. Après un procès retentissant, il est incarcéré en prison.

Pays de liberté
Le roman débute véritablement six ans plus tard. Il est sur le point d'être transféré. Terminé l'étroite cellule, place à une grande... cage. Dans ce futur fantasmé de Cloé Mehdi, la société française a un peu changé. Pour que les détenus ne soient plus à la charge de la société, des sociétés privées ont obtenu le droit de les exhiber comme de vulgaires animaux. « Le safari des monstres », en plein cœur de Paris, est un des plus célèbres. La patronne, Madame Rose, sélectionne avec rigueur ses pensionnaires. Damien est une recrue de choix, de quoi faire frissonner les familles voyeuses.
L'entame du roman, par son invention et son parti-pris de noirceur absolue, fait parfois penser à certains textes de Serge Brussolo, avant qu'il ne mette sa plume inventive au service de récits historiques aseptisés. On retrouve dans la description de ce Safari des monstres des outrances et une démesure qui manquent dans une production littéraire française devenue bien sage. Damien, dont on ne sait au début s'il est véritablement un monstre, un demeuré ou une victime, se laisse porter par les événements. Quand une fusillade éclate dans le zoo de la honte, il en profite pour se faire la belle, en compagnie d'une fillette qui elle aussi semble fuir la police. Cab, espiègle et intelligente, est la fille d'un célèbre couple de truands. Son père est mort dans un casse, sa mère a pris la fuite. Depuis elle est surveillée par la police. C'est un des hommes de la mère de Cab qui a déclenché la fusillade. Cab, son frère, Damien et le mercenaire se retrouvent et se lancent dans un road movie à travers l'Europe. Leur but : rejoindre le mythique « pays des neiges émeraude », un lieu où le monde souterrain vit au grand jour, loin de la justice et des policiers.
Lentement, avec une science consommée du coup de théâtre et des rapports humains, Cloé Mehdi nous fait découvrir les psychologies des personnages, Damien et Cab devenant les meilleurs amis du monde dans cette fuite désespérée.
« Monstres en cavale », Cloé Mehdi, Éditions du Masque, 7,90 €

dimanche 20 juillet 2014

BD - Wika, jolie petite fée


Attention, claque graphique assurée. Si la couverture déjà en jette un maximum, l'intérieur est sublime. Olivier Ledroit travaille sur ce projet depuis plus de deux ans mais cela valait la peine d'attendre. Il signe des planches en couleurs directes d'une incroyable richesse. Impossible de lire cet album en dix minutes. En fait, c'est le temps qu'il faudrait consacrer à chaque case pour en apprécier tous les détails. Alors si vous êtes du genre pressé, lisez ce tome 1 d'un coup, mais surtout reprenez-le après et savourez chaque composition. 
Dans cet univers d'heroic fantasy mâtiné de steampunk, le prince Obéron prend le pouvoir en tuant le duc Claymore Grimm et la duchesse Titania. Mais sa victoire n'est pas totale car leur petite fille, Wika, est sauvée. Pour passer inaperçue, son protecteur coupe les ailes de cette jeune fée. 13 années plus tard, Wika quitte la ferme où elle a été élevée et va à la grande ville, Avalon. Elle y rencontre un jeune voleur, Bran, et apprend l'art de dérober aux plus riches. Devenue adulte, Wika, en plus de l'amour, découvre ses pouvoirs magiques. Elle ne peut plus se cacher d'Obéron et ses sbires, ses sept enfants-loups et l'ogre Kabulguen. L'histoire, imaginée par Ledroit, est retravaillée par Thomas Day, écrivain de SF français régulièrement primé.

« Wika » (tome 1), Glénat, 14,95 €

samedi 19 juillet 2014

BD : Courts mais bons


Les revues de BD se font de plus en plus rares. Un modèle économique triomphant dans les années 80, complètement dépassé dans ce 21e siècle. Mais cela n'empêche pas certains auteurs de toujours rechercher les bienfaits de la prépublication. Lewis Trondheim, jamais en mal d'idées, a lancé « Papier », une revue trimestrielle, format manga, en noir et blanc, composé de récits de 5 à 30 pages. Les auteurs viennent de tous les horizons. 
Dans la troisième livraison, sur le thème de la magie, deux récits sortent du lot. Boulet revisite l'histoire du prince charmant, de la gentille princesse et du méchant sorcier. Du rêve à la réalité, le célèbre blogueur tord le cou à quelques clichés et propose une fin machiavélique. L'autre histoire à ne pas manquer est signée Trondheim en personne. Un dialogue surréaliste entre deux copains, l'un juge, l'autre s'énerve. Dessin minimaliste mais intelligence supérieure.

« Papier » (Numéro 3), Delcourt, 9,95 €

vendredi 18 juillet 2014

Cinéma - Faut-il courir voir le film "FastLife" de Thomas Ngijol ?

Thomas Ngijol réalise un film hybride sur l'air du temps.


Comédie ou réflexion philosophique ? Parodie ou premier degré ? Démarche sincère ou simple machine à fric ? En sortant de la projection de « FastLife », second film de Thomas Ngijol, on a l'esprit encombré d'une multitude de questions. Quel est le véritable message de ce film sur un sprinter français tombé dans l'oubli après une grande performance de classe internationale ? On balance entre le « Tous pourris » et « Il y a toujours un espoir de rédemption ». Cette indécision est-elle aussi voulue ? Nouvelle interrogation dont on n'a pas plus la réponse...
Comme nombre de petits Africains, Franklin Ebagé (Thomas Ngijol) est repéré par un agent français. Il rejoint la métropole et progresse rapidement dans sa discipline de prédilection : le sprint. Jusqu'à la consécration, une médaille d'argent aux Jeux Olympiques. C'est la belle vie. Un temps... Le film, après cette intro très paillettes, débute sept ans plus tard. Franklin n'est plus au top physiquement, mais dans sa tête il est toujours persuadé d'être le meilleur.

Il redescend sur terre quand son agent (Julien Boisselier) lui annonce que son image ne fait plus vendre. Il n'est plus sur la « liste » des équipementiers. Tout ce qu'il peut lui proposer c'est une campagne de promotion pour des... poulets fermiers. Grandeur et décadence ! Et pour couronner le tout, sa copine Pauline (Karole Rocher) lui annonce qu'elle est enceinte.

Olivier Marchal irrésistible
Entre grosse comédie et presque drame social, la frontière est étroite parfois. En montrant le chemin de croix de cet homme trop vite adulé par les foules, Thomas Ngijol frappe parfois juste. Mais la caricature semble toujours l'emporter. Saluons au passage la composition parfaite d'Olivier Marchal, en gros bonnet de la volaille estampillée « Made in France », ancien rebelle rock reconvertit au capitalisme cynique. Le flic aux rôles sombres et dépressifs donne de plus en plus à sa carrière un côté fun et rigolo.
Reste le retour au pays natal (Aimé Césaire est d'ailleurs cité) de Franklin. Dans ce Cameroun grouillant de vie et de jeunesse, non contaminée encore par les artifices de la vie moderne, le sprinter se ressource, retrouve ses racines et la volonté de vaincre. Les dernières scènes du film, tournées dans le Stade de France durant un authentique meeting d'athlétisme, est un tour de force étonnant, le comique parvenant à remporter un 100 mètres de légende face aux meilleurs spécialistes. Mais là aussi il faut nuancer le propos, Thomas Ngijol ne semble jamais se contenter d'une seule et unique fin.

jeudi 17 juillet 2014

BD - Manipulations à Rio dans le 3e tome de "Mermaid Project"


Dans un futur proche imaginé par Léo et Jamar, l'équilibre du monde a basculé. Les pays émergents ont pris le dessus sur les vieux empires. Ainsi les Européens sont devenus les parias de ce monde dominé par l'Asie, l'Amérique du Sud et l'Afrique. Romane Pennac, policière à Paris, a un gros handicap : elle est blanche. Blonde de surcroit. Elle doit donc être deux fois meilleure que ses collègues basanés pour être remarquée. Envoyée à New York pour enquêter sur un mystérieux cadavre, elle est recrutée par les services secrets pour tenter de démasquer les agissements d'une multinationale qui joue un peu à l'apprenti sorcier dans le domaine des manipulations génétiques
Dans ce troisième chapitre, elle est envoyée à Rio, pour prendre contact avec son frère, chercheur dans la fameuse multinationale. Dessinée par Fred Simon, cette série de science-fiction a pour elle d'être tout à fait réaliste. Les « horreurs génétiques » dénoncées dans la BD sont peut-être déjà en pleine expérimentation...

« Mermaid Project » (tome 3), Dargaud, 13,99 €

mercredi 16 juillet 2014

DVD - Petite Jungle vaguement effrayante


Depuis le projet Blair Witch, les films d'horreur à petit budget peuvent terroriser sans rien montrer. Il suffit que l'image soit sautillante, floue et fugitive pour que l'angoisse monte. Andrew Traucki, réalisateur australien spécialisé dans les grosse bêtes dentées (crocodiles et requins), s'essaye au genre avec « The Jungle ». Ce n'est pas toujours convaincant, mais suffisamment bien fichu pour filer les chocottes une petite heure. 
Un écologiste part en Indonésie filmer les dernières panthères de Sumatra. Avec son équipe de pisteurs locaux, il s'enfonce dans une jungle de plus en plus oppressante, isolée et dangereuse. Jusqu'à cette zone maudite où un démon sévit. Bien que le film soit court (1 h 20), il y a malgré tout de nombreuses longueurs. Notamment les interminables disputes entre l'Occidental et les locaux pour savoir s'il faut continuer ou rebrousser chemin. Bref, un petit film d'horreur réservé aux inconditionnels du genre.
« The Jungle », inédit au cinéma, sort en version DVD minimale avec un unique bonus : la bande annonce qui en montre autant que le long-métrage.

« The Jungle », Wild Side, 14,99 €

mardi 15 juillet 2014

BD - Natacha d'hier et d'aujourd'hui


Héroïne de BD la plus sexy depuis des décennies, Natacha n'a pas pris une ride. Sous le pinceau de Walthéry elle vit toujours des aventures mouvementées aux quatre coins de la planète. La belle hôtesse de l'air a une double actualité : un nouvel album, le 22e de la série, et une intégrale des aventures parues dans les années 90. 

« L'épervier bleu » est tiré d'un scénario de Sirius. Le créateur de Timour, avant de disparaître, a comme bien d'autres célébrités de la BD belge, écrit des scénarios pour un Walthéry toujours avide de nouveaux horizons. Natacha, bloquée un soir de Noël dans un hôtel pour cause de tempête de neige, raconte à Walter les aventures de sa grand-mère. A la fin des années 40, sur un voilier, elle parcourt les îles du Pacifique Sud et se lance sur les traces de voleurs de perles. Paysages paradisiaques pour un album hors du temps. 
C'est un peu aussi le cas des trois récits repris dans l'intégrale, sur des scénarios de Peyo, Tillieux et Mythic.

« Natacha » (tome 22), Dupuis, 10,60 €, Intégrale, 20,50 €