mercredi 4 septembre 2013

Roman - "Moment d'un couple", roman de Nelly Alard sur un triangle tragique

Un homme, deux femmes. Nelly Alard s'attaque au classique triangle amoureux. Son plus : des personnages trop intelligents pour être victimes de leurs pulsions. A moins que...

Juliette, mère épanouie de deux adorables enfants, femme tout aussi rayonnante d'un homme moderne, journaliste dans un grand hebdomadaire parisien a tout pour être heureuse. Surtout si l'on rajoute au tableau idyllique des amies et un boulot prenant. Une vie parfaite jusqu'à ce soir fatidique. Elle doit aller au cinéma en tête à tête avec son mari, Olivier. Il lui téléphone au dernier moment pour annuler. Avec un argument hallucinant : « J'ai une histoire avec une fille. Une élue socialiste. » Il est obligé de l'avouer au téléphone car quand il dit à sa maîtresse, Victoire, qu'il doit rejoindre sa femme pour aller au cinéma, elle a une crise d'épilepsie. Il se retrouve dans l'obligation de la conduire à l'hôpital. Juliette apprend donc la tromperie de son mari dans des conditions peu banales. La suite de leur histoire est tout aussi hors norme.Nelly Alard, également comédienne et journaliste, dresse le portrait de toute une génération dorée, trop longtemps persuadée d'être à l'abri de la passion. Car Juliette, après un premier moment de rejet, décide de se battre pour conserver l'amour du père de ses enfants.

La lutte de deux « femelles »
Lui, journaliste politique, séduit en pleine interview par cette jeune élue plein d'avenir, regrette son infidélité. Mais il est trop tard et surtout Victoire, sous des airs de femme politique sûre d'elle, aux idées progressistes et modernes, est une véritable folle, menaçant de se suicider en public si Olivier ne quitte pas Juliette. Alors, dans ce milieu érigeant la non-violence, le commerce équitable, la tolérance et le bio en autant de chapelles, Juliette va se transformer en femelle prête à tout pour conserver son mâle. « C'est la lutte de deux femelles, une curée, un carnage (…) des femelles avant tout et quand elles ont des petits c'est pire, quand elles ont des petits, c'est là qu'elles deviennent dangereuses, c'est là qu'elles ont la rage, c'est là qu'elles peuvent tuer. » Victoire n'abdiquera pas. Au contraire, elle va harceler Olivier, puis Juliette, comme pour prendre une revanche sur cet amour renaissant.
L'amour, il en est beaucoup question dans ce roman à l'écriture nerveuse et hachée, comme scandée aux moments dramatiques. A l'image de cette belle réflexion de Juliette sur la date de péremption d'un « Je t'aime ». « On ne peut pas dire je t'aime puis cinq minutes après je ne t'aime pas, mais quinze ans plus tard oui, quelle est la durée de vie implicite du mot je t'aime ? » S'il est parfois un peu trop « Parisien » (voire carrément bobo critiqueront les plus acerbes), ce roman aborde malgré tout un thème immortel. Quels que soient le milieu ou l'époque, la passion fusionnelle dans un couple ne dure qu'un temps. C'est cet après qui est le plus compliqué à admettre et à gérer. Juliette en est l'exemple parfait.
Michel LITOUT
« Moment d'un couple », Nelly Alard, Gallimard, 20 € (disponible au format poche chez Folio)

mardi 3 septembre 2013

Billet - @robase moyenâgeux

Moderne internet ? Pas tant que ça. J'apprends avec consternation que le signe « @ » symbole de la communication et du partage sur le net a été inventé par les moines copistes. Vos adresses email, vos pseudos sur Twitter ? Juste le recyclage d'une trouvaille des scribes du XIVe siècle à la recherche d'un peu d'efficacité. « Utilisé comme un équivalent du « a » italien (qui correspond à la préposition « à » en français), l’arobase et son tracé bref, effectué d’un coup, leur aurait permis de gagner en vitesse et, donc, de travailler plus vite ».
Un temps, j'ai cru à une blague du Gorafi, le site qui distille de fausses informations iconoclastes. Sauf que l'article de l'arobase moyenâgeux vient du journal La Croix, titre de référence dans le milieu des moines copistes (même s'ils ne sont plus très nombreux depuis l'invention de Gutemberg et de l'imprimante multi-fonctions). Appelé aussi « a commercial » l'arobase a connu une seconde vie en raison de sa disponibilité. Un peu perdu dans le clavier des PC, il est facile à trouver sur les Mac (actuellement, en haut à gauche). Les développeurs ont donc mis l'@ à toutes les sauces. La touche est devenue une des plus utilisées puisque qu'elle permet également de composer le symbole # popularisé avec les hashtags.
On peut aussi lire l'histoire à l'envers, façon uchronie à la Philippe K. Dick. L'@ est évident sur les claviers Mac car Steve Jobs, avant Apple, a inventé la machine à voyager dans le temps. Il a vu l'importance de l'@ dans le futur, l'a intégré à ses ordinateurs pour devenir l'homme le plus riche du monde, avant de souffler l'idée à un moine copiste. Mais ça, j'ai du le lire sur le Gorafi...

lundi 2 septembre 2013

Billet - Boris, slip, espèces

Pour la reprise de cette chronique quotidienne sur les dérapages et autres errements du monde virtuel, je me devais de frapper fort. L'actualité dans sa grande mansuétude m'offre un sujet en or, de ceux qui nous font penser qu'un « bon client » le reste à vie. Boris Boillon sera donc la première victime de cette nouvelle saison encore plus impitoyable que les précédentes (roulements de tambour !).
Boris, fringant arabophone au charme incontestable, tape dans l'œil de Nicolas Sarkozy. Conseiller diplomatique du ministre de l'Intérieur, il est propulsé fort logiquement ambassadeur après 2007 (souvenez-vous, Sarko président). Irak, Tunisie. Premier coup d'éclat, monsieur l'ambassadeur pose en slip de bain, pectoraux et biscoteaux luisants, sur le réseau social Copains d'Avant. La toile rit. Les Tunisiens, eux, le prennent en grippe. Première conférence de presse du représentant du pays des Droits de l'Homme dans le pays fraîchement libéré de Ben Ali. Boris rétorque sèchement aux journalistes locaux : « Je ne répond pas aux questions débiles. » Et question débilité, Boris se pose un peu là, lui qui est allé défendre Kadhafi sur les plateaux de télévision français. Bref, Boris quitte son poste d'ambassadeur en 2012 (souvenez-vous, Hollande président) pour se reconvertir dans les affaires. Dans ce cadre, le susnommé Boillon est pris par la patrouille, fin juillet à Paris dans le train de Bruxelles, 350 000 euros en liquide dans ses valises. Somme colossale, non déclarée évidemment... Un bon client je vous dis.

dimanche 1 septembre 2013

Roman - Dans un avion pour Caracas avec Charles Dantzig


Roman gigogne, « Dans un avion pour Caracas » se permet d'emprunter nombre de chemins détournés. Des solos d'écriture pour mieux amener un aspect de la personnalité du héros Xabi Puig, voire de l'auteur. 
Charles Dantzig est coutumier du fait. Il aime piocher dans des faits insignifiants les bases d'une théorie implacable sur la beauté, l'amitié, la folie ou autre sujet universel. Réflexion sur l'amitié, l'amour et l'engagement, ce roman de Charles Dantzig a la puissance des grandes œuvres, celles qui, tout en étant ancrées dans le temps présent, peuvent survivre aux modes. (Le Livre de Poche, 6,90 €) 


vendredi 30 août 2013

BD - Paris, la ville souterraine du final de "Catacombes"


La capitale est une des plus belles villes du monde. Une cité millénaire aux multiples secrets. Paris et ses catacombes sont les véritables vedettes de cette série écrite par Jack Manini et dessinée par Michel Chevereau. L'histoire se déroule à deux époques différentes, au cours de ces moments où le quotidien se transforme en Histoire : la Libération et Mai 68. En 44, Jeanne, résistante, disparaît dans ces souterrains abandonnés et dangereux. 24 ans plus tard, en pleine révolution étudiante, son fils Antoine cherche toujours à comprendre ce qui est arrivé à sa mère. La troisième et dernière partie laisse de côté le pan « fleur bleue » du récit pour explorer le côté obscur des catacombes. Entre fantastique, légende urbaine et vengeance, si l'intrigue s'appuie sur un rebondissement déjà maintes fois utilisé (gémellité), elle déroute par sa fin à mille lieues du politiquement correct.

« Catacombes » (tome 3), Glénat, 13,90 €

jeudi 29 août 2013

BD - Afrique décimée dans "Nu-Men" de Fabrice Neaud

La bande dessinée de science-fiction a encore de beaux jours devant elle. Notamment quand des auteurs comme Fabrice Neaud s'en emparent. Dessinateur réaliste exigeant, il s'est illustré en dessinant, sur plusieurs années, son journal que l'on pourrait presque qualifier d'intime. Dans « Nu-Men » il projète toute notre société dans une cinquantaine d'années. La surpopulation, notamment de l'Afrique, a été en partie résolue par l'apparition de nouvelles maladies. Un virus combinant le sida et ebola a fait le vide autour de lui. Dans ce futur très technologique, les militaires et les chercheurs sont main dans la main. Ils ont mis au point une combinaison permettant à des soldats d'élite de faire des sauts dans le temps et l'espace. Sur ce décor, trois personnages sont mis en lumière. Anton, soldat bodybuildé, Suzy, une fillette aux pouvoirs infinis et Emma, un médecin, prise entre le marteau et l'enclume. Une série brillantissime à mettre en parallèle avec le « Aâma » de Frederik Peeters.

« Nu-Men » (tome 2), Soleil Quadrants, 13,95 €


mercredi 28 août 2013

Littérature - Japons made in France par Amélie Nothomb et Thomas B. Reverdy

Si Amélie Nothomb nous emmène dans le Japon de son enfance, Thomas B. Reverdy explore un pays marqué par la catastrophe de Fukushima.

Le Japon fascine toujours autant les écrivains français. Deux exemples en cette rentrée littéraire avec le nouveau roman d'Amélie Nothomb et celui de Thomas B. Reverdy. Si le premier est très subjectif, emmenant le lecteur dans les pas d'une star de la littérature revenant sur les lieux de son enfance, le second, implacable de réalité, montre un pays écartelé entre traditions et malédiction scientifique.

« La nostalgie heureuse », titre du roman d'Amélie Nothomb, est la traduction d'une notion typique au japonais. L'écrivain a passé son enfance au Japon. Fille de diplomate, elle maitrise la langue et les mœurs de ce pays si étonnant pour l'esprit cartésien d'un Occidental de base. Elle a puisé dans ses souvenirs pour signer quelques uns de ces romans emblématiques, « Stupeurs et tremblement » ou « Ni d'Eve ni d'Adam ». A l'occasion du tournage d'un documentaire sur cette célèbre plume francophone, la télévision française veut la mettre en scène sur les lieux de son enfance. C'est ce tournage qui est raconté, sans détours, dans un récit méritant de moins en moins le titre de roman. Amélie Nothomb raconte comment elle vit réellement ce retour au Pays du Soleil levant, à mettre en parallèle avec les images qu'elle offre à la caméra. Elle joue un rôle. Son rôle d'écrivain fantasque et hyper sensible. En réalité elle est souvent indifférente à ces décors et surtout perdue. Pour avoir des séquences encore plus fortes, la réalisatrice filme ses retrouvailles avec sa nounou. Une vieille dame un peu gâteuse. Elle ne sait même pas que son pays a été frappé par une catastrophe nucléaire sans précédent. Et l'auteur de la laisser dans l'ignorance. « Si son cerveau n'a pas enregistré le drame, c'est que sa capacité de souffrance était saturée. A quoi bon infliger Fukushima à cette femme qui a vécu les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ? » La ville martyre est incontournable. Il faut y filmer l'écrivain. Mais c'est au-dessus des forces d'Amélie Nothomb, malade physiquement face à « des moignons de maisons qui se dressent dans le néant. »
Le Japon de 2012 (année du voyage) n'a plus rien à voir avec le pays de l'enfance, réinventé dans les souvenirs d'une romancière beaucoup plus sensible que l'image propagée auprès du public. Finalement, tout à l'air factice, même cette « nostalgie heureuse »...

Le pays interdit

Le Japon de Thomas B. Reverdy est lui beaucoup plus réel. Mais tout aussi dramatique. Fukushima a causé des mutations profondes dans ce pays. « Les évaporés », titre du roman, ce sont ces hommes et femmes qui disparaissent du jour au lendemain. Dettes, chômage... les raisons sont souvent économiques. Ils préfèrent changer de vie et d'identité plutôt que d'infliger l'infamie à leur famille. Kaze, employé dans une société de courtage financier, quitte son foyer en pleine nuit. Il n'emporte qu'une valise. Il rejoint les parias dans une banlieue sordide. Sa fuite st causée par les menaces de la mafia. Il a été un peu trop curieux sur certains transferts de fonds. Dans sa nouvelle vie, il devient ferrailleur, il vide les caves de maisons inhabitées. Mais les Yakusas retrouvent sa trace.
Il part donc au nord, dans cette zone interdite où nul ne le retrouvera. Il deviendra un de ces ouvriers chargé de « nettoyer » la zone ravagée par le tsunami et contaminée par la fuite. « Ils allaient faire ce qu'ils faisaient déjà à Tokyo, ils seraient même mieux payés pour le faire : débarrasser les choses que personne ne voulait toucher. » L'histoire de Kaze est vécue à travers la recherche de Yukiko, sa fille, revenue des USA avec Richard, un détective privé chargé de retrouver le père « évaporé ». La richesse du roman est dans cette triple évocation. La vision japonaise est donnée par Kaze, l'occidentale par Richard alors que Yukiko, immigrée de retour au pays, nuance l'impression d'ensemble. Un roman remarquable de finesse dans l'analyse des sentiments des uns et des autres.
Michel LITOUT
« La nostalgie heureuse », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,50 € (disponible au format poche au Livre de Poche)

« Les évaporés », Thomas B. Reverdy, Flammarion, 19 € (disponible au format poche chez J'ai Lu)


mardi 27 août 2013

BD - Amérique musulmane dans "Jour J, Colomb Pacha"

Et si... Si les musulmans avaient conservé l'Espagne avant l'Inquisition. Christophe Colomb, au lieu de chercher des fonds auprès de la Reine d'Espagne, aurait affrété des caravelles pour Allah. La série Jour J de Pécau et Duval, les scénaristes attitrés, propose une des uchronies les plus originales de la collection. Colomb, converti et rebaptisé Abdel, prend possession des Amériques au nom d'Allah le miséricordieux. Mais comme dans la véritable Histoire, les autochtone ne se laissent pas faire. Ils ne font pas le poids face aux fusils des colons. Mais les scénaristes compliquent encore le récit en faisant intervenir un troisième groupe, preuve que l'Amérique, tout en n'étant pas encore découverte, était très fréquentée. Violent et parfois presque trop manichéen, cet album est dessiné par Emem. Il abandonne les décors futuristes de Carmen McCallum pour un Nouveau Monde sauvage et vierge. Ses corps-à-corps sont étonnants de virilité et de brutalité.

« Colomb Pacha, Jour J », Delcourt, 14,30 €

jeudi 22 août 2013

BD - Anastasia, tsarine déchue

Les soubresauts de la révolution russe est une mine pour les scénaristes maniant le romantisme avec dextérité. Patrick Cothias et Patrice Ordas en font partie, c'est indéniable. En juillet 1918, Lénine fait exécuter toute la famille du tsar. Seule Anastasia, une des filles, échappe à la mort. Du moins dans le récit imaginé par les auteurs français. Placée sous la protection du comte Félix Vodoline, il la fait passer pour une lointaine cousine. 
Au fil des mois, la BD, dessinée par Nathalie Berr, raconte comment la belle héritière se rapproche du fier noble alors que les Rouges volent de victoire en victoire. Protéger Anastasia devient de plus en plus compliqué. Vodoline envisage une fuite en Allemagne. Retrouver une autre femme persuadée d'être Anastasia. Les passages où intervient cette dernière sont très réussis, Nathalie Berr semble parfaitement maîtriser l'imagerie de la folie.

« Nous, Anastasia R. » (tome 2), Bamboo Grand Angle, 13,90 €

mercredi 21 août 2013

BD - L'odeur du foot dans "IRS Team" de Desberg et Bourgne


Si vous croyez que le foot, comme l'argent, n'a pas d'odeur, n'ouvrez pas le premier tome de cette nouvelle BD écrite par Desberg. On retrouve Larry B. Max, le héros de la série principale, totalement accaparé par une affaire de blanchiment d'argent autour du ballon rond. Il forme une équipe d'élite, le fameux Team, pour s'attaquer à un milieu où brasser des milliards est monnaie courante. 
Dans son équipe, deux « infiltrés » permettent de mieux cerner les pratiques courantes de ce petit monde persuadé d'avoir tous les droits en dehors des lois. Un jeune footballeur brésilien et une charmante call-girl, une WAG (wife and girlfriend) de star sportive dont raffole les tabloïds. Mais l'action se déroule aussi autour des agents de joueurs ou des représentants des fédérations nationales. 
Aldin, un tueur à gages implacable, est l'arme idéale pour faire passer certains messages. Larry, lui, tente de démasquer le cerveau de cette organisation. Une mission risquée. Marc Bourgne, au dessin, se met largement au niveau d'un Vrancken créateur graphique des personnages.

« IRS Team » (tome 1), Le Lombard, 12 €